29.03.2009

ça devient chaud

Hélène la pâtissière confesse l'échec du docteur. Si petite, si moche et si terne (à mazout) que c'est elle qui doit baiser le mieux. L'ouïe exaspérée du curé-client parvient à capter les semi-paroles échangées alors au-dessus des petits-déjeuners : 
- Le type, là, à côté ?
- C'est un client, tu verras, il partira aussitôt après le petit-déjeuner !
C'est ainsi que cela se passe entre femmes : à tout échec sexuel entre homme et femme correspond une compensation entre elles. Le témoin paye ostensiblement sa note. La Mertzmüller confirme à l'oreille de sa complice : "Tu vois bien!" - où se déroulera cette consolation ? Le curé-témoin parcourt finement les moquettes rouge-gynéco des couloirs (la disposition d'un hôtel, aux chambres ouvrant sur les lourdeurs épaisses des intimités souillées, les silhouettes lointaines et souriantes, faussement incitatrices, des femmes de ménage - font de ces dédales de véritables intérieurs génitaux féminins, et du touriste-curé indûment égaré un gynécologue) et ne découvre rien - de ce lieu où devait se réparer cette nuit doublement gâtée, trop de vigueur à l'une, et mollesse pour l'autre. 
Sans doute alertées par la présence de cet homme au petit-déjeuner s'efforçant un peu trop de n'émettre aucun frottis de pain ou de cuillère, se sont-elles entendues pour un endroit plus secret afin de se faire jouir avec ces attouchements dont nous avons perdu à tout jamais le secret nous autres hommes, prisonniers de notre bidasserie - oh Dieux, pourquoi nous est-il à tout jamais interdit de jouir comme des femmes ? Mertzmüller, strip-teaseuse, offre son corps dans la dévotion la plus totale, fait l'amour avec les moindre pores de son corps, sans la moindre mouillure révélatrice ; les hommes congestionnés la croyant dans la froideur, excités même par cette froideur, Annemarie offre son corps avec la même ferveur que la désarticulée Pietragalla, peut-être un jour ce nom sera-t-il devenu inconnu, même aux balletomanes (y aura-t-il encore des balletomanes ?)
Telles sont les conceptions des deux amies, partageant les deux demi-frères. L'Allemande est Gretchen longue et fine, blonde, ou très noire, sans cesse esquintant ses cheveux. L'autre, Hélène, bigote, pute, est simplement moche. Mertzmüller baise la croix qu'elle porte au cou, la conserve imperceptible, presque indiscernable sur sa peau pendant son numéro ; ainsi le clerc Théophile offrait-il ses gambades à la Vierge devant Notre-Dame. Baisée, mais chaste comme seule peut rester pure une danseuse classique, fût-ce sous les assauts répétés d'un ivrogne. Elle suit également des exercices de macération, mortifiant son corps de l'intérieur par des jeûnes, car les flagellations laissent des traces sur sa chair exhibée. Il n'est pas exclus cependant qu'elle se fasse un jour fouetter, avec des chaînes, contre un pilier. 
Ce sera la veille de sa démission.

28.03.2009

Et on me traitait de ringard...

Puisqu'ils veulent travailler, ces petits cons ! (il y a ceux qui veulent rester chez papa-maman, et ceux qui veulent tout de suite se libérer, « gagner du fric », comme les grands...) Comme aux Indes, comme au Guatemala ! au boulot les morpions ! À coups de pied dans le cul et que ça saute ! On aurait enfin des écoles qui marcheraient bien, avec du pognon (pas question de se faire engueuler pour quelques photocopies de trop comme dans certains établissements), et une spécialisation débouchant illico sur un emploi ! Et que de l'utile, pas de latin, pas de dessin, pas de musique – à moins que – tout est possible – une bonne étude de l'INSEE ne révèle que les cadres sont plus PERFORMANTS quand ils ont une bonne culture musicale ou picturale. ...Vosu ne voulez pas de patrons à l'école ? Vous ne voulez pas qu'on étudie l'énologie (j'écris comme ça exprès pour rectifier la prononciation) uniquement à Bordeaux et l'allemand seulement à Strasbourg ?

Vous êtes des rêveurs, alors ? De toute façon j'entendais un jeune Allemand qui disait à une terrasse que ça ne servait à rien d'apprendre l'allemand, un vague patois sans doute, english is sufficient isn't it - mais qu'entends-je ? Vous avez autre chose à foutre que d'enseigner votre métier, votre expérience, à d'autres enfants ? Vous voulez conserver les profs ? Ces incapables, ces pédophiles ? Qui ne travaillent que 18 heures par semaine ? ...mais quelles 18 heures !... Au fait, digressons : vous savez qu'il y a des gens qui travaillent encore moins que nous : les artistes ! Deux heures par soirée, et encore ! Les jours où il y a spectacle ! « Ah mais ce n'est pas pareil ! Eux, ils répètent ! » Ben nous aussi on répète, connard. Chaque fois que j'ouvre un bouquin je travaille. Des bouquins que tu ne comprendrais même pas le titre comme disait Coluche. LE SINGE VERT EST VULGAIRE, SANS NECESSITE. ON N'EST PAS DES BŒUFS TOUT DE MEME ? 
ON COMPREND SANS AVOIR BESOIN DE TOUTE CETTE VULGARITE. Justement, j'estime que tous les livres et articles qui traitent de ces questions-là sont trop gentils, trop douillets, ou trop ronron technique langue de bois, moi mon truc c'est le vulgaire t'es pas heureux tu poses la revue. Et cessez de croire que je me prends pour quelqu'un de drôle ou d'original. Je fais ce que j'ai envie, comme les gosses de tout à l'heure. Bref, vous voulez des profs. Je croyais qu'ils étaient immatures. Vous savez même ce que j'ai entendu ? « vous n'avez pas quitté la mère. - Pourquoi ? - Parce que vous êtes des profs qui racontez entre profs des histoires de profs. »
Et alors ? Il y a bien des flics qui racontent des histoires de flics à d'autres flics. Des infirmières qui racontent à d'autres infirmières des histoires d'infirmières. Qui c'est qui continue à jouer aux gendarmes et aux voleurs comme des gosses ? Nous aussi nous nous coltinons la vraie réalité à travers les gosses, et plus que vous ne le soupçonnez. Quel mal y a-t-il à réaliser son rêve d'enfants en jouant à l'infirmière ou à l'institutrice ? Et pourquoi cette formulation « Vous n'êtes pas sortis de la mère » ? Juste pour vexer, pour faire le plus de mal possible. Tu t'es vu, toi, l'éditeur, à toujours parler entre gendelettres d'histoires de gendelettres ?

