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Blatte, blattes, récit

C O L L I G N O N

 

B L A T T E S , B L A T T E S  récit

1

 

I Regarde-les, mon âme ; ils sont vraiment affreux - Baudelaire – Les aveugles

La poussière dans l'oeil b.JPG

 

 

  1. a) Détail de la reptation, dans les angles, le long des plinthes.
  2. b) Le couple effaré, serré l'un contre l'autre, musique de Schubert.
  3. c) Vision élargie à l'ensemble de la cuisine et de la boucherie de Fort-St-Jacques

 

II L'héritage

 

  1. a) Ils lisent, effarés,le document descriptif
  2. b) L'obligation de résidence alla Ponzia
  3. c) Ils prennent possession des lieux en se déplaçant, toujours l'un contre l'autre – musique

 

III Les lieux

 

  1. a) Les aubergistes, sur leurs talons, expliquant.
  2. b) Montée de l'escalier, les douches, les chambres merdiques
  3. c) Le puits des miliciens, retour aux blattes

Tout être qui se sent persécuté est réellement persécuté MONTHERLANT Le cardinal d'Espagne

 

A I a

Les blattes sont de petits insectes dégueulasses, hétérométaboles et dictyoptères. Ils trottent dans les lieux obscurs en faisant cra-cra-cra et se nourrissent de Nos débris.

Les voici en pleine lumière, au plafond, sur les murs. Partout. Non pas en files ou queue-leu-leu comme les cafards noirs et ramassés, non, la blatte longue et brune a son identité, son autonomie. Elles sont toutes là en positions différentes, éblouies par l'ampoule à 100W qui les fusille aux yeux, les aplatit dans l'illusion qu'elles ont d'être invisibles, elles font les mortes sans penser encore à se contracter d'un coup les six pattes sur le ventre pour se laisser tomber et filer, sans pressentir encore leur extermination à grands coups de savates à même les parois et le plafond nu. Et paf à deux tatanes chacun ça fait quatre taloches qui tapent et tapent sur les blattes qui tombent.

La mort la plus simple pour l'organisme le plus simple. Ce n'est pas compliqué, un 2 rectangle brun qui craque à peine. Éviter de coller le cadavre au mur en claquant trop fort.

A I b

Sur les blattes les babouches à la main, carnage en dépit du grand nombre de planqués par tous les angles et toutes les fissures, deux humains crâne rasé, roux pour la femme :

- Vingt-cinq dit l'homme.

- Quarante-quatre dit la Marquise, rase, rousse, en sarrau bleu. Elle s'est acharnée la vache. Total 69. "C'est un hasard – Fait chier tes obsessions Pascal, cherche un balai." Pascal cherche au hasard vers le fond, là où c'est le plus sale, où trouvent les placards normalement, dans un appartement qu'on ne connaît pas.

Les cadavres s'empilent sur la pelle et ça fait penser à Auschwitz c'est au tour de Pascal de gueuler T'en as pas non plus toi des obsessions dégueu? Donc ils débouchent leurs oreilles et coupent le son C'était quoi pour toi dit la femme Schubert comme d'hab répond Pascal Passe-moi la poudre à lessiver dans la bagnole il est tout pâle. Il jette les cadavres dans un grand sac en plastique.

A 1 c

 

Ils sont arrivés mains dans les poches, le reste suit par autocar. Les écouteurs au fond des oreilles, bonne provision de cassettes dans le sac, pendu dans le dos comme une couille arrière. Ici c'est une ex-boucherie, désaffectée désinfectée, avec des grilles serrées serrées de droite à gauche de la vitrine. Des barres creuses, étroites et rondes impossible à frotter sauf à la brosse à dents modèle enfant, semi-cylindres maculés de minium et de sang séché. Odeur fade et vague qui donne la sensation de mâcher du steak juste assez salé limite avarié. Une espèce d'arrière-goût dans la bouche, dont on veut d'abord s'assurer, puis se débarrasser en miappant dans le vide, et qui précisément s'accentue, dans la salive, là, juste au-dessous du creux de la langue.

