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LE PETIT LIVRE DES GRANDES FETES RELIGIEUSES

Chapitre un



LE PETIT LIVRE DES GRANDES FETES RELIGIEUSES

 

 

HISTOIRE D'UNE DOUBLE ETYMOLOGIE

Depuis l'Antiquité, la plaie reste ouverte : le mot « religio » (ancêtre de « religion » en langue française) vient-il de « religare », « relier » ? ou bien « relegere », « relire avec soin », “choisir” (“élection”) ? La controverse est d'importance : en effet, dans le premier cas, la religion serait ce lien sacré qui nous unit à la divinité d'une part, et entre nous, les humains, d'autre part ; nul doute que les religieux de toute confession ne préfèreraient cette interprétation, qui les parerait tous des plus lénifiantes vertus civilisatrices. Les chrétiens invoquent l'autorité de Lactance et de Tertullien, Pères de l'Eglise (il est question aussi de Lucrèce (-98 / -55) dans son  De natura rerum - or une relecture complète de cette œuvre ne m'a pas fourni la moindre trace d'une telle assertion ; Lucrèce affichait d'ailleurs un matérialisme notoire, et fut dit-on puni de son impiété par les dieux eux-mêmes, qui le rendirent fou...et le firent mourir jeune...)

Or, la seconde hypothèse, (“choisir soigneusement”), loin d'être exclue, a pour elle l'autorité d'un Cicéron (De natura deorum, II, 10) ; elle signifierait alors « moyen de contenter les dieux », « ensemble de pratiques et de rites », et pourquoi pas « moyens de nature magique visant à obtenir des faveurs du monde divin ». Aulu-Gelle emploie le mot religens, « qui respecte scrupuleusement le culte des dieux », dont le contraire est évidemment negligens, « qui les néglige ». Saint Augustin lui-même, tout évêque d'Hippone qu'il fut, ne recule pas devant cette hypothèse. Mais si dans l'ensemble les chrétiens ont préféré la première origine, les païens ne rougirent pas d'avoir recours à la seconde. Et rien jusqu'ici ne permet de départager les tenants de l'une ou de l'autre étymologie. Nos ancêtres les Antiques ne possédaient pas la moindre notion de la science étymologique actuellement en usage.

Ils ne pouvaient se référer qu'aux “on-dit”. Ils interprétaient, par exemple, le mot “amazone” comme “celle qui n'a qu'un sein” : “a” = “un”, “mazos”, “le sein”, ces guerrières ayant paraît-il pour coutume de se couper le sein droit pour avoir plus d'aisance (dans le tir à l'arc), traitement aussi barbare qu'inefficace... les anciens Hottentots se tranchaient un testicule pour être plus légers à la course... Eh bien non ! “amazone” veut dire « qui rassemble » (hama) [ses vêtements] avec une “ceinture” (“zôna”), “qui ne fait qu'un(e) avec sa ceinture” - monumentale erreur des Grecs ! Passons aux Latins : “sepulcrum”, “le tombeau”, proviendrait du prétendu préfixe “se”, “absence de” (nulle part attesté...), et de “pulchrum”, “beau”.

Le sépulcre signifierait donc “le pas beau”, par crainte superstitieuse de le nommer directement... Or ce mot est de la même famille, évidemment, que “sepelire”, “ensevelir”... Passons

sur les élucubrations moyenâgeuses concernant les étymologies de noms de saints, “Agnès” provenant de “agnoscendo”, “en connaissant”, pare qu'elle “connut la voie de la vérité” (Légende dorée de Jacques de Voragine), “Vincent” de “incendiant le vice” et autres pitreries. N'en déplaise donc aux tenants de l'archaïsme, nos connaissances sur le passé s'accroissent, au contraire, à mesure que nous nous en éloignons.

C'est pourquoi il devient de plus en plus difficile d'accepter benoîtement le terme “religion” comme devant “relier” les humains, car dans la réalité, ou étymologiquement – la chose est plus que douteuse...

 

QUE SIGNIFIE “RELIGIO” ?

Ce qui est certain en revanche, c'est que religio signifie scrupule (page 1336 du Gaffiot): “Il s'en fait un scrupule” - aliquid religioni habet. Religio, c'est l' “attention scrupuleuse”, la “délicatesse morale”, la “conscience” (“se faire une conscience de”), et le “sentiment religieux”, la “crainte pieuse”). Enfin, le “culte”, les “pratiques religieuses” : il fallait par exemple prononcer telle prière sept fois et non six, sacrifier à Jupiter un taureau blanc (si l'on n'en trouvait pas, on passait à la craie le flanc de l'animal) (pauvre bête !). Il s'agit donc là ni plus ni moins, in fine, que de rituels magiques ; une telle acception corroborerait donc plutôt l'étymologie re-legere, “recueillir de nouveau”, “repasser dans la pensée” (pour ne rien oublier) (du rite), comme attesté dans le Gaffiot.

Mais qui saura cela désormais, à présent que le latin lui-même, jadis langue des dieux, puis langue de Dieu, n'est même plus considérée comme obligatoire au séminaire, ce qui est tout de même un comble... Ces passes d'armes à fleurets mouchetés nous permettent d'aborder le thème de cet ouvrage ; c'est en effet cette fonction de “relier”, à laquelle certains paraissent (à juste titre) si attachés, qui se manifeste essentiellement lors des cérémonies et des fêtes, caractérisées par leur destination collective. Toutes les festivités ainsi rappellent, à intervalles réguliers, l'appartenance de chaque individu à une collectivité, ou d'une collectivité à une autre plus vaste, telles les fêtes de Jupiter Latin affirmant l'identité latine de cités primitivement indépendantes.

 

COMMENT ET POURQUOI Y A-T-IL DES FETES RELIGIEUSES ?

C'est donc non seulement un élément de cohésion, mais une occasion aussi de défoulement BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 3

 

 

 

 

communautaire, de rupture - de folie : chez les chrétiens, la Fête des Fous, le 1er janvier (jour de la Circoncision) donnait lieu à toutes sortes de débordements, voire de profanations. En dépit des interdictions (la dernière date du 19 janvier 1552), la pratique s'en poursuivit jusqu'en 1645 à Antibes. La fête en soi s'interprète donc comme un élément de désordre, dans un monde que domine l'ordre. Et malgré les mises en garde, les fêtes religieuses risquent toujours de dégénérer en beuveries ou en “foire à tout” (le site Noël” sur internet vous propose pendant des pages toutes les connections commerciales et bouffatoires imaginables avant qu'il soit question le moins du monde d'une quelconque référence religieuse).

Aussi les fêtes religieuses proprement dites, dans les trois religions monothéistes qui nous intéressent ici, tendant à renforcer la cohésion et l'ordre, se sont bien souvent efforcées de se substituer, tant bien que mal, à des célébrations plus ou moins orgiaques, en leur superposant leurs prétextes cultuels et liturgiques, récupérant et confisquant ainsi l'inévitable reliquat de désordres au profit de ses seuls prêtres ou autres illuminés – dont elles se méfiaient par ailleurs.

 

QUELLE EST LEUR FONCTION ?

Une fête religieuse en effet tient à se distinguer d'une fête profane en ce qu'elle fait appel non à quelque sentiment d'appartenance à une communauté professionnelle (“Fête des vignerons”) ou territoriale (fêtes nationales), c'est-à-dire à quelque chose de tangible, mais à une solidarité transcendantale, céleste (sous cet aspect, certaines célébrations patriotiques, en certaines circonstances exaltantes comme la récupération d'une indépendance ou la libération d'un territoire occupé, peuvent s'apparenter à une fête religieuse, dans la mesure où le concept de Nation se trouve exalté au niveau même d'une entité divine ; là encore, la frontière est aisément franchie entre l'émotion et la ripaille : le 14 juillet 1919 fut essentiellement une gigantesque et obscène célébration de la Dive Bouteille bien plus que de la Sainte Patrie...

 

PROFANE OU SACRE

C'est ainsi que nous pourrions différencier le profane du sacré, distinguant plus ou moins malaisément ce qui relève de la tradition profane, des concession profanes (divertissements proprement dits, échange de cadeaux, traditions pittoresques) de ce qui a trait à la célébration proprement dite, pouvant se manifester par des cérémonies austèrement recueillies : mouvement BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 4

 

 

 

 

extrême gravité : mouvement universel de bascule, entre le “plateau” du festin profane, récupéré par les forces apaisantes de la religion, et celui de la célébration solennelle tout empreinte d'élévation – l'un sans l'autre, au vu de la dualité humaine, semblant difficilement concevable. Opposer d'autre part de façon plus sociologique les festivités ou débordements populaires aux recueillements de l'élite en évoquant une “religion à deux vitesses”, une pour le peuple, une pour les clercs, nous rappellera, de façon moins sectaire, moins ésotérique, deux dimensions présentes en chacun de nous, et ce, quelle que soit notre appartenance sociale...

Un autre distinguo s'effectuera également : les cérémonies et fêtes privées, mariages sanctionnés et sanctifiés par la religion, baptêmes, circoncisions et communions, interviennent bien entendu de façon tout à fait particulière (voire inattendue pour des funérailles, conçues dans certaines communautés comme de véritables fêtes) ; mais il semble difficile et peu souhaitable, pour ne pas dire impossible, de célébrer l'une de ces fêtes en même temps qu'une réjouissance officielle. C'est ainsi par exemple que les noces ne peuvent se célébrer, pour les juifs, entre la Pâque et Souccoth (fête des Cabanes), “par suite de l'interdiction de confondre deux occasions différentes de joie, celle de la fête et celle du mariage”. En France catholique, la coutume est de ne pas célébrer de cérémonies familiales un jour de fête ni même un simple dimanche ; il s'agit là du maillage, de la scansion d'une vie individuelle, irrégulièrement superposés à ceux de la vie communautaire.

 

RESPECT DE L'ORDRE CHRONOLOGIQUE

Nous traiterons donc des fêtes religieuses publiques, par ordre chronologique d'apparition des religions, même si d'aucuns affirment qu'Adam fut déjà un parfait musulman ou un parfait juif (n'est-il pas de bonne guerre que chacun s'estime le premier sur la place ? certains chrétiens ne se figurent-ils pas que tous les dogmes remontent à l'Evangile selon Jésus-Christ, ainsi que le moindre rite de tous les sacrements, alors même qu'on leur démontrerait cent fois que tout cela ne s'est élaboré qu'au fil des conciles et des décisions papales, voire impériales ? )

Chaque fête recevra donc une définition, la plus succincte possible ; puis nous établirons sa date, ses références historiques ; nous évoquerons les rites et liturgies qui les accompagnent ; les coutumes et réjouissances, publiques et privées, dont elles sont soulignées ; enfin leur signification mystique, dans la mesure où les sources religieuses des trois grandes confessions monothéistes occidentales, juive, chrétienne et musulmane, nous en aurons instruit.

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LES FETES JUIVES

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LES FETES JUIVES

 

 

 

GENERALITES

Les fêtes juives comprennent des fêtes de p7lerinage, que les fidèles devaient accomplir au Temple de Jérusalem afin d'y apporter leurs offrandes ; ce sont Pessah (“la Pâque”), Chavouoth (“fête des moissons”) et Souccoth (“fête des cabanes” ou “des tabernacles”). Ce pèlerinage cessa d'être obligatoire après la destruction du second temple en 63 de l'ère chrétienne (ou “ère commune”). Il s'agissait vraisemblablement de la célébration de rites agricoles, auxquels la religion substitua sa marque indélébile. Les autres fêtes sont Roch Hachana (“tête de l'année” ou jour de l'an), Yom Kippour (“jour du grand pardon”) et Hanouccah (“fête des lumières”).

Nous y ajouterons “Pourim”, qui concerne plus particulièrement les enfants avec ses cadeaux et ses déguisements. Chacune de nos rubriques s'ouvrira donc sur des questions de datation, et les évènements historiques ayant inauguré leur établissement, puis nous rendrons compte des rites et des coutumes qui s'y attachent, comme nous l'avons dit précédemment ; mais il manquerait l'essentiel à nos chapitres si nous ne nous efforcions pas de déterminer, à partir des meilleures sources, l'esprit qui préside à ces fêtes et les significations profondes, métaphysiques et personnelles, dont on ne saurait les détacher sans en dénaturer le sens.

 

LE CALENDRIER JUIF

 

 

Mois Durée Equivalent grégorien

 

Nissan 30 jours Mars-avril

Iyar 29 «  Avril-mai

Sivan 30 «  Mai-juin

Tammouz 29 «  Juin-juillet

Av 30 «  Juillet-août

Eloul 29 «  Août-septembre

Tishri 30 «  Septembre-octobre

H'eshvan 29 ou 30 jours Octobre-novembre

Kislév 30 ou 29 «  Novembre-décembre

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LES FETES JUIVES

 

 

 

Tévét 29 jours Décembre-janvier

Shevat 30 «  Janvier-février

Adar 29 ou 30 jours Février-mars

[Adar II 29 jours Mars-avril]

 

Les fêtes juives s'établissent à partir d'un calendrier lunaire, différent du calendrier occidental dit “grégorien” ; il existe donc un certain décalage (onze jours de retard environ par année) entre les dates juives et le calendrier devenu universel, décalage rectifié tous les deux ou trois ans par l'intercalation d'un mois supplémentaire appelé adar 2. On ajoute aussi parfois une journée à certains mois, pour éviter que Yom Kippour ne tombe un jour de shabbat, ce qui gênerait considérablement l'accomplissement des rites.

 

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LES FETES JUIVES

 

 

 

ROCH HACHANA

Le Nouvel an juif

La tête de l'année”

Chana”, “l'année”, est apparenté au verbe “chana”, changer.

 

 

 

DATE

Le Jour de l'an se fête les 1er et 2 tishri (septembre-octobre), soit le premier jour du septième mois – comme si nous nous souhaitions la bonne année le premier juillet ; on ne fête plus le 1er du premier mois, celui du printemps (“aviv”) à l'exception des caraïtes, qui ne respectent pas en l'occurrence les prescriptions rabbiniques ; nissan se réfère à la date de la sortie d'Egypte (jour de la Pâque, de Pessah).

En terre d'exil (en galout), depuis la fin du Moyen Âge, Roch Hachana, seule de toutes les fêtes, se célèbre sur deux journées entières en raison de l'impossibilité de faire coïncider les dates en toutes les parties du monde ; y compris en Israël... C'est même en ce jour que le monde fut créé - à la plus antique religion devait revenir l'idée de commémorer la date même de la création de l'univers - “le jour de l'accouchement du monde”. Le calendrier se serait donc déjà trouvé en vigueur avant la création du monde - certains l'affirment également de la Torah. Bien d'autres anniversaires se célèbrent aussi ce jour-là : celui du jugement et du pardon de notre ancêtre Adam, et pour certains celui de la création même d'Adam et Eve ; le premier jour de la création serait alors le 25 éloul.

Des femmes stériles ont conçu ce jour-là un enfant, particulièrement Sarah (qui engendra Isaac) et Rachel (Joseph le Patriarche ; ce dernier fut libéré ce jour-là de prison pour devenir vice-pharaon d'Egypte) – de même, le travail forcé des Hébreux a pris fin ce jour-là en Egypte (sept mois avant la Pâque ?) et la rédemption aura lieu également à Roch Hachana. Roch Hachana concentre donc tous les commencements et toutes les fins du monde, dans une perspective eschatologique globale, point de départ et aboutissement du big bang divin !

Ajoutons à cela le sacrifice d'Abraham, dont le fils Isaac fut remplacé par un bélier : c'est à cette occasion que retentit pour la première fois le son du chofar ; à la suite de cette preuve BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 9

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d'obéissance intervint l'alliance de Yahweh et de son peuple. Abraham fondait ainsi, le jour même de l'anniversaire de la création du monde, la religion unique par excellence, la religion juive. Il fondait du même coup, par un élargissement ultérieur de la même alliance sacrée, la religion chrétienne : d'une part, en refusant le sacrifice d'Isaac, Dieu enseigne à sacrifier son animalité intérieure et non à tuer l'homme, et d'autre part, ce sera le sacrifice du Christ qui mettra un terme aux abattages d'animaux ; le fils non plus du patriarche, mais de Dieu le Père lui-même...

 

DATES

En 2010, Roch Hachana se célébrait les 9 et 10 septembre (5771)

2011 (5772) : 29 et 30 octobre

2012 (5773) : 17 et 18 septembre

On rappellera que la fête de Roch Hachana n'est pas observée par les caraïtes, qui observent strictement la Torah, rejetant la tradition rabbinique.

RITES, LITURGIE

En souvenir justement du bélier que l'ancêtre Abraham sacrifia en lieu et place de son fils, la sonnerie du chofar (corne de bélier) (qui retentit pour la première fois ce jour-là) revêt une importance primordiale. Cette sonnerie est aussi caractéristique de la religion juive que celle des cloches pour le chrétien, ou l'appel du muezzin pour le musulman. Mais plus encore, dans la religion juive, elle représente l'apogée du sentiment originel d'union à Dieu.

Le chofar doit retentir cent fois (signe de bénédiction totale) pendant les cérémonies de Roch Hachana, différemment réparties selon les communautés (les juifs comme les musulmans n'ont pas d'autorité unique à l'instar du pape, chaque groupe suivant donc sa coutume).

Prières, chants et poèmes liturgiques ou “piyyoutim” se succèdent ainsi durant les deux jours de la célébration de Roch Hachana. Nous n'allons pas énumérer tous les détails des cérémonies, nos lecteurs n'ayant pas tous vocation à exercer des fonctions liturgiques à la synagogue. Retenons simplement que, le premier jour, on lit le récit des naissances d'Isaac et de Samuel. Le lendemain, celui du sacrifice d'Isaac, et les rares versets de Jérémie où il est question d'espérance : “Poussez des cris de joie sur Jacob; éclatez d'allégresse à la tête des nations !”

 

BENEDICTIONS PRODIGUEES LE JOUR DE ROCH HACHANA

Baroukh ata Adonay elohénou Malekh Aolam chéhéhiyanou vékiémanou véhiguiyanou BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 10

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lazémane hazé : Béni sois-Tu notre Dieu Roi de l'Univers qui nous a fait vivre, subsister et parvenir à ce moment-là.

Lé chana tova tikatevou – Soyez inscrits pour une bonne année (Chana Tova !)

 

COUTUMES

Le tachlik : ce mot signifie “tu jetteras” (...”tes péchés dans la profondeur de la mer”, Michée, 7, 19). Symboliquement, l'après-midi du premier jour de Roch Hachana, les fidèles retournent leurs poches et jettent dans une eau courante les déchets, miettes et poussières qui s'y sont accumulés, en signe de purification des péchés de l'année ! Les femmes ne sont pas tenues à cette obligation, et doivent se tenir séparées des hommes pendant qu'ils accomplissent ce rite...Certains secouent leur mouchoir, ou jettent une pierre dans l'eau, ou bien y crachent (en Tunisie), ou bien y sautent (au Kurdistan). Si Roch Hachana tombe un chabbat, ces coutumes s'observent le deuxième jour – et certains rabbins rejettent de telles superstitions...

Les autres coutumes se manifestent en général dans le cadre familial, et varient comme nous l'avons vu d'une région à l'autre. Tout le monde s'habille de blanc. Même la nappe qui recouvre le lutrin de la Torah est blanche.

 

REJOUISSANCES ET CADEAUX

Toute fête est l'occasion de somptueux repas : nappe blanche, les petits plats dans les grands, les fleurs ! Le benjamin dépose sur la table les mets de l'espérance : grains de riz, feuilles de menthe et fleurs de lavande. Le repas n'utilisera pas de sel, mais proposera uniquement des plats à base de fruits, de miel, de sucre. Ajoutez à cela le pain brioché, le vin doux ; les fruits du grenadier, du palmier-dattier ; certains, rapportant le nom de tous ces aliments à des passages de l'Ecriture, peuvent ainsi affirmer qu'ils “mangent le Livre” ! On apporte ensuite la tête (roch) d'agneau, ou, à défaut, de poisson, offerte au chef de famille en lui souhaitant de rester “à la tête”, et non “à la queue”...

Se consomme ensuite, avec un minimum de sel tout de même, le potage aux sept légumes, rappel de la bénédiction du pays d'Israël, qui produit le froment et l'orge, le raisin, la figue et la grenade (cette dernière contiendrait 613 graines, nombre de nos mérites ! ...ou des obligations appelées “mitzvoth”, qui sont autant de mérites...) - enfin l'olive et le miel.

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LES FETES JUIVES

 

 

 

Et au dessert, on croque des pommes trempées dans du miel en se souhaitant “une année douce comme la pomme trempée dans le miel”. Certaines communautés confectionnent des boules de pain sur lesquelles on a gravé par exemple une échelle, symbole de l'ascension de l'âme vers Dieu.

Dans certaines communautés sépharades, on observe un jeûne le troisième jour.

 

SIGNIFICATION DE ROCH HACHANA

Deux métaphores peuvent être employées : celle de la plante, dont Roch Hachana est la graine : l'année à venir se rapportera à cette graine ; ou celle, plus moderniste – du “programme” d'ordinateur, qui se déroulera comme il a été programmé !

Mais c'est aussi Yom Tarona, “le jour de la clameur (du chofar)”, ou “Kissé” (“le Trône”, où Dieu s'installe ce jour-là” ( "Notre Dieu et Dieu de nos pères, règne sur le monde entier dans Ta gloire, et préside au monde dans Ta chèreté, et révèle dans la gloire ta puissance sur toutes les créatures terrestres, et il sera connu à toute œuvre que Tu l'as œuvrée , et toute créature comprendra que Tu es son créateur, et chacun dira en son âme, Hachem est Dieu d'Israël, Roi, et Son règne surpasse tout [autre] règne.") - voire, disent les rabbins, “Yom Hadin”, le Jour du jugement” : “A Roch Hachana tous les habitants de la terre passent devant Lui comme le troupeau du berger, ainsi qu'il est dit : “Celui qui a façonné ensemble leur cœur, distingue tous leurs actes.” Et c'est en fonction des actes de l'année qui vient de s'écouler que Dieu ordonnera les évènements pour celle qui vient.”

Nous voulons relater la puissance de cette journée : elle est redoutable. En elle, Ta royauté s'élèvera et Ton trône sera fondé sur la justice. En vérité Tu es le juge et Tu as souvenir des choses tombées dans l'oubli. […] Pareil aux moutons dénombrés par leurs bergers, les hommes et leurs actes sont scrutés par toi ; Tu fixes le délai pour chaque être vivant et Tu décides de son sort. A Roch Hachana, Tu l'inscris et à Kippour tu apposes ton sceau : combien quitteront ce monde et combien y entreront. Qui vivra et qui mourra, qui à la fin de ses jours, qui prématurément, qui par le feu, qui par l'eau, qui par la guerre, qui par l'épidémie. […] Qui sera élevé et qui sera abaissé. Qui sera tourmenté. Qui sera fortuné et qui sera indigent. Mais le retour : téchouva, la prière : téfila, et la justice : tsédaka, peuvent faire revenir Dieu sur sa décision.”

La téfila (prière) n'implique pas de supplication, mais exprime le “rattachement” à Dieu, par un mouvement de bas en haut. La tsédaka est aussi “charité”, sans trace de condescendance ; une attitude de “droiture”

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Il inscrit dans le livre de vie , en effet, ceux qui se sont distingués par leur mérite, et dans le livre de mort ceux qui ont effroyablement péché. Or, la plupart des hommes n'étant ni bons ni mauvais, il est besoin d'attendre huit jours, jusqu'au Yom Kippour (“Jour du pardon”) pour connaître le verdict du Père Suprême. Il ne resterait qu'à trembler et prier en ces “jours terribles”, tout en comptant bien, malgré tout, sur la miséricorde infinie de Dieu. Roch Hachana est l'occasion de “faire téchouva” (“retour sur soi”), où l'on réfléchit lucidement, sans culpabilité, sur le sens de sa vie, de ses relations avec autrui et avec Dieu. Observons que la récompense ou la punition ne s'attribuent que pour la durée d'une année. Bien entendu, au jour de sa mort, chacun recevra sa sentence définitive.

 

LE CHOFAR

Il s'agit d'une corne de bélier. Si Roch Hachana tombe un chabbat, on ne souffle pas dans le chofar. On distingue la teki'ah ( תקיעה, sonnerie longue et ininterrompue), les shbarim (שברים, “brisés”, trois petits sons brefs, la terou'a (תרועה, clameur), série de sept sonneries rapides. C'est, à l'exception des percussions, l'instrument le plus ancien encore en usage : une sonnerie grêle, rauque et râpeuse, nullement triomphale, mais renvoyant, par son caractère archaïque et rudimentaire, à l'origine même des Temps... Certains commentateurs sont même allés jusqu'à le rapprocher des plaintes de la femme en travail ou des premiers cris douloureux du nouveau-né : comme si en vérité surgissait du néant, s'accouchait, le monde entier.

C'est un langage d'avant le langage, celui du cœur lorsqu'il est encore pur, celui qui vous rapproche le plus de la voix informulée de Dieu : voix céleste, “pur vagissement de l'âme” ; rappel de l'origine en même temps que de la fin, cycle inéluctable ici ramassé en un seul instant. A cette interprétation métaphysique se joint le sens plus accessible de la considération morale : de même qu'Israël sonnait le chofar pour entrer en campagne militaire, de même il s'agit pour chaque croyant d'entrer en guerre contre son mauvais penchant, le “yetser hara”. C'est bien sûr la période des “bonnes résolutions”, du ressourcement, de la “table rase”, où l'on reprend en main son intériorité : nous devons changer notre mode de vie, et, partant, le monde. Le son du chofar nous éveille à l'existence, mais aussi nous réveille, car nous avions négligé de lutter : examinons notre conscience, remettons-nous en question au plus profond de nous-mêmes, revenons à notre nature première ! Car le son du chofar, ayant retenti le jour de la création du monde, sonnera aussi le réveil de tous les morts au jour du Jugement dernier.

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YOM KIPPOUR

(“jour du pardon”)

 

GENERALITES

...Ce jugement de Dieu intervient à Yom Kippour, à l'occasion d'un jeûne de vingt-cinq heures durant. Le fidèle reconnaît ses péchés, s'humilie, se réconcilie avec ses ennemis, puis fait son expiation devant Dieu afin d'obtenir son pardon... Cette fête est la plus respectée de toutes celles du calendrier juif (73% des Israéliens), même par les non-croyants (...que l'on appelle ironiquement “les juifs du Kippour”...) : tous les membres d'une communauté juive, même les moins convaincus par la religion, ont en effet à cœur de se retrouver ce jour-là et de resserrer leurs liens : Car en ce jour on fera l'expiation pour vous, afin de vous purifier ; vous serez purifiés de tous vos péchés devant l'Eternel (Lév. 16, 30). "Le dixième jour du septième mois, ce sera pour vous une sainte convocation, et vous mortifierez vos âmes..." (Lévitique 23, 27).

Yom Kippour est le jour le plus saint et le plus solennel. Il marque l'apogée des dix jours de repentir, de pénitence et de retour à Dieu (téchouva) qui suivent la fête de Roch Hachana. C'est l'unique jour de jeûne prescrit par la Bible.

 

DATES

Yom Kippour a lieu le 10 du mois de tichri :

le 18 septembre 2010 (5771)

le 8 octobre 2011 (5772)

le 26 septembre 2012 (5773)

 

HISTORIQUE

Yom Kippour, tout comme Roch Hachana, ne rappelle aucun évènement purement historique (d'après la tradition, ce fut le jour de la circoncision d'Abraham et de toute sa maison). La Torah qualifie Yom Kippour par l'expression “chabat chabaton”, le “chabat des chabat”, qui serait comme “le chabat” de toute l'année, c'est-à-dire, le “Jour” différent de tous les autres jours de l'année. Ce jour de pardon fut octroyé par Dieu aux membres du peuple d'Israël, suite à l'épisode idolâtre du veau d'or dans le désert du Sinaï.

