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PAGES LIBRES

COLLIGNON PAGES LIBRES

FIER-CLOPORTE LANGUES 2035 10 27

Une énorme fatigue.

Un vide somptueux.

Même s’il a rencontré Henri Serpe, même s’il l’a véhiculé. Un clochard, qu’il avait inventé, qu’il a réellement admis près de lui, siège avant. Plus, une promenade nocturne sur les remparts de Langres. Plateau envahi par la musique américaine. Une chambre d’hôtel modérément chauffée, parfaitement silencieuse. Puissant bien-être.

Un lointain codétenu lui envoie un étron dans une boîte. Interrogé à ce sujet, le coupable avoue : « Fier-Cloporte me faisait chier ». C’est ainsi que Jojdh rêve. Un jour viendra vers lui Jean Mille, sans domicile fixe, de Faye-l’Abbesse (Deux-Sèvres). Jojdh regardera par l’œilleton et s’abstiendra prudemment d’ouvrir la pore à son héros, seul contact extra-hôtelier de son voyage éclair.

Le silence à Langres pèse, le ventre grelotte. Les madeleines épaisses attendent dans leur sachet. Jojdh économise. Il ne se consolera jamais de s’être cassé la tête contre les murs de sa cellule – pourtant, quelle joyeuse excitation la veille de son départ ! il choisirait Grenoble cette fois, se posterait devant la porte de son ami perdu, contemplerait les filles de ce veuf, en séduirait une. Il serait confronté à son ami après vingt-huit ans d’absence ; quels titres dans les journaux !

Dans cette ville trois semaines auparavant des trombes d’eau s’étaient déversées. À Bagnols-sur-Cèze,le Gardon avait débordé. Jojdh avait téléphoné à son vieux maître en littérature : personne. Il imaginait les scènes les plus morbides, afin de s’y créer un rôle. Se sentant aussi stupide que la moyenne.

Il serait temps de se mettre à peindre afin d’avoir d’autres messages à se délivrer que ces informes grisailles : ainsi de ce coït entre hommes, entendu, supposé, derrière la cloison d’hôtel, accompagné d’un coït hétéro douloureux survenu dans sa chambre à lui. Un tel ressassement, loin de lui sembler essentiel, relevait désormais de l’obsession compulsionnelle, sans aucune utilité pour les humains.

Son imagination tournait au récitatif gris.

étrange, poète,rêveRETOUR 2035 10 28 2

 

Les agréments qu’on trouve à se perdre, entre Joinville et Montier. On tourne à gauche, à droite, et c’est simplement ravissant. Jojdh essaya de savoir de quel Joinville était l’historien.

« Deux marquises occupaient une chambre. La prison s’en trouvait transformée en château. « Elles dormaient en lits séparés : elles ne se fussent jamais commises à des attouchements plébéiens. «  Le domestique (Jojdh) s’était levé le premier, allumant les poêles. Il s’était fait propre, et même « douché. Le rasoir neuf avait glissé sur ses joues ; cette fois, il ne s’était pas entaillé.

«  Une croûte subsistait sur sa lèvre.

«  Les marquises dormaient toujours. Il les avertirait de son départ, après les avoir approvisionnées. »

 

Plus loin dans les campagnes, le silence faisait très fort penser aux temps d’avant 1970, quand l’espace restait immobile. Bien qu’il n’aimât personne alors – et pour longtemps ! - il appréciait ce fin glaçage de l’air, cette qualité noble et cassante de l’atmosphère, avec des relents de rhume dans les tympans. Il marcha sur la neige, imaginant la mort afin de respirer plus large.

Il s’était vu en Pesquidoux, parcourant à l’amble ses propres vignes, fusil brisé sous le bras. Il frapperait sur les ceps pour débusquer les lièvres, et les manouvriers salueraient, casquettes basses :

- Not’ Maître…

Trente novembre 1969.

Très loin.

Il marchait à présent par les champs de Haute-Marne.

 

 

 

 

 

 

 

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Peut-on parler de Textes libres… Sitôt écrits sitôt évanouis, dans la vaste bourrasque des pages errantes, tantôt ici et tantôt là. Reprises, perdues et retrouvées. Inclassables, inintitulables. Deux jeunes gens, au second étage de Vivaldia, se renvoient des boules de papier à grands coup de guitares en guise de raquettes. La clientèle survenant, ils rangent leurs deux manches de poêles à frire, se rajustent le col et vantent les mérites de leur musicale marchandise. Tels sont les textes, ballottés à ras de moquette par des vendeurs qui s’ennuient. Nous aimons errer dans ce grand magasin mal géré, à présent occupé de néant et de planches sur la grand-place où l’on coupe des chènes, afin d’y replanter d’opiniâtres platanes, qui fourniront de l’ombre dans trente ans.

Mon Dieu ! Je serai mort, au niveau de ces chiottes qui hantent les sous-sols, où se heurtaient dans les couloirs voûtés de briques blanches ceux qui cherchent fortune en se touchant le cul. Il y avait des relents de pains tranchés à l’urine, délavés et détrempés d’eaux rasantes, et les cuvettes portaient toutes ces sachets déodorants sous le rebord Jacob Sanitaires. On pissait en l’air, ou bien bas sur les mouches représentées par l’artiste, qui permettaient de viser sans plus penser à son âge précis. D’autres toilettes du Nouveau Monde montrent des femmes,Marilyn, Manson et autres, accoudées au-dessus de vos bites et contemplant leurs fragilités, attentives et sans désir, femmes et verges. Elles étaient bien habillées, décolletées comme des stars, puisque aussi bien leurs yeux étaient baissés, et qu’il n’y avait rien d’autre à voir dans cette direction.