A l'arrière, non pas aveugle ni privée de fenêtre, l'arrière-boutique, le boyau-cuisine où se cache un vieux réchaud à gaz tout poreux, une table sous toile cirée. Très grasse. Et si, tout de même, une fenêtre aux volets clos qu'on ouvre à ras du sol de la ruelle latérale (dans un grondement d'espagnolette oxydée) avec vue sur le goudron, le caniveau cimenté mais fendu (ses eaux sales) ainsi que le plâtre du mur d'en face, où s'ouvre une fenêtre de chez les autres avec rideaux plus le cul d'un appareil TV.

A II a)

"...soit, pour les époux Schongau-Schongauer" (Marquise Arielle et Pascal Papier) "en propriété indivise un bâtiment sis au six, rue des Puniques sur trois niveaux dont une Boucherie désaffectée plus arrière-boutique, chambres et dégagement sur le premier étage" (toilettes et point d'eau), chambres et point d'eau, combles, le tout 3

" - constituant immeuble de rapport dit "hôtel désaffecté" pour insalubrité par décision préfectorale du 20 juillet 84, chaque chambre pourvue d’une literie, de meubles hôteliers adéquats et de tous tuyaux, robinetterie, lavabos et bidet en bon état de marche, à charge tôt ou tard obligation pour les époux de réaménager à leur gré exclusif tout ou partie, intérieur ou extérieur des bâtiments décrits susdits – sous réserve d’habitation et occupation domiciliaire constante et définitive des lieux sous peine d’expulsion en vertu de l’article (etc).

Jeanne de Schongau et Pascal Schongauer dit Papier, unis par cousinage impliquant bâtardise de branche et par liens de mariage, ont reçu et accepté le Six rue des Puniques à Fort-St-Jacques à charge d’habitation et d’ « occupation bourgeoise » des lieux » suite à condamnation par contumace de Blatt-Oliver Blattstein en poste puis destitué au Consulat français de Montevideo (Uruguay). »

Pour trafics illicites Blatt-Oliver croupit dans les prisons dorées de Punta del Este sans extradition possible : c’est du gouvernement uruguayen lui-même qu’il est justiciable.

« Que mes cousins » écrit-il « occupent cet immeuble. Tout, plutôt que l’Administration

des domaines ; les Schongau-Schongauer, au moins, n’ont pas les moyens de transformer l’hôtel de mes ancêtres en minable palace de luxe ».

Accord entre les parties.

Dont acte.

« Eh bien… répète Pascal en relisant les textes additionnels.

- Parcourons, dit Jeanne, Marquise de Schongau.

Pascal replie lentement le document, et, main dans la main, écouteurs pendants, tous deux s’engagent sur le raide escalier de bois noir qui monte là-haut.

 

A II c)

 

A la douzième des vingt marches, Pascal s’arrête net : « Douzième marche de ma vie ; à 4 ans par marche, me voici à 48 ans sur 80 ».

Jeanne de Schongau ricane.

Ils poursuivent épaule contre épaule, jusqu’à ce que leurs chaussures sentent la blatte. Ils débouchent, à quatre-vingts ans de marches, sur le grand palier, qui comprend : une pierre à eau (« évier », de « l’ève » ou «eau ») ; un coin douche, dont les deux parois, dans l’angle, n’atteignent pas le niveau du plafond.

Et autres choses disgracieuses, armoires, coffres, et tout se qui se désaffecte, le tout affligé de poussière. Des bruits grinçants. C’est éclairé par une vue sur un boyau extérieur d’entre-deux-murs. 4

Comprenant de surcroît : un corridor tordu au plancher traître, plus, au bout à droite, une chambre en parfait état d’abandon d’un coup.

