Proullaud296

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  • Ujsag (ouïchag)

     

     

    PLUIE ET OPPRESSION 59 07 19

     

    Avoir manqué sa vie. Dilemme affreux. Ou non. Critères mouvants, sables de même. Le sable aux narines. Naseaux sacrifiés. Films désolants, chanson connue : Bruno Gassmann, incroyable en barbu épanoui ventru, même agonisant. Une rage le lendemain matin. "Ne me dis pas comment je dois faire". Seul accrochage entre le fils et le père. Des orages qui grondent sur la Toscane. Et cet ennui tenace, un calme perpétuel à maintenir, ne jamais respirer trop vite crainte que tout tombe;

     

    Nous revenons de courses, à petits pas de vieillards. Toujours hanté par la mort de l'un ou de l'autre, ce que ça coûterait, le dynamisme qui resterait au survivant. La note exorbitante des obsèques. L'avachissement de toute volonté. La vieillesse, de Simone de Beauvoir, m'aura presque autant marqué que Le deuxième sexe, deux ouvrages pour un seul auteur. L'étroitesse de la voie, le but en bonne santé. Martial jusqu'au bout tiré à quatre épingles, mourant d'un coup de congestion solaire sur la tombe de sa femme. La femme qui me raccompagne jusqu'au métro me vante son élégance et sa galanterie ; eût-il été plus jeune qu'elle se le serait volontiers envoyé. Du coup, je me montrais galant moi aussi : on ne savait jamais.

     

    Ma femme s'appuyait sur mon bras, à petits pas, hors de fatigue. Je la vois baisser depuis 82, mais cela ne veut rien dire. "Ne compte pas avec la mort d'autrui" m'a dit Gourribon, "car le prochain mort, ce peut être toi". Mais j'ai toujours voulu errer. Passer une bonne semaine par mois ailleurs, pas très loin, Rodez, Marseille, mais ailleurs. Tous mes fidèles savent que mon héros favori c'est Bernard Gripari, auteur de Neuschwanstein sur Mer : il vivait d'hôtel en hôtel, en s'envoyant les garçons du cru. Si la chose ne me répugnait pas temps, c'est bien ce qui serait le plus commode. Les femmes "en font une montagne", comme dit un client de prostitués castrés des Indes. Et puis, elles demandent la performance, y compris dans le domaine du sentiment.

     

    Le fin du fin, le comble du triomphe pour elles, c'est d'amener enfin leurs amants, qui ont sué sang et eau pour les avoir, à cesser progressivement tout commerce sexuel, parce qu' "il n'y a pas que ça dans la vie", et que "ça n'a pas tellement d'importance". Et même, pour la femme de Gourribon, "ça ne sert à rien". La mienne voudrait bien, mais c'est moi qui n'y tiens plus du tout. Pourquoi ? Je l'ignore. Trop d'années ensemble, un amour qui n'obéit plus aux mêmes lois sado-masochistes que par le passé, la rancune d'avoir dû encore une fois torpiller une histoire d'amour afin de rester vieillir avec la même personne. En réalité je l'ignore, tout est complexe, voir la rime. Seul je ne puis.

     

     

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    Abbou. Tibbou. Jeux d'enfants débouchant sur le langage infantile, sur le babillement, le jargon, tous ces stades du parler que les pédiatres ont catalogués. Nous avons vu un vieux monsieur à cheveux blancs présentant la même stature, la même allure, que M. Coste de La Ciotat. Il m'écrit régulièrement, m'a fait parvenir avant-hier un petit mot imprimé sur Google, où je parais comme auteur chez In libro veritas : "Je ne te croyais pas aussi célèbre", me dit-il, "Mes très humbles salutations." Cet homme va disparaître. Il ne croit absolument en rien, contrairement aux bouddhistes sentencieux qui récitent leur catéchisme écolo bien démocratique à la télévision..