26.03.2009

Ricains d'antan, Ricains de toujours

J'avais failli me fâcher à table chez Machin. C'était à propos de l'Irak. “Ouais, qu'y disait, les Ricains ils avaient qu'à pas y aller. - Ouais, mais maintenant qu'ils y sont, qu'est-ce qu'on fait. - Ouais, mais fallait pas qu'y-z-y-aillent. - Ouais, mais maintenant qu' y-z-y sont, qu'est-ce qu'on fait.” Ben rien. Surtout pas des élections. Oh, les braves résistants qui tiraient sur les bureaux de vote et qui tuaient les Irakiens ! Oh les vaillants combattants, courageux, démocrates et tout ! “Quatre-vingt-quinze pour cent des Irakiens sont opposés à ce vote !” - OK camarade, mais avec 60 % de votants, ça fait désordre dans tes maths. 
Ça ne collait pas du tout, ces résultats. Incorrects. Très incorrects. Des faits, quoi. C'est têtu, les faits. C'est bien emmerdant. Alors du coup, le lundi, chez le pote, on a éteint la radio, comme ça on a parlé d'autre chose pendant le repas. “Les élections, ça ne résout rien” - oh, eh, ça a résolu quoi, les élections, cheux nous en Franfrance ? ...que dalle ça a résolu mon con, que dalle... On a voté en Palestine : il ne fallait donc pas voter en Irak ? Les Israéliens sont bien mieux sans Etat, ils expriment bien mieux l'esprit d'Israël : alors pourquoi les Palestiniens auraient-ils droit à un Etat ? 
Persécutés, chassés, ils en avaient pourtant de la chance, d'être jetés sur les routes comme autrefois les Juifs ! Y avait qu'à pas les faire voter, et les envoyer à Madagascar ! J'en ai marre des raisonnements à la con, j'en ai marre de l'antiaméricanisme et de l'anti-israélisme primaires, j'en ai plein le cul à m'en coller des hémorroïdes. Les Ricains, ces connards, on foutu en l'air les batteries serbes autour de Sarajevo, en trois jours de raids, alors que les braves Européens n'avaient pas eu la moindre parcelle de couille pour délivrer les prisonniers des camps de concentration d'Omarska et autres.
Les salauds de Ricains ont libéré Kaboul, d'accord, c'est peu de chose, mais là-bas, sur 100 km², les femmes peuvent sortir de chez elles et, horreur ! faire des études. Les enfoirés de Ricains ont permis les élections irakiennes, qui ne résoudront rien, mais c'est un début. “On n'importe pas la démocratie à coups de bombes ! Le démocratie est un processus ! - Moi l'nœud. En Allemagne nazie, on n'y est pas allé avec le dos de la cuillère : on a rasé Dresde, Dantzig, Hambourg et j'en passe, puis on a dénazifié. Et vogue la démocratie, cahin-caha, mais c'est toujours mieux que Hitler, désolé, ou que les braves résistants qui n'ont à proposer que la kalachnikov dans la gueule et la charia. 
Et en Israël, désolé encore, mais depuis la construction du mur, il n'y a presque plus d'attentats. - On les cache ! - On nous cache aussi que Jésus-Christ est l'ancêtre de Clovis, que les Juifs ont ouvert trois camps d'extermination d'Arabes, et qu'il y a des cavaliers du Moyen Age à l'intérieur de la lune, donc, c'est qu'on a intérêt à le cacher, donc, il y a complot, et ça doit être vrai. J'en ai marre des raisonnements à la con. Israël a gagné la guerre contre l'abjection. Quand les instites palestiniens décrocheront les photos des martyrs assassins de leurs salles de classe, avec incitation au suicide des enfants, on aura tout à fait gagné. J'en ai marre de la pensée toute faite, de la haine systématique conre les Israéliens et les Ricains. Même quand ils ont secouru les victimes du tsunami : c'étaient encore des salauds. D'ailleurs, le tsunami, c'est eux. J'en ai marre. Je ne dis pas qu'ils ont toujours raison. Mais vive les Etats-Unis, vive Israël, à bas les bombes dans la gueule. Et si c'est ça être facho, eh bien je suis facho.