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LES FETES JUIVES

 

 

 

 

LE JEÛNE

Pour obtenir le pardon, trois démarches sont essentielles : la prière, le jeûne et l'aumône. La veille au soir on consomme un repas complet (la seoudat hamafsèqet). Puis le jeûne est observé pendant vingt-cinq heures (du coucher du soleil, la veille, jusqu'à la tombée de la nuit suivante), à partir de 12 ans pour les filles, 13 pour les garçons, un jeûne absolu, sans manger ni boire ; certains vont même jusqu'à ne pas avaler leur propre salive. Quand tout ce temps est écoulé, on fera mieux de ne pas se ruer sur les friandises, mais de prendre, pour commencer, une tasse de thé sucré. Ensuite, bien sûr, ce n'est pas une raison pour s'empiffrer.

 

LITURGIE ANCIENNE

Mentionnons pour mémoire la coutume (désormais interdite) de faire tourner un poulet vivant au-dessus de sa tête en disant "Voici mon double, voici mon remplaçant, voici mon expiation. Puisse cette poule ou ce coq aller jusqu'à la mort pendant que je m'engagerai et continuerai une vie heureuse, longue et paisible.” C'est qu'il n'y avait plus de temple pour les sacrifices. Dans l'Antiquité le Yom Kippour était l'occasion de cérémonies bien plus solennelles qu'aujourd'hui. Le point central de ce jour était le sang versé pour l'expiation du péché. Toute la nation d'Israël se rassemblait pour voir le Grand Prêtre sacrifier un taureau et un bouc. Il apportait le sang de ces animaux dans le Saint des Saints (partie la plus sacrée, la plus reculée du Temple de Jérusalem), et aspergeait sept fois l'arche d'alliance, derrière le voile. Le sang du taureau expiait les péchés du prêtre et celui du bouc, les péchés de tout Israël. En sortant du Saint des Saints, le prêtre posait ses mains sur la tête d'un bouc vivant, le “bouc émissaire”, et transférait sur lui tous les péchés des enfants d'Israël. On le poussait ensuite dans le désert, où il était chargé de rencontrer Dieu... et mourait de faim et de soif : “Aaron jettera le sort sur les deux boucs, un sort pour l'Eternel et un sort pour Azazel (Prince des démons, nommé plus tard Satan). Aaron fera approcher le bouc sur lequel est tombé le sort pour l'Eternel, et il l'offrira en sacrifice d'expiation. Et le bouc sur lequel est tombé le sort pour Azazel sera placé vivant devant l'Eternel, afin qu'il serve à faire l'expiation et qu'il soit lâché dans le désert pour Azazel.” Lév. 16 : 7-10. “Le bouc portera sur lui toutes [les] iniquités” Lév. 16, 22. Les traducteurs bibliques modernes remplacent “bouc émissaire” par “bouc pour Azazel”.

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LITURGIE CONTEMPORAINE

La veille au soir, pour les prières, on porte un tallit (châle de prière), parfois une sorte de toge immaculée ou “kittel”. L'office de “kol nidrè” (“tous les vœux” sont effacés) permet d'annuler tout ce que l'on a promis à Dieu, bien inconsidérément, durant l'année passée (version séfarade) ou à venir (version ashkénaze).

L'office de chakharit (“de l'aube”) comprend la lecture du chapitre 16 du Lévitique (voir plus haut). L'officiant porte ce jour-là une tunique dorée. Puis, après lecture de la description de la cérémonie d'expiation, celle-ci se déroule véritablement : c'est une confession de caractère général, rédigée à la première personne du pluriel (ainsi donc, après avoir bien rappelé ce qu'il convient d'accomplir, on l'accomplit, afin de confirmer la célébration minutieuse et canonique du rite en question).

Le jour du Yom Kippour interviennent cinq offices extrêmement précis, au cours desquels le Grand Prêtre revêt des habits sacerdotaux différents. A la synagogue, les assistants se couvrent la tête et le corps de tallit blancs. À Yom Kippour, chaque prière contient un viddouï ou formule de confession.

L'après-midi, à l'occasion de la minha (“lecture”) traditionnelle, se lit le chapitre 18 du Lévitique, relatif aux interdits sexuels : l'acte d'amour ne doit pas être accompli sans amour ni respect. La lecture de la Torah est complétée par celle de la Haftara (texte tiré des prophètes), relatant l'histoire de Jonas appelant à la conversion, lui qui auparavant refusait de transmettre la parole de Dieu, et du repentir, ou “retour à Dieu” (“téchouva”) du peuple de Ninive. A l'office du yizkor (“commémoration”), les ashkénazes, en particulier, rappellent la mémoire des êtres chers qui sont morts ; c'est alors la prière du kaddich qui constitue l'élément essentiel. Traditionnellement, les enfants, et les adultes dont les parents sont toujours en vie, quittent la synagogue pour la durée de cet office de clôture. Cet office porte le nom de neïla, “fermeture”, car les portes de la repentance se referment : le jugement de Dieu est désormais scellé pour chacun de nous. Le chofar retentit, marquant la fin de cette journée de recueillement et de jeûne.

 

COUTUMES

Le jour même, tout s'immobilise en Israël. Théâtres, cinémas, stades, tout est fermé. Les autobus ne roulent pas. La télévision et la radio ne fonctionnent pas. Du moins en était-il ainsi jusqu'à l'attaque BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 16

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surprise de 1973 - certains juifs ne sont pas près d'oublier qu'après la Shoa, les Européens ont refusé aux avions américains le droit de transiter par leurs aéroports....

 

QUELQUES EXPLICATIONS SUR LE BOUC EMISSAIRE... (“le bouc envoyé”)(à la face de Dieu...)

Ce fameux bouc, prévu pour le jour des propitiations (les “propitiations”, en particulier celles du Yom Kippour, sont des sacrifices qui rendent Dieu propice aux humains, ce qui rachète donc les fautes commises) porte sur lui le mal, et son rejet hors de la communauté est le geste nécessaire à l'expiation. Cependant, comment comprendre la prescription divine d'offrir, pour le servie du jour de Kippour, un bouc destiné à Azazel ? Azazel est le prince céleste régnant sur les déserts et les lieux de désolation. C'est la force qui préside aux destructions, aux guerres, querelles, plaies, blessures, désaccords, désunions et ruines.

L'expression figurée “bouc émissaire” apparaît en France dès 1690, et sera reprise à propos de l'affaire Dreyfus : “Sur ce bouc émissaire du judaïsme, tous les crimes anciens se trouvent représentativement accumulés”(Clemenceau). Un tel sens communément admis révèle à la fois une compréhension littérale du rite expiatoire décrit dans le Lévitique – et la méconnaissance des principes proclamés par a Bible et le judaïsme. Ce passage exposant le sacrifice, l'errance et l'excommunication (le “hérem”) peut être mis en parallèle avec le sacrifice d' Abraham, l'exclusion d'Agar et d'Ismaël, mais surtout avec le meurtre d'Abel par Caïn. La conception juive du pardon diffère de celle du christianisme ; elle enseigne que le pardon ne peut s'obtenir que de la part de la victime. Il faut “excommunier” le pécheur afin que seul, dans le secret de sa conscience, il puisse réfléchir sur la dimension étique de ses actes. L'Être éternel appliqua cette règle à Caïn en lui imposant un signe (“ôt”) afin que personne n'enclenchât une mortelle spirale de violence, et en lui infligeant, justement, l'excommunication. Mais cette dernière, comme voie de descente en soi-même, ne saurait être pour autant confondue avec l'expulsion du bouc vers Azazel. Ce rite cathartique sensibilisait les anciens Hébreux aux conséquences de la transgression des règles. En simulant l'exclusion inique du juste, on attirait l'attention des Hébreux sur les crimes dont tous les hommes, sans exception, peuvent se rendre coupables, provoquant inévitablement l'éclatement des sociétés ; il n'existe pas de communauté humaine sans éthique, et la rupture de cette unité entre Dieu et l'éthique provoque la chute de toute société humaine.

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Ainsi le passage mentionné du Lévitique, loin d'absoudre l'humanité de ses maux, nous place au contraire face à la responsabilité de l'ensemble de nos actes.

 

SIGNIFICATION DE YOM KIPPOUR

Il s'agit donc d'une journée consacrée à l'homme en tant qu'être humain qui nous interpelle au plus profond de notre humanité. Il ne faut pas considérer le Yom Kippour comme une occasion de se laver de ses fautes avec légèreté, mais comme le moment d'un vrai et sincère retour à Dieu (la “téchouva”, terme préférable à celui de “repentir”). On observera qu'il faut en agir de même à propos du sacrement de la confession chez les catholiques ; nous devons nous repentir pour obtenir le pardon. Le juif pratiquant passe la journée à prier Dieu humblement, à la synagogue. Mais sa religion ne connaît pas de confession individuelle ; juste une demande de pardon auprès de chacun de ceux à qui l'on a fait du tort, ce qui est bien plus éprouvant...

Bien entendu ce retour à Dieu implique “une ferme intention de ne plus recommencer”, faute de quoi le pardon n'est pas accordé. Les fautes particulières nécessitant le plus grand pardon de Dieu sont les trois manquements : le premier, à l'amour du Créateur et de la Torah ; le deuxième, à celui du peuple d'Israël ; le troisième, à celui de la terre d'Israël. “Et, par nos efforts, Jérusalem sera sauvée car il est dit : la prière des Justes fait que Dieu sauve Jérusalem” afin de recevoir en héritage la terre d'Israël, “sur les hauteurs du pays”, et de pouvoir “jouir de l'héritage de Jacob, son père” (Isaïe 58, 13-14), ce qui peut s'interpréter comme une promesse de vie future, quoique cette interprétation ne figure pas explicitement dans le Talmud. Certains y voient une promesse divine de possession du territoire hébreu – à condition d'honorer Dieu, sans se borner à son propre intérêt...

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SOUCCOT (ou Fêtes des cabanes (des tabernacles)(tentes), “fête des fruits”, “fête de la moisson “ (dans “L'Exode”) ; “époque du réjouissement” (dans les prières)

 

HISTORIQUE

Cette fête commémore les quarante années d'errance où le peuple d'Israël, échappé d'Egypte, dut se préparer, dans le désert, à entrer en Terre Sainte : “Vous habiterez dans des cabanes pendant sept jours, afin que toutes vos générations sachent que J'ai fait habiter dans les cabanes les fils d'Israël, quand Je les ai faits sortir d'Egypte” (Lévitique, 32, 42-43). Souccot signifie donc “les cabanes”, ou “les tabernacles” (ce sont des sanctuaires itinérants). Mais nous pouvons nous reporter aussi à ce passage de la Bible, relative à la réconciliation d'Esaü et de Jacob : Genèse (33;12) : « Il [Esaü] dit: "Partons et marchons ensemble; je me conformerai à ton pas." Il [Jacob] lui répondit: "Mon seigneur sait que ces enfants sont délicats, que ce menu et ce gros bétail qui allaitent exigent mes soins; si on les surmène un seul jour, tout le jeune bétail périra. Que mon seigneur veuille passer devant son serviteur; moi, je cheminerai à ma commodité, selon le pas de la suite qui m'accompagne et selon le pas des enfants, jusqu'à ce que je rejoigne mon seigneur à Séir." Ésaü dit: "Je veux alors te faire escorter par une partie de mes hommes." II répondit: "A quoi bon? Je voudrais trouver grâce aux yeux de mon seigneur!" Ce jour même, Ésaü reprit le chemin de Séir. Quant à Jacob, il se dirigea vers Soukkoth; il s'y bâtit une demeure et pour son bétail il fit des enclos: c'est pourquoi l'on appela cet endroit Soukkoth. » C'est la fête la plus fréquemment évoquée dans la Bible.

 

DATE

Cette fête se déroule le 15 du mois de tichri, mais un huitième jour (“chmini atsérèt” ou “jour de conclusion”) et un neuvième (“la joie de la Torah”) prolongent les festivités – en Israël, ils se fondent en une seule journée. Le premier et le huitième jour de cette fête sont fériés, les autres “mi-fériés”, c'est-à-dire qu'il est préférable de ne pas s'y livrer à des activités trop prenantes.

Le 7e jour est appelé “Hochana Raba” (ce qui signifie à peu près “de grâce sauve-nous”) à cause des nombreuses et longues prières que chacun récite pour son salut : c'est le jour du retour vers Dieu où ce dernier vous “scelle dans le livre de la vie” ; avec Roch Hachana et Yom Kippour, c'est le jour où “Dieu est le plus proche du peuple d'Israël”.

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Chmini atsérèt”, le 8e jour, Dieu “retient” les fidèles un jour de plus, à l'occasion du pèlerinage à Jérusalem ; mais le soir, les fidèles rentrent chez eux.

Le lendemain, Sim'hat Torah, est la fête de la “Joie de la Torah”.

 

2010 : du jeudi 23 septembre au vendredi 1 octobre.

2011 : du jeudi 13 au vendredi 21 octobre.

2012 : du lundi 1 au mardi 9 octobre.

2013 : du jeudi 19 au vendredi 27 septembre.

2014 : du jeudi 9 au vendredi 17 octobre.

2015 : du lundi 28 septembre au mardi 6 octobre.

 

 

 

RITES

LA CABANE

Pendant huit jours, il faut prendre ses repas dans une cabane (la soucca) construite dans le jardin ou sur le balcon. Sa construction s'est faite dès la fin de Yom Kippour ; ainsi l'expiation est-elle immédiatement suivie d'une obligation (“mitsva”). La cabane en question doit conserver un aspect de provisoire et de fragile. Son toit, en particulier, doit être garni de feuillages. Trois parois en présenteront une certaine solidité – quoiqu'il soit obligatoire de tout reconstruire chaque année. Les branches, le bambou sous toutes ses formes, et les palmes, sont les matériaux les plus utilisés. Il doit s'y trouver plus d'ombre que de lumière, et l'on doit pouvoir apercevoir quelques étoiles, afin de rester sous le regard de Dieu. Pourtant certains tolèrent qu'une simple caravane tienne lieu de Soukka.

On prend ses repas dans la cabane, et, théoriquement, on y dort (ou on y somnole...) Mais les hassidim, traditionalistes, même s'ils les y prennent parfois, n'auraient garde d'y dormir, crainte, disent-ils, de “porter attteinte à la sainteté du lieu”. Au moins, dire le kidoush (la bénédiction) et manger un petit peu du repas du premier soir de la fête dans la soukka est obligatoire. Le fidèle y passera le plus de temps possible, comme dans sa propre maison, y compris avec des meubles. Et l'on y étudie la Torah.

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S'il pleut ou s'il fait trop froid, mieux vaudra toujours sacrifier le rituel aux obligations de santé ; ce qui est toujours le cas dans la religion juive : les malades sont dispensés de dormir dans la soucca. Inutile d'ailleurs de s'y forcer : Dieu ne nous en aura aucune reconnaisance supplémentaire !

 

LE LOULAV

C'est une branche de palmier-dattier, donnant son nom à un faisceau que l'on tient dans sa main, comprenant donc, outre cette branche, une autre de cédrat “étrog” (proche du citronnier) tenu celui-là dans la main gauche, trois de myrte “hadass” et deux tiges de saule de torrent ou “arava” (Lévitique, 23, 40). Tous les jours, ces végétaux seront agités en direction des quatre points cardinaux,vers tous les coins de la soucca, ou à la synagogue, autour de laquelle se déroulent des processions. Puis vers le haut, vers le bas, en récitant des prières qui demandent à Dieu l'abondance et la prospérité.

 

LECTURES ET BENEDICTIONS

Le chabbat de la semaine du Souccot, on procède à la lecture du Livre de l'Ecclésiaste (Vanité des vanités...).

Avant d'entrer dans la soucca, on dit : “Je suis prêt et invité à accomplir la mitsva (“obligation”) de la soucca, comme me l'a ordonné le Créateur, haréni moukhane ou mézoumane lekayème mitsvate soucca kaachèr tsivani baboré...” Et en y pénétrant, on invite Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, Aaron, Joseph ou David (chacun a droit à une journée particulière). Puis il faut réciter le verset : ba souccote téchvou chivéâte yamim, “dans les cabanes séjournez sept jours”.

Le rituel complet, si l'on veut s'y soumettre, est long et très minutieux. Pour finir on boit le vin ; on fait au moins la bénédiction (“motsi”) sur un morceau de pain, et après l'avoir mangé, on récite le “birkat hamazone” (action de grâces).

Chaque soir, après avoir récité le “Shema Israel », on demande à Dieu d’étendre “la soucca de sa paix sur son peuple.”

 

SIM'HAT TORAH

Ce jour-là, les croyants sortent solennellement les rouleaux de la Loi (Sifre Torah) ; il est procédé à la lecture des derniers versets de la Torah, puis on la recommence dès le début : “Béréchit... Au commencement (Dieu fit le ciel et la terre)” Puis on danse dans la synagogue BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 21

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même, en processionnant autour de la bimah (autel), tenant les rouleaux de la Torah dans les bras. Même les enfants sont autorisés à danser autour des rouleaux de la Torah, sous un grand voile au-dessus de leur tête “pour les inclure dans la communauté festive”. C'est la Torah elle-même qui danse avec ceux qui la respectent, tout enveloppée car c'est le temps non pas de l'étude, mais de la réjouissance, comme l'étreinte de la communauté avec son propre corps...

 

SIGNIFICATION DE SOUCCOTH

La cabane en plein air symbolise évidemment la protection divine qui s'exerce jusque dans le dénuement et sous la menace des intempéries. Et justement, la fête de souccoth intervient au moment où le temps très souvent se couvre, tandis que les autres ont tendance à rentrer chez eux pur s'abriter...

 

FETE DES RECOLTES

Dt 16, 13 : « Quant à la fête des Tentes (hag ha-Soukkot), tu la célébreras pendant sept jours lorsque tu auras rentré tout ce qui vient de ton aire et de ton pressoir.” Donc à l'origine, la joie que procurait aux paysans d'Israël la fête de Souccot était surtout provoquée par la période des récoltes. Comme dans tous les pays, ces travaux relatifs à l'agriculture, en particulier la cueillette des fruits, s'accompagnaient de festivités. Cependant, pour éviter que celles-ci ne devinssent l'occasion de débauches, le texte biblique nous met en garde : même en cas de récoltes abondantes, c'est “devant [n]otre Dieu” que “[n]ous [n]ous réjouir[ons]”, certains allant même jusqu'à affirmer que de tels excès, justement, provoquèrent la destruction des deux temples d'Israël.

C'est pourquoi les prêtres ont chargé cette fête d'une

SIGNIFICATION RELIGIEUSE

Tous les rites, d'abord, rappelleront la vie au désert des ancêtres hébraïques. Les quatre espèces végétales prescrites dans la Bible peuvent s'interpréter comme un symbole des différentes classes sociales du peuple d'Israël, qui manifestent ainsi leur unité en cette occasion. Il y a d'autres interprétations populaires : le palmier, c'est le corps de l'homme ; le cédrat, son cœur (lieu de l'intellect, pour la Bible) ; le myrte, ce sont ses yeux, et le saule, ses lèvres - “tout ce qui pourrait induire l'homme à pécher”. Ou bien, ce seront quatre caractères : le cédrat évoque le juste ; le palmier sera le juif qui se borne à la lettre de la Torah, le myrte l'homme qui agit sans la connaître – BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 22

LES FETES JUIVES

 

 

 

et le saule, sans fruit, sans parfum, symbolise l'ignorant... “Que ces quatre espèces d'hommes se rassemblent et que chacun fasse expiation pour l'autre. »

Mais la joie doit régner ! C'est même une mitsva, une obligation : “Tu te réjouiras pendant la fête”, Deut. 16, 14 – afin de célébrer la protection divine. Celui se prend au sérieux (“ces choses-là ne sont pas de mon rang”) sera blâmé. Car "le roi David lui-même saute et fait des pirouettes devant Dieu".»

La cabane présente dans le toit des ouvertures, afin de nous mettre plus évidemment encore sous le regard de la divinité. Le caractère provisoire de cette construction nous enseigne aussi à ne nous attacher à rien de matériel, car notre existence à nous aussi est provisoire ; la vie terrestre n'est qu'un épisode - d'où la lecture du livre de l'Ecclésiaste... C'est Dieu qui est notre seul abri. Notre maison de briques et de pierre ? Elle aussi périra. Tel est le sort commun bien sûr de toute l'humanité, mais plus particulièrement du peuple juif, qui a souvent dû, au cours de son histoire, déménager en catastrophe, mener une vie errante et dépourvue de sécurité matérielle. Or seuls Dieu et la Foi sont éternels – ce qui doit nous rassurer sur notre sort. Les croyants voient dans le caractère provisoire et incessamment renouvelé de cet habitat, symbole de la perpétuelle diaspora du peuple juif, une occasion de se réjouir de l'immortalité du peuple élu, qui résiste à tout.

Se trouve conséquemment sollicité le sentiment de fraternité à l'égard de tous les errants de la terre, et de tous ses passagers. Tout hôte doit être traité avec bienveillance. Le non-juif est le bienvenu. La fraternisation juive implique un rapprochement avec les autres nations. Lorsque le temple était débout, l'on sacrifiait 70 taureaux, symbole des “70 nations”. Et cependant, Souccot est peut-être la seule fête qui n'a pas été récupérée par le monde chrétien. (Pessah fut rapproché de Pâques, Chavouot de la Pentecôte, Pourim du Mardi Gras, et même Hanouka de Noël. Mais la fête de Souccot reste à la fois fraternelle et spécifiquement juive.)

Sur le plan personnel, il s'agit de se ramener soi-même progressivement dans un sentiment d'amour et de reconnaissances universelles ; progressivement en effet, car nous devons considérer nos faiblesses et ne pas nous désespérer de n'être pas des saints. Il ne s'agit donc pas d'une illumination surnaturelle qui nous transporterait dans un état extatique : “Un juif admet les épreuves d'une vie fragile et il continue” - l'amour de Dieu lui aussi “sait attendre”.

Le temps de Souccoth doit être mis à profit pour retrouver le chemin de notre intériorité, dans le calme, et le sentiment de cette présence divine en chacun de nous. BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 23

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PESSAH

le passage” (par-dessus)(anglais : passover”) (français : la Pâque juive)

-zmann hérouténou, “le temps de notre libération”.

hag ha matzot “fête des azymes”

 

GENERALITES

Les fêtes de la Pessah sont également célébrées durant huit jours, à partir du 15 du mois de nissan. C'était également une fête “de pèlerinage” (à Jérusalem). Il s'agissait de fêter le printemps, au moment de récolter l'orge.

Historiquement (même si l'Histoire demeure à ce sujet dubitative) et religieusement, Pessah commémore la sortie, pour le peuple hébreu, de son esclavage d'Egypte.

 

DATES

Le calcul de la date de Pessah reste primordial, car c'est d'après elle que l'on fixe la célébration de plusieurs fêtes.

2011 : du 16 au 21 avril

2012 : du 7 au 13 avril.

En “galout” (terre d'exil), on célèbre cette fête avec une particulière intensité les deux premiers jours.

 

LITURGIE

A partir du second séder, on commence à compter sept semaines, à l'issue desquelles se célébrera la Pentecôte juive ou “Chavouoth”. On se rend quotidiennement à la synagogue, pour remercier Dieu de la libération accordée au peuple juif. L'assistance récite le hallel (“la louange”) : les Psaumes 113 à 118, le 114 évoquant en termes explicites la sortie d'Egypte, il y a environ 3500 ans. De plus en plus d'historiens remettent en cause l'existence réelle de cet épisode ; nous répondrons que depuis le temps qu'Israël célèbre Pessah, elle lui a en quelque sorte conféré une réalité interne, à tout le moins symbolique. Les dogmes de toutes les religions sont susceptibles d'interprétations variées. “Etre BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 24

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juif”, dit à peu près le philosophe Memmi, “c'est aussi partager en commun un certain imaginaire”, une certaine culture.

Le Cantique des Cantiques fait également l'objet d'une lecture solennelle en raison de la célébration du printemps qui y figure. Dans les synagogues ashkénazes, le “yizkor, ou “office de commémoration », se lit en public le dernier jour de la fête.

COUTUMES, FESTIVITES

La Haggada (ensemble des textes rabbiniques, surtout palestiniens, fondés sur la Torah) rapporte les exégèses et les interprétations homilétiques des rabbins de l'Antiquité. C'est l'origine même de la vie littéraire juive. Elle relate cette miraculeuse délivrance ; c'est le manuscrit le plus abondamment recopié, reproduit à travers les âges. Ce récit constitue en effet le fondement de la conscience juive. C'est une fête familiale, autour d'une table abondamment servie ; tous les convives tient à disposer d'un texte sacré bien à lui, afin de participer activement au rite.

Afin que le repas du séder soit préparé de façon rituelle, chaque membre de la famille se livre à une minutieuse recherche à travers la maison ou l'appartement : il ne doit pas y subsister la moindre parcelle de levain, d'où un nettoyage complet (certains dissimulent les miettes dans dix sachets de papier – que les enfants doivent retrouver !) Ces débris peuvent être détruits, voire fictivement vendus à un non-juif... Il est parfaitement permis de consommer du riz, quoique les juifs marocains, traditionnellement, s'en abstiennent. Les ustensiles de cuisine en contact avec le haméts devront être “cachérisés” - par l'eau bouillante ou par le feu. Pour les resquilleurs : il ne suffit pas d'aller habiter pendant la fête à l'hôtel ou chez des non-croyants... Les obligations de Pessah ne sont levées que si l'on est absent de chez soi depuis au moins trente jours !

La famille dispose au milieu de la table une coupe de vin, sur laquelle on récite la bénédiction du kiddouch ; elle est appelée “coupe d'Elie”, le prophète, précurseur du Messie, étant censé venir participer à cette purification de la maison. Personne ne verrouille la porte, pour accueillir celui qui se présentera : “Celui qui a faim”, disait-on en Tunisie, “qu'il vienne”. Tout un scénario immuable pourra alors se dérouler, en quinze étapes ou “montées”, scandées par quinze psaumes. Comme il est particulièrement détaillé, mieux vaut se procurer un exemplaire du Choul'hane aroukh (“la table dressée”), qui résume l'ensemble des prescriptions, que l'on trouve dans toutes les librairies juives.

Toute nourriture comportant du levain est appelée “hamets” (pain, gâteaux, pâtes alimentaires) ; en effet, le soir de l'Exode, aucune famille n'avait eu le temps de faire lever le pain BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 25

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que chacune se cuisait personnellement, mais emporta la préparation telle quelle, sans adjonction de levain. On ne doit donc pas en consommer durant les huit jours de Pessah.

Noter que les fils aînés, ainsi que tous ceux qui veulent les rejoindre dans cette coutume, doivent jeûner en souvenir de la tristesse provoquée par la mort des premiers-nés d'Egypte, dernière des plaies du même nom, après laquelle Pharaon autorisa, bien malgré lui, les Hébreux à quitter leur terre d'exil.

Le soir du repas de séder (qui signifie “ordre”, à savoir celui du déroulement de la cérémonie familiale, au premier soir de Pessah), tout le monde consommera de la matsa, c'est-à-dire du pain sans levain, ce qui est le contraire du hamets. Il faut en manger au moins trente grammes. Quelques produits alimentaires sont aussi consommés : fruits et légumes frais, poissons, eau minérale naturelle. On boit aussi quatre coupes de vin (ou de jus de raisin casher), à différentes étapes de la célébration, pour indiquer les quatre étapes de la libération du peuple juif (Ex. 6, 6-7) – à moins qu'il ne s'agisse là encore d'un rappel du sang versé des nouveaux-nés d'Egypte.