     

    2057 07 30

     

    J'entends chanter Les loups de Reggiani, extraordinaire accompagnement de marche rock-blues. Trop entendu. Mais cette fois de loin, juste deviné. Jeunes filles faisant tourner le même disque, à longueurs de matinées en boucle. Sa femme ne cache rien, nulle trahison, nulles affèteries. Je ne veux pas écrire de littérature. Je veux qu'on me regarde, rester pitoyable. Mon rôle est de tout étaler. Pour plaire ou déplaire, mais inconcevable sans public. Un public à distance.

     

  • A propos du Kippour

     

    COUTUMES

     

    Le jour même, tout s'immobilise en Israël. Théâtres, cinémas, stades, tout est fermé. Les autobus ne roulent pas. La télévision et la radio ne fonctionnent pas. Du moins en était-il ainsi jusqu'à l'attaquesurprise de 1973 - certains juifs ne sont pas près d'oublier qu'après la Shoa, les Européens ont refusé aux avions américains le droit de transiter par leurs aéroports....

     

     

     

    QUELQUES EXPLICATIONS SUR LE BOUC EMISSAIRE... (“le bouc envoyé”)(à la face de Dieu...)

     

    Ce fameux bouc, prévu pour le jour des propitiations (les “propitiations”, en particulier celles du Yom Kippour, sont des sacrifices qui rendent Dieu propice aux humains, ce qui rachète donc les fautes commises) porte sur lui le mal, et son rejet hors de la communauté est le geste nécessaire à l'expiation. Cependant, comment comprendre la prescription divine d'offrir, pour le servie du jour de Kippour, un bouc destiné à Azazel ? Azazel est le prince céleste régnant sur les déserts et les lieux de désolation. C'est la force qui préside aux destructions, aux guerres, querelles, plaies, blessures, désaccords, désunions et ruines.

     

    L'expression figurée “bouc émissaire” apparaît en France dès 1690, et sera reprise à propos de l'affaire Dreyfus : “Sur ce bouc émissaire du judaïsme, tous les crimes anciens se trouvent représentativement accumulés”(Clemenceau). Un tel sens communément admis révèle à la fois une compréhension littérale du rite expiatoire décrit dans le Lévitique – et la méconnaissance des principes proclamés par a Bible et le judaïsme. Ce passage exposant le sacrifice, l'errance et l'excommunication (le “hérem”) peut être mis en parallèle avec le sacrifice d' Abraham, l'exclusion d'Agar et d'Ismaël, mais surtout avec le meurtre d'Abel par Caïn. La conception juive du pardon diffère de celle du christianisme ; elle enseigne que le pardon ne peut s'obtenir que de la part de la victime. Il faut “excommunier” le pécheur afin que seul, dans le secret de sa conscience, il puisse réfléchir sur la dimension étique de ses actes. L'Être éternel appliqua cette règle à Caïn en lui imposant un signe (“ôt”) afin que personne n'enclenchât une mortelle spirale de violence, et en lui infligeant, justement, l'excommunication. Mais cette dernière, comme voie de descente en soi-même, ne saurait être pour autant confondue avec l'expulsion du bouc vers Azazel. Ce rite cathartique sensibilisait les anciens Hébreux aux conséquences de la transgression des règles. En simulant l'exclusion inique du juste, on attirait l'attention des Hébreux sur les crimes dont tous les hommes, sans exception, peuvent se rendre coupables, provoquant inévitablement l'éclatement des sociétés ; il n'existe pas de communauté humaine sans éthique, et la rupture de cette unité entre Dieu et l'éthique provoque la chute de toute société humaine.Ainsi le passage mentionné du Lévitique, loin d'absoudre l'humanité de ses maux, nous place au contraire face à la responsabilité de l'ensemble de nos actes.

     

     

     

    SIGNIFICATION DE YOM KIPPOUR 

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    Il s'agit donc d'une journée consacrée à l'homme en tant qu'être humain qui nous interpelle au plus profond de notre humanité. Il ne faut pas considérer le Yom Kippour comme une occasion de se laver de ses fautes avec légèreté, mais comme le moment d'un vrai et sincère retour à Dieu (la “téchouva”, terme préférable à celui de “repentir”). On observera qu'il faut en agir de même à propos du sacrement de la confession chez les catholiques ; nous devons nous repentir pour obtenir le pardon. Le juif pratiquant passe la journée à prier Dieu humblement, à la synagogue. Mais sa religion ne connaît pas de confession individuelle ; juste une demande de pardon auprès de chacun de ceux à qui l'on a fait du tort, ce qui est bien plus éprouvant...