24.03.2009

Mc Cullers et la guerre des sexes

Voilà comment Marvin Macy reprit la maison de Miss Amelia. Au début, Cousin Lymon lui donna sa chambre, et dormit sur le canapé du salon. Mais la neige eut sur lui un effet regrettable. Il attrapa un rhume qui se transforma en angine, et Miss Amelia fut obligée d'abandonner sa propre chambre. Le canapé du salon était trop étroit pour elle, ses jambes pendaient, elle tombait souvent par terre. Peut-être ce manque de sommeil lui embrumait-il le cerveau ? Tout ce qu'elle tentait contre Marvin Macy se retournait contre elle. Elle se prenait à ses propres pièges et se retrouvait dans les situations les plus lamentables. Mais elle ne se décidait pas à jeter Marvin Macy dehors, car elle avait peur de se retrouver seule. Quand vous avez vécu avec quelqu'un, c'et un terrible supplice d'être obligé de vivre seul. Le silence d'une chambre, sans aucune lumière que le feu, et brusquement l'horloge qui s'arrête, toutes ces ombres qui bougent dans la maison vide... Plutôt que d'affronter la terreur de vivre seul, il vaut mieux accueillir chez vous votre plus mortel ennemi."
Voilà ce que ça donne. Une histoire de territoire à partager. Une femme forte contre deux hommes : une brute et un truand. Je crois même que ce Marvin Macy, dont les syllabes remplissent la bouche, serait son ancien mari ; mais je ne m'en souviens plus bien. Toujours est-il que pour une fois, il ne s'agit pas d'une histoire d'amour ou de désir. Non, d'une simple lutte pour l'espace vital, comme entre animaux. La femme a une cuisse velue : c'est un fauve, mais surmonté par le nombre, et par la crainte. Jusqu'ici c'était elle qiu imposait le respect à tout un village, dans la mesure justement où personne ne lui connaissait de liaison masculine. Et la voici en pleine conscience de sa faiblesse, juste capable de rouspéter près d'un poêle et se faisant tous les reproches possibles. 
La femme joue avec les hommes en utilisant des armes d'homme : la parade guerrière. Mais l'homme est traître, il vient en couple, celui de l'insolence, de l'arrogance, et de la sournoiserie, de la lâcheté. Une femme se heurte brutalement au monde de la supériorité physique, de l'ascendant, elle n'a aucun allié, elle s'est dressée contre tous, et ne reçoit maintenant aucun appui. Et sa fêlure interne s'agrandit. Elle refuse les armes paraît-il féminines de la séduction, parce qu'en définitive, ce serait admettre le code : la femme fait marcher l'homme, puis se soumet, il n'y a pas d'autre issue dans ce milieu borné, paumé dans le Middle-West. Et c'est là, transposé, tout le drame intime de Carson McCullers qui ne parvint à trouver ni chez les hommes, ni chez les femmes, ni dans l'alcool. 
Qui d'entre nous d'autre part ne s'est pas laissé hypnotiser par la sûreté de soi caricaturale, par des roulements d'yeux et de mécaniques, par cette indifférence qui vous pénètre d'un long aiguillon d'impuissance, par la jouissance malsaine et dépravée de se sentir dominé, ratatiné, réduit à l'état de nourrisson dépendant et sourdement haineux, jouissant avec dégoût de la dépravation de sa souillure ? Etre l'esclave d'une tête à claques dont la valeur morale n'excède pas le niveau de votre semelle, sentir en soi-même l'assentiment, la complicité salissante avec son humiliateur, ne pas pouvoir s'en débarrasser en le rossant, tout simplement, physiquement, en l'éliminant de votre propre vie à grands coups de pieds dans le cul... Vous avez tous senti cela, devant votre percepteur, votre garagiste, votre con de mari. Et si je peux racler quelques souvenirs confus, il me semble bien que l'affrontement physique, à la Morricone, tourne à l'avantage de la femme ; mais que ce connard de rachitique sauve la mise en assommant Miss Amelia par derrière avec une poêle à frire...

Pour le savoir, il faudrait que je relusse, ou que vous lussiez, La Ballade du café triste, de Carson McCullers. Facile, prenant, tenace.


22.03.2009

Confidences de femmes

Ne pensons pas que deux femmes se confiant demeurent bornées à leur univers. Il faut qu'au contraire, asexuées comme elles se vantent d'être, elles aient part comme tout homme à l'universalité de la conscience et de l'expérience humaines. Et puis on voit bien que ces lignes sont écrites par un homme : n'aurait-on pu trouver mieux, pour présenter deux femmes, que d'inventer d'une part une prostituée, d'autre part une strip-steaseuse ? Une honnête boulangère, par exemple ? Le piquant de l'affaire, c'est que la maîtresse du marchand de chaussure et celle du médecin se connaissent : amies d'enfance. Annemarie Mertzmüller offre son corps à ses clients dans un esprit de grande compassion bouddhique, et l'ancienne boulangère s'envoie en l'air pour (un peu de) fric. Mais elles ne se racontent pas d'histoires de cul : leurs rencontres se tiennent dans un salon de thé du quartier piéton de Saintes. 
Elles ont la bougeotte. Elles se parlent de leurs voyages. Elles savent qu'elles possèdent chacun un homme, mais ignorent encore qu'il s'agit des deux frères, car nés (Marcel) de pères différents, quoique d'origine lorraine ; elles connaissent les routes de Bordeaux à Saintes, de Périgueux à Saintes. De vraies routières, capables de se communiquer, au lieu de recettes, des adresses de restaurants routiers. Il existe en ce monde Dieu merci des hommes et des femmes incapables de demeurer en place, et sillonnant la France ; ils utilisent les voitures et les hôtels, rien dans leur profession ne les astreint à cette mobilité. Mentionnons aussi Châteauneuf-de-Randon en Lozère : au pied de cette place forte renfrognée dans la neige, se trouve le tombeau bien abandonné d'un certain Duguesclin, que les livres d'histoire ne mentionnent même plus ; mais nos deux frères y ont découvert un club de chasse, où se rencontrent des paysans traditionnellement madrés, aux yeux finauds, parfaitement inoffensifs et reposants tant qu'il ne s'agit pas d'héritages.