Dans une boîte mexicaine, des femmes se déshabillent sur une planche qui pénètre au-dessus d’un public formé d’hommes, et lorsqu’elles ont fini, au poil près, c’est à l’homme qu’elles ont choisi qui revient de se déshabiller soi-même, à moins qu’elles n’y mettent la main dans un autre numéro, et lorsque l’homme est enserré, nu et fruste, par la plus plantureuse, il doit se tenir digne et contempler ses amis en face, restés sous lui au bas de la planche de show. Le journaliste qui m’avait décrit cela précisait dans son article qu’au moindre frémissement de queue, au moindre embarras, l’homme nu se faisait huer par ses congénères, tant il est vrai que la fiction du Beau procède du respect admiratif et non de l’appétence commune. Un jour Régine, chanteuse et plantureuse devenue, se fit obligeamment traiter par le Canard de « Plus grosse commune de France », ô chef-d’œuvre ! admiration de l’esprit déployé, cécité du réflexe

 

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offensé ! Plus tard, avec son fils, elle subit dans un avion privé les assauts grommelés autant qu’antisémites d’un pilote. Plainte encore, cette fois recevable. Mais qui est son fils ? Comment voler avec ce poids ? L’air est-il aussi solide que le ciment ? Quand cesse-t-on d’avoir peur ? L’écrivant vole d’insignifiance en frivolité dans le même bruit d’ailes que les Victoires sous l’Arc de Triomphe. Il s’effrite aussi sous le poids. Nous admirons de là le Virgin Megastore en son prototype, où déboulait le représentant du Bord de l’Eau, interpellant chacun dans sa vulgarité, Je ne vais pas me faire impressionner par ces ploucs, Nous avons été traités comme des marchands de pommes de terre, avaient relevé les gérants, alors que nous avons un staff d’estimateurs chargés d’évaluer les textes qui nous sont soumis. Je ne fus plus envoyé en mission.

 

Il suffisait de hausser le ton, d’afficher ses façons familières et sa désinvolture, et tout cédait à vos airs entendus. Comme on peut se tromper. Comme tout cède à la marque du jour de la naissance, et comme elle est indélébile, impossible à masquer ! Le sceau des plouqueries reste gravé profondément jusqu’au derme du bétail écarté. Nous ne serons jamais Régine ni Cordy (Annie), qui nous faisait tant rire.

 

VERANTWÖRTLICH 32 03 16

 

« Responsable ». « Qui doit répondre ». Sur le qui-vive. Qui m’a complimenté, fait honte ? Adepte je suis non du confucianisme, oui bien du confusionnisme : dès ma première volonté, l’engourdissement me gagne le cerveau, merde aux Sartriots disant : « Imagine tes ailes, et tu voleras ! » Veux-tu penser ? le sommeil te prendra.

Au culte du héros succède la fourmi.

 

Bientôt sera exalté celui qui trouve sa case sur le damier. Jamais je n’ai entendu la moindre discussion instructive. Ballotter d’un os de son crâne à l’autre. Qu’est-ce que le groupe ?

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Je ne suis responsable de rien.

Régression.

Choisissez donc, soit d’exalter l’enfance,

soit de la rabaisser !

S’il s’agit d’exalter la nature, exaltons le cadavre.

Je hais les « Enrichissez-vous ».

Jamais le tronc d’arbre ne devient crocodile.

 

LE GRECO 32 03 18

 

 

 

Si je pense, si j’affronte, je dors. Attention fragile.

Sachant qu’il y eut rupture. Que l’odeur m’a quitté, comme l’homme du Sud en Islande, relent de moût, de chocolat – lui en voouloir encore, de ces détours de temps perdu -fuis, vieux robinet, jusqu’au Greco, j’ai toujours préféré Zurbarán. Le Greco fällt mir nichts ein, ne me dit rien. L’homme tombé sera hissé sur le trône, qui n’est que du bois, du velours, des dorures. L’homme se laisse accaparer, un disque qui tourne et le voilà distrait, il capte tous les bruits, la volonté s’en va avant d’être venue.

Je ne peux plus lutter contre l’Enfant.

Tous ont choisi l’enfant.

Je compte les minutes et me lamente.

Greco ? … a trouvé la solution. Ne m’intéresse pas.

 

 

 

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JOUISSANCE ABSOLUE 32 02 23

 

 

 

Changement d’emploi du temps est jouissance absolue. Le condor tient Robert Grant en ses griffes, gen Himmel nach, et ton sourire au bord du verre : tous soufflaient dans le tube de verre pour imiter le lion de la Goldwyn Meyer.

Le Grec vient chaque nuit, moustaches tombantes, accablé. Il joue de l’orgue : assis, tête branlante, dox voûté, perplexe – son doigt lève une note comme un lièvre et le canon s’engage et les ogives tremblent et l’organiste se fait aveugle, tel est l’idéal constitutif de l’organisme : du même bois que les tirasses et geignant du fond des poumons.

 

 

 

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