Le Maggid est le Récit de la libération. Le plus jeune des enfants pose “les quatre questions” : “En quoi cette nuit est-elle différente de toutes les autres nuits ? Pourquoi cette nuit ne mange-t-on que des azymes ? Pourquoi cette nuit ne mange-t-on que des herbes amères ? Pourquoi cette nuit, alors que toutes les autres nous mangeons soit asssis soit couchés, sommes-nous accoudés pour manger ?” (sur le coude gauche, comme des hommes libres...) Alors, le père de famille répond aux questions, en rappelant les circonstances de la sortie d'Egypte : par exemple si l'on mange du maror (de la laitue, du chèvrefeuille, de la chicorée), c'est en souvenir de l'amertume de l'esclavage – mais le harosset (rappelant le mortier d'où l'on tirait les briques) en atténue l'amertume : on trempe les herbes dans une pâte de fruits ou une compote ; en Orient, le harosset se compose d'amandes, de dattes ou de figues – en Europe, de pommes et de noix – chez les Portugais, d'amandes, de pommes, de raisins, d'épices et de vin. Les judéo-espagnols ajoutent du raisin sec trempé dans le vin ; au Surinam, on ajoute même de la noix de coco !

On mange aussi parfois un œuf dur, commémorant le deuil de la destruction du temple. Autrefois, le commandement essentiel était de faire le sacrifice de l'agneau pascal, le 14 (Pleine Lune) du mois de Nissan, et de le consommer le soir-même ; un os grillé d'agneau figure sur la table du séder. Le père de famille rappelle ensuite le sacrifice de Pessah en souvenir du “saut”, du “passage” que l'ange de la mort accomplit au-dessus des maisons juives (au jeu, on dit : “je BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 26

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passe !”) - dont les premiers-nés, eux, furent épargnés. Après le repas, qui fait partie intégrante de la cérémonie, le séder se conclut autour de chants symboliques. Chacun loue l'Eternel “qui nous a sortis de l'esclavage d'Egypte, nous a donné la Torah et nous a offert la terre d'Israël”, et l'on prononce la formule immémoriale “L'an prochain à Jérusalem” - la chana ha baa bi Yérouchalaïm – en Israël on ajoute ha benouhay, “qui a été reconstruite”.

Notons que d'après les Évangiles, c'est pendant la commémoration de cette fête juive par Jésus et ses disciples (la Cène ressemble fortement au premier soir du Séder) qu'eurent lieu la mort et la résurrection de Jésus. L'agneau, le sang associé au vin, le pain, l'Eucharistie, figurent au centre des célébrations chrétiennes.

En 2006, pour la première fois, les juifs marocains de Paris ont célébré la mimouna (peut-être que ce mot provient du mot arabe “mimoun”, “la chance) : c'est la permission de faire cuire du pain avec levain, lorsque la semaine de Pessah est terminée. Parfois, c'étaient les musulmans qui apportaient leur propre pain dans la maison de leurs amis juifs. A l'origine, on célébrait la fin des pèlerinages par un grand repas. Et c'est à partir du XVIIIe siècle de notre ère que les communautés juives d'Afrique du Nord l'ont célébrée. Le couscous, défendu en temps de Pessah bien entendu, retrouve la place d'honneur, ainsi que la pâte appelée “moufleta”. Ajoutons à cela un poisson (symbolisant la fertilité), du lait, du miel, de la farine, des épis de blé – et des billets de banque ou des pièces de monnaie. En Algérie, parfois, la famille se rend au cimetière, ou en forêt.

 

SIGNIFICATION DE PESSAH

Pessah signifie “le passage”, au double sens du terme : d'une part, lorsque les Hébreux s'enfuirent d'Egypte, le “passage” leur aurait été accordé par le retrait de la mer Rouge. C'est “le temps de notre libération”, “zémane hérouténou”. Mais il s'agissait aussi à l'origine de célébrer le retour du printemps : on sacrifiait un agneau, dont le sang recouvrait le pourtour des portes de la tente ou de la cabane afin de protéger les familles. Or, ce sacrifice n'est plus possible depuis la destruction du temple par l'empereur Titus, en 70. La fête du pain azyme, déjà mentionnée par Aaron frère de Moïse, renvoie non plus au nomadisme, mais au sédentarisme, nécessaire afin de récolter une moisson. Et ce n'est que par la suite que ces fêtes auraient célébré l'exode, la délivrance du peuple hébreu. Une partie de ce peuple en effet, nous dit la Bible, vivait en esclavage en Egypte. Dieu annonce la dixième et dernière plaie d'Egypte, la plus terrible : “Le sang vous servira de signe, sur BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 27

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les maisons où vous serez. Je verrai le sang, je passerai par-dessus vous, et le fléau destructeur ne vous atteindra pas, quand je frapperai le pays d'Egypte. Ce jour-là vous servira de mémorial.” (Exode 12, 13). Tous les premiers-nés furent tués par l'ange de la mort, Azraël, à l'exception des premiers-nés d'Israël- tel est donc le second sens du terme “ passage” : l'ange avait “passé”, “sauté” les portes signalées par un badigeon de sang sur leur linteau.

La Pâque représente donc la célébration du “passage” de l'esclavage à la liberté, le printemps du peuple sauvé, la renaissance de la nation hébraïque, par la survie, justement, de ses premiers-nés. Pessah, comme Roch Hachana, est donc l'occasion de fêter un recommencement, une remise en ordre (le “séder”) : l'homme n'est pas l'esclave de l'homme, mais le serviteur de Dieu, libérateur des opprimés. Libération politique et sociale, certes, mais aussi « réembrayement » du monde, remise en état de la dimension juive – en terre d'Israël, selon les derniers mots du séder. Car il a été mis fin à un grand désordre. " Chaque génération doit se considérer comme sortie d'Egypte" – la marche ne sera jamais achevée, c'est à la nouvelle génération, à nous-mêmes, de poursuivre l'immortelle aventure du peuple d'Israël, qui se poursuit à travers nous, incarnation même de l'identité juive.

Revenons en effet sur l'assimilation du peuple juif, qu'il ait été ou non historiquement dans une condition d'esclavage : il semble qu'une partie du peuple se soit laissé entraîné à une brillante collaboration avec l'aristocratie pharaonique : Moïse avait accès au Pharaon, et les juifs purent même emprunter des vases précieux avant de fuir dans le désert. Il fut assurément difficile, pour ceux qui n'étaient pas esclaves, de s'arracher à ces liens, et les films d'Hollywood pèchent assurément par excès de simplification ! Et nous aussi, à notre époque, nous avons vécu l'impossibilité d'une assimilation pourtant estimée profonde des citoyens juifs, aussi bien d'ailleurs qu'un rejet profond, allant jusqu'aux meurtres, et ce dans un laps de temps très court... Qui peut se dire totalement assimilé, même après des siècles ? Et c'est alors que nous devons nous émerveiller de ce sursaut de foi qui a conduit jadis le peuple hébreu dans le désert, à la recherche non pas d'une perfection, mais de racines, de valeurs ataviques, d'une fidélité, d'un choix, du désir de sans fin transmettre le flambeau – sursaut qui se poursuit jusqu'à nos jours de façon parfois irrépressible. Certains n'hésitent pas à affirmer qu'il n'y a qu'une seule chose à faire pour être pleinement juif : rejoindre la terre d'Israël promise par Dieu.

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Sur un plan plus métaphorique, mais non moins puissant, Pessah nous délivre de toutes nos entraves matérielles et spirituelles, de tous nos malheurs, de tous nos conformismes successifs, que nous devons détruire pour aller de l'avant, monter encore ; et, si nous tombons cent fois, de nous relever cent une fois. Plus généralement, Pessah rappelle à tout Juif son identité, son devoir de transmission et de “passage” du relais à travers les vicissitudes passées ou à venir.

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CHAVOUOTH

Semaines”

 

GENERALITES

Pessa'h, Chavouot et Souccot sont des Atseret (assemblées solennelles), à l'occasion desquelles se tenait un pèlerinage au Temple de Jérusalem. Chavouoth intervient cinquante jours après Pessah, de même que la Pentecôte (“Cinquantième”) après les Pâques chrétiennes. Ce qui n'est pas une raison pour appeler “Chavouot” la “Pentecôte juive”, contresens total. Chavouoth, c'est la fête de la moisson, Hag ha-katsir, “fête de la récolte”, mais c'est aussi la commémoration de la réception de la Torah et des Dix Commandements, de la main même de Moïse, qui la tenait de Dieu en personne.

HISTORIQUE

C'était en l'an 2448 (1313 av. è.c. [“ère chrétienne” ou “ère commune”]. Au sortir d'Egypte, le peuple juif fut guidé dans le désert jusqu'au mont Sinaï. “Pendant leur marche dans le désert, les Hébreux ont été guidés par la shékinah (colonne de nuée), qui s'est immobilisée au pied du Sinaï. Là, Moïse, comprenant que Dieu leur ordonnait de s'arrêter, donna l'ordre de dresser les tentes. Le tonnerre se fit entendre, des éclairs sillonnèrent le ciel, le peuple fut saisi d'épouvante. La montagne du Sinaï était toute en fumée et tremblait avec violence, car Dieu y était descendu au milieu du feu (Exode, 19, 18). Et la voix de l'Eternel se fit entendre, solennelle, et prononça les paroles de la Torah : “Je suis l'Eternel, ton Dieu ; tu n'auras pas d'autres dieux devant la face” (Exode, 19, 18. ) Moïse reçut les Tables de la Loi, et cela se passait sept semaines après le départ d'Egypte, d'où le nom de Chavouoth (“les semaines).

Il est cependant à noter que nulle part, la Torah n'évoque ce jour en tant que “Mattane Torah”, “jour de la Révélation”.

 

LE “ÔMER”

Ômer : ce mot signifie “gerbe” et désigne l'offrande d'orge nouveau présentée au temple au soir du premier jour des festivités de Pessah, au coucher du soleil. Ce mot désormais désigne à compter les cinquante jours qui séparent Pessah, moment de la liberté, de Chavouoth, fête de la BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 30

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réception de la Torah (cette période séparant les deux fêtes, du deuxième au trente-troisième jour, peut se considérer comme un demi-deuil : une épidémie a tué ces jours-là 24 000 disciples du rabbin Aqiva au deuxième siècle de notre ère ; le 33e jour, marquant la fin de cette épidémie, est un jour de fête).

RITES

A l'époque du temple, on sacrifiait un taureau. On présentait donc la première gerbe d'orge de la communauté, soit les “prémices” de la récolte. Puis on lisait une action de grâces. On pouvait aussi offrir les sept produits agricoles mentionnés à Deutéronome, 8, 8 : froment, raisin, figue, grenade, olive, miel et dattes. Ces prémices étaient distribuées aux prêtres de service ce jour-là.

La veille au soir, les femmes et les jeunes filles allument les bougies. L'office du soir a lieu,

Pour commémorer le don de la Torah, certains fidèles veillent toute la nuit au sein de la synagogue pour étudier les textes, certains même, dit-on, dans l'espoir de voir le ciel s'entrouvrir !

Le lendemain, hommes, femmes et enfants se rendent à la synagogue afin d'écouter le Décalogue, ou les Dix Commandements. Mais il n'y a pas de rituel à proprement parler. On lit également le livre de Ruth, arrière-grand-mère de David, et morte ce jour, car une grande partie de ce livre se déroule à l'époque des moissons : souvenons-nous du poème de Victor Hugo “Booz endormi” - “il [Booz] lui offrit [à Ruth] du pain grillé, elle mangea, se rassasia et en laissa.“ Les grains grillés, pris directement des gerbes, étaient la nourriture principale des moissonneurs.

La journée, c'est au tour des Psaumes d'être lus, car Chavouoth est aussi l'anniversaire de la mort de David, auteur de nombreux psaumes. Or, dans le Nouveau Testament chrétien, Actes 2,1, les croyants juifs étaient en pleine fête de Chavouoth quand l'Esprit Saint serait descendu sur les disciples de Jésus...

 

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QUELQUES COUTUMES

En Israël, la fête des moissons est célébrée avec une ampleur particulière, surtout dans la région d'Haïfa et dans les kibboutz ; mais ces derniers n'existent plus beaucoup dans les formes qu'ils avaient à l'origine...

C'est le début de la moisson des blés, on chante le Hava naguila connu dans le monde entier : Translittération Texte Hébreu Traduction française

Hava naguila הבה נגילה Réjouissons-nous

Hava naguila הבה נגילה Réjouissons-nous

Hava naguila venis'mekha הבה נגילה ונשמחה Réjouissons-nous et soyons heureux

(répéter une fois)

Hava neranenah הבה נרננה Chantons !

Hava neranenah הבה נרננה Chantons !

Hava neranenah venis'mekha הבה נרננה ונשמחה Chantons et soyons heureux

(répéter une fois)

Ourou, ourou akhim ! !עורו, עורו אחים Réveillez-vous, réveillez-vous, frères!

Ourou akhim b'lev sameakh עורו אחים בלב שמח Réveillez-vous frères avec le cœur allègre

(répéter cette ligne trois fois)

Ourou akhim, ourou akhim! !עורו אחים, עורו אחים Réveillez-vous, frères, réveillez-vous, frères!

B'lev sameakh בלב שמח Avec le cœur allègre – c'est au point que certains considèrent ce texte comme l'hymne même des juifs...

C'est non seulement la fête des moissons, mais aussi celle du fromage, que l'on déguste sous toutes ses formes. Le matin, on prend un repas à base de lait. Certains versent de l'eau sur les passants, selon la coutume marocaine. En Tunisie, on préparait la kléya : mélange de grains secs grillés “dans un torréfacteur au feu de bois qu'on tournait à la manivelle” : de l'orge, du lin, des pois chiches, des cacahuètes, des amandes... Les enfants consommaient des biscuits de formes variées : les tables de la Loi, une échelle qui a dû permettre à Moïse d'escalader le Sinaï, un cône (le Sinaï lui-même), la main qui écrivit la Torah, une corbeille symbolisant l'offrande de prémices, etc. Il est d'usage aussi pour Chavouoth de décorer sa maison avec des fleurs.

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SIGNIFICATION DE CHAVOUOTH

Chavouoth signifie “semaines” parce que durant 7 semaines le peuple juif s'est recueilli afin de recevoir la Torah – mais le Veau d'Or ??? On peut dire aussi que les moissons duraient sept semaines, au milieu de grandes réjouissances (Jérémie 5,24) – le don des fruits de Chanaan symbolisant la générosité de Dieu, tant sur le plan matériel que sur le plan spirituel. Cela signifie aussi “les serments” : c'est par le don de la Torah que le peuple juif devient véritablement le peuple juif, témoin du message de Dieu devant les autres nations (de même, la Pentecôte représente la véritable naissance de l'Eglise chrétienne)(nous pourrions même établir un parallèle avec l'institution de la charia musulmane). Les dix commandemants (les dix “paroles”, d'où “Décalogue”) se composent de cinq “dévarim” traitant de la foi juive dans ses aspects spirituels (“Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face”), les cinq derniers correspondant à des lois morales et civiques (“Tu ne commettras point d'assassinat - Tu ne commettras point d'adultère”, etc.) : ainsi se trouvent reliés les choses d'en haut à celles d'en bas. Il s'agit donc du jour de l'insertion du terrestre dans le divin, et par conséquent de celle du politique dans le religieux.

Tout est prévu par la Torah, l'intégralité de la vie de chaque juif : il est facile en effet de l'interpréter dans un sens intégraliste. Pour l'érudit, c'est aussi une somme historique, poétique, voire prophétique, d'où rien ne se peut isoler - une conception d'ensemble de l'existence juive : “Tout est Torah”. D'ailleurs, “gravé”, “harout”, se lit également “‘hérout”, la liberté : “Ne lis point ‘harout, dit le Talmud, mais plutôt ‘hérout, car n’est vraiment libre que celui qui se consacre à la Torah.” Or, Chavouoth est la fête la moins célébrée de la communauté juive ; aucun rituel particulier ne se déroule à la synagogue. Et pourtant, sans Chavouoth, aucune autre fête n'aurait lieu d'être célébrée, aucun fondement de la religion n'aurait été institué ! Certains rabbins nous démontrent que cette réception de la Loi, transmise oralement de génération en génération (Moïse reçut à la fois les Dix Paroles, puis la totalité de la Torah, sous forme d'abord écrite puis orale) – réception enrichie par les commentaires des exégètes (le midrasch) se passe à tout moment et en tout lieu, hors de toute délimitation spatiale ou temporelle – ce serait pourquoi nulle réunion particulière ne se déroulerait à la synagogue proprement dite.

Certains vont même jusqu'à affirmer que la Torah est antérieure à la création du monde, puisque c'est l'expression de la volonté de Dieu : “[Il] regarda dans la Torah et créa le monde”.

Ce sont les actions des croyants qui représentent réellement et matériellement la volonté BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 33

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de Dieu : “Chaque juif reçoit ensuite la Torah selon sa propre manière et selon son propre rythme” disait le Rabbi de Kotzk.

Simplement, ce jour-là, méditons sur la nature de Dieu, de sa Révélation et du Contrat de mariage en quelque sorte, de fidélité, que nous avons avec lui : “Naassé vénichma” - "Observons, puis ( ou “en même temps”) essayons de comprendre", ou encore : “ce qui nous fera comprendre" – comme le dit le chrétien Pascal : “Agenouillez-vous, et vous croirez...” Le mystère de l'Incarnation chrétienne, justement, n'est pas autre chose lui non plus que ce reflet de la terre dans le ciel, et du ciel sur la terre, que les religions, mono- ou polythéistes, ont toutes découvert. Ce ne sont pas seulement les lois humaines qui se trouvent corroborées, originées dans les prescriptions divines, mais bien la structuration du monde lui-même, voire son essence. Nous assistons ainsi à un décalque, à une équivalence, à un emboîtement de la loi humaine, de la loi divine et la la loi des Univers eux-mêmes.

Ainsi donc ce qui semblait différencier les religions n'est plus qu'une affaire d'éclairage, de circonstanciel : ici le Christ, là Moïse, là encore Mahomet inspiré par Gabriel, ne font plus que figurer sous une forme plus ou moins mythique le sens même de l'appartenance à la communauté humaine : un rassemblement de “poussières d'étoiles” conscientes de leur rattachement à quelque entité supérieure...

Ce qui navrera certains fidèles de telle ou telle religion réjouira ceux qui ne veulent voir dans les phénomènes religieux que les variations d'une même intuition universellement partagée...

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HANOUCCAH

 

 

HISTOIRE

Aucune source biblique ne mentionne l'origine de cette fête.

Le roi grec de Syrie, Antiochus IV Epiphane (“le Splendide”) (-175 / -164) occupe la Judée. Avec le soutien de certains juifs (les sadducéens, qui remettent en question la brit mila elle-même (la circoncision) et l'observance du shabbat), il veut helléniser par la force la vie quotidienne de l'ensemble du peuple juif (ce qui est contraire à tout l'esprit grec, même envers les “barbares”...). On finit par le surnommer l' “Épimane (l'Insensé). Il installe un autel du dieu Baal Shamen dans le temple de Jérusalem, ordonnant même d'offrir des porcs en holocauste ! Eléazar, docteur de la Loi, âgé dit-on de 99 ans, est mis à mort, ainsi qu'Hannah et ses sept fils, martyrisés. (Vers l'an – 800, dix tribus d'Israël avaient été déportées en Babylonie, où elles s'assimilent rapidement ; en – 670, Nabuchodonosor détruit Jérusalem et son temple ; les Juifs sont à nouveau déportés, mais peuvent respecter leurs coutumes religieuses (plus tard Cyrus, roi de Perse, a permis que les Juifs rejoignissent leur pays pour y reconstruire leur temple) - ce n'était donc pas la première fois que le peuple juif avait dû affronter des ennemis beaucoup plus puissants, mais la lutte n'avait jusque là jamais pris un tel caractère ; un jour de shabat donc, , Antiochus Epiphane entra dans le temple de Jérusalem, “tua tous les Juifs fidèles à leur Dieu. Il mit à sac tous les objets sacrés ainsi que le trésor qui contenait les dons du peuple. Puis la statue de Zeus fut placée dans le Temple, et les Juifs contraints de prendre part, avec les prêtres hellénistes, aux sacrifices idolâtres en l'honneur de Zeus”. (Nous ne pouvons cependant nous empêcher de considérer avec une certaine stupéfaction un Hellène se comportant de façon si opposée à ce qui a toujours constitué le génie proprement grec, celui de la tolérance et de l'ouverture d'esprit).

Toujours est-il que dans le petit village de Modin, Matathias, de la famille sacerdotale des Hasmodéens, donne le signal de la révolte en tuant un collaborateur qui acceptait de sacrifier à sa place. Les combats furent acharnés. L'armée comprenait en particulier tous les membres de la BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 35

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famille des Macchabées (leur nom signifie “marteau” ; leur drapeau portait la phrase suivante : Mi Khamokha Baélim Adonaï : "Qui est comme toi parmi les dieux, Eternel ?" ...Les “Helléniques” furent vaincus, malgré les fameux stratèges grecs Nikanor et Gorgias. Les Juifs alors détruisirent la statue de Zeus, purifièrent le temple de toute la graisse des sacrifices idolâtres, et rallumèrent les lumières du sanctuaire.

Se produisit alors ce que l'on appelle « Miracle de la fiole d'huile » : bien qu'il ne restât que pour une journée d'huile, cette quantité suffit à maintenir la flamme durant huit jours entiers dans le luminaire sacré, le temps d'en préparer d'autre. Ce n'est pas tant la victoire militaire qui importe, mais ce miracle de l’huile. C’est pourquoi la mitsva, l' “obligation” de cette fête est l’allumage des lumières de Hannouca. Hélas, une guerre fratricide naquit entre les partisans de l'ancien ordre et ceux de la nouveauté. Certains n'ayant rien trouvé de mieux que d'en appeler aux armées romaines pour arbitrer le conflit, ces dernières conquirent la Judée, d'où une nouvelle destruction du temple et un second exil des Juifs...

RITE ET LITURGIE

Dans la amida (“prière debout”) des trois offices quotidiens (élément central de tous les offices juifs, “la prière par excellence”), et pendant les prières de grâce à la fin des repas, on rajoute la prière Al hanissim (“Pour les miracles”). Pendant l'office du matin, on rajoute le Hallel, qui sont des actions de grâce, tirées des Psaumes 113 à 118. Et chaque jour, on récite à la synagogue un passage particulier de la Torah. Le soir, les Ashkénazes, après avoir allumé les bougies de Hanouccah, entonnent le “Maoz tsour”, “Puissant rocher”, cantique populaire composé en Allemagne au XIIIe siècle (« Forteresse rocher de mon salut,

vers Toi il convient de louer.

restaure la Maison de ma prière

et là, le sacrifice d'action de remerciement nous sacrifierons.” ; d'autres récitent le Psaume 30. BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 36

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COUTUMES

Chaque famille expose à sa fenêtre un chandelier à huit branches , la ménora de hanoucca ou “hanoukia”. Le premier jour (soit bien sûr la veille au soir), allumage de la première bougie, à l'aide d'une neuvième bougie, appelée “chammach”, 'lumière auxiliaire”); et ainsi de suite, tout au long de la première semaine. Les familles disposaient jadis cette lumière non pas à l'intérieur d'une synagogue, mais à l'extérieur de leur domicile, sur le pas de la porte, dès la tombée de la nuit, et “jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de passant dans les rues”. Que les fidèles, au moins, demeurent auprès d'elle pendant une demi-heure...

Certaines communautés consacrent le sixième jour aux femmes, en l'honneur de la mère des Macchabées, Hannah, qui fut martyrisée après ses fils ; les juives de Salonique en particulier préparaient des plats sucrés et se réunissaient, sans les hommes ! afin de régler les éventuels différends survenus entre elles au cours de l'année... La coutume, en tout cas, est d'offrir à tous des beignets à la confiture. Les enfants ashkénazes recevront volontiers une petite somme d'argent, le Hanouccah Guelt... qu'il est interdit de compter à la lueur des bougies... Autre cadeau : des toupies

angulaires, sur les faces desquelles sont inscrites les premières lettres des mots “Un grand miracle est arrivé là-bas”, en yiddich. C'est le jeu du sévivon. On mise de l'argent, ou des bonbons. Le noun signifie nicht : "rien": Le guimel, gants : "tout". Le hey, halb : "moitié". Le shin signifie shtelen, "miser"...

SIGNIFICATION DE HANOUCCAH

Cette fête, de la “re-dédication” (du temple), symbolise la victoire sur les ténèbres. Mais elle a trop souvent tendance, aux yeux des traditionalistes, à se substituer à celle de Noël, pour les enfants qui vivent dans un milieu chrétien. C'est aussi en raison de cette proximité dans le calendrier qu'elle est bien plus célébrée qu'autrefois... Cependant les familles hésitent à s'afficher comme juives en exposant la “hanoukia” sur le pas de leurs portes...

Hanouccah est donc historiquement la première confrontation à une réelle menace d'absorption, d'assimilation d'ordre culturel. Ce n'est pas ici l'extermination, mais l'assimilation qui menaçait déjà en effet en ces époques antiques l'identité juive. Les Juifs s'étaient approprié tout un mode de vie exclusivement hellénique, afin de se faire accepter. La culture hellénique était le BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 37

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modèle dominant. Athènes célébrait la puissance du génie humain, la splendeur du corps, le plaisir des yeux, mais aussi la corruption. Si la famille sacerdotale des Macchabées ne s'était pas révoltée, incitant à prendre les armes, le judaïsme eût été en grand péril de disparaître.

Aussi les petites lumières de la hanoukiah, dans leur isolement, symbolisent la communauté juive unie dans l'obscurité, au-delà des conflits, pour tenir tête à l'adversaire commun. Le Hallel (“chant de grâce”) manifeste la joie du peuple juif et sa reconnaissance envers les miracles de Dieu. Les Juifs n'auraient garde d'omettre, tous les ans, la célébration de Hanouccah. En effet, les docteurs de la Loi ont dit : “Si toutes les fêtes sont supprimées un jour, la fête de Hanouccah continuera à être célébrée avec joie dans nos maisons et nos cœurs seront illuminés par ses lumières.” Tandis que la ménorah s'allume à l’intérieur, et de jour, la hanoukia s'allume vers l'extérieur, et de nuit, depuis notre monde intérieur et spirituel vers le monde extérieur et matériel. Les flammes de Hanouccah évoquent la valeur morale, les sentiments nobles et constants que l'âme juive puise au sein de la Torah.

C'est ainsi que depuis 165 avant l'ère commune, cette fête rend régulièrement hommage aux héroïques martyrs de la foi et de la culture juives : fête de la lutte contre l'assimilation, question toujours essentielle dans la conscience de la judéité : harmonie ou identité ? Dernièrement encore, les autorités éducatives d'Israël ont très mal pris l'initiative de certains lycéens, qui voulurent fêter Hanouccah en utilisant nombre de symboles chrétiens, pour faire plaisir à leurs camarades chrétiens. Aux États-Unis, certaines familles "mixtes" ou assimilées garnissent des Hanukkah bushes (buissons de Hanoukkah, bien proches des arbres de Noël...) et s'échangent des “happy choliday” avec le “het” de “hanouccah”, voire des “chrismukkah ») – aimons-nous tous, “Dieu reconnaîtra les siens...”

