09.11.2009

L'amour précieux, tiens.

Cela ravissait sans doute les femmes dites sensibles et les petits-maîtres qui les servaient avec de tendres zézaiements sans rien dans le calbar, le paysage amoureux s'en est trouvé renouvelé, bouleversé, tout ce que vous voudrez, c'étaient les femmes qui réglaient tout, échappant ainsi aux brutalités des érections inassouvies, mais comme il faut bien que ça dégouline, eh bien ça dégouline dans la pâte à tarte et le sirop d'orgeat. Encore l'édition “Folio classique” de L'Astrée se borne-t-elle à nous infliger des extraits représentant à peu près 40% du texte original, et, à lire les résumés qui interviennent çà et là, le lecteur lambda n'a guère envie d'en lire les développements originaux. C'est cela le drame des œuvres classiques : les commentaires, ouvrant sur de vastes perspectives littéraires et sociologiques, passionnent plus que l'original lui-même, et les étudiants désormais planchent au moins autant sur leurs polycops que sur les textes.

Le feraient-ils que le succès aux examens se verraient bien compromis, puisque les seuls commentaires vraiment personnels et sincères qu'ils pourraient faire ne seraient qu'une longue variation sur l'adjectif “chiant”, en six lettres. L'extrait que le hasard vous attribue parle d'une princesse anglaise passée sous habit masculin sur le continent afin de délivrer son bêlant soupirant, prisonnier d'un prince sans parole. Les noms appartiennent à la catégorie faux grec, section rhubarbe au sirop. On prend une grande inspiration, la petite pince sur les narines, et on plonge : le roi s'appelle Lypandas, poil à la chaudasse... La gonzesse vient de vaincre son adversaire, à la suite d'un combat dit “comique”. Lypandas lui-même a été vaincu par une gonzesse, et va donc remettre “Lydias” (c'est l'amant) “en liberté.” “Alors” poursuit ladite gonzesse à présent narratrice, “les juges” (du combat) “étant venus, et, Lypandas ayant ratifié sa promesse, ils m'accompagnèrent hors du champ comme victorieux” (n'oubliez pas qu'elle passe pour un homme, sous son armure).

“Mais craignant” (dit-elle ou dit-il) “que l'on ne me fît quelque outrage en ce lieu-là pour y avoir Lypandas toute puissance, après m'être armée, je m'approchai, la visière baissée, de Lydias” (qui assistait au combat) “et lui dis : “Seigneur Lydias,” (elle déguise sa voix) “remerciez Dieu de ma victoire, et si vous désirez que nous puissions plus longuement conférer ensemble, je m'en vais en la ville de Rigiaque” (note 45 : “Rigiacum est le nom latin d'Arras” - d'où “les Arrageois”) - “où j'attendrai de vos nouvelles quinze jours, car après ce terme je suis contraint de parachever quelque affaire, qui m'emmènera loin d'ici, et pourrez demander le Chevalier Triste, parce que c'est le nom que je porte pour les occasions que vous saurez de moi. - Ne connaîtrai-je point, dit-il, autrement celui à qui je suis tant obligé ? - Ni pour votre bien, lui dis-je, ni pour le mien il ne se peut. Et à ce mot je le laissai, et après m'être pourvue d'un autre cheval, je vins à Rigiaque où je demeurai depuis.”

Or ce traître de Lypandas, aussitôt que je fus partie..;" - "et ça continue, encore et encore..."