« C’est la plus belle.

- Sûr ! dit Pascal, qui n’en a pas vu d’autres.

La cheminée grasse de poussière, une brochure d’histoires belges dans le tiroir de la table de nuit. Couvre-pied lourd, sol déprimé au centre, l’envie poignante d’habiter là, nulle part, à tout jamais, puis de peaufiner des premières phrases tout le reste de sa vie.

 

*

 

« La meilleure chambre » dit l’aubergiste. Et comme on ne l’a pas entendu venir, il frappe sur l’épaule de Pascal.

«  Je vous ai suivis. Demandez les clés. Vous penchez pas trop. Votre fenêtre donne juste au-dessus de la porte au boucher. Ça c’est de l’étage : 4,50m. »

La femme de l’aubergiste, sur ses talons, .prend la parole :

« C’est lui qui vous a installé la pompe sur l’évier dans le dégagement. Et des toilettes dans le boyau. Vous avez pas vu les toilettes ?

- Il y a des blattes, observe Jeanne, de Schongau.

- Vous aurez du produit. »

La femme souffle à cause de l’étage. Le mari aussi. Ils sont tous les deux très typés, sans intention d’être drôles, mais vraiment gros, très essoufflés. La femme plus que l’homme. À la regarder dans les yeux, on sent une jeunesse éternelle, poignante et poignardée, qui donne envie de la baiser, vers la quinzième marche sur vingt, par derrière, ou sur une table de son auberge. En même temps, le mari non plus ne porte pas à rire : très gros et grand, une forte carcasse d’Alsacienne, avec des bretelles, un Schnurrbart et des restes de blond sur les favoris. Les deux couples se contemplent avec intérêt.

 

A III c)

Les aubergistes habitent à l’auberge, en face. Ils détiennent les clés d’ici, la gestion de l’hôtel leur a été retirée : « Insalubre » dit l’homme, « insalubre ».

- Il faudrait des frais énormes, dit l’épouse, qui rougit.

Ces deux personnes suivent Schongau-Schongauer, Jeanne et Pascal, de chambre en chambre, matelas roulés sur les sommiers, volets mal clos, donnant sur des portions de rues étroites, dans ce bourg mort classé « médiéval » : très haut directement sur le goudron, 5m 50. « Et tout là-haut, poursuit la femme, juste au-dessus de chez vous » (elle monte avec eux) « une dernière 5 chambre » - tandis que le mari, bricoleur et masculin, prétexte «j’ai à faire , Maud vous expliquera » et regagne le rez-de-chaussée. Maud explique au retour, une fois de plus, les délicatesses de la chasse d’eau, surtout ne pas en mettre trop, toujours sans intention d’être drôle. Récapitulation des avantages et des inconvénients, habile glissade sur les prix gros frais d’entretien et les blattes dit Jeanne ?

- Passez prendre un produit. Les repas sont à 19h, et plus tard. »

*

A III c)

Pascal Papîr Schongauer, bon prince, consent à prendre le repas du soir - « ...et sous l’escalier ?

- Vous avez remarqué ? » - la Maud semble vivement flattée :

« Nous avons ici un authentique puits intérieur » - elle tire une planche vers elle, descend deux marches en soufflant, et montre une ouverture d’abord horizontale, comme un enfeu d’église, puis, les yeux s’accoutumant, la margelle d’un puits obscur et vaguement fétide, grillagé. « Les gens d’ici disent qu’en quarante-cinq, des miliciens ont été jeté dedans.

  • - Par d’autres miliciens ? » Pascal n’avait pas l’intention d’être drôle. Maud se pique : « Il faudrait un vieux du pays pour tout vous expliquer ». C’est comme en bien des bourgs, « il y a eu des tas d’histoires à la Libération, je n’étais pas née, on s’est installé depuis quatre ans.