 

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LES FETES JUIVES

 

 

 

P O U R I M (“les sorts”, “les hasards”)

 

 

GENERALITES

Cette désignation commémore le lancer de dés qu'effectua Haman, afin de connaître la date la plus favorable à l'extermination des Juifs de Perse. Il descendait de la tribu d’Amalek, réputée pour son hostilité aux juifs. Le premier, il médita une “solution finale” : une extermination. Et pour que cela ne lui portât pas malchance, il tira au(x) sort(s) (“Pourim”) le jour le plus favorable : ce fut le 13 Adar. Or Esther convainquit le roi Assuérus de bannir son mauvais conseiller. Comme Hanouccah, la fête de Pourim est classée parmi les moins importantes de celles qui sont prévues dans la Torah. Mais elle demeure très populaire.

 

DATES

 

La célébration annuelle de la fête par les juifs, “jour du festoiement et de la joie”, a lieu le 14 ou le 15 adar du calendrier hébraïque (février ou mars selon les années). Voici les dates où les juifs célébreront Pourim :

En 2011, le 20 mars

En 2012, le 8 mars. Certaines années, il y a deux mois de adar. On choisit alors le second, tandis que pendant le premier prend place le « Pourim Katan », « Petit Pourim ».

HISTOIRE

Cyrus autorisa les juifs à retourner à Jérusalem. Il restait cependant une forte population juive en Perse, en particulier à Suse, la capitale. Or Assuérus (485 à 465 avant l'ère courante), petit-fils de Cyrus, répudie son épouse Vashti. Ce souverain est identifié à Xerxès Ier, le "grand Roi" de Perse. Pourim fête la victoire d'Esther (“la Secrète”) sur la cruauté du souverain. BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 39

LES FETES JUIVES

 

 

 

Haman, mauvais et puissant conseiller, intervint auprès de lui pour faire massacrer tous les Juifs de Perse, afin de se venger d'un certain Mardochée C'était un important serviteur du palais, qui avait révélé un complot d'eunuques visant à assassiner le roi. Or la cousine de ce Mardochée, Hadassah “Esther”, devait épouser Assuérus, qui avait répudié sa femme précédente (Bat Avigaïl) en découvrant son origine juive. Mordékhaï (Mardochée) persuade Esther de parler au roi sans qu'il le lui ait demandé, crime de lèse-majesté puni de mort ; Esther pria et jeûna trois journées, en demandant aux Juifs de l'imiter. Pendant ce temps, Mardochée parcourt la capitale, Suse, couvert de cendres, afin d'avertir le peuple élu de sa dispatition prochaine et de l'inciter à la révolte.

Esther ne fut pas exécutée, mais c'est Haman qui sera pendu à la potence originellement préparée pour Mardochée...

 

RITE ET LITURGIE

 

Il n'est pas obligatoire, mais simplement recommandé de ne pas travailler à l'occasion de cette fête. Le rite le plus intangible consiste à lire ce jour-là le Livre d'Esther en entier : on déroule la méguillah (le rouleau) qui y correspond. L'assemblée récite à haute voix, avec le lecteur, l'origine et l'ascension de Mardochée. Les femmes entendent obligatoirement cette lecture parce qu'« elles aussi furent impliquées dans ce miracle. » Mais la plupart des communautés orthodoxes, y compris orthodoxes modernes, n'autorisent cependant pas les femmes à lire la Meguila, sauf cas rares : devant des femmes.

Ces prières ont lieu dans une atmosphère de grande liesse. L'assistance à la synagogue en effet ne reste pas nécessairement silencieuse et recueillie. Il est même courant que tous agitent d'énormes crécelles et poussent des huées sitôt qu'on entend le nom de Haman, le mauvais ministre. Ce jour-là on se déguise, mais il ne faut pas pour autant négliger la vénération dont on entoure l'héroïne du jour, Esther : un jeûne est recommandé la veille, en souvenir de celui qu'avaient observé Esther, avant de se présenter devant le roi, .et ses servantes, ainsi que tout le peuple juif. Mais sans téchouva, sans “retour à Dieu”, le jeûne est évidemment absurde.

Pourim est enfin à l'origine de beaucoup de compositions religieuses, dont certaines ont été incorporées à la liturgie, ainsi que d'un grand nombre d'hymnes chantés durant le service public.

 

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LES FETES JUIVES

 

 

 

COUTUMES ET TRADITIONS

Le Livre d'Esther recommande “l'envoi de cadeaux les uns aux autres, et de dons aux pauvres”. Les juifs doivent envoyer des cadeaux comestibles à au moins trois amis. A la synagogue, on fait des quêtes pour les nécessiteux, même les non-juifs. Au repas, on prépare des gâteaux de formes spéciales ; ainsi les juifs d'Allemagne mangent des “Hamantaschen” et des “Hamanohren” (“poches” et “oreilles” de Haman) (en Italie, “orecchi d'Aman”), etc. Le Talmud invite à boire pendant Pourim jusqu'à ce qu'on ne puisse plus distinguer “maudit soit Haman” de “béni soit Mardochée” (“Arour Haman”, “Baroukh Mordekhaï”) ; “il ne s'agit pas de rouler sous la table, mais d'atteindre un niveau qui fait comprendre des notions au-delà de leur simple énonciation” - bénie soit la souplesse de la casuistique !

En Italie, les enfants se battaient en se lançant des noix, Dès le cinquième siècle on brûlait sur l'échafaud un pantin à l'effigie d'Haman, en sonnant de la trompette. D'où la colère des chrétiens, qui voyaient là une façon détournée de ridiculiser Jésus et la croix. Les rabbins essayèrent d'abolir ces coutumes, sans grand succès, même avec le concours des autorités locales, à Londres, en 1783...

Au XIIe siècle, on écrivit les noms de Haman et de son ancêtre Amaleq sur deux pierres, afin de frotter ces dernières l'une contre l'autre jusqu'à effacement des deux noms maudits.

Comme nous le disions plus haut, des drames, des jeux (“Purimspiele”) furent composés, représentés au cours des siècles, en hébreu et en d'autres langues, avec le dessein d'édifier par le rire. Mais ce ne fut bientôt qu'un prétexte, et donna plus tard naissance à la comédie yiddische. Ces satires étaient jugées inappropriées pour les synagogues. Cependant les hassidim de Bobov n'ont jamais cessé de jouer leurs Pourimspieln, tous les ans, à minuit, dans les synagogues de Brooklyn.

 

LE DEGUISEMENT

Pendant Pourim tout est permis”. Cependant on évitera les blagues salaces, afin de respecter la “tsénioute” (“la pudeur”) ; de même, “une femme ne portera pas d'habillements d'hommes, et un homme ne mettra point de vêtements de femmes ; car quiconque fait ces choses est en abomination à l'Eternel, ton Dieu” - or le travestissement est attesté à Venise en 1508, et il existait sans doute quelque temps auparavant. Pourquoi ces déguisements ? ...les méprises et quiproquos ont joué un grand rôle dans le Livre d'Esther : Esther cache au roi, elle aussi, ses origines judéennes; Mardochée BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 41

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connaît en secret certaines langues étrangères, comprenant ainsi Bigtan et Teresh évoquant ouvertement leur complot. Enfin, Haman suggère au roi comment rendre gloire à la personne que le roi veut honorer… il pense à lui-même, et ce fut Mardochée que l'on honora, Haman que l'on pendit... : "venahafo’h hou", “et le contraire se passa”...

Cependant, en Orient, on ne se déguise pas. De nos jours, les villes israéliennes organisent des défilés de Pourim.

 

 

SENS DE POURIM

L'épisode d'Esther est le seul où le nom de Dieu n'est jamais mentionné ; mais il est toujours présent, soit sous la figure du roi, soit dissimulé, lui aussi, dans l'enseignement de la vie quotidienne. Les évènements eux-mêmes traduisent l'aide miraculeuse et il n'y a pas de prodige merveilleux et non naturel : D.ieu mène tout le cours des événements. Quant au magicien Amane, détenteur par conséquent de la plus grande influence à la cour de Perse, il prétend détenir la vérité universelle, un peu l'équivalent de nos grands politiques actuels... Pourim nous apprend à ne pas les craindre. Esther “la cachée” symbolise l'impuissance apparente des forces du bien, menacé, mais qui finit par triompher, avec ses propres armes, contre la médisance (lachone ha râ), et le regard mal intentionné (le âyine ha râ). Obstinons-nous dans la confiance en Dieu, et croyons en nos amis...

Le déguisement : n'oublions pas que le choix d'un masque en dit souvent bien long sur la personnalité de celui qui le choisit...

Bien sûr, il ne manquera pas d'exégètes pour appliquer à la situation contemporaine des sujets de réflexions se rapportant à Pourim : le conflit israélien ne fait qu'instrumentaliser les rivalités entre puissances ennemies ; nous avons lu des vœux pieux : “que ce Pourim soit aussi une libération intérieure pour l'Iran ; et qu'ils ressentent l'émotion qui est passée entre le roi de Perse et la reine Esther.” Mais ce qui touchera toujours les exilés de tout bord, c'est ce serment solennel qui fut composé à l'occasion de la déportation du peuple juif après la conquête babylonienne : « Si je t'oublie Jérusalem, que ma droite me refuse son service; que ma langue se colle à mon palais si je ne place Jérusalem au faîte de ma joie » (Psaume 137, 5-6).

 

C'est pourquoi, chaque fois que la communauté juive s'estima tirée de justesse d'un mauvais pas, BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 42

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elle institua un certain nombre de POURIM PARTICULIERS. Car les dangers auxquels les juifs ont échappé sont aussi divers que les lieux qu'ils ont occupés en galoutt, en exil.
Rappelons quelques-unes de ces circonstances :

 

POURIM DE NARBONNE

Un juif ayant tué un chrétien lors d'une grave dispute, les chrétiens de Narbonne voulurent se venger sur l'ensemble de la communauté. Elle ne dut son salut qu'à l'intervention de Dom Aymeric, gouverneur de la cité, à la tête des autorités municipales... et d'une bonne troupe de soldats...

 

 

POURIM D'ALGER

Après l'expulsion des juifs d'Espagne en 1492, et, plus tard, du Portugal, nombre de juifs trouvèrent refuge en pays musulman, où ils n'étaient pas persécutés. En 1541, les armées espagnoles de Charles-Quint s'emparèrent de Tunis et massacrèrent 70 000 habitants, parmi lesquels de nombreux juifs. Cette même année, ce souverain met le siège devant Alger. La population juive, terrorisée, envahit les synagogues pour se livrer à) la prière. Or le 23 octobre, une tempête détruit la flotte assaillante, qui doit se retirer. On célébra longtemps ce pourim dans la ville d'Alger.

 

POURIM D'AVIGNON

Les circonstances de l'établissement du pourim d'Avignon sont extrêmement révélatrices de tout un état d'esprit, en plein siècle des Lumières, soit le 17 février 1757. C'est l'histoire d'un Avignonnais qui rentre chez lui de nuit, sans éclairage nocturne, en traversant le quartier juif. Or il tombe la tête la première dans un puits ; par chance il se bloque, et parvient, en se retournant, à la force des bras, à sortir de là sain et sauf. Et savez-vous pourquoi la communauté juive célébra cet heureux évènement ? Parce que si l'homme était mort, la population n'aurait pas manqué ce prétexte de se retourner vers la population juive, rendue collectivement responsable, pour se livrer à l'un de ces massacres dont notre histoire est si coutumière. Imaginons la terreur sourde et permanente où devaient vivre de telles communautés.

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POURIM DE FOSSSANO

A Fossano, c'est encore à un massacre que les juifs échappèrent en 1796, lorsque les habitants les rendirent responsables du siège et de l'attaque de leur ville : ne se réjouissaient-ils pas tous lors de la fête de Pessah, qui tombait ces jours-là ? Toute une multitude, en proie à la plus vive fureur, se rendit à la synagogue, lorsqu'une bombe s'abattit sur ladite synagogue, sans faire de victimes – la peur changea de camp, et les prétendus chrétiens s'enfuirent... en abandonnant le butin subtilisé dans leur traversée du ghetto ! Ce fut le jour du “miracle de la bombe ».

 

D'autres pourim célébrèrent des faits similriares : pourim des chrétiens à Ceuta, Tétouan et Tanger, l'armée portugaise ayant été mise en déroute, en 1578, à la Bataille des Trois Rois, pourim d'Oran en 1830. Signalons enfin le pourim de neige, où le quartier juif (le hara) de Tunis fut épargné par les fortes chutes de neige ayant occasionné de forts dégâts dans les autres parties de la ville...

 

POURIM FRIMER (du nom de son fondateur)

Le dernier “pourim” est d'ordre privé. Il fut instauré par le rabbin Frimer, à New York, 33 ans après la Shoah. La famille Frimer voulut ainsi remercier Dieu de l'avoir épargnée lors d'une prise d'otages, à l'occasion d'une rencontre entre Itzhak Rabin et du président Jimmy Carter. Le commando disposait d'armes blanches et d'armes à feu. Un journaliste fut tué. Des menaces de mort furent proférées. Les otages furent regroupés au huitième étage, pieds et poings liés. Après 39 heures, ce ne furent pas moins de 130 otages qu'on libéra, sains et saufs. Un conseil de famille adopta l'instauration d'un pourim, qui fut célébré pour la première fois en 1978 ; c'était le premier à se relier à l'histoire des Etats-Unis. Le rabbin Frimer mourut en 1993 à l'âge de 77 ans.

 

POURIM CONTEMPORAIN ?

Certains voient la Première guerre d'Irak et la victoire américaine comme un signe de Dieu : la force aérienne de Saddam Hussein fut anéantie, et aucun Israëlien ne mourut malgré la chute de 39 missiles. Ce serait le Pourim d'Eréts Israel... qui pendant la guerre précédente, opposant l'imam Khomeïny à l'Irak, avait livré secrètement des armes à l'Iran...

 

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QUESTIONS

Les historiens ont bien du mal à trouver une preuve de l'histoire de Pourim, qui ressemble, jusque dans les noms propres, aux légendes d'Ishtar et Mardoukh, divinités babyloniennes. Ne s'agirait-il pas plutôt d'un sentiment persistant d'insécurité, d'anéantissement, ayant accompagné le peuple juif tout au long de son existence, et qui trouve dans ce mythe une façon de l'exorciser ?

...L'essentiel, en dehors de toute préoccupation mystique, restant de célébrer du mieux que l'on peut, dans une atmosphère festive, la survie du peuple juif à travers toutes les vicissitudes d'une histoire tourmentée...

 

 

 

 

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FETES RELIGIEUSES CHRETIENNES

 

 

GENERALITES

 

 

Les fêtes chrétiennes, de façon plus visible peut-être que les fêtes juives, s'inscrivent dans un cycle annuel indéfiniment renouvelé, mais qui retrace, cette fois, les évènements de la vie du Christ. Cela commence avec Noël, natalis dies ou jour de la Nativité de Jésus, pour s'achever à Pâques, où il est ressuscité.

 

 

Les chrétiens ont fait feu de tout bois comme dirait l'Inquisition pour assimiler tous les cultes qui les ont précédés, depuis les statues de la Vierge érigées au sommet des menhirs, et la tolérance de coutumes celtiques dans le voisinage immédiat des célébrations chrétiennes, telles le sapin de Noël (venu d'Allemagne) ou les œufs de Pâques – jusqu'au détournement des fêtes juives de Pessah, devenue Pâques, ou de Chavouoth, rebaptisée Penteôte. Ce génie du syncrétisme suscita même la désapprobation papale aux Indes et en Chine où les convertisseurs jésuites avaient trop habilement réinterprété les philosophies, rites et croyances asiatiques (une bulle papale de Benoît XIV intervint pour interdire définitivement ces tentatives en 1742, mais les Chinois avaient pour leur part expulsé les chrétiens dix ans plut tôt).

Le film Mission a retracé les tragiques rivalités des missionnaires du Paraguay vis-à-vis du Saint-Siège au XVIIe siècle. Mais de nos jours encore en Amérique latine, il est bien difficile de ne pas reconnaître, derrière les honneurs rendus au Christ-Roi, la persistance millénaire des cultes indiens du Soleil !

Or, c'est précisément ce génie de l'acculturation qui a permis une telle extension, à l'heure actuelle, de la religion chrétienne, catholique ou protestante. Les protestants ne célèbrent pas les fêtes qui ne figurent pas dans l'Evangile, à l'exception de l'Epiphanie, qui a trait à la personne du Christ. Mais depuis le XIX siècle, on commémore au temple, le dernier dimanche d'octobre, la fête de la Réformation, en honneur de Luther qui afficha ses 95 thèses à l'église de Wittenberg en 1517.

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NOËL

 

Généralités et dates

“Noël” vient du latin “natalis dies”, jour de la naissance du Sauveur, Jésus-Christ. Ce mot n'apparaît pas en français avant le XIIIe siècle. Noël se fête, en Occident, le 25 décembre. Certains affirment que cette date aurait été choisie en fonction de la position des étoiles dans le ciel : entre les constellations de l'Âne et du Bœuf se situerait précisément un vide que l'on appelle, depuis les Assyriens, la Crèche... (consulter les textes de Franz Cumont).

Auparavant, cette célébration variait entre le 19 avril et le 26 mai, les Evangiles ne parlant d'aucune date précise. Certains exégètes pencheraient pour le mois d'éthanim (septembre/octobre). Mais à Rome, dans l'Antiquité, les fêtes de Saturne ou Saturnales (fêtes des semailles) se célébraient du 19 ou 26 décembre. César instaura, lors de sa réforme du calendrier (“calendrier julien”) une Fête du Soleil invaincu (c'était lui...) ; or ses astrologies fixèrent par erreur la date du solstice au 25 décembre. Et c'est à cette date que se célébrait également le dieu Mithra, particulièrement en honneur chez les militaires. En 274, l'empereur Aurélien décréta le culte du Soleil Invaincu “religion d'Etat”. La date du 25 décembre fut maintenue. Constantin (306-334) fit du christianisme la religion officielle, quoique minoritaire : Jésus, “”Soleil de Justice”, acquit ainsi sa date de naissance officielle, confirmée par le pape Libère en 354. dont la première célébration officielle date de l'an 330.

Et certains d'estimer que si l'Evangile ne mentionne pas la date exacte de la naissance de Jésus, c'est parce qu'il coexiste avec Dieu le Père, « dans les siècles des siècles » ! Il n'a donc ni commencement ni fin : « Je suis l'Alpha et l'Oméga... »

Observons d'ailleurs que la date de naissance du Prophète, chez les musulmans, historiquement connue et indiscutable, ne fait l'objet d'aucune célébration particulière.

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D'autre part, le moine Denys le Petit (ou le Scythe) s'est trompé sur l'année dans ses calculs, effectués en 532 : le Christ est né, en réalité, en 6 avant Jésus-Christ ; mais pourrait-on parler de la guerre 20-24 ? Quant aux juifs, ils interprètent l'abréviation historique “è.c” (“ère chrétienne”) comme “ère commune”...

Saint Augustin, au Ve siècle encore, ne considérait pas Noël comme une fête importante. Ce n'est qu'un siècle après lui que cette date s'est confirmée, pour concurrencer les fêtes païennes, toujours populaires, du renouveau du soleil. Vers l'an Mil, l'Église imposera autour de Noël une Trêve de Dieu, pour empêcher les seigneurs de se battre ! Ensuite, de telles « trêves » se multiplieront... Ce n'est cependant que dans la première moitié du XIXe siècle que s'est véritablement popularisée, avec toute l'imagerie que nous lui connaissons aujourd'hui, la fête de Noël.

 

 

LES EGLISES ORTHODOXES ET NOËL

Notons que l'Eglise orthodoxe grecque utilise le calendrier julien pour Pâques mais le calendrier grégorien pour Noël (c'est donc le 25 décembre) alors qu'en Russie le calendrier julien est observé : la Noël russe tombe donc le 7 janvier.

 

RECITS EVANGELIQUES

Selon Luc et Mathieu, Marie et Joseph se rendirent à Bethléem afin d'y être recensés. Or, les auberges étant complètes, Marie, sur le point d'accoucher, mit au monde son fils Yéhoshoua (Jésus) dans une étable à Bethléem (“la maison du pain” en hébreu). Marie était toujours vierge, comme l'a proclamé le concile de Latran (649). Après cette naissance, le roi Hérode, gouverneur de Judée au nom du peuple romain, fit massacrer tous les nouveaux-nés, afin que Jésus, fils de Dieu, fît partie du nombre (c'est le “massacre des Innocents”, le 28 décembre). Mais la Sainte Famille (Jésus, son père terrestre Joseph et sa mère Marie) s'était enfuie à dos d'âne en Egypte. Ces récits évangéliques n'ont pas de certitude historique : les fouilles à Bethléhem n'ont pas trouvé trace d'habitat à l'époque de Jésus. L'archéologue Aviram Oshri a pourtant découvert, en 2005, un village homonyme en Galilée, qui était, quant à lui, habité – le débat reste ouvert...

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LITURGIE

Les ornements liturgiques sont blancs, signe de joie. Lecture est faite de l'Evangile selon saint Luc : “En ce temps-là, on publia un édit de César Auguste qui ordonnait de faire le recensement des habitants de toute la terre... » Une messe de minuit est traditionnellement célébrée la veille au soir, le 24 décembre. A la messe dite « de l'aurore », l'officiant lit le chapitre 2, verset 14 : « En ce temps-là, les bergers se dirent les uns aux autres : Allons jusqu'à Bethléem, et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur vient de nous faire annoncer »...

Noël marque le début chronologique de la vie terrestre de Jésus, mais aussi, comme nous l'avons vu, celui de l'année liturgique, s'étendant de Noël à Pâques : naissance, mort (le Vendredi saint), résurrection (le jour de Pâques).

...Certains pays réformés, dans leur désir de se démarquer d'un catholicisme jugé trop profane, ont vu d'un assez mauvais œil les célébrations exagérément festives de Noël. L'Angleterre les a même interdites de 1647 à 1660, et les premiers immigrés américains , à Boston, maintinrent l'interdiction de fêter Noël jusqu'en 1681.

De nos jours, les Églises protestantes célèbrent Noël la nuit, à l'aube et le matin. On peut inclure dans la liturgie la célébration de la Cène. Voici l'introït de la célébration de l'office de nuit : Un enfant nous est né, un fils nous est donné, et la domination reposera sur son épaule. On l'appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la Paix. Chantez à la gloire de l'Eternel un cantique nouveau, car il a fait des choses merveilleuses!

Pour Noël : Psaume 98

« Le peuple qui marchait dans les ténèbres voit une grande lumière; et la lumière resplendit sur ceux qui habitaient dans le pays de l'ombre de la mort. Vous, toute la terre, faites monter vos cris de louange jusqu'à l'Eternel ! Servez l'Eternel avec joie, venez devant lui avec des cris d'allégresse ! » Le protestantisme n'est pas une religion différente du catholicisme ; plutôt une façon différente de vivre la même religion.

 

 

 

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COUTUMES

 

L'Avent (adventus, l'arrivée), depuis Grégoire le Grand (590-604), commence le quatrième dimanche qui précède Noël. Jadis on allumait une bougie par semaine autour d'une grande couronne, ce qui n'est pas sans rappeler la menorah de Hanoukka.. Mais l'on trouve de plus en plus en magasin une espèce de calendrier (c'est un père de famille allemand qui l'a inventé, pour calmer l'impatience de ses enfants !) où sont découpées de petites fenêtres, dissimulant une formule évangélique ou une image pieuse – le plus souvent, une friandise...

 

Les coutumes de Noël sont innombrables. La principale est celle des cadeaux, se référent aux dons offerts à l'enfant Jésus par les bergers ou les rois mages (voir « Epiphanie ») : les enfants les ouvrent la veille au soir, ou le lendemain matin. C'est la grande période pour les marchands de jouets ! Mais l'échange de cadeaux possède une grande valeur de lien social même dans un contexte laïque.

 

 

UNE BREVE HISTOIRE DU PERE Noël

De nos jours on ne sépare pas Noël du Père Noël, qui n'a pourtant rien à voir avec la tradition chrétienne. C'est un personnage fort sympathique, à grande barbe blanche, enveloppé d'une houppelande rouge bordée de fourrure désormais synthétique... Il s'introduit ainsi dans les cheminées pour déposer des cadeaux dans les souliers des enfants sages, comme le chante encore Tino Rossi (toujours abondamment vendu !). Le Père Noël porte une hotte remplie de jouets, et vient à travers ciel dans un grand traîneau tiré par huit ou neuf rennes.

Les origines du Père Noël sont à rechercher auprès des anciennes religions, connaissant toutes certaines divinités chargées de distribuer des cadeaux à tous les enfants. Dans tout le nord de l'Europe, il existait un roi légendaire qui offrait des jouets et des friandises aux enfants sages. Il devient soit le Père Noël, soit saint Nicolas ; la tradition la plus repérable se situe toutefois dans les contextes mythiques germano-scandinaves.

Le premier aspect du Père Noël est le Bonhomme Hiver ou toute autre représentation divinisée de l'hiver ou du gel ( (et même, en Finlande, un bouc généreux...). En Suède, c'est le lutin BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 50

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Julenisse qui apporte les cadeaux, à la fête du milieu de l'hiver, la « Mindvintersblot ». Les Celtes avaient le dieu Gargan (qui inspira le Gargantua de Rabelais), et les Vikings le dieu Odin en personne – mais c'est le lutin suédois qui a fourni à la représentation la fameuse barbe blanche, le bonnet et la fourrure. Les mythologies mentionnent une fête du solstice d'hiver, soit le 21 décembre, à partir de laquelle les jours recommencent à augmenter, apportant la promesse d'un renouveau des saisons et des récoltes futures.

Les mythes nordiques affirment également que la divinité envoie du haut des cieux son énergie au cœur de l'hiver pour que la vie ne s'éteigne pas même au sein des circonstances les plus défavorables. Des liens supplémentaires se tissent alors, aussi bien entre les hommes qu'avec les autres créatures. Les portes des maisons restent ouvertes, des tables garnies de mets et de cadeaux sont mises à la disposition des hôtes de passage. Tout est décoré de rameaux et de guirlandes. Vision probablement idyllique.. Des cérémonies de reconnaissance envers les dieux prenaient également place parmi les réjouissances. Enfin, le soir, tous recevaient les créatures surnaturelles, gnomes et elfes, partageant les bons plats et les histoires.

Les gnomes sautaient sur les tables et s'amusaient à faire rouler des œufs. Les esprits de l'air sifflaient joyeusement autour des maisons pour annoncer leur arrivée. Les faunes jouaient de la flûte dans les jardins et les étables. Seuls une femme, une jeune fille ou un enfant pouvaient distinguer nettement les visiteurs ; ils racontaient donc aux autres, à voix basse, tout ce qui se passait. Chaque visiteur invisible apportait une offrande qu'il plaçait sur les tables richement parées: plantes, fleurs rares, herbes aromatiques, des fruits, de jolies pierres... A minuit, les visiteurs invisibles terminaient leur ronde et les habitants des maisons allaient se coucher, sauf les responsables des feux.

Mais plus tard, dit-on, les créatures humaines attendirent en vain les visiteurs de l'autre monde : la haine, l'envie et la méchanceté les faisaient désormais tous s'enfuir. Les hommes ne crurent plus qu'en leurs facultés rationnelles; ce qui les livra aux ténèbres ; ils étaient devenus « civilisés ». Les êtres de l'autre monde se sont alors transformés – c'est pourquoi voir entrer le père Noël dans les maisons doit rester un moment magique pour les jeunes enfants.