     

    Bien entendu ce retour à Dieu implique “une ferme intention de ne plus recommencer”, faute de quoi le pardon n'est pas accordé. Les fautes particulières nécessitant le plus grand pardon de Dieu sont les trois manquements : le premier, à l'amour du Créateur et de la Torah ; le deuxième, à celui du peuple d'Israël ; le troisième, à celui de la terre d'Israël. “Et, par nos efforts, Jérusalem sera sauvée car il est dit : la prière des Justes fait que Dieu sauve Jérusalem” afin de recevoir en héritage la terre d'Israël, “sur les hauteurs du pays”, et de pouvoir “jouir de l'héritage de Jacob, son père” (Isaïe 58, 13-14), ce qui peut s'interpréter comme une promesse de vie future, quoique cette interprétation ne figure pas explicitement dans le Talmud. Certains y voient une promesse divine de possession du territoire hébreu – à condition d'honorer Dieu, sans se borner à son propre intérêt...

     

  • C'est fou les gens qu'on peut rencontrer dans les rêves...

     

     

     

    59 07 30

     

    Me retrouve dans une réunion d'amis, la plupart juifs. Fais semblant de connaître tout le monde, embrasse sur la bouche une jeune fille qui se laisse longuemenht faire. Discussions avec Renaud sur un livre concernant une enclave israélienne, qui m'a été passé par quelqu'un qui n'aimait pas cela. Aimer ou non un livre dépend aussi de ses orientations politiques ! On m'entend beaucoup, j'ai le verbe haut. Pour je ne sais quelle raison (Renaud est devenu Terzieff ?). Ce dernier se voit condamner à deux jours d'enfermement. Tout le monde l'accompagne. C'est une espèce de pigeonnier circulaire. Sur le chemin, Terzieff se plaint d'être condamné à la forteresse : "C'est Dantzig!" Je vais avec lui, le sol est sale, je montre qu'on peut escalader les grilles, il le fait, je lui demande s'il dépend des autorités militaires, il me dit que non, mais que ses crises psychiques le placent sous dépendance médicale.

     

    Ce traitement lui est nuisible. C'en est un autre, exactement opposé, qu'il lui faudrait, autorisé seulement à l'étranger. En ressortant de là, je dis que s'il avait un portable, évidemment, ce ne serait plus un cachot. Terzieff devient mon ami. Une femme plus âgée que je prends un instant pour sa mère avoue qu'elle n'a pas pensé à s'en pourvoir. La fille que j'ai embrassée me retend son visage et déclare : "Je suis le péché". Elle semble pourtant extrêmement pure. Je lui cite du Baudelaire. Nous repartons tous dans un grand autocar de 20 personnes, mais dans une pente les freins ne sont plus très sûrs. Tout le monde parle, excellente ambiance, (...) Nu.JPG

     

    59 08 03

     

    Repas avec Manset et d'autres, B. à l'autre bout de la table, qui se désappointe de ne pouvoir lui parler. L'assemblée est moins nombreuse qu'il ne semble, car des miroirs de part et d'autre entretiennent l'illusion d'optique. "Et quand je me suis reconnu, j'ai bien vu que nous étions entre deux miroirs." Manset me tutoie et nous parlons de ses chansons avec beaucoup d'animation. Il est remplacé par un autre chanteur, blond, mèche de cheveux, très affable lui aussi, que nous sommes également très contents de voir, même si nous ne savons pas son nom. Je prends la place d'Annie pour me trouver au plus près de ce nouveau chanteur. Elle a pour voisin un petit enfant. Juste avant ou juste après cette séquence, elle avait tenu à me faire incruster dans l'ongle une vignette de Gérard Manset, et nous avions pour cela consulté un grand médecin, Giscard d'Estaing, 50 ans, portant beau, élégant. Il avait fallu me limer l'ongle, l'enduire, le panser, et rester immobile 50mn, un genou en terre. Le chien de Giscard avait bouffé le pansement. Mais la greffe avait déjà bien pris, quoiqu'on ne dût l'obtenir qu'après dissolution progressive d'une couche