X

  1. I) II) III)

Entrée au restaurant Carlos et Cie à table Révélations et propositions

 

  1. a) La salle et les dîneurs a) Entrée de Carlos et a) Propositions de vol

Sophie, subjugués par sur ce prodigieux appareil

l’appareil sonore

 

  1. b) Le sexe de Caroline et b) Passent progressive- b) Révélations sur les identités :

son couple niais ment du tapage bon « Vous, vous n’avez pas de Casier

enfant à la discrétion Judiciaire ; faisons semblant de

chafouine nous être connus. Associez-vous

à nous »

  1. c) Le magnifique appareil c) Leurs manœuvres c) Mélange de sympathie et de

à musique. d’approche chantage affectif (Jeanne y est

sensible, mais Pascal est réticent.

Pas envie de dîner dans ce trou à rats dit Jeanne. 6

- Il faut se faire bien voir.

- Toujours aussi savonnette ? »

Rien ne bouge dans ces maudits villages classés. Les bistrots restent comme avant-guerre, bouseux, royaux, avec leur planchers boueux, leur arrière-salle restaurant : six tables de quatre à nappes à carreaux serrées comme couilles en broche, plus l’odeur. Ceux qui bouffent sont sympa, représentants miteux sauf la cravate, trois touristes paumés remontés du camping inondé, deux camionneurs qui roulent. Toilettes en haut de l’escalier derrière la porte vitrée verre « cathédrale », mais pour y atteindre, il faut repasser dans la salle à boire et traverser la cuisine, où l’Alsacien s’avale une soupe en face de sa petite télé privée. Pascal redescend l’escalier vous prendrez bien l’apéro dit Maud j’en offre un à Madame aussi dites-lui de revenir, vous avez bien dix minutes…

Une aubergiste causante :

...qu’il n’y a pas de clients, que les impôts…

aujourd’hui, il y a du monde ; mais d’habitude…

Les phrases habituelles.

Pascal les écoute.

B II b

« Caroline, trois Marie-Brizard ! » - c’est sa fille. D’une sveltesse. D’une grâce. D’une fé-mi-ni-té. Suivie d’un roquet humain coiffé en oreilles, qui court où elle dit, fait le beau et remue la queue. An-gé-lique.

« Son fiancé.

- Bonjour Monsieur, Bonjour Madame. » Il est poli.

La relève donc, mâle et femelle, reste accorte. Le mec est mièvre toutefois : toujours à trottiner derrière le cul moulé de sa belle. Laurent. Il s’appelle Laurent – car ! ...la Caroline !… elle a pris sur elle toute l’harmonie corporelle de la famille, la fille des gros.

C’est elle qui commande. Qui décidera – ou qui décide – si elle couche et quand, ou non.

 

B II c

 

« Voulez-vous de la musique ? demande le minet, le roquet, Laurent, on s’y perd.

Il met en route, en branle, un appareil de toute antiquité, constitué d’un corps de buffet vertical et plat, et d’un cercle de métal blanc sous vitre. Cet entonnoir plutôt, très évasé, présente une multitude d’aspérités semblables aux picots suisses de tambours cylindriques, où de fines 7 lamelles égrènent de frêles mélodies.

Un Polyphonn dit Laurent fiancé à DEUX balles.

Tous les clients regardent.

Cinq sous dans la fente et tout se déclenche

Il glisse un Napoléon III tout lisse et conservé

L’ancêtre du juke-box

S’élève dans le bar une musiquette aigrelette et forte, où l’on reconnaît, détachée grain à grain comme un kilo de riz, La Marseillaise soi-même. Les représentants sont venus de la salle à manger, tout le monde écoute debout en s’essuyant les coins de lèvres avec la serviette.

- Qu’y a-t-il sur l’autre face ?

- La marche des petits Pierrots, répond le patron qui sort de sa cuisine en se torchant les moustaches ; c’est toute une histoire pour changer ça, il faut enlever la vitre, etc. »

L’appareil date de 1910. Il en existe cinq en France. Le son est celui d’une harpe, pincée très fort.