En Europe, les rituels liés à l'approche de l'hiver sont ancestraux. Une tradition païenne voulait que pour exorciser la peur de l'obscurité les jeunes hommes se grimaient, allant de maison BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 51

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en maison pour quémander les offrandes ; le vieil homme qui présidait ce cortège fut appelé Noël dès le XIIe siècle en France. Ce pouvait être aussi une compagnie de « bonnes gens » guidée par dame Abonde, ou Perchta, ou Holle (Diane ? Hérodiade ?) qui bénit les maisons honorables. Les morts de l'année sont là aussi, avec la « mesnie hellequin » (des diables, quelques démons...) - bref, l'Eglise catholique s'est hâtée de remplacer toute cette ménagerie païenne par des saints dûment estampillés.

SAINT NICOLAS

Les bons chrétiens en effet se réfèrent à saint Nicolas, évêque de Myra, qui aurait vécu au IIIe siècle au sud de la Turquie actuelle, près d'Antalya (à Demre). Selon la légende, il aurait sauvé de la mort trois enfants, destinés à être mangés après qu'un boucher les eut découpés et mis au saloir. Au XIe siècle les reliques de saint Nicolas (étymologiquement « le sauveur des peuples ») furent volés, à l'exception d'un morceau de crâne et de mâchoire.

Saint Nicolas est représenté comme le saint protecteur des enfants. Le 6 décembre de chaque année, un personnage, à la ressemblance supposée de Nicolas (grande barbe, crosse et mitre d'évêque, grand vêtement à capuche), passe de maison en maison pour offrir des cadeaux à tous les enfants. Sa fête est célébrée en France de l'est, Allemagne, Suisse, Luxembourg, Belgique, Pologne, Autriche, et en particulier aux Pays-Bas, même après la conversion de ce dernier pays au protestantisme. Or, ce sont les Hollandais qui ont fondé New York, sous son premier nom de Nouvelle Amsterdam !

LE PERE NOËL ET SAINT NICOLAS

En quelques décennies, cette coutume néerlandaise de fêter la Saint Nicolas se répandit ; pour les Américains, Sinter Klaas devint rapidement Santa Claus. La communauté chrétienne alors trouva plus approprié que cette « fête des enfants » soit rapprochée de celle de l'enfant Jésus. Ainsi, le patron des gamins fit désormais sa tournée avec son âne la nuit du 24 décembre. Dès le XVIe siècle était apparu le Père Fouettard pour donner des coups de fouets aux garnements ; les Autrichiens l'appellent Krampus – il est tout barbouillée de suie, il hurle en agitant ses chaînes et sa grosse cloche !

...C'est donc saint Nicolas qui a inspiré le Père Noël... Ce dernier porte aussi la longue barbe blanche, le bonnet de fourrure inspiré par la mitre sacerdotale, et la houppelande. Dans l'Est de la BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 52

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France, les enfants déposent sous le sapin de Noël un verre de vin pour le Père Noël et une carotte pour son âne ! Mais le plus souvent l'âne est remplacé par un traîneau, tiré par des rennes. Chaque région de France donna au Père Noël un nom différent : « Chalande » en Savoie, « Père Janvier » en Bourgogne et dans le Nivernais, « Olentzaro » dans le Pays basque et « Barbassionné » en Normandie.

 

Le personnage du Père Noël connut une destinée hors du commun : en 1809, l'écrivain Washington Irving évoqua pour la première fois les déplacements aériens de saint Nicolas pour la traditionnelle distribution de cadeaux. En 1821, c'est un pasteur américain, Clement Clarke Moore, qui inventa, dans un conte destiné à ses enfants, le Père Noël, dans son traîneau tiré par huit rennes. La crosse se transforma en sucre d'orge, et, pour le coup, le Père Fouettard (incarnation du Mal !) disparut. En 1860, Thomas Nast, illustrateur et caricaturiste à l' Illustrated Weekly, revêtit Santa Claus d'un costume rouge, garni de fourrure blanche et rehaussé d'un large ceinturon de cuir. Il poursuivit son œuvre graphique durant près de 30 années !

L'image actuelle du Père Noël, que nous pensions ancestrale, remonte donc en réalité au XIXe siècle, par l'action de la presse américaine ! Il s'agir là d'un mythe sinon païen, du moins entièrement profane. Le reste appartient à l'enfance, avec ce mélange de féerie et de naïveté.

LES RESIDENCES DU PERE NOËL

En 1885, Thomas Nast fixa la résidence officielle du Père Noël au pôle Nord au moyen d'un dessin représentant deux enfants qui regardaient, sur une carte du monde, le tracé de son parcours depuis le pôle Nord jusqu'aux Etats-Unis. Selon les Norvégiens, le Père Noël habite à Droeback, à 50 km au dus d'Oslo. Pour les Suédois, c'est à Gesunda, au nord-ouest de Stockholm. Les Danois sont persuadés qu'il ...crèche au Groënland alors que les Américains le logent en Alaska. En 1927, les Finlandais ont décrété que le Père Noël (« Joulupukki ») ne pouvait pas vivre au pôle Nord, car il devait nourrir ses rennes ; sa résidence était donc en Laponie, sur la colline du Korvantunturi. Malheureusement cette région est un peu isolée. Ils l'ont donc fait déménager près de la ville de Rovaniemi. Les enfants sont vivement encouragés à lui écrire à cette adresse, en Laponie finnoise, et tous les services postaux du monde se font les complices de cette enfantine supercherie. BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 53

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La Sibérie a revendiqué aussi le domicile du père Noël, mais il y a sans doute confusion avec Ded Moroz, le cousin russe du Père Noël qui est fêté le 7 janvier dans sa ville de Snegoroutcha («fille des neiges »). Dans le Pacifique sud, l'île de Christmas se revendique également comme une résidence secondaire du Père Noël. Et la Turquie n'est pas en reste, ayant conservé comme nous l'avons vu certaines reliques de saint Nicolas dans une région touristique... En France, le courrier envoyé au Père Noël est regroupé à Libourne ; Françoise Dolto, sœur de Jacques Marette, ministre des Postes et Communications de 1962 à 1967, fut la première secrétaire du Père Noël par l'entremise des PTT.

 

LE PERE NOËL ET COCA-COLA

C'est en 1931 que le Père Noël prit son aspect définitif dans une image de Coca-Cola due à Haddon Sundblom : il buvait du Coca pour reprendre des forces pendant sa distribution, et les enfants pouvaient en boire. De plus, il avait désormais une stature humaine, plus accessible, avec un ventre rebondi et l'air jovial. Il porte un pantalon et une tunique, mais en France il a conservé la longue robe rouge – le rouge et le blanc sont les couleurs traditionnelles de Coca-Cola, qui souhaitait inciter les enfants et les adultes à boire du Coca même en hiver... Ainsi, pendant près de 35 ans, Coca-Cola diffusa ce portrait du Père Noël dans la presse écrite, puis à la télévision partout dans le monde. L'idée que les enfants se font aujourd'hui du Père Noël est fortement imprégnée de cette image.

Le Père Noël actuel, joufflu, barbu, nous est donc venu directement des Etats-Unis après guerre, avec le plan Marshall ! Nous sommes donc on ne peut plus éloignés de quelque religion que ce soit. L'Eglise n'ose plus guère à présent afficher son hostilité latente au Père Noël. On connut bien quelques mouvements de protestation de la part des catholiques, certains allant même en 1951, à Dijon, brûler une effigie du Père Noël en place publique ! Rappelons tout de même pour conclure que bien avant Coca-Cola il exista, dans toutes les civilisations occidentales, un personnage offrant des cadeaux, tels le Père Chemineau, dans une robe de bure, avec une hotte. Il existait en outre une multitude de personnages plus ou moins christianisés, qui distribuent leurs offrandes à Noël : en Italie, les enfants reçoivent parfois des cadeaux de la Befana, dont le nom provient vraisemblablement du mot « épiphanie ».

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LE SAPIN DE NOËL

Le sapin n'a rien à voir lui non plus avec le christianisme. C'est tout simplement un message d'espoir et d'éternité, puisqu'il perd ses aiguilles tout au long de l'année, et non pas à l'automne, symbolisant ainsi la permanence de la vie au beau milieu des feuilles mortes. Mais les protestants l'ont rattaché, dès le XVIe siècle, à la croyance de l'arbre du paradis... En 1738, Marie Leszczynska, épouse de Louis XV, fit dresser un sapin de Noël à Versailles. En 1765, Goethe se montra fort surpris devant son premier arbre de Noël, à Leipzig. Comme elles sont parfois récentes, ces coutumes que nous croyions millénaires !

La bûche, elle, n'était pas en bois de sapin. Sa flamme représentait le soleil toujours espéré, c'était chez les Germains la fête de Licht, la lumière (...d'où la Sainte Luce, le 12 décembre...) ou le Yule Log druidique. . Autant que possible, on l'allumait avec les tisons de la bûche de l'année précédente ! On ne pouvait la manipuler qu'avec les mains. Cependant, parfois, une vieille grand-mère la frappait d'une pelle à feu pour en tirer des étincelles et disait : « Bonne année, bonnes récoltes, autant de gerbes et de gerbillons ! » ...A moins qu'on ne prédise le nombre des mariages à faire ou de poulets à naître...

 

Il fallait rappeler, disait l'Eglise, que l'Enfant Jésus était né dans une étable glaciale... où le seul chauffage était le souffle de l'âne et du boeuf... Cette bûche porte un nom différent suivant les pays (en Italie c'est le ceppo) et les provinces :

en Bretagne : kef Nedeleg
- en Bourgogne : suche
- en Franche-Comté : tronche
- en Loir-et-Cher : tréfoir, tréfou
- en Provence : calignaou (en bois d'olivier).

Les cendres de la bûche préserveraient ensuite de la foudre, des pucerons, des renards, etc... A présent, il n'y a plus de grands âtres... c'est une délicieuse pâtisserie, dont le sens symbolique – peut-être fécondant ? - s'est éteint.

LA CRECHE

du germain « krippia », « mangeoire ». Mais on disait en France presepe, (latin praesepe qui BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 55

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désignait à l'origine un parc à bestiaux, l'étable, puis la mangeoire de l'étable) (presepio en italien et en portugais, presebbio en napolitain, pesebre en espagnol. Depuis saint François d'Assise, qui l'a réalisée le premier en 1223, à Greccio, avec des figurants en chair et en os, des crèches reconstituent la scène de la Nativité, et l'adoration des bergers, attestée dans l'Evangile. Noël est donc la fête de l'imagination , car l'existence de la crèche, entre le bœuf et l'âne, semble plus relever de l'astrologie que de la vérité historique ! Chaque région chrétienne conserve ses traditions, les plus connues restant bien entendu depuis le XVIIIe siècle celles des santons de Provence ; à la Révolution, toutes cérémonies chrétiennes étant interdites, on se replia sur son domaine privé. Chaque métier se fit représenter par un santon (« santoun », petit saint) en terre locale : ni plomb, ni plâtre, ni plastique, Les rois mages y sont aussi, mais on ne ne les célèbre que le 6 janvier.

La ville de Naples réalisa de magnifiques crèches, sur plusieurs étages, et les vendit dans toute l'Europe.

CHANTS ET DICTONS

Dès le XIIe siècle, on célébra des mystères mettant en scène l'adoration des bergers, d'abord à l'intérieur, puis devant les porches des églises.

Quant aux chants de Noël, ils rappellent toujours les hivers de l'Europe. Le chant allemand O stille Nacht (« Ô douce nuit ») fut créé en 1818 par l'instituteur en chef du village, Franz Xaver Gruber, et le prêtre Joseph Mohr, à la guitare, faute d'orgue. Quant au refrain bien connu « Il est né le divin enfant / Jouez hautbois résonnez musettes / Il est né le divin enfant / Chantons tous son avènement elle fut imprimée en 1874 en Lorraine, mais remonterait à un air de chasse du XVIIe siècle

Un volume ne suffirait pas pour recueillir les chants populaires de Noël ; nous avons retenu ce couplet poitevin

« Lavou qu'tu cours donc si vite, Pierrot sans chapeau

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Courre, courre itou Nanette, quitte ton troupeau

Quitte ton troupeau, Nanette, quitte ton troupeau

Laisse ici dormir tes ouailles au milieu des prés

Et viens voir une merveille que j'te vas conter

Le sauveur que Dieu nous baille est né cette nuit... »)

Nous pourrions écrire un livre entier sur les chants et dictons de Noël :

Noël au balcon, Pâques aux tisons !

Lune de Noël gouverne le temps jusqu'à la Saint Jean

Claire nuit de Noël, claire javelle

Vent qui souffle à la sortie

De la messe de minuit

Dominera l'an qui suit

Noël humide, Greniers et tonneaux vides.

COMMENT SOUHAITER NOEL

 

Alsacien : Fréliche winorde

Basque : Eguberri On

Breton : Nedeleg laouen

Catalan : Bon Nadal

Corse : Bon Natale

Créole : Jwaïeu Nouel (Guadeloupe), jénwèl (Martinique), zwayé Noèl (Île de la Réunion)

Niçois : Bouòni Calèna

Normand : Bouon Noué

Poitevin : Boune Nàu

Provençal : Bon Nouvé, Nadau ou encore Calèndo (en hommage aux Calendes de janvier romaines, qui désignaient le Jour de l'an

Anglais : Merry Christmas

Allemand : Fröhliche Weihnachten

Chinois : shèng dàn kuài lè

Cornique : Nedelek lowen

Espagnol : Feliz Navidad

Espéranto : Gojan Kristnaskon

Finnois : Hyvää Joulua

Hawaien : Mele Kalikimaka

Hongrois : Boldog karàcsonyt

Italien : Buon Natale

Japonais merī kurisumāsu (importé de l'anglais merry christmas)

Liban : Milad majid wa aam said !(Noël Béni et joyeuse année)

Luxembourg : Schéi Chrëstdeeg

Māori : Meri Kirihimete

Monégasque : Festusu Natale

Portugais : Feliz Natal

Islandais : Gledileg Jol

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Norvégien : Gledelig Jul

Danois : Glædelig Jul

Suédois : God Jul

Néerlandais : Vrolijk Kerstfeest

Roumain : Crăciun Fericit

Gaélique : Nollaig Shona Dhuit

Bulgare : Tchestito Rojdestvo Hristovo

Slovaque : Veselé Vianoce

Slovène : Srecen Bozi

Tahitien : Ia ora'na no te noere

Tchèque : Veselé vánoce (mais sur les cartes de vœux, on utilise une formule de politesse française sans doute en usage en France au XVIIIe siècle « Pour féliciter »)

Polonais : Wesolych Świąt

Russe : Рождеством (rojd yèsst vom)- et on s'arrête là.

SIGNIFICATION DE NOËL

Il faut passer plusieurs écrans de publicité sur les jouets, les recettes de bûches et autres annonces commerciales avant de découvrir des sites qui traitent véritablement du sens religieux de Noël . C'est devenu la fête des réveillons parfois hors de prix (au minimum, la dinde aux marrons), des cadeaux (avec visite du Père Noël dans les écoles), la fête de la famille autour du sapin et de sa guirlande clignotante... Même dans les rues, les municipalités dépensaient encore naguère des fortunes pour une débauche d'illuminations. Lorsqu'on veut respecter la tradition religieuse, on dresse une crèche, on se rend à la messe de minuit.

Tout cela bien sûr pour fêter la naissance de Jésus. Mais qui fut réellement Jésus ? Un nationaliste juif ? Un prédicateur essénien contre les autorités de Palestine ? Un personnage mythique « refabriqué » à partir de certaines traditions messianiques orientales ? Une imagination BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 59

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de philosophes helléniques ? - ou le fils de Dieu fait homme ?

Quoi qu'il en soit, tous les hommes, croyants ou incroyants, espèrent le jour de Noël l'avènement d'un monde de paix, de justice et de tolérance. Une fois dans l'année, soyons reconnaissants à Dieu de s'être fait homme pour faire l'expérience de notre condition ! Quant à Luther, il répéta, à la suite de Maître Eckhardt : « A quoi te sert que le Christ soit né il y a si longtemps dans une étable s'il ne naît aujourd'hui dans ton cœur ? »

 

SYMBOLIQUE DE NOËL

Noël reste la fête des enfants et de la naïveté : chacun de nous conserve l'image de cet enfant au fond de soi, qui veut entendre des récits de légendes et de miracles garantis historiques. Dans ces imaginations transmises d'âge en âge se retrouvent les plus belles pages de l'humanité.

Noël est avant tout la fête de la naissance. Non seulement du lever du soleil, mais de chacun d'entre nous, avec son âme d'enfant. Noël apporte la Vie, la Vérité et l'Amour, qui sont les trois attributs de Dieu. Noël peut donc être, au-delà des festins, l'occasion d'une expérience mystique. Nous devons offrir à l'enfant-roi le meilleur de notre âme. La renaissance du Christ est pour le croyant le gage de la revitalisation de l'année, de la force créatrice de chacun de nous, d'autant plus marquante que cette venue au monde a eu lieu au sein de la nuit la plus sombre, la plus longue et la plus froide de l'année. Pour finir, nous ferons entendre deux voix très différentes, mais dont les messages s'interpellent et se correspondent. D'abord, quelques phrases de la prédication du pasteur Jacques Hostetter-Mills, à Liège en 2002 : « Revoilà Noël !

Noël et son cortège de réjouissances.

Noël et sa dinde farcie, sa bûche, ses cantiques, ses cadeaux, ses retrouvailles amicales et

familiales.

Je ne me situerai pas parmi les chrétiens qui jugent tout cela futile ou de pacotille (…)

Plus souvent que nous ne l’imaginons les personnages bibliques sont présents : Joseph,

Marie, les bergers, les mages, les anges, les archanges… ne fût-ce qu’en forme de

santons… et je m’en réjouis. (Mais) tous ces personnages n’ont de sens que (...)par celui qu’ils regardent. (…) Noël, c’est la plus touchante des fêtes de l’année, celle ou tant d’esprits s’inclinent en pensée devant l’émergence de l’espérance, devant l’Emmanuel. Pas « Dieu pour moi », pas

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même « Dieu pour nous » mais, littéralement, « Dieu avec nous ». (…) L’immense majorité des chrétiens sont des gens « ouverts », capables de discerner ce qui doit être perçu de façon symbolique. (…) La Bible n’est pas un livre d’Histoire, pas plus qu’elle n’est un livre de science. C’est un recueil de témoignages d’êtres qui vivent une relation avec Dieu. (…) Les premiers croyants ne considéraient pas Jésus comme leur seigneur et sauveur par sa naissance, mais bien par la nouveauté et la profondeur de son enseignement (…) Les disciples ont abandonné Jésus au moment de son arrestation et l’ont laissé crucifier sans tenter d’intervenir mais, quelques jours plus tard, ils annonceront avec force la résurrection de celui qui ne pouvait rester au tombeau. (…) En Jésus s’incarne réellement, pour le chrétien que je suis, l’idéal d’humanité voulu par Dieu dès les origines.

Jésus est à ce titre l’Adam véritable, l’homme à l’image de Dieu, le Fils de l’Homme, le Fils de Dieu…(...) Fêter Noël, ce n’est point adhérer à des doctrines abstraites ou nous remémorer des événements ponctuels invérifiables, mais c’est revivre en notre cœur cette naissance merveilleuse qui donna au monde un sauveur parfait. (…) Noël est à mes yeux une bonne nouvelle qui sera toujours à partager avec mes semblables, hommes et femmes de tous horizons et de toutes races, cultures et religions. Un homme, il y a plus ou moins 2000 ans, est né sur cette terre et, parvenu à l’âge adulte, il a, en quelques années, posé des actes et prononcer des paroles justes et bénéfiques qui le rendent à mes yeux véritablement « Fils de Dieu » et « Fils de l’Homme »… »

La seconde voix est celle d'Anne Sylvestre, dont nous avons si souvent écouté la chanson, au temps où nous étions encore de jeunes parents :

Cétait un petit sapin

Pique, pique, pique

C'était un petit sapin

Pique, pique bien

Il vivait dans la forêt

Entouré de grands arbres

Qui sans arrêt se moquaient

Et le trouvaient bien laid

Quand parfois il soupirait

"Vous avez cœur de marbre"

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Les grands arbres s'agitaient

Et de leurs branches riaient

C'était un petit sapin...

 

Quand un jour il demanda

Qu'enfin on lui explique

La raison de ses tracas

Il entendit cela :

"Nous prenons feuille au printemps,

Toi tu es plein de piques.

Puisque tu es différent,

Tu dois être méchant"

C'était un petit sapin...

 

Mais lorsque l'automne s'en vint

Que les feuilles jaunirent

Qu'ils essayèrent en vain

De rester souverains

On vit le petit sapin

Tranquille et sans rien dire

Se dresser près du chemin

Plus vert chaque matin

C'était un petit sapin...

Sous la neige au nouvel an

On le trouva superbe

Et s'il en fut bien content

Ne changea pas pourtant

Et quand vint le mois de mai

Son ombre était sur l'herbe

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Pas plus grande mais jamais

De lui on ne riait

C'était un petit sapin

Si l'histoire finit bien

C'est qu'à propos de feuilles

On peut encore c'est certain

Accepter son voisin

On pourrait aussi l'aimer

A condition qu'on veuille

Penser qu'on est tous plantés

Dans la même forêt

Comme le petit sapin

Pique, pique, pique

Comme le petit sapin

Pique, pique bien.

©Anne Sylvestre

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E P I P H A N I E

L'Epiphanie est aussi appelée « la fête des Rois », et c'est encore l'occasion de partager un bon repas. Son nom signifie « apparition », de l'enfant Jésus aux Rois mages, qui ont suivi l'Etoile du berger pour s'en venir saluer le sauveur dans sa crèche.

 

DATE, GENERALITES

Le six janvier (depuis le Concordat de 1801), 12 jours après Noël, se fête l'Epiphanie. Douze jours : c'est l'intervalle moyen entre une année lunaire et une année solaire. Depuis que la naissance du Christ a été fixée au 25 décembre, les communautés chrétiennes ont interprété le 6 janvier de façon différenciée : l'Adoration des mages à Rome, et en Grèce, le baptême du Christ dans l'eau du Jourdain (ou ce qu'il en reste...) (13 janvier pour les catholiques).

L'Evangile selon saint Luc parle de l'adoration des bergers, représentée dans les crèches ; Mathieu n'en parle pas, mais mentionne « les Mages d'Orient », sans dire leur nombre, ni leurs noms. Mais la tradition les appelle Gaspar, Melchior et Baltazar, offrant le premier de l'or, le deuxième de l'encens, le troisième de la myrrhe. Ces noms nous ont été transmis par la tradition. Un mage, c'est un prêtre perse, versé en astronomie ou astrologie (ce qui, à l'époque, ne se distinguait pas...) Cette date serait aussi la jour du premier miracle de jésus aux noces de Cana – peut-être les siennes...

ORIGINES

Elles sont païennes, et latines, comme il se doit. Certains affirment en effet qu'à la fin des Saturnales, où tout était permis, les Romains tiraient au sort (à la fève) un condamné à mort que l'on traitait comme un roi, puis qu'on exécutait : on est bien peu de choses..

 

TRADITIONS

Les orthodoxes lancent une croix dans un fleuve russe ou roumain soigneusement glacé, où les jeunes gens téméraires la repêchent à la nage. En Grèce, même coutume parfois : la fête est appelée « apparition de Dieu », « Théophanie », d'où sont dérivés les prénoms de Tiphaine et Tiffany. C'est BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 64

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autrement plus revigorant qu'une simple fève dans une galette : on « tirer les rois » ; cette fève peut être une figurine de céramique ; ses collectionneurs s'appellent des « fabofiles »le détenteur de la fève choisit sa reine. Chaque fois que l'un des convives lève le coude, l'assemblée s'écrie « Le Roi boit ! » (ou « la Reine boit »). Et l'on garde une part « pour les pauvres », « pour le Bon Dieu », ou « pour la Vierge » - justement, cette galette coïncidait sous l'Ancien Régime avec la période des redevances féodales.... .

  Que diable disait [M. Fergus] en agitant ses gros sourcils noirs) vient-on nous parler des mages et de leurs présens, à propos d'un usage dont l'origine profane est si bien connue ? Qui est-ce qui ne sait pas que cette plaisanterie du Roi de la Fève nous vient des Romains, dont les enfans, pendant les saturnales, tiraient au sort à qui serait roi du festin ? Cet emploi de la fève, pour interroger le sort, remonte aux Grecs, qui se servaient de fèves pour l'élection de leurs magistrats. Étienne de Jouy, L'hermite (tome V) termine ce récit en affirmant : — Je sais fort bien (répondis-je à mon savant en us) qu'on peut tout désenchanter à force d'érudition ; mais je vous avouerai que la lecture du mémoire le mieux fait sur l'origine du Roi de la Fève ne m'amusera jamais autant qu'une de ces fêtes de famille, devenues beaucoup trop rares aujourd'hui. »

En Espagne, c'est plus souvent le jour de l'Epiphanie que les enfants reçoivent leurs cadeaux (en Amérique latine, « El Dia de los tres Magos »). Ne pas oublier que c'est la « Befania » et non le Père Noël qui distribue les friandises aux petits Italiens !

 

 


SIGNIFICATION

L'or de Melchior, l'Européen, représenterait la royauté du Christ (« le Nouveau Roi des Juifs »), l'encens de Gaspar, l'Asiatique, sa divinité, la myrrhe de Balthazar l'Africain, qui se récolte sous forme de suintement, la souffrance et la mort du Sauveur – on se servait aussi de myrrhe pour embaumer les momies... - et signifie d »e plus le don de prophétie. Nous pouvons aussi parler des trois Personnes de la Trinité, ou des trois âges de la vie (Melchior, barbu, est le plus âgé).

Les protestants ont tendance à passer sous silence cette fête, peu conforme à la tradition biblique.

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Quant à Benoît XVI, il a déclaré ceci : « La venue des Mages de l'orient à Bethléem pour adorer le Messie nouveau-né est le signe de la manifestation du Roi universel à tous les peuples et à tous les hommes qui cherchent la vérité''.

 

 

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LA CHANDELEUR

 

DATE

La Chandeleur : son nom vient du latin « festa candelorum » ou « fête des chandelles » (on les allumait à minuit). Ce jour, 40e après Noël, soit le 2 février (le 15 chez les orthodoxes) commémore la présentation au temple de l'enfant Jésus, et la Purification de la Vierge (après l'accouchement) (selon les prescriptions du Lévitique)

 

Historique

Comme toujours, nous pouvons retrouver des rites païens coïncidant plus ou moins avec cette date : Brigid, génitrice des dieux celtes, se fêtait le 1er février par des processions aux flambeaux dans les champs. Le 2 février, ce fut aussi en Europe la fête de l'Ours, où ce dernier sortait de son hivernage... ou rentrait se mettre à l'abri, comme un coucou suisse. On en profitait pour simuler des enlèvements (voire pis...) de jeunes filles... Certaines régions appelaient même ces réjouissances « chandelours », jusqu'au XVIIIe siècle !... Les Lupercales à Rome, pour la fécondité des troupeaux... et des hommes ; le 2 février, les Romains célébraient les Parentalia, qui s'achevaient par des veillées aux chandelles : on honorait Pluton, (« le Riche »), Dieu des morts, et son épouse Proserpine, fille de Cérès. St Gélase, pape (492-496), y substitue la Chandeleur, et fait distribuer des crêpes aux pèlerins qui se rendent à Rome. D'autres sources mentionnent Vigile (735-755) ou saint Serge (687-701)A partir de 1372, on célèbre aussi la Purification de Marie.