Nous disons "Châteauneuf-de-Randon", nous excusant à l'avance auprès du personnel municipal, qui devra bien se résoudre à ce que l'on ne parle pas uniquement de sa commune en termes de dépliants de syndicats d'initiatives. Qu'est-ce que l'amitié entre femmes, dans l'imaginaire des hommes ? une possibilité d'infinie consolation après tel acte sexuel brutal ou manqué, l'homme n'offrant souvent d'autre choix que la force du soudard ou la mollesse de l'ivrogne. Il existe à l'écart de la route un hôtel dans la plaine, ou plutôt sur le plateau, vers le sud. Là s'est réfugié un homme, pour l'instant anonyme. 
Je fonce vers la mort, ne l'oublie pas. Cet homme a parcouru dans la neige un sentier descendant, cherchant en vain du côté opposé ce tombeau du héros médiéval tant vanté par les cours de son instituteur. Quelle température faisait-il ? question capitale qui lui fut posée dans le café face à l'église.
- Moins cinq.
Cette réponse suscite la rectification scandalisée de la buraliste : "Moins dix ! - Non, il ne me le semble pas" - la gérante prenant à témoin les clients, sur son isolement, sur ce pourri pays coupé de tout - "Madame, vous habitez un pays que vous ne méritez pas" lance l'inconnu. Il coucha à l'hôtel du plateau, chaud, surchauffé, confortable. Parfois, une femme de Châteauneuf-de-Randon prend trois semaines de congés : à Limoges, ou à Paris. C'est Hélène Dubost, semi-prostituée, "habitude" de la rue Huguerie de Bordeaux, qui la remplace. Au restaurant de l'hôtel dînent deux couples, celui de Pascal Matz, médecin ; de sa maîtresse ex-pâtissière Hélène, débarrassée de son cabas de la rue Huguerie ; d'Annemarie Mertzmüller, de noble famille schwartzwaldienne et de son godassier François Nau. 
Ils boivent et s'agitent beaucoup. L'ambiance est à la baise après le dessert. Revenu se coucher dans sa chambre, l'anonyme, curé, en fait, et couchant à l'hôtel, entend par la salle de bain contiguë les échos d'une baise acharnée. Lui-même se masturbe deux fois au-dessus du bidet, pour éviter les réflexions des femmes de ménage. Dialogue entre les deux femmes, au petit-déjeuner : 
- Qu'est-ce qu'il m'a mis hier soir !" (très bas, à quart-de-voix) - et toi ? 
- Il n'a pas pu, il était trop soûl !

20.03.2009

Pas Plutarque aujourd'hui

Les « Vies » de Plutarque, destinées à un si grand succès dans la seconde moitié du siècle, manquent ici, comme elles manquent parmi les ouvrages dont Erasme recommande la lecture au Prince Chrétien, alors que les « traités » y figurent. Voilà bien un contretemps dont je me contrefous, par exemple. Les Vies de Plutarque font partie de ces ouvrages contemplés de loin toute ma vie, et que je n'ai pas engloutis, ou bien à quoi j'aurais passé des dix et vingt ans. Voir aussi les Essais de Montaigne, de la Somme rabelaisienne, où je me suis pourtant lancé, assez loin. Plutarque n'a pas eu l'avantage d'un simple commencement. Il me faut en particulier le Plutarque d'Amyot, seul valable.
Or je me suis hâté, pressé par la nécessité de me faire offrir un cadeau, de me procurer une autre traduction. Mais ça ne va pas. Ça n'ira jamais. Pas plus que la traduction des « Belles Lettres ». C'est Amyot ou rien. C'est Edgar Poe, ou Lewis : Baudelaire, Artaud, ou rien. Car dans l'avant-propos de je ne sais quelle Ginette néo-traductrice, la préfacière s'évertue à se lamenter sur la disparition de Plutarque en tant que précepteur, à notre (forcément lamentable) époque, oublieuse (sanglot) des lettres classiques, voire de toute référence au passé, etc. Mais, pauvre préfacière, n'en fut-il pas ainsi de tout temps, et notre devoir n'en consiste-t-il pas moins, pour nous autres fourmis, à trottiner sans trêve sur le ballon qui roule sous nos pieds, d'un horizon à l'autre horizon ?
Alors, pratiquons Plutarque, rinçons-nous y les doigts, sans nous préoccuper davantage des faveurs ou défaveurs de Dieu sait quelle universelle doxa de l'ignorance. Adoncques, il fallait que le Prince Chrétien connût Plutarque ? A dire tout de même que les Traités sont particulièrement chiants...