    NU www.anne-jalevski.com


    protectrice. Avant de partir, je regrettai que nous ayons laissé le bureau dans un tel état de désordre, mais j'ajoutais que ce meuble n'était sans doute pas celui où il recevait ses patients. Peut-être alors seulement somme-nous allés au banquet décrit plus haut.

     

     

     

    59 08 21

     

    J'ai enlevé une jeune fille de bonne famille et nous errons tous deux dans les environs. Mais notre itinéraire nous rapproche de la ville périgourdine où elle vivait. Des travaux sont effectués pour agrandir un bar-tabac. Ses vitrines de voitures occupent déjà un angle aigu dans la rue même. Les rapports entre nous sont tendus et maussades. Elle va faire une course, et c'est un beau jeune homme brun qui la remplace. Il porte des chaînes d'acier au cou. Il m'interroge sur mes motivations, me montre des photos que je porte sur moi : l'une d'elle vient d'Afrique noire où l'on voit dans la rue des femmes voilées parmi d'autres personnes. Dans cette ville mon père fabriquait des rails de chemin de fer pour Dakar et Abidjan. "Y es-tu déjà allé ?

     

    - Oui. - Tu as de la veine", dis-je au jeune homme. "Tu ne serais pas un peu flic ? - Si." Il me montre également quatre photos sur une seule feuille. Je m'y vois moi-même, deux fois ; et deux fois mon père, que je ne reconnais pas. Il me propose de participer, dans une expression différente, à un atelier d'écriture thérapeutique. Les documents qu'il apporte sont bien colorés, ils me convainquent : ainsi, je serai dirigé, épaulé, même si mes écrits ne risquent guère d'être connus en dehors du cercle psychiatrique. La jeune fille est repartie chez ses parents comme il fallait s'y attendre : le jeune flic bronzé l'en a persuadée.

     

     

     

    59 09 16

     

    Je suis un petit garçon de l'Antiquité. Avec d'autres, nous devons représenter des scènes de textes qui sont lus, devant un maître exigeant. Chacun s'efforce de lui plaire pour obtenir ses faveurs. Je réussis pleinement mon rôle, qui consiste, à la fin d'une histoire, à recevoir un grand jet de sauce à travers la figure. C'est tantôt un épisode tantôt l'autre d'une histoire qui doit être jouée devant lui. Il m'accuse d'avoir ri exprès, avec complaisance. Nul ne sait exactement ce qui lui plaît.

     

     

     

    59 11 09

     

    Avec un groupe d'élèves j'erre dans les couloirs à la recherche d'une salle pour donner un cours d'allemand, pas préparé. Le bâtiment a été rénové, les numéros ont changé. Heureusement les élèves s'y retrouvent. La salle est immense, occupée par une vaste piscine où la réverbération des échos oblige à hurler. C'est moi qui reçois le cours ? Des "Lettoniens" sont là, et parleraient allemand... Cinq garçons rougeauds skinheads exhibent des marques de coups sur leurs profils. Très loin, un enseignant parle dans un micro derrière une immense vitre. Avant d'entrer, j'ai laissé dans le couloir deux grands couvercles de cuisine en métal ; on ne me chipera pas ça ! Dans cette piscine pédagogique (l' "immersion" linguistique ?) je me sens complètement perdu : Stéphane, à travers une autre vitre, m'a montré que le cours se donnait dans mon dos...

     

    Je renonce à me faire entendre, enragé contre un renouvellement si brutal et si stupide de la pédagogie. L'accompagnateur des Lettons (Tékoutcheff) m'adresse la parole en anglais, je réplique en allemand hésitant, pour dire que je m'appuie tout le ménage chez moi. Impression d'impuissance et de submersion totales.