 

Coutumes

Puisque c'est le début des semailles, la farine qui reste de l'année précédente permet de confectionner des crêpes ! (« crispae » : « ondulées », en latin) Ce sont des tantimolles en Champagne, des vautes en Ardennes, des roussettes en Anjou, des crupets en Gascogne. Elles doivent retomber dans la poêle, surtout si l'on tient contre le manche une pièce d'or. Ou bien sur l'armoire – où elles doivent rester jusqu'à l'année suivante – mais pas toutes... Ce jour-là, les familles chrétiennes rangent la crèche, jusqu'à Noël...

Quelques dictons :

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A la Chandeleur, l'hiver se meurt ou prend vigueur.

A la Chandeleur, la neige est à sa hauteur (maximale) (au Québec)

Rosée à la Chandeleur, l'hiver à sa dernière heure.


Signification

Les chandelles purifient le monde, et la présence du Christ l'illumine ! Il peut bien, par la même occasion, bénir les champs... Lumières et ténèbres, vie et mort, monde souterrain des graines, et des récoltes sous le soleil... tout se tient.

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LES RAMEAUX

Généralités

Lorsque Jésus fit son entrée à Jérusalem, sous les acclamations de la foule mais cinq jours avant sa crucifixion, il venait en pèlerinage au Temple, comme de nombreux Juifs à l'occasion de la Pâque ; et chacun agitait des palmes, ce qui n'est pas sans rappeler le rituel de souccoth : élévation du loulav (mêlés à une branche de palmier-dattier, du cédrat, du myrte et du saule).

ORIGINE ET HISTOIRE

A Jérusalem, on célébrait dès le IVe siècle l'entrée de Jésus dans la ville par une procession solennelle. Certaines représentations prouvent que cette fête fut célébrée tout au long du Moyen Age. Mais son véritable développement ne remonte qu'aux XVIe-XVIIe siècles. Depuis quelques années, Les Rameaux incluent également la célébration de la Passion du Christ, mais aussi... celle de la jeunesse.

LITURGIE

Le dimanche des Rameaux, les ornements liturgiques sont rouges. Cette couleur est le signe à la fois de la royauté de Jésus et de sa passion. La célébration comporte en effet deux parties : les Rameaux proprement dits, et la Passion (depuis la réforme de 1970, sous le pontificat de Paul VI). Le prêtre lit l'Evangile correspondant à l'entrée solennelle de Jésus à Jérusalem.


COUTUMES

La messe des Rameaux comporte un préalable : la bénédiction du buis, qui sous nos latitudes remplace les palmes. Mais ailleurs, d'autres rameaux sont utilisés : en Alsace et en Allemagne, du BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 69

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buis mélangé de Katzenpfötchen (« papattes de chat », très duveteuses) ; en Pologneet en Russie, des branchettes de saule. L'Evangile de Jean (12,13) précise que c'était la coutume d'accueillir le triomphateur en agitant des palmes.

Une procession, où chacun porte son rameau de buis béni, rappelle le triomphe (non militaire, celui-là) de Jésus. L'âne porte sur son dos une croix de poils bruns, depuis qu'il a porté le Christ... Dans le sud de l'Espagne, en Italie, au Portugal, en Corse, on trouve des palmes sans difficulté. Les Andalous suspendent des feuilles de palmier séché à leurs balcons : elles protègent contre les voleurs et les fantômes. Mais au nord de l'Espagne, ce sont des rameaux d'olivier que l 'on bénit. En Hollande, du houx. En Suède, une tradition antérieure au christianisme célébrait le renouveau végétal ; il ne fut pas difficile de l'intégrer aux coutumes chrétiennes. Un peu partout, les Rameaux sont appelés « pâques fleuries », en raison des nombreuse fleurs que l'on répand partout, comme jadis la foule sous les pieds de l'ânesse qui portait le Christ ! On dit en Corse que l'âne a cette croix depuis qu'il a été sanctifié en servant de monture au futur crucifié. En plus des rameaux de palmes, on porte aussi en Corse des rameaux d'olivier, signe de paix et d'abondance.

Les buis bénits sont glissés derrière les crucifix dominant le lit des fidèles. On en place également sur les tombes. Et la combustion de ces rameaux, devenus secs, procure les cendres du Mercredi des Cendres, justement, qui est le premier jour du Carême.


VOCABULAIRE DES RAMEAUX

On appelle encore ce dimanche capitilavium, car c'était le jour où on lavait la tête des catéchumènes qui venaient tous ensemble demander la grâce du baptême, qu'on leur administrait le dimanche suivant : le jour de Pâques.

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Le dimanche des Rameaux se dit en espagnol et en portugais Domingo de ramos, Domenica delle Palme en italien. En anglais, Palm Sunday, Willow, Yew, ou Blossom Sunday. Allemand : Palmsonntag. En néerlandais : Palmzondag. En danois et en norvégien : Palmsøndag, et Palmsöndagen en suédois. Niedzewa Palmowa en polonais (« dimanche des Palmes), Tsvenitas en bulgare (de tsvété, fleur).

Revenons en France : «  Pâques à buis » en Picardie, « les Paumes » (« les palmes ») en Lorraine. En Limousin, les Rameaux s'appelaient Hozanne, Dimanche Ozannier ; aussi appelait-on « croix hosannière » la croix de carrefour et celle du cimetière, lorsqu'elle était ornée, puis en tout temps.

SIGNIFICATION

Le Christ fait son entrée sur un âne, pour annoncer la modestie de sa royauté, qui n'est pas de ce monde. Et chacun criait : « Hochannah ! De par ta Grâce, sauve-nous ! » Le nom de Jésus, apparenté à la même racine, signifie « le salut par Yahweh », « Yého - shouah », de « yash », « sauver ». "Seigneur, aujourd’hui commence la Semaine Sainte. Je ne veux pas que cette semaine ressemble à n’importe quelle autre semaine de l’année. Je ne veux pas demeurer indifférent aux mystères de ta passion et de ta mort. Ainsi je viens à toi dans la prière pour méditer et réfléchir sur ce qui s’est passé les derniers jours de ta vie sur terre. Chaque jour de cette semaine je veux prendre le temps pour contempler ces mystères. Aujourd’hui, dimanche des Rameaux, tu entres triomphalement à Jérusalem, accompagné des acclamations de la foule. Aide-moi en ces quelques minutes de prière à pénétrer plus profondément dans la signification de cette célébration."

L'entrée des fidèles ce jour-là symbolise à l'avance la marche de l'humanité lorsqu'elle fera son entrée dans la Jérusalem ou dans le Paradis ; au choix : On ira tous au Paradis ou bien Oh when the Saints / Go marching in...

 

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P Â Q U E S


GENERALITES

Définition du dictionnaire de Furetière (1690) : Pasque : la plus solennelle des Festes qui se célèbre chez les Juifs en mémoire de leur délivrance de la captivité en Egypte, et chez les Chrestiens en mémoire de la résurrection du Sauveur. Pascha est un mot Hébreu qui signifie passage. On appelloit autefois dans l'Eglise « Pasques » toutes les festes solemnelles. On dit encore en Espagnol, Pascha de Navidade. » (d'où l'expression ¡ Felices Pascuas ! - Joyeux... Noël !) Les juifs parleront de la Pâque ; au Moyen Age, on utilisait aussi bien le singulier que le pluriel. Les orthodoxes préfèrent parler de « la Pâque ».


PÂQUES CHRETIENNES ET PÂQUE JUIVE – GENERALITES

La fête de Pâques marque la fin du Carême et célèbre la résurrection du Christ. La mort de Jésus étant célébrée le Vendredi Saint, et l'Evangile affirme qu'il est ressuscité le troisième jour, il s'agit donc du dimanche suivant, car les Romains, les Grecs et les Hébreux comptaient le premier jour. Certains affirment que la fête catholique de Pâques (le même jour que chez les protestants) serait décalée pour ne pas coïncider avec la Pâque orthodoxe, ni juive, cette dernière religion ayant de plus fourni le nom de cette fête de la Résurrection du Christ... laquelle se produisit durant la semaine de ladite Pâque. Il est vrai en effet que le concile de Nicée décida de calculer la date de Pâques de façon qu'une telle coïncidence fût le plus possible évitée...


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DATE

Les Pâques chrétiennes se célèbrent donc le quatorzième jour de la lunaison de printemps (ou, si ce jour était un vendredi, au lendemain, samedi) (ou, de préférence, le dimanche qui suivait) (autrefois, la date de Pâques pouvait tomber un jour de semaine). Voici la formulation exacte : « Le dimanche qui suit la pleine lune venant après l'équinoxe de printemps » (fixé au 21 mars), soit entre le 22 mars et le 25 avril. » Le calcul de cette date s'appelle le « comput », à partir de la « lune de comput », qui n'est pas la nouvelle lune réelle, mais fictive, en rapport avec un calendrier lunaire perpétuel, d'où une variation minime. De nos jours, on se fonde sur l'épacte de l'année, qui est le quantième du mois lunaire à la date du 1er janvier, calculé à partir de la nouvelle lune (où cette dernière est entièrement invisible à l'œil nu.

Mais Vatican II (reprenant en cela les conclusions du concile de Nicée en 325) ne s'opposerait pas à l'instauration d'une date fixe pour la fête de Pâques. De cette date dépendent également celles des fêtes « mobiles », Ascension, Pentecôte (cf. infra).

L'Eglise d'Orient, séparée du catholicisme depuis l'an 1054, n'a pas accepté la réforme du pape Grégoire XIII en 1583 : le décalage atteint de une à cinq semaines avec les célébrations catholiques (le printemps orthodoxe commence début avril) – sans compter un second décalage de 4 ou 5 jours, les orthodoxes se fondant sur un calendrier lunaire devenu inexact. Nous fêterons cependant Pâques le même jour en 2011 et 2014.

Le Vendredi Saint est férié aux USA et en Alsace-Moselle ; c'est ce que l'on appelle, en Allemagne et en Autriche, le Karfreitag.

Autrefois, la fête de Pâques était célébrée toute la semaine.


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DATES A VENIR

2011 24 4 2012 8 4 2013 31 3

2014 20 4 2015 5 4 2016 27 4 2017 16 4

2018 1 4 2019 21 4 2020 12 4 2021 4 4

2022 17 4 2023 9 4 2024 31 3 2025 20 4

2026 5 4 2027 28 4 2028 16 4 2029 1 4

2030 21 4

Pour finir : le lundi de Pâques, férié en France, n'a aucune signification religieuse.

RESURRECTION

Les chrétiens célèbrent, à Pâques, la résurrection de Jésus. Cela s'est passé aux environs de l'an 30, puisque nous avons appris plus haut que le Christ est né, selon toute vraisemblance, en 6 avant lui-même... Tous les croyants savent que Jésus fut livré aux Romains par le Sanhédrin ou Conseil des Juifs (qui ne l'ont donc pas tué eux -mêmes : la croix est un supplice romain ; des Juifs l'auraient lapidé) ; c'est le scepticisme de Ponce-Pilate (« Qu'est-ce que la vérité ? ») qui a permis sa crucifixion ; il semble que le gouverneur de Judée ait cédé aux pressions d'une certaine partie de la population – pour ne pas avoir d'histoires, dirions-nous. Ce qui est, juridiquement, impossible, compte tenu de la législation romaine.

Certains affirment que plus tard, bourrelé de remords, Pilate se serait retiré au cœur de la Suisse, pour se précipiter dans le lac des Quatre-Cantons : le mont qui domine ledit lac s'appelle en effet « Mont Pilate ».

Un très ancien culte célébrait la mort du dieu Atys (après autocastration), et sa résurrection le troisième jour au pied d'un pin, que les fidèles portaient en procession au sein d'une grande liesse au cours d'une grande fête appelée les « Hilaria ». Le dieu solaire Mithra est lui aussi ressuscité le BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 74

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troisième jour. Les chrétiens assurent que de telles célébrations n'auraient été que de grossiers brouillons, ayant précédé la seule véritable révélation finale. Mais l'idée était dans l'air... Le Coran contient, pour sa part, cette sourate étrange célébrant la croix : « Ils [les Juifs] ne l'ont ni tué ni crucifié ; mais il le leur sembla ! Et ceux qui disputaient à son sujet sont eux-mêmes dans l'incertitude : ils n'en ont aucune connaissance certaine, ils ne font que suivre des conjectures, et ils ne l'ont certainement pas tué. » (Coran, IV.157). Ce passage a donné lieu à beaucoup de débats et de controverses entre chrétiens et musulmans.

LITURGIE PASCALE

Les ornements liturgiques sont blancs. Le temps pascal court du jour de Pâques à la veille du dimanche de la Trinité. Le Jeudi saint, premier jour du « triduum pascal », on dit la messe qui rappelle la Cène : ce soir-là fut instituée l'Eucharistie, reposant sur la transsubstantiation (le pain transformé en corps, le vin en sang du Christ) ; à cette occasion est rappelé le récit de la Pâque juive (Exode 12, 1-14)? Comme Jésus aurait lavé les pieds de ses disciples, le célébrant lave ceux de quelques-uns des fidèles, et le Pape ceux de ses hauts dignitaires (c'est le « lavement des pieds »). Le Vendredi Saint se déroule le Chemin de Croix, à trois heures après midi. Le samedi saint, chacun fait silence, et se recueille ; il est interdit de sonner les cloches, par conséquent, de célébrer quelque mariage ou baptême que ce soit. Et le soir, depuis Paul VI, commence la célébration de la Résurrection.

Le cierge pascal est la présence vivante du Christ. Dans la cire est gravée une croix, mentionnant le millésime de l'année, portant un Alpha et un Oméga par-dessus et par-dessous la barre horizontale : « Je suis l'Alpha et l'Oméga », le commencement et la fin de toute chose.

Le jour de Pâques, il est obligatoire de communier, depuis le 4e concile de Latran (1215) ; s'il y a un seul jour de l'année où l'on doit le faire, c'est en effet le jour de Pâques, à la messe. On dit que l'on « fait ses Pâques ». Il faut pour cela s'être confessé auparavant, et avoir reçu l'absolution d'un prêtre. BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 75

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C'est aussi ce jour-là que le Pape, du haut de son balcon, bénit « la Ville [de Rome] et le Monde » (bénédiction Urbi et Orbi). Enfin, les catéchumènes (adultes demandant à recevoir le baptême) se font toujours baptiser à Pâques ; ils reçoivent aussi la Confirmation.

VOCABULAIRE PASCAL

Ne confondons pas, en français, la « semaine sainte », qui précède Pâques, à partir du dimanche des Rameaux (« Pâques fleuries »), et la semaine qui suit, dite « semaine de Pâques ». Le dimanche de Quasimodo est appelé « Pâques closes » : les premiers mots du premier chant de la messe en latin de ce jour-là sont « quasi modo geniti infantes – tels des enfants nouveau-nés... »


En italien : Pasqua En néerlandais : Pasen En russe : Paschha

En espagnol : Pascua En libanais : Fessa'h En basque : Pazko

En portugais : Páscoa En roumain : Paşti En breton : Pask

...et le plus surprenant de tous, en arménien : Zadig, ce qui signifie « Résurrection ».

Les noms anglais et allemand (Easter et Ostern) rappellent celui d'une déesse de la fécondité, mentionnée par Bède le Vénérable, « Ostara » ou « Eâstre », de la même famille que Ost / East / Est; la religion chrétienne a toujours préféré adapter les religions préexistantes au lieu de les nier ou de les combattre – du moins, à ses débuts...

Pendant cette journée les orthodoxes se saluent par les mots : «  Christ est ressuscité ! » Христос васкрсе, (« Christos vaskrse ») et l'interlocuteur répond « Il est vraiment ressuscité ! » - Bаистину

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васкрсе (pour les Grecs : « Χριστός Ανέστη ! » Christos anestè ! « Αληθώς Ανέστη ! » (Alithos anestè !)

COUTUMES

La Résurrection marque la fin du Carême (« Quadragesima ») (« de quarante jours »). On fabrique à cette occasion des agneaux en biscuit, on distribue des œufs ; en Grèce, où les réjouissances de Pâques dépassent celles de Noël, on mange l'agneau pascal, autrement plus riche en signification que notre dinde de Noël !

LES ŒUFS DE PÂQUES

Cette coutume des « œufs de Pâques » provient sans doute d'un culte de l'œuf antérieur à la religion chrétienne, et situé à l'équinoxe de printemps (précisons que s'il existait tant d'œufs à manger à Pâques, durs, nous l'espérons, c'est qu'il était interdit d'en consommer pendant tout le Carême (période de jeûne en ce qui concerne la viande et les œufs). On les ornait, on les peignait de toutes les façons. Il s'agit donc de célébrer la fécondité de la nature. Noter que l'œuf a également sa place sur la table du séder, lors de la Pâque juive, où il symbolise, cette fois, le deuil de la première destruction du Temple de Jérusalem, qui s'est produite le jour de Pessah. Les œufs peints s'offraient aussi en Egypte et en Perse antiques ; ce sont là des symboles universels parfaitement interprétables.

Pour en revenir aux œufs de Pâques proprement dits, on ne les voit en France qu'à partir du XVIe siècle : il ne s'agit donc pas d'une survivance païenne. En Hongrie, les femmes et les fillettes peignent les œufs, qu'elles offriront le lundi de Pâques à celui qui les aura arrosées d'eau ou de parfum ; en Russie, on porte des œufs au cimetière sur les tombes de la famille.

Ce n'est qu'au XVIIIe siècle qu'on eut l'idée de vider un œuf frais pour le remplir de chocolat... Mais dès Louis XIV, des œufs recouverts d'une feuille d'or étaient offerts à ses courtisans par le souverain lui-même ! Louis XV, quant à lui, offrit un gigantesque œuf de Pâques à sa maîtresse : il contenait une statue de Cupidon, dieu du désir... quelque chose de bien peu chrétien au BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 77

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sens où on l'entendait alors ! Et chacun sait les prodiges accomplis par Fabergé à la cour des tsars: ses œufs sont de magnifiques œuvres d'art ! - le premier date de 1884, à l'occasion du mariage d'Alexandre III.


LE LIEVRE DE PÂQUES (en allemand : die Osterhase)

Quant au lapin, c'était à l'origine un lièvre. Nous trouvons des traces du culte du lièvre dès 3500 ans avant l'ère chrétienne ; il était sacrifié à la déesse du printemps Eostre, déesse-mère : c'est en effet un animal particulièrement prolifique ! On le rencontre à nouveau dans le courant du XVIe siècle, où il est censé garnir le jardin d'une quantité de petits œufs, que les enfants cherchent avec application dès leur réveil, au matin de Pâques. Les différentes couleurs des œufs s'expliquaient en fonction des herbes que le lièvre avait mangées la veille ! La couleur la plus anciennement connue est le rouge, symbole de l'énergie vitale, devenue celle du sang du Christ. Récupérations théologiques : la coquille est le corps ressuscité du Sauveur ; le blanc d'œuf en est l'âme et le jaune, la divinité...En Suisse, c'est le coucou qui cache les œufs ; en Westphalie (province allemande), le renard ! Et en Alsace, bien sûr, la cigogne.

LE POISSON DE PÂQUES

Les initiales du mot « poisson », en grec, peuvent signifier « Jésus, Fils de Dieu, Sauveur » : Hièssous, Théou Huyos, Sôtèr, ΙΧΘΥΣ, ichthus. Les chrétiens se reconnaissaient entre eux en échangeant ce signe ou mot de passe. Le signe de croix fut institué plus tard.


L'AGNEAU DE PÂQUES

En Alsace, l' « Osterlammele » ou « Lamala » est un biscuit en forme d'agneau. . L'agneau représente à la fois, bien entendu, celui de la Pâque juive, que les familles hébraïques sacrifièrent

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avant de s'enfuir d'Egypte, et celui des Pâques chrétiennes : l'Agneau de Dieu représente l'innocence du Christ, sacrifié pour nos péchés : « Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde, aie pitié de nous. »  Sur le tableau de Van Eyck, visible (moyennant finances) à la cathédrale St-Bavon de Gand, le cœur de l'agneau mystique laisse jaillir son sang dans un calice d'or. Ce même sang permet la relation avec Dieu via le Christ : « C'est pourquoi Jésus aussi, pour sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert hors de la porte. » (Hébreux 13, 12).

LES CLOCHES DE PÂQUES

Les cloches ne doivent plus sonner, en signe de deuil, depuis le Vendredi saint à 15 heures (instant précis de la mort du Christ en croix) jusqu'au matin de Pâques, où les femmes constatèrent sa résurrection. Tant que le Christ est mort (visitant les Limbes), la clochette de l'office elle-même, qui retentit au moment de la consécration, est remplacée par une crécelle en bois. En Italie, on attache même le battant des cloches. D'après la tradition, elles sont allées à travers les airs à Rome, où le Pape les bénit, et en reviennent, munies d'une paire d'ailes, en carillonnant joyeusement, avec une profusion de cadeaux, là encore des œufs, véritables ou en chocolat.

A propos de cloches, on processionnait en Angleterre de maison en maison le lundi de Pâques pour soulever les jeunes filles, à trois reprises, sur un fauteuil garni de fleurs ; cela leur portait chance. Et le mardi, c'étaient les filles qui soulevaient les garçons !

LE CIERGE DE PÂQUES

Il est allumé ce jour-là, en tant que présence vivante du Christ dans l'Eglise (« Je suis la lumière et la vie ». Une croix est gravée dans la cire, avec les quatre chiffres de l'année, ainsi que la première lettre de l'alphabet grec (« alpha ») et sa dernière (« ôméga » ) : le Christ est le commencement et la fin « Je suis l'Alpha et l'Ôméga ».

 

 

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PROVERBES DE PÂQUES

Se faire poissonnier le jour de Pâques : s'engager dans une affaire, lorsqu'il n'y a plus aucun avantage à en espérer.

Se faire brave comme un jour de Pâques : se parer comme en un jour de fête.

 

SIGNIFICATION DE PÂQUES

Il est pour le moins fâcheux, là encore, d'entendre uniquement parler de Pâques en termes de chocolat et autres frivolités. Les chrétiens, du moins les Français, seraient-ils donc les plus « profanisés » des peuples monothéistes ? nous serons bien toujours les fils de Voltaire et d'Emile Combes, héros que n'ont point subis les autres religions. Pas un seul livre de ce nom en notre langue pour expliquer aux enfants la pâque juive ou chrétienne, et pourtant, croyants ou pas, les jeunes Européens doivent connaître l'origine et le sens de ce mot, de cette fête, s'ils veulent pouvoir comprendre une crucifixion de Rembrandt, une pietà de Michel-Ange ou la Passion selon saint Mathieu de Bach.

Le plus simple est de se référer à la Bible (Exode, 11) : Pâques fut à l'origine une fête des bergers nomades qui sacrifiaient un agneau en l'honneur de leur dieu. Nous avons vu plus haut que ce sacrifice commémorait le passage de la Mer Rouge à pied sec, tandis que les armées du pharaon s'y trouvaient englouties... La Pâque juive devint la plus importante des fêtes pour les Hébreux.

La Pâque chrétienne célèbre la mort et la résurrection du Christ. De même que Moïse guida les Hébreux pour les sauver de l'esclavage, de même le sacrifice de Jésus, fils de Dieu, nous a-t-il racheté de l'esclavage de tous nos péchés. On emploie le pluriel, « Pâques », pour désigner la fête chrétienne, mais la Pâque juive a influencé son homologue chrétienne. Bien sûr, leurs dates respectives sont toujours proches, puisque les évènements de la vie du Christ (qui rappelons-le était juif...) auxquels cette fête se réfère se sont déroulés durant la semaine même de la Pâque juive (le 15 nissan, correspondant aux mois de mars et avril).

 

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LA CENE

C'est au cours du dernier repas du Christ que ce dernier institua l'Eucharistie (« action de grâces), à savoir la transformation effective (transsubstantiation) du pain en corps du Christ, et du vin en sang du Christ : « Pendant le repas, il prit du pain, et après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit, le donna [à ses disciples] et dit «Prenez, ceci est mon corps ». Puis il prit une coupe, et après avoir rendu grâce, il la leur donna et ils en burent tous. Et il leur a dit : « Ceci est mon sang, le sang de l'alliance... » (Marc, XIV). Moins abruptement, les luthériens préfèrent parler de « présence du Christ dans l'ostie » ou « consubstantiation »).

 

VALEUR DE LA COMMUNION

Il s'agit de la confirmation sur le mode rituel du mystère de l'incarnation, sans lequel il n'y a pas de christianisme : est chrétien en effet celui qui croit fermement que le Christ, fils de Dieu,

s'est incarné, afin de relier à tout jamais le ciel et la terre, rachetant ainsi le monde d'ici-bas en l'arrimant, en quelque sorte, au monde d'en-haut, au monde céleste, au monde de Dieu, où la mort est inconcevable. « Dieu se révèle comme celui qui a pris le parti de l’homme jusque dans le plus ignoble, du côté de ses échecs, de ses peurs, de ses angoisses et de sa mort. Un Dieu qui a vécu à l’extrême ce que chacun de nous peut vivre, et nous affirme que l’amour va au-delà de la mort. Un Dieu qui se révèle dans la mort sur une croix et dans l’inconcevable de la résurrection, (…) qui se révèle dans la toute puissance de l’amour. (…) L'idée même de résurrection rencontra les plus grands obstacles chez les premiers croyants, qui ne pouvait, justement, y croire.

Pâques protestantes

A Pâques, Dieu nous rencontre dans l’impossible... » nous dit Noémie Woodward, pasteur, depuis 2006, du Bocage Normand, et qui ajoute qu'elle préférerait quant à elle que le jeûne du Carême, au lieu de nous « préparer » à Pâques (auquel rien ne saurait nous « préparer ») serait mieux indiqué, « plus protestant », après cette fête, pour rappeler que rien ne peut s'accomplir sans la grâce de Dieu. Alain Joly, pasteur lui aussi, trouve qu'il est plus opportun de tenter l'évangélisation à Pâques plutôt qu'à Noël : «  A Noël, on s’agite dans les magasins. Dans le temps du carême, il y a une plus grande disponibilité d’ordre spirituel ».

Noter l'initiative des Eglises réformées du Poitou, qui organisent avec les bénédictines de Pié-BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 81

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Foulard, à Prailles, une marche de l’aube pascale : à 6 heures du matin, on marche en silence dans la nuit, on lit les Evangiles. De même, Pierre et Jean sont accourus au tombeau pour le trouver vide... Parvenus au monastère, tous, catholiques et protestants, se mettent à prier et à chanter « au moment même où la lumière du jour commence à emplir la chapelle. » Les baptêmes se font volontiers le jour de Pâques, puisqu'ils sont eux aussi une résurrection, un « passage » de la mort à la vie éternelle, vers où Christ nous montre la voie. « Nous devons garder ferme ce souci de l'accueil que nous avons déjà et avoir l'audace de partager avec tous cette bonne nouvelle qui nous fait vivre. Pasteur Robin Sautter.