22 10  2053

Il s'agit de savoir combien l'on a tué de soldats des deux armes à telle bataille, d'Issos peut-être, sous Alexandre. 90 000 fantassins et 10 000 cavaliers ; d'après Justin, 11, 10, 9, 61 000 fantassins, 10 000 cavaliers, 40 000 prisonniers (faits ou subis ?) - qui consultera Justin, 11, 10, 9 ? Comme s'il ne s'agissait pas de chiffres excessifs ! S'imagine-t-on ce que cela représente en kilos de viande que 60 et UN mille morts ? Voit-on bien l'horreur de ce vaste champ de funérailles ? La bataille d'Issos eut lieu en novembre 333, cf. Arrien, Anab(ase) – il en écrivit donc une aussi – 2, 11, 10. En vérité, je trouve bien plaisante une telle manie d'accumuler des chiffres. Dois-je aussi m'en référer à Arrien ?

Et comment ne pas songer que nous sommes, nous aussi, à 333 ans de quelque grand évènement cosmique ? A quelle profondeur sous nos pieds la bataille d'Issos ne se trouvera-t-elle pas enfouie ? Comment est-elle parvenue jusqu'à nous ? Dix ans de plus, et Alexandre mourait. Dix ans d'ivrogneries et de conquêtes... Mais il ne s'empara pas de Darios et nous n'étudions pas les Perses, mais les Grecs. Pour nous, cela représente encore quelque chose. A nos enfants, cela ne dira rien. Arbèles, Issos,Gaugamèles : autant de triomphes, et Darius éperdu cramponné à sa rambarde de char, les yeux épouvantés, revenant au palais pour se faire maudire par maman (Les Perses, d'Eschyle, inégalé) – qui s'était enfui, et avait sur lui une avance de quatre ou cinq stades. C'est une mosaïque endommagée dont l'image hantait les livres d'histoire pour enfants.
Catastrophe primordiale – il prit pourtant son char et son arc avant de revenir en arrière. Et j'avais regretté que l'empire d'Alexandre fût si exigu au regard de ceux de César ou de Charlemagne, voire des éphémères chevauchées de Gengis-Khan ou Timour-Leng. Άποκριναμένου δε Δαρείου δεδιέναι : cela veut-il dire que Darius répondit : “il est déjà enchaîné” ? Non, mais “qu'il craignait”. Les mots essentiels du grec m'auront toujours manqué, si fort était mon goût de la dispersion... D'où la construction μή φθάσωσιν, dont je vérifie le sens, “devancer quelqu'un en quelque chose” : Φθάνωσιν αυτον, ne le devançassent. Je souligne φθάσωσιν, et sur la page vis-à-vis, “en le devançant”. Αποδράντες οι πολέμιοι, “les ennemis, en fuyant”.
C'est lui, Darius, qui fuira. Alexandre pour l'instant n'est qu'un ver faufilé entre la falaise et la mer. Il conquiert un peu, consolide, se hasarde peu. Il ne veut pas uniquement passer, mais fonder, assoir. Il restera des siècles. Καί διαφύγων Άλέξανδρος . Il ne veut pas qu'Alexandre lui échappe. Άλλα τούτου γ'ειπεν ω βασιλευ, χάριν θάρρει, ce qui ne veut pas dire “les oreilles de Carine”, mais plus vraisemblablement “Ne le méprise pourtant pas”, ou “tiens bien compte de lui”. “Sur ce point du moins, roi, dit-il, tu peux avoir confiance”, et voilà les fautes où mène la confusion du masculin et du neutre, indécelables au singulier en grec. Seule la suite aurait pu m'éclairer, le sujet du verbe ne pouvant être qu'un homme : il est prêt à t'attaquer, sans doute est-il déjà en marche.