 

B II) a)

Deux touristes surviennent à ce moment-là, des touristes pas comme les autres, mais qui s’arrêtent d’abord sur le seuil dans l‘émerveillement la surprise et l’émerveillement le plus total.

« C’est très chouette ! dit l‘homme, et ce sont ses premières paroles. Très important, les premières paroles d’un homme.

Sa femme renchérit, et ils ne sont pas fringués comme les miteux du parking inondable, mais élégants d’une façon bizarre, le type, bien gros, bien opulent, la barbe mal mais savamment taillée de Zapatero contemporain, elle en organdi à volants de vingt ans minimum en retard sur la Mode. Puis commanda d’une voix flûtée hors de propos deux repas « très simples ».

- Ici nous n’avons, dit la patronne, que du très simple », tandis que le Mexicain écoute religieusement La Marseillaise jusqu’au dernier frémissement de lamelle.

Ils prennent place. L’homme commande deux apéros, puis trois ou quatre. Finalement, personne ne mange plus, et les écoute : le nouveau venu raconte des histoires à la Gaudissart, détend l’atmosphère. Il s’appelle Carlos, et plus personne ne pense à manger, mais à boire.

B II) b)

 

Carlos propose enfin de passer à table, « la vraie ». Tous repassent, à sa suite, dans la petite salle à manger aux relents de graillou. Le couple se place face à face, à la table qui jouxe très précisément celle des Schöngau-Schöngauer. Très vite alors, et de façon très agréablement inattendue, l’éclat des nouveaux venus (l’homme, comme il est de règle…) s’estompe, au profit d’une discrétion de bon aloi. Les voix retombent à leur diapason ordinaire, et Pascal Intello est le 8 seul à entendre commander le menu du jour, comme tout le monde. Les Schöngau-Schöngauer redeviennent aussi observateurs que discrets, sans rien perdre de l’éclat des bagouses et des lunettes noires de comédie. De son côté, la nouvelle venue, compagne du Mexicain, répond au nom de Sophie, envoie des œillades discrètes, pour inviter, sans autre obligation, à nouer plus ample connaissance. Sophie fait dans les trente ans, porte un petit nez retroussé, peau laieuse, et sensualité partout répandue (ou feinte, les femmes y excellent) tout au long de Sa Silhouette Assise.

Le 24 août 2041, je passe à 60mn.

 

B II) c)

 

...Ainsi donc, tables différentes mais contiguës, disposition éminemment favorable aux palpations d’antennes, sourires de proximité, passages de sel. Au thon à l’huile on s’échange des considérations gustative, et le poulet au riz s’avère on ne peut plus propice aux points e vue sur le tourisme. « C’est la première fois que nous venons dans la région » dit le nouveau couple avec un sens aigu de la banalité. Tous quatre conviennent de l’extrême « radicalité » du Périgord (de radix, la racine). Avec parfois, vu les lenteurs du service (Maud et sa fille s’activent à grands renforts de rebondissements lourdauds sur plancher plastique), des silences, des apartés instinctifs, afin que nul ne se sente obligé de pérenniser le quadrille convivial. -

Loi : chaque homme trouve à la femme de l’autre un goût de séduction sournoise, une prometteuse chafouinerie, de vice peut-être, sous cheveux blonds bouclés, roux coupés ras. Les femmes soupesées se laissent percer par la basse du gras zapatero, ou les trous du cul de furet, jaunes et rapprochés, servant d’yeux au Pascal.

Ce sont là des pensées d’avant-dessert.

Hommes et femmes s’estiment supportables, riches en devenir, tous autant qu’ils sont ; au pluriel, le masculin fait neutre. 9

B III a

 

Au premier petit café Carlos parles des vieilles pierres et du trésor de l’abbé Saulnières ; puis des Templiers, des Cathares et des Néo-nazis de Norvège.