Pasteur à Romont, Luc Ramoni rappelle que les protestants mettent plus en relief la fête de la résurrection que celle de la naissance, car la résurrection est l'espoir que tous les hommes un jour ressusciteront, au moins sur le plan spirituel. Les catholiques se focalisent plus sur les souffrances et la mort du Messie – à Romont existent des processions, avec pleureuses. Tandis que les Réformés ne voient plus le Christ sur la croix, où il n'est plus (les temples ne comportent pas non plus de « chemin de croix », et les protestants ne sauraient « processionner» ni déployer de fastes , ils ne reçoivent pas de « message » ni de « directives » de la part du pape. Le carême invoqué plus haut permet plutôt chez les protestants de participer à des actions humanitaires, en signe de communion.   « Nous voulons faire connaître le protestantisme et communiquer de façon positive sur son pluralisme, issu de notre esprit de liberté », affirme le pasteur réformé Jean-Yves Peter. « Nous voulons montrer » ajoute un autre « que nous sommes capables de travailler ensemble » (avec les catholiques). Luc Ramoni : « La foi est avant tout une démarche personnelle, il faut cesser de culpabiliser les croyants qui se sentiraient à leur aise dans une autre communauté que celle de leur origine.» Ce pasteur est un exemple parmi tant d'autres, car il n'existe aucune hiérarchie de type papal ! « Pour nous, Pâques, c’est tous les dimanches, la Pentecôte aussi » : la mission de l'Eglise n'est-elle pas de rappeler ce message de Pâques : « Par sa mort et sa résurrection, Jésus-Christ me rejoint et il me sauve. » L'Eglise réformée se veut essentiellement accueillante, comme on l'a si peut été avec elle.

Ses cultes sont « joyeux et accueillants », « permettant à chacun d'approfondir ou de découvrir librement la foi. » « Oui », affirme le pasteur Sautter, «ayons l'audace de croire que nous pouvons aider notre prochain en témoignant de notre confiance en Dieu ! »

Réformés et catholiques

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Les propos ici recueillis pourraient faire croire que les réformés et les catholiques vivent sensiblement la fête de Pâques de la même façon. Mais les protestants accordent à cette célébration plus d'importance qu'à celle de Noël : car tous les hommes naissent ; or, seul le Christ a vaincu la mort, seul il est né pour la seconde fois, preuve pour le croyant qu'il est à jamais fils de Dieu, et promesse de résurrection pour tous les autres fils de Dieu que nous sommes... Jamais les Protestants ne s'attarderaient sur la représentation culpabilisante du chemin de croix : ce dernier n'est jamais représenté dans un temple. Et même, le plus souvent, la croix reste vide, car Christ n'y est plus, « il est avec nous » (Luc Ramoni)

Nous avons voulu profiter de ce chapitre sur le sens de la fête de Pâques pour montrer que les Catholiques et les Protestants, quels qu'aient pu être jadis leurs affrontements, diffèrent essentiellement sur les accents qu'ils mettent plus volontiers, les uns ou les autres, sur tels ou tels aspects de la foi chrétienne, sur telles ou telles approches de Dieu. Mais tous, Protestants, catholiques, orthodoxes, se reconnaissent en la personne du Christ.

 

CONCLUSION

Assurément les évènements qui gravitent autour de la mort du Christ n'ont qu'une attestation historique assez problématique. Mais ce qui importe pour le chrétien, c'est la nouvelle signification accordée à la Pâque juive : l'ange qui « passe », qui « omet » les portes des juifs accorde la vie aux premiers-nés d'Israël ; or, alors que rien ou presque ne vient dans la Torah nous promettre une vie après la mort (les sadducéens, chez les Juifs, n'y croyaient pas), la résurrection du Christ nous garantit une vie éternelle, une Terre Promise... éternelle. La croix, instrument de supplice, devient ainsi la clef mystique ouvrant la porte de la survie individuelle. D'où le cantique : « Ave, crux, spes unica, Salut, croix, unique espérance. »

Pour le croyant, Pâques nous fait passer de la mort à la vie, du désespoir et du néant à la pleine jouissance de la vie éternelle : nous déposons le poids de nos péchés (d'où la communion reçue ce jour-là) et nous entrerons au royaume de Dieu, [mourant] avec le Christ et [ressuscitant] avec lui comme le dit l'apôtre Paul. Pour ceux que cette croyance laisse dubitatif, mais qui ne renoncent pas à croire en la valeur profonde du message christique, le Christ, en esprit, restera BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 83

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toujours en nous, vivant, jusqu'à la consommation des siècles. Ceci afin que nous ayons la volonté, afin que nous recevions la grâce de la transformation de notre vie spirituelle.

Il est bien entendu tout à fait loisible de réinterpréter les survivances des rites préchrétiens dans le sens chrétien : l'œuf représenterait ainsi la vie nouvelle qui nous attendrait après notre résurrection... La signification de l'agneau se révèle particulièrement riche : le livre d'Isaïe (53, 5-7) nous assimile à un troupeau de brebis égarées, écrasées sous le poids des péchés : le fils d'Abraham, sur le point d'être sacrifié par son père, semblable à l'agneau qu'on mène à la boucherie. A une brebis muette devant ceux qui la tondent, n'a pas ouvert la bouche. Et ce sacrifice préfigure celui du Christ dans le Nouveau Testament. Le bélier que trouve Abraham devient l'Agneau de Dieu : « Le lendemain, [Jean-Baptiste] vit Jésus venir à lui et dit : « Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde » (Jean, I, 29).

Il n'est pas sans intérêt pour finir de mentionner une interprétation mystique de la fête dePâques, Jésus se délivrant enfin, par sa mort et sa résurrection, de la prison terrestre...

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A S C E N S I O N

 

GENERALITES

Nombreux sont les personnages qui furent enlevés au ciel, comme Hercule, Romulus, Elie, ou Mahomet. Chez les chrétiens, poursuivant la chronologie du récit évangélique, l'Ascension célèbre la remontée du Christ aux cieux, d'où « il reviendra à la droite du Père pour juger les vivants et les morts ».Marc 16, 19

Le Seigneur, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel, et il s'assit à la droite de Dieu. Voir aussi Luc 24, 50-53, dont le récit est plus complet « Etant donc réunis, ils l'interrogeaient ainsi : « Seigneur, est-ce maintenant , le temps où tu vas restaurer la royauté en Israël ? » Il leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et moments que le Père a fixés de sa seule autorité. Mais vous allez recevoir une force, celle de l'Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et en Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. » A ces mots, sous leurs regards, il s'éleva, et une nuée le déroba à leurs yeux. Et comme ils étaient là, les yeux fixés au ciel pendant qu'il s'en allait, voici que deux hommes vêtus de blanc se trouvèrent à leurs côtés ; ils leur dirent: "Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel ? Celui qui vous a été enlevé, ce même Jésus, viendra comme cela, de la même manière dont vous l'avez vu s'en aller vers le ciel." Seuls ces Actes des Apôtres mentionnent la durée de 40 jours de présence supplémentaire de Jésus sur terre (I, 6) : C'est encore à eux qu'avec de nombreuses preuves il s'était présenté vivant après sa passion; pendant quarante jours, il leur était apparu et les avait entretenus du Royaume de Dieu. (Actes, I,3) Du fait que le jour de Pâques lui-même soit compté parmi les quarante jours, l'Ascension coïncide toujours avec un jeudi.

La scène se serait déroulée à Béthanie. Quarante jours après Pâques, il annonce le retour de l'Esprit-Saint, troisième personne de la Sainte-Trinité. Le Christ servira si l'on peut dire de médiateur auprès de son Père, afin d'apaiser son éventuel courroux.

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RITES Les ornements sacerdotaux sont de couleur blanche. Pour commémorer la disparition corporelle du Christ, on éteint le cierge allumé le jour de Pâques. Les fidèles chantent : « Tu as brisé la prison des Enfers, tu as délivré les captifs de leurs chaînes, et par un glorieux triomphe tu règnes en vainqueur à la droite de ton père. Que ta miséricorde se porte à guérir nos maux, et donne-nous de jouir de la bienheureuse clarté de ta face. Toi, notre guide vers les cieux, notre voie, sois l'objet de notre amour, sois notre joie dans les larmes, et la douce récompense dans notre vie. »

 

Pourquoi une Ascension ? Le rapprochement avec celle du prophète Elie s'est souvent imposé aux exégètes : comme Elie cheminait avec son disciple Elisée, le premier lui demanda, s'il arrivait qu'il fût enlevé dans les cieux, ce qu'il pourrait léguer à son disciple. Elisée répondit : « Que me revienne une double part de ton esprit ! » Elie reprit alors : « Tu demandes une chose difficile ; si tu me vois pendant que je suis enlevé d'auprès de toi, cela arrivera ; sinon, cela n'arrivera pas. » Or, comme ils marchaient en conversant, voici qu'un char de feu et des chevaux de feu se mirent entre eux deux, et Elie monta au ciel dans le tourbillon. Elisée voyait et il criait : « Mon père ! Mon père ! Char d'Israël avec son attelage ! » puis il ne vit plus et, saisissant ses vêtements, il les déchira en deux. Il ramassa le manteau d'Elie, qui avait glissé, et revint se tenir sur la rive du Jourdain (II Rois, II, 1). Sur la Croix, le Christ l'a invoqué : lamma sabbacthani, pourquoi m'as-tu abandonné N Espérait-il qu'Elie descendrait sur son char pour le sauver de là ? Le symbole même du ciel ne peut être passé sous silence. Toutes les religions en font le séjour de Dieu ou des dieux (« Notre Père qui es aux cieux... »). Quand une personne meurt, son âme est supposée s'élever, ou gravir une haute montagne. L'Ascension du Christ est cependant exceptionnelle en ce sens qu'il est monté aux cieux après sa mort et sa résurrection, donc tout vivant... Située entre Pâques et la Pentecôte, entre la résurrection du Christ et l'effusion de l'Esprit Saint sur le groupe des 4apôtres, l'7Ascension ne peut être comprise qu'en lien avec ces deux événements.
Si le Ressuscité a voulu apparaître à ceux qui l'avaient suivi et cru jusqu'au bout, c'est non seulement pour apaiser leur crainte que tout se soit achevé au sommet du Golgotha mais pour les

encourager à transmettre son message, tout en étant sûrs de sa présence. Pas seulement en gardant le souvenir d'une vie et d'une parole qui pouvaient changer radicalement le sens de leur existence, mais en ayant la certitude que l'homme qui les avait appelés était, bien plus que l'envoyé de Dieu, BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 86

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bien plus que le messager de Dieu, Dieu lui-même en la présence du Fils. L’Ascension nous rend plus présente, plus actuelle, la pensée du ciel : pensons-nous assez à notre demeure permanente ? Pour la plupart des chrétiens la vie dans le ciel n’est qu’un supplément – qu’ils se représentent très mal – de la vie terrestre. La vie dans le ciel serait en quelque sorte le post-scriptum, l’appendice d’un livre dont la vie terrestre serait le texte même. Mais c’est le contraire qui est vrai. Notre vie terrestre n’est que la préface du livre. La vie dans le ciel en sera le texte, et ce texte n’aura pas de fin. Pour employer une autre image, notre vie terrestre n’est qu’un tunnel, étroit et obscur – et très court – qui débouche dans un paysage magnifique et ensoleillé. Nous pensons trop à ce qu’est maintenant notre vie. Nous ne pensons pas assez à ce qu’elle sera. " Nulle oreille n’a entendu, nul œil n’a vu… ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment (Is 64,3) ". La présence du nuage indique bien le caractère symbolique de ce qu’on pourrait appeler l’aspect physique de l’Ascension. La nuée qui enveloppait le tabernacle et guidait Israël dans le désert constituait le signe visible de la présence divine. La disparition de Jésus dans un nuage n’est pas une imagerie grossière. Elle signifie que la fin de la vie terrestre de Notre-Seigneur a été l’absorption de son Corps glorifié dans le sein de Dieu.... Le ciel ? Qu'est-ce au juste ? Il n’y aurait rien de théologiquement impossible à ce que le ciel soit un " lieu ", transcendant notre espace empirique. Mais, en tout cas, le ciel est un état : un état de bonheur parfait. Ce bonheur consiste premièrement et essentiellement dans la vision de Dieu – la " vision béatifique " – et l’union intime avec les Personnes et la vie d’amour de la Sainte Trinité. La participation à la vie divine, source de toutes les perfections et de tous les bonheurs, est un océan de joie infinie. Secondairement nous trouverons en Dieu et auprès de Lui toutes les personnes et les choses dont il est le principe. Voilà ce que nous pouvons dire avec certitude du ciel – un mystère. Plus simplement, pensons à ce que peut être la vision constante de Notre-Seigneur, la vie auprès de lui, une vie pénétrée par la sienne et à jamais fixée dans la sienne. Les quarante derniers jours du Christ sur cette terre ont souvent été rapprochés des quarante jours précédant Pâques, jours de pénitence appelés Carême, mais aussi des quarante jours de jeûne du Christ au désert, des quarante ans d'errance du peuple juif dans le Sinaï. Sans oublier les « quarante jours et quarante nuits » du Déluge, ou les quarante années des glorieux règnes de David et de Salomon. Cependant l'Evangile de Luc ne mentionne pas cette période de quarante jours avant l'Ascension du Christ : ce dernier apparaît aux pèlerins d'Emmaüs et remonte aux cieux le soir même ou le lendemain. Notons que les disciples espéraient une restauration de l'indépendance d'Israël, au sens politique du terme. Or le Christ après sa résurrection n'a délivré aucun message BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 87

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exceptionnel, qu'il soit politique ou spirituel, rien qui puisse en tout cas supporter la comparaison avec la richesse de sa prédication antérieure...

 

Paroles protestantes

Certains ne fêtent pas cet évènement, au nom d'un certain pragmatisme : pas plus qu'à la culture en effet, notre monde d'ici-bas ne semble apprécier les préceptes divins. Nous serions même quelque peu déchristianisés – bien que les guerres ou les rivalités économiques ne semblent pas avoir été moins virulentes en d'autres temps paraît-il plus chrétiens... Les Chrétiens ne sont qu'une minorité, le vrai Chrétien « un oiseau rare », disait Luther. C'est bien pourquoi le Christ serait retourné aux cieux :solidarité donc entre la terre et le Ciel, car sans ce dernier, nous ne pouvons rien faire. Appui secret certes, lueur bien voilée, mais c'est bien ainsi que le Christ apparut aux pèlerins d'Emmaüs : « Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là mais encore pour ceux qui accueilleront la Parole et croiront en moi» - c'est de nous qu'il s'agit, si isolés que nous puissions être. C'est à nous d'être les instruments de Dieu, car après l'Ascension viendra la Pentecôte, qui dispersera la parole de Dieu à travers le monde entier (...) Souvenons-nous du message oublié, la Bonne Nouvelle, et ne nous figurons pas que nous réinventons le monde... Notre foi, ancrée dans le passé, tend à toute force vers l'avenir, qui sera unité : « Que tous ils soient un comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi » dit le Christ - car il est si difficile de vivre en harmonie, même au sein d'un même pays, d'une même paroisse, d'une même famille. (…)

Respectons le genre de vie auquel nous invite l'Ascension : l'effort vers une sagesse spirituelle dans une vie disciplinée, ennemie des excès, amie de la prière. Après l'Ascension de leur Maître, les disciples se sont retirés dans la chambre haute pour attendre le retour du Christ ; imitons-les, tenons-nous prêts pour le retour de Jésus. Plus austère peut-être, et plus recueilli, le Protestantisme délivre un message qui ne diffère pas, sur la plupart des points, des aspirations de la communauté catholique.

 

 

 

 

 

 

 

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A S S O M P T I O N

Elle suit la Dormition de la sainte Vierge, maman de Jésus, qui s'endormit entre les bras des anges et fut emportée vers les cieux ce jour-là, miraculeusement soustraite aux maltraitances de la décomposition corporelle. Les protestants n'y ajoutent pas foi, car elle ne figure pas dans les Saintes Ecritures.

Sous l'Empire, le clergé, auteur par ailleurs d'un « Catéchisme Impérial », ne manquait pas de souligner que cette date, le 15 août, coïncidait avec la naissance de Napoléon, en 1769 ! c'était aussi comme il se doit la fête nationale. Quelle qu'en soit en tout cas la raison, les congés « de l'Ascension » et « du 15 août », agrémentés de ponts souvent transformés en aqueducs, ne sont pas près d'être universellement respectés...


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PENTECOTE

 

GENERALITES ET DATES

Du grec classique Πεντηκοστή, le « Cinquantième » (jour) après Pâques, fête mobile donc, le 7e dimanche, soit 7 fois 7 jours, pour compter à l'ancienne, dix fois 24 heures s'étant écoulés depuis l'Ascension : dans un grand bruit de tous les vents, les apôtres virent sur eux descendre du ciel douze langues de feu , et chaque auditeur, présent sur la place, put les entendre prêcher dans sa propre langue : c'est le phénomène de « glossolalie », provoqué par l'Esprit Saint, véritable inversion et conjuration de la confusion des langues de la tour de Babel. La foule se trouva dans une grande stupéfaction : comment un tel phénomène avait-il pu se produire ? L'Evangile ainsi fut prêché à travers toute les nation, quels que fussent leurs langages, et les Apôtres en reçurent une irrésistible impulsion

De même, le jour de Chavouoth, la communauté juive a-t-elle reçu le texte fondateur de sa religion, celui de la Torah, des mains mêmes de Moïse descendant le Sinaï. Jésus avait annoncé à ses disciples, le soir de la Cène, la venue du Saint-Esprit sous le nom de « paraclet » (« le Défenseur ») - les musulmans interprétant cette parole en faveur du Sceau du Prophète, « qui fera ressouvenir les croyants de tout ce qui a été annoncé par la Parole de Dieu ».

La Pentecôte est particulièrement célébrée parmi certaines communautés charismatiques.

 

LITURGIE

Les ornements sacerdotaux sont rouges, pour symboliser le feu de l'amour divin que le Saint-Esprit est venu apporter dans les âmes. Les chrétiens chantent « Viens, Esprit Saint, remplis le cœur de tes fidèle, et embrase-les du feu de ton amour. » (Veni, creator Spiritus, mentes tuorum visita...) Les protestants y ajoutent des psaumes luthériens ; ils ont célébré la Pentecôte à Bercy en 2009, et l'immense salle est également retenue pour 2010 et 2011.

 

LUNDI DE PENTECÔTE

Jusqu'au concile “Vatican II”, le lundi de Pentecôte était une fête d'obligation au cours de laquelle l'Eglise catholique s'adressait aux nouveaux baptisés et confirmés. C'était un jour férié depuis une loi de 1886. Nous savons tous les débats enflammés dont il fut l'objet lorsque le BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 90

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gouvernement français, dans son désir de gloire, voulut le supprimer en 2005 afin d'attribuer le bénéfice de cette journée, par l'opération du Saint-Esprit, à l'entretien des personnes âgées. L'opposition à cette mesure fut des plus extrêmes, en particulier à Nîmes, où la Feria se déroule le jour de la Pentecôte et le Lundi qui suit. La Feria de Pentecôte, à Nîmes, est une véritable fête de cinq jours : corridas, encierros (lâchers de taureaux dans les rues), déambulation sur les boulevards des troupes musicales appelées « penas », joutes sur les canaux des jardins de la Fontaine, défilé carnavalesque de la Pégoulade le mercredi soir... Des pétitions furent signées...

Des rencontres écuméniques (à Taizé, Saône-et-Loire) où participaient de nombreuses communautés protestantes en particulier allemandes, sentirent également leur existence menacée par l'instauration de cette loi discutable. Heureusement, tout s'est résolu dans la plus grande souplesse...

 

COUTUMES

Depuis 1996, le carnaval des cultures est fêté tous les ans à la Pentecôte, dans le quartier berlinois de Kreuzberg. Il s'est développé sur fond d'internationalité et d'immigration croissantes. Le summum de cette fête, qui s'étend sur quatre jours, est le défilé qui a lieu le Dimanche de Pentecôte . Plus d'un million de personnes y assistent désormais. Le carnaval des cultures a lieu aussi à Hambourg, Essen et Bielefeld.

Les langues de feu sont représentées par des feuilles de noyer en Bulgarie, le jour de la Pentecôte orthodoxe ;

 

SIGNIFICATION DE LA PENTECÔTE

 

La première chose remarquable est l'inversion, le renversement du symbole de Babel : au lieu de brouiller les langages de tous les hommes, afin d'empêcher définitivement la construction d'une tour orgueilleuse et sacrilège, l'Esprit Saint unifie toutes les langues du monde connu, lorsqu'il s'agit de répandre le nouveau et définitif message de Dieu rédempteur. Le "grand bruit" de vent venu du ciel et les "langues de feu" manifestent évidemment la puissance divine : c'est en somme uneseconde Théophanie, après l'apparition de Dieu à Moïse au sommet du Sinaï. Chaque apôtre, ayant reçu un fragment de la grande flamme divine, sera appelé à répandre Sa parole : eux aussi BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 91

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posséderont « une langue de feu » : Pâques, c'est le retour du corps de Jésus ; la Pentecôte, de son Esprit... Et l'Evangile, la « Bonne nouvelle », sera prêché à tous les hommes, à travers toutes les nations...

Les premiers disciples de Jésus n'imaginaient pas en effet prêcher autre chose que la Torah, en vertu de ces paroles adressées aux Lévites : « Je leur susciterai un prophète du milieu de leurs frères, tel que toi, je mettrai mes paroles dans sa bouche... (Deut., 18 : 18); et pourtant, cette prédiction fondait véritablement, à son insu, l'Eglise chrétienne, dont c'est, en quelque sorte, l'anniversaire... Chacun pouvait en faire partie, circoncis ou non, la prédication n'étant plus réservée aux Prophètes ou aux êtres exceptionnels ; quiconque désormais entrait dans la nouvelle Loi du Christ faisait partie du « peuple élu », « peuple d'Israël ». C'était en quelque sorte une confiscation de la Torah par les chrétiens, qui en faisaient un « prologue » à l'Evangile...

Donc, les disciples de Jésus, qui jusqu'ici se montraient peu, cherchant à se faire oublier (n'avaient-ils pas en effet renié, abandonné Jésus, à commencer par le premier de ses apôtres, Pierre?) Mais, conservant une lueur d'espérance, ils étaient restés ensemble à Jérusalem. Et à présent, ils pouvaient s'enhardir, commencer à prêcher dans le monde entier. Pentecôte marque donc, aux yeux du croyant chrétien, le début de la mission universelle de l'Eglise du Christ : la colombe du Saint-Esprit, qui s'était manifestée lors du baptême du Sauveur, figure également dans les représentations de ce miracle. ( Saint Thomas d'Aquin a révélé quels étaient les sept dons du Saint-Esprit : appréhension, des vérités spéculatives ; appréhension, par l’intelligence, des vérités spéculatives pratiques (le « conseil »). La sagesse dans le jugement, par l’intelligence, des vérités spéculatives. La connaissance. Le don de piété, ou amour des choses qui concernent l'autre. La force et la crainte enfin, pour les choses qui nous concernent : nous les désirons bien sûr, mais dans le respect de l'amour de Dieu.

 

L'ESPRIT SAINT

Les auteurs de la Bible ont donc « récupéré » une fête juive en lui accordant une nouvelle signification : ce n'est plus le don de la Torah que le christianisme célèbre, mais celui de l'Esprit Saint : le judaïsme sera désormais présenté comme une religion du livre, et ce qui s'appellera « le christianisme » comme une religion de l'esprit. « La lettre tue, l'esprit BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 92

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vivifie » (saint Paul, 2 Corinthiens III, 6) - Jésus n'a-t-il pas été en effet condamné pour ne pas avoir respecté « à la lettre » les textes sacrés ? Le christianisme ainsi défini se concevrait donc avant tout comme une spiritualité. Dieu n'est plus une entité lointaine, Jésus l'ayant fait descendre deux fois sur la terre, sous forme charnelle, et sous forme de souffle.

L'Esprit Saint étant celui de la communication et de la propagation, cela signifie que tout homme prétendant aimer Dieu sans aimer son prochain n'aime pas Dieu. L'Esprit Saint, c'est celui de la fraternité, de l'amour universel. Mais c'est à chacun de nous de faire, librement, le premier pas : l'Esprit ne redescendra plus du ciel ; aimons donc, et nous serons aimés.

 

LE PENTECOTISME

Nous ne pouvons clore notre chapitre sans mentionner les mouvements pentecôtistes, dont la foi s'articule autour de la valeur universelle de la révélation divine, sans intermédiaire obligé de prêtre ou de pasteur : chacun, par illumination, peut se voir investi d'une mission sacerdotale. Chaque manifestation religieuse est donc une fête (chants, prêches, imposition des mains, guérisons...), ce que les protestants, généralement considérés comme austères, voire intellectuels, considèrent avec réserve ; en effet, la tradition calviniste prône que les dons charismatiques se sont éteints après les Apôtres, (ce que réfute le pasteur Dale A. Robbins. D'abord marginalisés, les pentecôtistes ont renversé la tendance : ils se sont proclamés, au contraire, peuple élu, doué de la parole « en langues », et de la possibilité d'accomplir des miracles, à l'instar des premiers apôtres, par l'action directe du Saint-Esprit (cf. saint Paul, 1e Epître aux Corinthiens). Les Pentecôtistes restent cependant ouverts à toute forme de dialogue, et sont devenus l'un des courants « protestants » les plus nombreux.

Les origines de ces mouvements remontent au pasteur Wesley, méthodiste (courant lui-même issu de l'anglicanisme). Pendant la Première Guerre mondiale, il se développe en France, par la conversion de nombreux catholiques. Les « Assemblées de Dieu » sont les plus connues. Leur influence s'est répandue au cours des années 60, trouvant une expansion particulière dans la communauté gitane (Mission Evangélique Tsigane, fondée en 1968). BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 93

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Mais un encadrement théologal de plus en plus solide évite toute dérive sectariste, quoiqu'une certaine défiance demeure à l'égard de certains mouvements charismatiques, en particulier dans le tiers monde, où l'exaltation peut devenir transe collective - Jean-Paul II, lors de sa visite au Brésil, a mis en garde les chrétiens contre un prosélytisme pentecôtiste qu'il estimait préoccupant. Mais nous avons sensiblement dépassé les limites de notre sujet : « les fêtes religieuses ».

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. . .
TOUSSAINT

GENERALITES ET DATES

Cette fête n'est pas axée sur la commémoration d'un évènement de la vie du Christ. Toussaint : célébration de tous les saints oubliés, ou qui ne furent pas officiellement canonisés. Cette fête fut instituée, en France, en 835, par Louis le Pieux, fils de Charlemagne, pour supplanter une antique fête des morts celtique. Cette célébration s'associe étroitement à la Fête des Morts (chaque mort n'est-il pas une divinité dans les mythologies latines préhistoriques ?), laquelle a toujours failli la supplanter. Chez certains orthodoxes p. ex. les Grecs), elle a lieu le premier dimanche après la Pentecôte. Une fête de tous les martyrs fut instituée par Boniface IV (608-615). Actuellement, les catholiques la célèbrent le 1er novembre ; les protestants, pour lesquels il n'est pas de saints, célèbrent plutôt le 31 octobre, anniversaire du placardage des propositions de Luther en 1517 sur les portes de la chapelle du château de Wittenberg !

Vers l'an 1000, Odilon, abbé de Cluny, institue alors dans son ordre une messe « pour tous les morts qui dorment en Christ », le 2 novembre, afin de bien distinguer les deux fêtes, et l'Eglise adopta ce point de la règle clunysienne, reconnaissant par là même son impuissance à supplanter l'antique célébration païenne des morts.

 

LITURGIE

Deux textes essentiellement sont lus à l'office de Toussaint : l'Apocalypse, chapitre VII, montrant les Nations en route vers le Royaume des cieux, les palmes à la main ; et le texte des Béatitudes tiré de Mathieu : « Heureux les affligés, car ils seront consolés... Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu... Soyez dans l'allégresse, parce votre récompense sera grande dans les cieux. »

C'est seulement depuis Pie X, mort en 1914, que la Toussaint est devenue « fête d'obligation », c'est-à-dire où l'on doit assister à la messe.

Prière pour la Toussaint

Seigneur, donne-nous des saints :

pas seulement des hommes dévoués et généreux

mais des hommes de Dieu,

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des hommes pour qui Dieu est tout.