18.03.2009

Du fiel sur Georges de Caune

Agréable bouquin, dédicacé « à un homme libre », c'est moi. Quelques négligences dont l'une fut relevée dans le mot de remerciement : une phrase incomplète. Il n'y a rien de commun entre Georges de Caunes et moi, car dès les premiers instants de sa vie, le futur journaliste s'est senti libre, dans une famille déjà en vue et bien pourvue de fric. Cela fait penser, plus ou moins, à un Malraux au petit pied : juste la peine de naître, et la petite machine à énergie qui se met en route, sans surprise, jusqu'à la mort. Dieu merci, rien de prétentieux. Mais rien de moi. Un mariage avec Benoîte Groult, puis un divorce. 
Un homme qui était un homme, qui vivait sans se poser de questions, sans se demander s'il avait bien ou mal fait de faire ceci, ou d'avoir plutôt fait cela, et que j'agis, et que je décide, et que je vais de l'avant... Parfait ! Il en faut ! Le monde ne serait pas allé très loin s'il n'avait connu que des mauviettes comme moi ! Georges de Caunes, un homme, un vrai, sans états d'âme (lapsus ordinatoris : « sans étata », c'est trop beau), ayant choisi la Résistance – avec un malfrat, il est vrai... Quant à sa femme, remariée, «pendant plus de cinquante ans, Paul Guimard partagea avec [elle] les mêmes idées politiques, les mêmes goûts littéraires et une passion sans bornes pour la Bretagne et la mer ». 
C'est parfait ! Grand bien leur fasse ! Ils font partie de ces gens qui aspirent goulûment la vie à un degré infiniment supérieur au mien ! Des gens qui ne comptent pas leurs sous, qui s'entendent bien, la petite vie réglée comme du papier à musique, et dont la biographie, à vraiment parler, ne m'apporte strictement rien. Des gens pour qui tout est évident, « y a qu'à », et qui te considèrent dans ton malheur comme un pauvre objet neutre qui finalement n'avait qu'à se débrouiller, et qui n'a pas su... Monsieur et Madame Machin, avec du pognon, des relations, un cerveau en état de marche, pas de parano, une normalité à désespérer, la bagnole les chiens les enfants la piscine, ça vit ça va ça vient ça crève et ça s'oublie comme le reste. 
Même pas d'aigreur de ma part d'ailleurs, non, une nonchalante sympathie, pour des gens parfaitement interchangeables, sans relief particulier, sans aucun mérite en tout cas, je dis bien : au-cun. Alors, qu'ils aiment la Bretagne, grand bien leur fasse, avec un voilier ou un beau petit bateau d'à peine vingt briques ; je n'en ai rien à foutre. « Ils auront une fille ensemble». Eh bien c'est super. Ils l'auront élevée sans difficulté je suppose, avec des gardes d'enfant bien payées, des domestiques et une famille unie, des photos de vacances avec le sourire et des conversations sur les coups de soleil entre deux coups de téléphone des rédactions de grands journaux parisiens. Je t'en aurais bien mené une aussi moi, de vie comme ça, j'aurais même rempilé sans problème. La fille s'appelait « Constance ». Comme le lac. Pas une ride. « Entré à la Radiodiffusion au journal parlé où il dirigeait les débats de l'émission qu'il avait créée » - ben voyons ! Carrément la radio nationale, à l'émission la plus regardée ! Moi je me suis farci dix ans aux Mureaux parmi les analphabètes avec vingt auditeurs les jours de pointe, plus dix et bientôt vingt ici à Bordeaux sans guère d'auditeurs supplémentaires, je me dirige tout seul moi, et je n'arrive même pas à branche rmon casque de retour. 
Et quand je demande de me résoudre un problème technique, on me dit « Demande à tes maîtres », la CIA je suppose, ou bien le MOSSAD, tout ça parce que je suis opposé à ce qu'Israël rentre dans ses frontières de 1967, rigoureusement indéfendables. Il y a donc des gens comme ça, doués, posés, de l'entregent, le costume-cravate dans la tête, le confort à tous les étages, qui se retrouvent à animer des débats, et allez donc, pendant que d'autres couillons essaient de faire taire des élèves dans des petites salles de classe... "La tribune de Paris", ça s'appelait, "Paul Guimard acquit une notoriété immédiate à la parution de son premier roman, Les Faux-Frères, en 1956. 
Dois-je vraiment insister sur mes 126 exemplaires vendus de mon Omma ou les 37, peut-être moins, de mon Pourquoi ont-ils tué Péguy ? Il n'y a même plus d'amertume en moi, la porte ouverte, en short, par une température "largement au-dessus", comme ils disent, "des normales saisonnières". Petits vieux, préparez vos cercueils... Bref, toujours ces mêmes biographies plates où manque tout ce qu'on ne dit pas, les intrigues, les coups bas, tout ce qui permet à la bourgeoisie parisienne d'éliminer très vite tout ce qui remonte en grouillant de sa province puting kong , bof ! Je me trouve monotone, tiens. Mais inimitable, tout de même... 
"Il enchaîna les réussites avec une comédie, Un Garçon d'honneur, alors que le couillon de bas bordelais ne parvient même pas à attirer l'attention du metteur en scène avec le "pitch" (on dit le "pitch", maintenant, c'est nettement plus porteur qu' "argument") de sa petite piépièce toute prête dans les tiroirs depuis trente ans... Ah, Bordeaux et Paris, mong cong, c'est pas pareil ! Et que je te connais le directeur du théâtre ! Et que je te dirige les répétitions ! Et que je te rencontre quelqu'un qui rencontre quelqu'un qui aplanit tout et qui t'ouvre toutes les portes, et que je te soudoie les journalistes pour qu'ils présentent ça bien, et que j'avertis tout le gratin et les beaux-frères de toute la petite famille et belle-famille !
Ça fait un peu pitié tout de même, parce que personne ne se souvient plus de cette pièce "écrite avec Antoine Blondin", carrément, pas avec S. T., devenu employé à la Sécurité Sociale... Tiens, je vais écrire de ce pas à Daniel Mesguich, moi, pour voir s'il ne voudrait pas m'écrire un pièce de théâtre, par hasard, et ce serait moi qui signerais...

17.03.2009

L'engagement

Les mots, contrairement à la musique, sont explicites, et véhiculent, volens nolens, c'est-à-dire qu'on le veuille ou non, car maintenant le latin c'est lepéniste bien sûr, un message politique ou social, de façon plus ou moins explicite ou subliminale. Mais le drame, c'est que l'on a voulu le faire exprès. Nous sommes passés de l'ère du politique, du sociologique (un sujet de concours était « Comment Les Affinités électives de Goethe (je préfère le titre allemand, Die Wahlverwandtschaften, « les apparentements, les copropriétés choisies », mais « copro » ça fait merdeux) « peuvent-elles », donc, ces Affinités électives, témoigner de l'état de la société en Allemagne à l'époque de leur parution ? » - excellent sujet. Mais Goethe n'a pas fait exprès de témoigner là-dessus. Nous sommes donc passés de la conscience politique à la propagande, à l'action politique.