« Même en Norvège ? dit Jeanne.

Sa naïveté excite.

Sophie, fausse timide,  aborde ses peintures :

« Moi je fais sur soie des Signes du Zodiaque et des symboles maçonniques.

Pascal prend la parole pour sa femme comme il fait toujours : « Parfois c’est l’horoscope sexuel : les signes du ZoBiaque ».

Oui bon.

« ...elle attend cent quatre-vingt six (186) parfums en flacons d’échantillons, par le prochain car de Bajac.

«  Et sur les murs, nous exposerons des miniatures d’instruments » Jeanne complète de musique. Carlos parle bas à l’oreille de Pascal en étouffant un gras fou-rire. Pascal trouve l’hispanique sympathique. En tout cas sans façons.

 

B III) b)

 

« Faisons semblant de bien nous connaître et depuis longtemps » murmure-t-il encore à l’osseux Pascal. Je suis un envoyé de d’Oliver Blatt-Blattstein. Ne me regardez pas avec ces yeux de grands brûlés ; faites venir de la crème (poursuivant ses confidences) : Sophie est mon alter ego.Elle peint réellement d’incroyables choses, sur toile, sur bois. Nous exposerons ensemble, je trouverai toujours quelque chose à faire.

- Pas de police surtout, pas de police ! intervient Jeanne de Schongau.

- Cessez de murmurer. Patronne ! Trois cognac. !

- Quatre ! crie Jeanne.

Ils se regardent tous dans les yeux, pour voir. Autour d’eux, représentants et dîneurs divers ont pris le ton de laisser-aller qui suit le deuxième pousse-café, la « rincette ». On mange bien dans le Périgord, à mi-distance du Chanturgue et du Madiran.

 

B III c)

 

Il est inimaginable, mais vrai, qu’à la fin d’un repas l’envie vous prenne de tout confier à des 10 individus dont on ne soupçonnait pas l’existence avant d’avoir bu. Carlos venait espionner l’éphémère nichée de l’hôtel déclassé ; déjà pesait sur tous le malaise des situations fausses.

Mais Jeanne voyait avec horreur la solitude partagée avec un époux épuisé, au fond d’un petit village ; mais Pascal éprouvait le besoin de se sentir en porte à faux, pour l’équilibre d’expier. Il laissa pressentir qu’il n’était pas exempt de quelques taches pénales , afin d’attirer la louche bienveillance de semi-malfrats métèques.

« Je fais ce qu’on me dit de faire », répétait le gros dans sa barbe grasse. Vous n’aurez pas d’ennuis avec les flics aussi longtemps que je serai là.

- On appelle ça un condé fit observer Jeanne de Schongau.

- La petite dame est bien dessalée ! s’exclama Carlos.

Sophie sortit d’un sac à main des reproductions qu’elle fit admirer. Des convives représentants eurent bientôt retourné ses photographies dans tous les coins gras du local à manger, échangeant des soupirs gavés d’admiration.

C

 

1) Les Carlos s’impatronisent II) Déprime de Pascal III) Scrupules des Bidochon

 

  1. a) Discours emphatiques a) L’épicerie a) Vidage de la bouteille

d’attaque La vieille et la jeune

à peu près à poil b) Lamentations ridicules

d’ivrogne

  1. b) Engueulades pour le b) Le Margnat-Village

nettoyage et la peinture en plastique et le

cinéma qui s’ensuit c) Scène puérile de part

  1. c) Râleries beaufiques sur c) Pascal y retourne et d’autre, considérée

« ces intellos » et c’est pas beau avec effarement

 

 

 

 

C I) a)

Discours emphatique d’attaque

 

« Messieurs, dit Carlos, revenus en Boucherie qu’ils étaient – puis s’apercevant du seul Pascal et se rectifiant : « Monsieur, Mesdames, nous voici tous en Mission d’Art, chargés…

- … et éméchés dit Jeanne.