J'ai lu que si Molière était notre contemporain, il militerait contre les mariages forcés, pour la liberté religieuse, etc – il serait « politique » ou « orateur », on l'entendrait « à la tribune » et non « sur les planches ». Désolé, nous y aurions beaucoup perdu ; qu'est-ce que c'est que cette époque où l'on transforme un histrion en politicien. Ma parole, je préfère encore un histrion qui sait parfaitement qu'il est un histrion à un politicien qui ignore qu'il n'est le plus souvent qu'un Guignol, ce qui est insultant pour Guignol. « Qu'est-ce que c'est qu'un histrion ? - Ta gueule Gynéco,va faire du rap. » Et nos lecteurs ne veulent plus lire de romans, de littérature, on ne peut pas traiter le public de con, ni la France de pays de merde. Ce serait trop facile. Voilà, le goût a évolué, le public veut des ouvrages politiques. Fournissons-lui en, mais au moins,en vrai beau français, lisez donc Jaurès au lieu de faire semblant de le relire, bande d'ignares, et vous saurez ce que c'est que le style, ce que c'est que la littérature, et même ce que c'est que le génie. 
Il est vrai que le génie est une notion fasciste. Donc Jaurès est fasciste, et Sarkozy génial. Cherchez l'erreur. Quant à la littérature, en voie de disparition quand on ne dispose pas de millions de millliards pour lancer n'importe quel bouquin au hasard, eh bien je préfère encore être tiré à cent exemplaires en lui restant fidèle que de m'obliger à bâcler des pamphlets politicards tout juste bons à faire hausser les épaules à Michel Polac. Bref ! Tout ça pour dire : la seule justification à l'édition de Polynésie : les copains d'abord – ça, c'est de Brassens, y compris le couplet antihomo sur les “petits Castor et Pollux”, qu'on a supprimé à l'antenne pour faire propre, n'est-ce pas les bien-pensants de mes couilles – c'est la politique. Et de fait, dénoncer les magouilles majuscules qui se sont jouées à Tahiti à propos des élections en l'an de grâce 2004, c'est utile, c'est nécessaire, c'est indispensable, c'est civique, c'est un honneur pour Séverine Tessier, et nous l'en remercions.

Le livre, aux Editions du Bord de l'Eau, s'est bien vendu là-bas, sur l'île, et pas si mal en France, puisque c'est un certain Chirac qui a couvert toutes ces exactions et malversations, exportant vers l'Océanie un système juteux qui a fait les beaux jours des profiteurs de l'Hôtel de Ville de Paris. C'est là-dessus que j'eusse dû disserter, sur les élections invalidées, sur la défection de tel homme acheté afin que M. Temaru n'obtienne plus la majorité, sur les habitants de Tahiti occupant les bâtiments officiels, c'était en 2004 donc, avant le tsunami qui fut bien pratique, permettant de parler d'autre chose.

15.03.2009

Elias, trois fois Elias...

Bien la peine de soigner la psychologie, de faire dans le beau rythme ("Le Kapellmeister transpire, baisse les yeux avec componction, se berce sur son violon ; s'assoit ; Eliphas l'imite ; les deux musiciens s'essuient le visage et soupirent".) On ne devrait pas vous démolir vos romans comme ça ; c'est que j'y ai cru, moi. J'écrivais faux naïf et tout, je montrais le gros Herbert (allez, il n'est pas gros, ça fait cliché, on enlève ça) qui se tournait sur son fauteuil crapaud (attendez que je vérifie : "première apparition à la fin du XIXe siècle, dénomination attribuée à Gounod – c'est un musicien, mais pas le bon). C'est fou ce qu'on s'instruit dans le Robert. Le Maître de Chapelle (c'est "Kapellmeister", en moins schleuh) jetait un regard sur "l'éboulis de meubles houssés" qui les coinçait là - juste la place pour remuer les bras entre la porte et la fenêtre, plus un petit clavecin, de Cristofori quand même... Eliphas suit son regard vers les housses et (humour) les soulève vite l'une après l'autre, "Voyez Maître, dit-il, aussi facilement que les jupes de femmes ! - Oh ! les femmes ! suffoquait le gros homme ("partagé", indiquais-je, entre "l'indignation" et une terreur "d'apoplectique". 
Ici une bergère, là un fauteuil, une table de jeu - un bourdaloue [gueule-t-il]["vase de nuit en forme oblongue, utilisé au XVIIIe siècle par les dames, dans le fond duquel était parfois peint un œil accompagné d'inscriptions licencieuses"] – l'auteur de cet article du Grand Robert est fortement soupçonné de l'avoir surchargé d'éléments étrangers à sa stricte définition ; il ne nous manquerait plus que ces inscriptions licencieuses pour que notre plaisir d'érudit fût parfait – bref notre musicien [qui va mourir je le rappelle] déploie toutes les ressources de son talent humoristique, et feint de découvrir sous un pan de tissu "des pêches", que le gros Rogomus ("il dégrafe son col") "accepte folontiers". 
Tableau de genre : les deux hommes assis face à face, jambes ouvertes, avec des gestes précieux, pour éviter les taches de jus de pêche, puis : recrachant les noyaux dans le bourdaloue. "Mais comment" intervient Rogomus en découpant sa phrase à la mesure de ses déglutitions, "comment supportez-vous de vivre dans un tel Capharnaüm ?" Il soupire, accablé de chaleur, admet qu'il faudrait une femme, en effet, à son "indiscipliné disciple" (je cite) , "ne fût-ce que pour vous mettre du plomb dans la cervelle" – rappel : ELIPHAS FELS n'est pas mort d'une balle, mais d'une flûte. 
Discours de Rogomus : "Pour ce qui est des femmes, je connais mon affaire". (voix de fausset) : "Mais je ne les ramène pas à la Cour."
Ce que pense Eliphas, qui va mourir : "Les maritornes stipendiées de Maître Rogmann y produiraient en effet le plus fâcheux... effet." (Souriez – Lächelt – Smile).
Rogomus se rengorge en pouffant et tourne tout soudain - subitement – brusquement - la tête : sur le gravier de l'allée grince le fiochouillis (ce mot me semblait de la plus agreste précision "onomatopéique") d'une galopade : ELIAS, le petit frère, qui va survivre, héros de notre histoire, ait son entrée TUMULTUEUSE, "les boucles argentées retombant autour de son visage poupin"

07.03.2009

Après Bernanos, la Bible - ç a ne s'arrange pas...

Allons bon. La Bible. Samuel I, 7. Je ne suis pas croyant. Je déteste la Bible, ramassis de poussière. Tous ces gens me semblent sales et bornés, confits dans la crainte, que dis-je, dans la terreur. L'arche va de ville en ville et déclenche des hémorroïdes chez les ennemis. Il faut fondre des hémorroïdes en or. Non, même pas de l'humour. Les gens de Kirjath-Jeraim vinrent, et firent monter l'arche de l'Eternel. Juste la musique des noms. Pour le reste, de l'étroitesse. Tout tourne en rond dans un tout petit pays. Ça n'a pas changé. Qu'est-ce que ce peuple qui trimballe son Dieu dans une boîte. Et notre tabernacle donc. Les religions m'étouffent. Faut-il se sentir mal pour en avoir recours à ça. Et ce style. Mon Dieu (justement) ces redondances. Ces pesanteurs. Ils la conduisirent dans la maison d'Abinadab. Nous voilà frais. Quel point commun entre nous et « Abinadab ».

Religion d'importation. Mieux valait rester gaulois. Un contexte à nous. Dieu dans notre nature à nous, avec des noms bien de chez nous. Ça va bien un peu, l'exotisme. Je pense à du cul. Sur la Bible. Je vais avoir l'air fin, quand d'innombrables reporters m'interrogeront sur mes convictions religieuses, à propos de ce livre qui doit sortir et dont je suis l' « auteur » - simple compilation paraphrasée d'internet – ne le répétez pas. Cela s'appelle « Le petit livres des grandes fêtes religieuses monothéistes » - ...sur la colline, et ils consacrèrent son fils Eléazar pour garder l'arche de l'Eternel. Ah, ce que je m'en fous. Pauvre Eléazar. Que c'est stupide de vivre ainsi sous le regard constant de Dieu, dans son carcan, non pas pour soi (je consacre souvent ma journée à Dieu), mais devant tous, officiellement, avec prêtre, costume, garantie, et tout le tremblement. Jamais je ne parviendrai à garder mon sérieux.

Pour le livre appelé Pourquoi ont-ils tué Péguy, aussi, « j'me voyais déjà » (« tout en haut de l'affiche ») - je t'en fous...  Juste un vieil instit, très intelligent, qui m'a tiré le meilleur au micro de Casteljaloux. Il s'était passé bien du temps depuis le jour où l'arche avait été déposée à Kirjath-Jearim. Et je ne parviens pas à écrire mieux. Il est vrai que je sors d'une révision sur Pamuk, auteur turc ; et là, je m'y étais laissé glisser à fond, dans mon fond à moi. Triste. Interminable. Des pages en janvier (les 21, 24, 26). Vingt année s'étaient écoulées. Sans progrès techniques, sans journaux du matin et du soir, sans rien qui puisse donner du goût au temps écoulé. Directement de la vie à la mort, comme ça, avec juste les peines et les joies d'un petit village dans la poussière et les 40° à l'ombre : mariages, morts, naissances, juste de quoi sentir passer le temps sans le sentir passer, Dieu en direct... « Tu fixes un détail du mur de ta prison, et d'un seul coup cinq ans ont passé. » Dans « Au nom du fils » je crois.

C'était ça la vie dans le désert, même si palmes et moutons. Alors toute la maison d'Israël poussa des gémissements vers l'Eternel. Déjà. Toujours à gémir. Ils aimaient ça, la malédiction, les menaces, l'atmosphère où tu serres les fesses sur ta diarrhée en te demandant de quel côté le coup va tomber. Je transcris une conférence sur « la concurrence des victimes ». Les juifs sont comme les femmes. Ils aiment ça, la souffrance. Ils ont été servis. Ils vont en reprendre, d'ailleurs.
Samuel dit à toute la maison d'Israël : Si c'est de tout votre cœur que vous revenez à l'Eternel – ouah pardon mon Dieu, ouah je le ferai plus promis arrête de frapper putain, pardon pardon pardon. Saletés de religions. Toujours dans les textes fondateurs, ce qu'il y a de plus ras du sol. Seulement ensuite, par déduction, longtemps plus tard, les textes apaisants, si l'on peut dire, car tu te fonds en Dieu, tu n'existes plus, tu es Dieu, tu es mort.

La vie éternelle, c'est la mort, l'être suprême, c'est le néant, etc – ôtez du milieu de vous les dieux étrangers et les Astartés toujours, toujours, la même chose, les mêmes choses, non pas éternellement mais sempiternellement, « c'est moi le bon et pas les autres », l'impression d'étouffer dans un couloir étroit, dans la pyramide, 40 degrés, et plus d'air – dirigez votre cœur vers l'Eternel et que j'aille à la poste, un peu d'extérieur...

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