- ...chargés de faire luire en cette basse bourgade les Arts et leurs supports. La tâche sera malaisée, car ils ne font pas différence entre foulards imprimés à la chaîne et chefs-d’œuvres manuels, et nul ici à Fort-St-Jacques ne voit l’intérêt d’acquérir un flacon, une clarinette miniature, ou que sais-je ; il nous faudra conquérir les populations.

« Pour cela, présentation : soyons toujours soignés, ivrognons-nous élégamment, montrons notre entente et notre soudage.

«  Puis, préparons bien les lieux, lessivons, repeignons, vernissons.

- D’autres activité ? propose Pascal.

- Nous avons une vraie religion du passé, dit Sophie, en aiguisant son museau de fouine.

- J’aurai enfin de la compagnie, soupire Jeanne avec résignation.

- Répartissons-nous les tâches, reprend Carlos en titubant. Les Hintzelstein, ou « aubergistes », fournissent lessive, peinture, brosses et seaux.

 

- Et les rouleauxs, susurre Sophie.

C I) b)

Pour être bandit colombien, on n’en est pas moins mesquin : déjà Carlos a pris le meilleur pinceau, la plus large cuvette, et gueule d’abondance aux moindres maladresses de ses trois partenaires, ses « co-peintres » dit-il.

Tout retentit de ses cris. Les parois du caveau que c’est retentissent de jurons pleurards – car le bandit prenait de tels accents – que les deux femmes, accroupies près des plinthes, accompagnent finement de leurs plaintes : l’ivresse se dissipe pour tous, douloureux moments, et Pascal ne dit rien.

Pascal en effet peignait avec minutie un angle de plafond tout embubonné de moignons de tuyaux, pour ne plus avoir à se soucier d’ensembles, et tout là-haut, sur son escabeau, son chef tournait dans les effluves.

Si Carlos gravissait à son tour les planchettes et se répandait en mépris sur ce « gâchis de bureaucrate », Pascal se sentait profondément découragé, parfaitement inutile, et cætera. Qu’il est incongru ma foi d’avoir un malfrat bricoleur, admirateur de beau bricolage bricolé !

(rester à 50mn, 41 08 29)

 

C I) c)

 

Pascal rejette et hait sans pardon ceux qui ne lisent pas, reconnaissables à ceci : leur amour du bricolage, du nettoyage, et des moteurs. ; les certitudes qu’ils ont, tous, de tout ce qu’il y a de plus con, en politique en particulier, mais surtout, à leur attachement au méticuleux : une couche de peinture mal passée, une poussière mal alignée :; capables de raboter quatre minutes montre en main le petit bout d’on ne sait quoi qui procure l’étincelle en extrémité de bougie, capables de se passionner jusqu’à l’excitation sanguine et d’éclater, pour peu qu’un pédé de liseur ne parvienne pas à accomplir ce qui bon Dieu de merde n’est tout de même pas si difficile pour un mec qui a fait des études.

Pascal détestait définitivement cette engeance de diarrhée.

« Et j’étais à sa merci, racontait-il. Je devais faire tout ce que cet abruti m’ordonnait dans les rugissements ou le mépris, alors que je n’avais strictement rien à foutre de ce réaménagement de boucherie. Il fallait bien aussi que je jette le masque, que je sorte de mes gonds, etc. Carlos finit par tout faire lui-même en pestant, mais quelle jouissance de l’entendre pester. Plouc illettré, démerde-toi donc, puisque tu es si génial de la pogne.

 

C II) a)

 

La différence entre l’Intellectuel et le Bricoleur, différence essentielle c’est-à-dire d’essence même, c’est que le Bricoleur sera toujours en tout temps et en tout lieu de son absolu et irrémédiable bon droit.

L’Intellectuel en revanche sentira toujours qu’il lui manquera quelque chose,

 

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