 

Pas seulement des hommes fraternels,

Attentifs à toutes les misères

mais des hommes qui ne vivent que pour toi,

des hommes qu'on ne pourrait regarder sans te voir,

qu'on ne pourrait écouter sans t'entendre.

Aie pitié de nous, Seigneur.

Nous avons besoin de saints.

Seigneur, donne-nous des saints.

Le 2 novembre, les fidèles ayant perdu l'un des leurs pendant l'année sont invités à participer à la messe, tenant un cierge allumé qui représente le défunt.

 

COUTUMES

Assez curieusement, la coutume de nettoyer et de fleurir les tombes de la famille ne semble pas remonter plus haut, en Occident, qu'au milieu du XIXe siècle. En 1935 encore, à Spa (Belgique), le soir de la Toussaint, les fidèles, en procession, allumaient des bougies sur les tombes ; et même en 1935. Il y avait des marchands de marrons chauds à l'entrée du cimetière !

J'ai habité quelque temps un village du Soissonnais, dont certains habitants célébraient plus assidûment le culte du rouge en bouteilles que celui de Dieu ; ils appelaient cela « être communistes ». Mais le jour de la Toussaint, à ma grande surprise ! (pas celle du curé...) l'église étaient comble, tout le village se pressait jusqu'au dernier banc, qui dans son plus beau costume, qui dans sa plus belle robe, « pour les Morts ». Alors l'abbé Brûlé (c'était son nom) leur infligea un sermons particulièrement musclé, sur l'ivrognerie, la débauche en famille et j'en passe, en des termes qui laissaient loin derrière tous les curés de Cucugnan... Le dimanche suivant, l'église était vide, jusqu'à la Toussaint suivante.

 

Appellations

. Cette fête s'appelle, en italien, Ognissanti ; en espagnol, en portugais, Todos los Santos, Todos os Santos, et Allerheiligen en allemand. En anglais, c'est All Saint's Day ou All Hallows' BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 96

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(Day) (nous parlerons d'Halloween en fin de chapitre...)

 

SIGNIFICATION

 

Une dernière fois se pose ici la question de savoir, comme pour les autres fêtes chrétiennes, ce qu'il y a, dans la Toussaint, de proprement chrétien, et ce qui affleure encore du substrat dit « païen », « celtique ». Il s'avère que si la Toussaint proprement dite révère tous les saints et martyrs oubliés par le calendrier (les jours de l'année n'y suffisent pas !) la Fête des Morts qui suit représente une survivance plus vivace encore de nos jours que la fête liturgique elle-même.

Toute fête, depuis l'Antiquité en particulier hébraïque, se célébrait dès la veille au soir : le Jour des Morts est venu empiéter sur la fête officielle, jusqu'à pratiquement la supplanter. De toute façon, le 2 novembre n'est pas férié, donc, les familles déposent leurs fleurs (en particulier les extraordinaires chrysanthèmes (« les fleurs d'or ») sur leurs tombes dès l'après-midi de la Toussaint. Chaque mort, en quelque sorte, est devenu un saint (d'où la proximité sentimentale des deux fêtes ?), Chaque mort devenait un dieu. C'est l'hypothèse fort probable de Fustel de Coulanges(La Cité antique) : les premiers cultes préhistoriques ne se seraient pas adressés aux phénomènes naturels tels que grêle, nuit ou tempête, mais bien plutôt à ces personnes qui vivaient avec nous et qui, d'un seul coup, n'étaient plus là.

Quoi de plus instinctif que de leur conférer une présence invisible, éternelle, en faisant d'eux précisément les protecteurs de la famille, depuis l'au-delà où elles étaient parvenues ? L'innovation de la religion chrétienne consiste à donner aux morts les plus vertueux un pouvoir particulier d'intercession auprès de la divinité : les saints. Juifs et musulmans honorent, certes, la sépultures de leurs grandes personnalités spirituelles, qu'ils admirent, mais qu'ils n'invoquent pas. Les chrétiens, à partir du Haut Moyen Âge, passent alors pour des idolâtres (ne vont-ils pas jusqu'à prêter aux reliques des pouvoirs surnaturels), bien qu'il soit précisé que les chrétiens n' « adorent » pas les saints, et que le Christ demeure le seul intercesseur de valeur.

Mais le Credo comporte bien les mots « je crois en la communion des saints » : c'est-à-dire qu'est affirmée, par la communauté des vivants et des morts, qui se retrouveront dans l'Eternité, la croyance selon laquelle les plus saints d'entre nous peuvent « reverser » le trop-plein de leur BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 97

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sainteté sur les humains ordinaires qui leur en font la demande, et les sauver de cette façon ; c'est ce que l'on appelle la « réversibilité ». Et c'est bien ainsi que l'entendent les moines et les religieuses... qui prient pour nous.

Pour devenir saint, ou s'efforcer de le devenir (un curé me disait : « Ce que je n'aime pas, lorsque je confesse, ce sont toutes ces personnes qui veulent devenir des saints... »), il « suffit » de vivre selon l'enseignement du Christ qui a dit « Aimez-vous les uns les autres ». " Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre.. " (Thérèse de Lisieux)- d'où la « preuve » des « miracles », dans les procédures de canonisation. Le fidèle se reportera également au Sermon des Béatitudes, dans l'Evangile. Un saint, une sainte, n'est donc pas un homme célèbre canonisé » en grande pompe, mais un frère ou une sœur qui demeure auprès de nous, un exemple à suivre, fût-ce de loin.

La messe de Toussaint devient ainsi l'occasion de réaffirmer sa foi en une récompense de nos actions, qui durera toute notre vie éternelle – nous n'aurons donc pas vécu en vain ! Ce qui constitue le meilleur lien qui soit pour célébrer nos morts... Cette dernière (c'est le mot...) n'est donc pas la fin de la vie, mais demeure source d'espérance, car nous serons amenés à partager le bonheur des saints, qui de là-haut nous tendent la main...

Le culte des saints fut récusé bien sûr par les protestants, sainement allergiques à toute notion de sainteté, de Pierre, Paul ou Jacques, ou du Saint Suaire ou du Saint Siège ou de toute autre relique.

 

 

HALLOWEEN

Quant à la fête des morts, d'origine celtique (le « samain » ou « « affaiblissement »), elle se célébrait dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, date que vous avez reconnue comme étant celle d'Halloween ! Les barrières entre le monde des vivants et celui des morts « s'affaiblissent », et tous nos défunts reviennent nous voir, dans une atmosphère ambiguë de joie et de terreur ! Inutile de rappeler la farouche opposition de l'Eglise à toute reviviscence de telles célébrations ; c'en est au point que telles boulangeries pieuses et avisées se sont mises à fabriquer, dans un décor vaguement catholique, des gâteaux de Toussaint, pour concurrencer les diableries pâtissières des impies voués aux sorcières et autres citrouilles ! Laquelle représente l'âme errante, que les petits Wallons BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 98

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promenaient ou posaient au bord des chemins en demandant quelques sous « po lès pauvès âmes » (« pour les pauvres âmes... ») ; de même on se gardait ce jour-là de balayer les chambres, où les défunts « revenaient », ou de frapper sur les buissons avec un bâton, pour ne pas les effaroucher dans leurs refuges...

 

Le mot Halloween est la contraction de 'All-hallows-even », qui signifie littéralement « la veille de la Toussaint » (mais « hollow » signifie « creux »...) Ce sont les Irlandais qui importèrent la fête d'Halloween en Amérique au milieu du XVIIe siècle. A partir de la fin du XIXe siècle, la coutume se répandit parmi les enfants de se déguiser, de frapper aux portes pour obtenir des friandises, sous peine de diverses malédiction...

Malgré une tentative de lancement de cette fête en France (depuis 1997), la coutume ne semble pas se répandre. Mgr Vingt-Trois, qui est archevêque de Paris, s'est exprimé en ces termes : « Il serait dangereux de banaliser les représentations sataniques auprès des enfants. » Halloween, fête des Morts, deviendrait ainsi la fête de la Mort – ou la fête du Diable...

 

 

 

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DER KIRCHENTAG (le « jour des Eglises », ou plus exactement « congrès des Eglises ») Depuis 1848, du 3 au 6 octobre à Mayence, il existe un « Kaholikentag », tous les deux ans, en alternance désormais avec le Kirchentag. Deux fois les manifestations se sont faites écuméniques, en 2003 à Berlin, en 2010 à Munich. Il y a en Allemagne presque autant de catholiques que de protestants. Et depuis 1949 se tient un grand rassemblement bisannuel de l'Eglise luthérienne dans les pays allemands. Son organisation s'effectue à Fulda, qui délègue ses attributions en fonction de l'endroit où se tiendra le congrès suivant. Le Kirchentag dure cinq jours (mercredi-dimanche), au mois de mai. Son origine est à rechercher dans l'essor des mouvements piétistes au XIXe siècle ; elle s'est constituée dans sa forme actuelle après la Seconde Guerre mondiale et rassemble des foules considérables (100 000 personnes, de moins de trente ans pour la plupart). On chante des cantiques (on reçoit même des vedettes du rock). De nombreuses activités peuvent présenter un aspect extrêmement populaire, voire profane ; la société civile y est majoritaire, comparativement aux « professionnels » de l'Eglise. Les personnalités politiques y assistent volontiers (on y a vu Angela Merkel, mais sans aucune intention bien sûr de l'inféoder à quelque activisme que ce soit) : la participation à ce grand rassemblement est un engagement de type individuel, et il serait exclus que l'un ou l'autre prêchât pour sa paroisse, voire son association.

Mais évidemment l'on célèbre des offices, on mène des discussions de caractère théologique, éthique, politique (surtout du temps de la séparation de l'Allemagne), sociétal, voire écologique, dans une perspective chrétienne. Plus de 80 nations y sont représentées, et l'on y a rencontré par exemple certains chrétiens persécutés en Irak ou ailleurs. Les participants, se rendent à des concerts, visitent les stands des éditeurs – ou consultent des pasteurs, des psychologues. Des diacres, ou des monastères, envoient leurs représentants ; pour autant, le bénéfice recherché d’un Kirchentag n’est pas de promettre d’aller à l’église tous les dimanches mais d’être un chrétien plus sûr de sa foi et plus engagé dans la société. » (Pasteur Ludwig Holger ).

Les diverses sensibilités réformées échangent leurs points de vue, sans les imposer ; c'est donc, pour les communautés protestantes d'Allemagne, l'occasion de se rapprocher, de confronter leurs problèmes et les solutions qu'elles y trouvent. Le Kirchentag témoigne de l'extrême vitalité des Eglises germaniques. Mais il s'ouvre considérablement à tout ce qui n'est pas allemand, ou luthérien, puisqu'il est essentiellement animé par un esprit de dialogue, d'ouverture et de renouveau. BERNARD COLLIGNON FETES RELIGIEUSES 100

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Le Kirchentag rassemble tous les chrétiens responsables et socialement engagés dans une volonté commune de réconciliation des peuples et de fraternité.

 

FETES RELIGIEUSES MUSULMANES 101

GENERALITES

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La notion de fête ne semble pas représenter la façon la plus significative d'aborder la religion musulmane, essentiellement spirituelle. En effet il n'existe que deux fêtes canoniques dans l'Islam, et c'est à cela que nous devons attribuer dans ce livre un nombre de pages moins élevé que pour les autres religions : après le Ramadan, où le Coran fut révélé au Prophète « Mohammed » (« celui qui est digne de louanges »), ce sont

Idoul Fîtr (« rupture » du jeûne), le premier jour du mois de shawwal,

2°, du 10e au 13e jour de ce dernier mois, Idoul Adhâ, fête du sacrifice.

LE RAMADAN

COMMENT SE DETERMINE LE MOIS DE RAMADAN – LE CALENDRIER MUSULMAN

Il s'agit d'un calendrier lunaire. Chaque mois commence dès la Nouvelle Lune, lorsque le débit du croissant devient visible. Les mois comptent 30 et 29 jours alternativement ; leur durée moyenne (29,5 jours) est voisine de celle de la lunaison. Les années contiennent 12 mois. Or, 12 lunaisons faisant 354,3 jours (les lunaisons ne sont pas en concordance parfaite avec les jours), le début de l'année musulmane se décale de 10 à 12 jours par rapport aux saisons (en moyenne de 10,87 jours par an).

1 Mouharram 30 jours 7 Radjab 30 jours

2 Safar 29 «  8 Chaaban 29 « 

3 Rabi al Awal 30 9 Ramadan 30 « 

4 Rabi at Tani 29 10 Chawwal 29

5 Djoumada al Oula 30 11 Dou al Qada 30

6 Djoumada at Tania 29 12 Dou al Hidjia 39 ou 30

( A titre indicatif, les jours de la semaine (« jour » se dit « youm ») s'appellent : youm al Had, youm el Itnine, youm al Tlet, youm al Arbia, youm al Khemis, youm al Joumouya, joum al Sebt ; leurs noms s'inspirent des adjectifs numéraux ordinaux)

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GENERALITES - LE CYCLE LUNAIRE

Le cycle lunaire des musulmans est de 30 ans. Au début de l'ère musulmane ou hégire, il a été décidé de rajouter 11 jours par période de 30 ans. Donc, certaines années ont 354 jours (années communes) et d'autres 355 (années abondantes). Plus précisément, sur 30 ans, 11 années abondantes possèdent un jour de plus, ajouté au dernier mois : les années 2, 5, 7, 10, 13, 16, 18, 21, 24, 26 et 29.

1er de l'An

C'est le 1er Mouharram. L'an 1 du calendrier a débuté le premier jour de l'hégire, soit le 15 ou le 16 juillet 622 après Jésus-Christ. Le calendrier musulman fut adopté dix ans après la « fuite » de Mohammed. Une date donnée dans ce calendrier se reconnaît par l'adjonction de la mention « calendrier musulman » ou « hégirien », « ère musulmane » ou « de l'hégire », en abrégé « H » ou « AH » ( du latin anno Hegirae).

Il s'utilise depuis 632, alors qu'en France, par exemple, nous avons adopté le calendrier dit « grégorien » de puis le 2 décembre 1582 seulement Les musulmans utilisent pour leurs affaires communes le calendrier grégorien sans aucune restriction. Mais le calendrier religieux est fondé sur le Coran (sourate IX, 36-37) et son observation est un devoir sacré.

RAMADAN

Eliminons d'emblée toute ressemblance profonde entre le Ramadan et le carême  chrétien, désormais très peu respecté : le Ramadan ne saurait être en effet une « préparation au mystère de Pâques », étranger à la foi musulmane. Le Ramadan aurait cependant pour origine le jeûne d'une journée à l'occasion de l'Achoura juive.

Le mot « ramadan » s'apparente à « ramida », « sécheresse, chaleur intense », en parlant plus précisément du sol : le croyant se purifie, « brûle » ses péchés. Ce n'est pas une fête, mais la quatrième des cinq bases fondamentales sur lesquelles est édifié l'Islam, une période de jeûne (« as-Siyâm ») et de recueillement qui s'achève par une fête (la « rupture »). Pour commencer, Mahomet

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LE RAMADAN

ne prescrivit qu'un jeûne d'une seule journée, à rapprocher du Yom Kippour juif. Puis il voulut que le jeûne fût plus sévère encore que chez les juifs ou les chrétiens : il fut de trente jours. Les religieux reconnaissent que le jeûne fut pratiqué par Moïse et 'Aïsa (Jésus), que Daoud (David) jeûnait un jour sur deux.

Le Prophète, quant à lui, avant la Révélation, jeûnait trois jours par mois. L'obligation de jeûner pour tout musulman fut instaurée dans la seconde année de l'Hégire, par la révélation de ce verset du Coran : « Ô vous les croyants ! On vous a prescrit as-Siyâm [le jeûne] comme on l'a prescrit à ceux d'avant vous, ainsi atteindrez-vous la piété. » (Sourate 2, verset 183-1). Ce verset montre clairement que le jeûne est une obligation pour tout musulman en âge et en capacité de le faire. Toute personne remplissant les conditions (être âgé de treize ans et en bonne santé), sachant qu'elle doit le faire, et s'en abstient volontairement, commet un péché. Ce rite musulman soigneusement observé par 80% de son milliard au moins de fidèles dans le monde - proportion en augmentation - représente donc le rite religieux musulman le plus universellement observé.

Le jeune se dit « sâwn » en arabe. Il est recommandé en période ordinaire, mais devient obligatoire pendant le mois de ramadan : du lever au coucher du soleil pendant trente jours, les musulmans s'abstiennent intégralement de manger, de boire, de fumer et d'avoir des relations sexuelles. Ils s'abstiennent également de dire du mal de quiconque ; c'est le « jeûne de la langue ». Il faut tenir sa langue, sans jurer, sans bavarder frivolement, sans dire du mal (faux, ou vrai...) de quiconque, ni même y prêter l'oreille. Interdiction de se mettre en colère ! ou même de mentir ! - sinon, à quoi bon jeûner. Et si l'on vous insulte, ou que l'on vous provoque, vous direz simplement : « Je suis en état de jeûne ». Il serait également préférable de s'abstenir de respirer du parfum ou de regarder quoi que ce soit d'illicite, en particulier à la télévision : où l'on recommande les émissions religieuses, voire les informations, mais rien de frivole.

Les 10 derniers jours du Ramadan sont considérés comme hautement bénis, en particulier la « nuit du destin », laylat-al-Qader, nuit où le Coran fut révélé à Mohammed en 610 de l'ère commune, ou « nuit de la valeur ». «  Et qui te dira ce qu'est la nuit d'Al-Qadr ?. La nuit d'Al-Qadr est meilleure que mille mois. Durant celle-ci descendent les Anges ainsi que l'Esprit, par la permission de leur Seigneur pour tout ordre. L'archange Gabriel prie pour le croyant la nuit du Destin» (Boukhari) Elle est paix et salut jusqu'à l'apparition de l'aube." La tradition, fondée sur une indication du Prophète,

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reste imprécise : il s'agit d'une nuit impaire ; nul ne saurait exactement s'il s'agit de la 21e, de la 23e, etc. Sinon, certains esprits tièdes ou formalistes risqueraient de négliger la présence d'Allah durant les autres jours du mois. Les dix derniers jours sont marqués par une intensité spirituelle toute particulière, et l'on passe cette nuit à prier, à se repentir, à réciter le Coran. Et souvent, c'est cette nuit que l'on choisit pour la cérémonie de la circoncision.

DETERMINATION DU RAMADAN

C'est le neuvième mois. Le début du ramadan se déterminait autrefois par les observations directes, ou la science du calcul (comme en Lybie), et bien sûr, il ne commence pas au même instant partout. Les Emirats Arabes Unis se rangent à l'avis de l'Arabie Séoudite. Le "Conseil français du culte musulman" (CFCM) précise pour notre pays le début et la fin du Ramadan, et, tous les jours, l'horaire du jeûne plus court en hiver, plus long en été. Rappelons que le cycle annuel civil correspond à une période d'à peu près 35 années, à raison de 11 ou 12 jours de retard d'une année sur l'autre.

PRESCRIPTIONS RITUELLES

Le premier repas (iftar) se prend aussitôt que le soleil se couche ; le Prophète dit : « On ne cesse d'être dans la bonne voie tant qu'on s'empresse de rompre le jeune. » Il invoque Dieu au moment de cette rupture : « N'est pas repoussée la demande faite par le jeûneur au moment de la rupture de son jeûne. « Bismillah ! Allahoumma laka soumtou wa 'ala rizqika aftartou ! Au nom d'Allah ! Ô mon Dieu, j'ai jeûné pour Toi et j'ai rompu avec ce que Tu m'as donné ! » La prière a eu lieu quelques minutes après le coucher du soleil. Comme le ramadan met l'accent sur la vie communautaire, souvent les musulmans partagent l'iftar à la mosquée la plus proche et invitent des parents, des amis, des voisins.

Le fidèle prend un dernier repas, le « sahour », en fin de nuit, à l'approche de l'aube, sans toutefois s'alimenter au-delà. Le Prophète dit : « Le sahour est tout entier bénédiction ; ne le délaissez pas. Prenez-en ne serait-ce qu'une gorgée d'eau car Allah envoie sa miséricorde et les anges demandent le pardon pour celui qui fait ce repas. »

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LE RAMADAN

LES BONNES ŒUVRES

Le Prophète dit : « La meilleure charité celle accomplie durant le Ramadan. » « Qui donne à manger ou à boire à quelqu'un qui jeûne, d'un bien licitement acquis, les anges ne cessent de prier pour lui durant Ramadan. L'archange Gabriel prie pour lui la nuit du Destin ». Il est prescrit de visiter non seulement ses amis, mais aussi les personnes malades ou isolées ; de donner de son temps, de son bien, de son sourire. Cette pratique de la charité ou « zakat » devrait être proportionnelle à son bien propre.

PRIERES

Le Prophète dit : « Qui se lève pour prier pendant les nuits de ramadan avec foi et en comptant sur la récompense divine, Dieu pardonne ses fautes passées ».: «Ô mon Dieu ! s'écrie le croyant. Tu est indulgent, Tu aimes le pardon: fais-moi grâce! (Allahoumma innaka 'afouwwoune touhibboul 'afouwa fa'fou 'anni). Ces prières sont appelées « du tarawih », consistant en une récitation du Coran, selon les possibilités de sa mémoire. Gabriel est descendu le réciter avec le Prophète, mais ce dernier n'a pas accompli le rite toutes les fois, pour que cela ne soit pas perçu comme une obligation. Le Prophète dit : «Le jeûne et la prière de ramadan intercèderont pour l'homme le jour de la résurrection. Le jeûne dira : « Seigneur ! Je l'ai empêché de boire et de manger pendant le jour ». Le Coran dira : « Seigneur ! Je l'ai empêché de dormir la nuit. » « Accepte notre intercession pour lui ! » Bien sûr, mieux vaut infiniment respecter les principes du Coran sans le savoir par cœur que de savoir le réciter sans respecter ses principes (s'abstenir en particulier de mentir ou de boire) ... Comme disait Fénelon au petit-fils de Louis XIV : « Mangez un veau le vendredi – mais soyez chrétien, Monseigneur... »

LA RETRAITE SPIRITUELLE

Elle consiste à séjourner à l'intérieur de la mosquée ; c'est l'I'tikaf. Le Prophète a fait la retraite pendant la dernière décade de ramadan, et n'a cessé de la pratiquer, jusqu'à sa mort : « La mosquée est le refuge de tout homme pieux. Dieu a promis à celui qui y fait sa retraite de lui accorder sérénité et miséricorde, de lui faire traverser le sirat (« jeûne ») - pont jeté sur l'enfer – pour le faire parvenir à Sa Grâce au paradis. » Le ramadan est un temps consacré à une réflexion intérieure, à la dévotion envers Dieu, et à la maîtrise de soi.

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LE RAMADAN

SIGNIFICATION DU RAMADAN

Force est de constater que les gens, dans leur grande majorité, se focalisent toujours sur le « Comment? » du Ramadan et non sur le « Pourquoi ? » Certains voudraient le réduire à une préoccupation identitaire, comme s'ils voulaient effacer son caractère éminemment religieux. C'est souvent le cas pour de nombreux jeunes Français : pour eux le Ramadan consiste à se lever à 4h du matin pour manger, puis à jeûner sans savoir pourquoi. Mais au Liban par exemple, et aussi bien en France ou en Belgique, des non-musulmans participent au Ramadan, non dans sa pratique formelle mais dans le rapprochement intercommunautaire qu'il implique. De plus il ne s'agit pas uniquement de s'abstenir de nourriture, mais de mobiliser la totalité de son être.

Le jeûne rappelle les souffrances de tous ceux qui meurent de faim sur cette terre, permettant de les ressentir soi-même : ainsi, le croyant remercie Dieu de ses bienfaits matériels, et s'abstient de les gaspiller, de jeter la nourriture inutilisée à la poubelle. N'est-il pas vrai d'autre part que plus le corps a faim plus l'âme (« ar-rûh », « le souffle ») se rassasie de l'adoration et se rapproche de la nature des anges. L'observation extérieure des règles du jeûne doit aussi œuvrer dans le dessein d'une parfaite maîtrise des sens grâce à la capacité de se priver : vouloir, c'est pouvoir, assurément, à condition toutefois que le but recherché corresponde à la volonté d'Allah. En même temps que l'appétit « alimentaire » doivent donc se dompter les autres appétits humains : les tendances à la domination d'autrui, à l'ostentation, et à toutes les formes insidieuses de l'appel du diable, seul véritable ennemi du genre humain.

Ici-bas l'argent et le matière se trouvent sacralisés ; le jeûne du Ramadan met à mal la conception dominante ; c'est, pour ceux qui le désirent, une arme à toute épreuve. Et le soir, lorsque intervient la rupture quotidienne du jeûne, il ne s'agit pas bien entendu de rattraper touts les repas de la journée ; autrement, les désirs et les instincts, qui sont du diable, empêcheraient que l'ego (le nafs) soit maîtrisé. On ne mangera donc pas plus le soir qu'au matin. Seul le retour à Dieu mettra un terme à ce combat des vices contre la vertu. Le Ramadan est enfin, pour ceux que leurs moyens financiers n'autorisent pas à faire le pélerinage à La Mecque, le meilleur moyen de se concilier le pardon et la grâce d'Allah. "La piété ne consiste point en ce que vous tourniez vos visages vers le Levant ou le Couchant. Vertueux sont ceux qui croient en Dieu et au jour dernier, aux Anges, au Livre et aux prophètes, qui donnent pour l'amour de Dieu des secours à leurs proches, aux orphelins, aux nécessiteux, aux voyageurs indigents et à ceux qui demandent l'aide, et pour délier

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LE RAMADAN

les jougs ; qui observent la prière, qui font l'aumône. Et ceux qui remplissent les engagements qu'ils contractent, se montrent patients dans l'adversité, dans les temps durs et dans les temps de violences. Ceux-là sont justes et craignent le Seigneur." C'est un engagement privé entre soi et Dieu, un combat contre l'homme intérieur.

CONCLUSION : CELEBRATION DU RAMADAN

« Le Ramadan est venu à vous ! C'est un mois de bénédiction. Allah vous enveloppe de paix et fait descendre la miséricorde. Il décharge des fautes et Il exauce les demandes. Allah vous regarde rivaliser d'ardeur dans ce but et il se vante de vous auprès de Ses anges. Montrez à Allah le meilleur de vous-mêmes, car est bien malheureux celui qui est privé de la miséricorde d'Allah, Puissant et Majestueux ! »

« C'est le mois de la patience, et la récompense de la patience est le Paradis. C'est le mois du don. C'est un moi où les ressources du croyant augmentent : un mois dont le début est miséricorde, dont le milieu est pardon et la fin affranchissement du feu de l'enfer. »

« Lorsque arrive la première nuit du mois de Ramadan, Allah ordonne à son Paradis : « Prépare-toi et embellis-toi pour Mes serviteurs qui viendront bientôt dans Ma demeure et Ma générosité se reposer des peines du bas monde ! »

« Celui qui jeûne le mois du Ramadan, en connaissant et en respectant avec vigilance les règles du jeûne, expie son passé. » (Bayhaqi). Yahyâ ibn Mu'âdh disait : « La faim est une lumière, et le rassasiement est un feu, et les désirs sont les bûches qui s'enflamment et qui ne s'éteignent qu'en brûlant celui qui s'en accommode. »

Et enfin : « Si les serviteurs savaient quelle est la valeur du mois de Ramadan, ils souhaiteraient que l'année entière fût Ramadan. » - Faisons de notre vie entière un mois de Ramadan.

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LE RAMADAN

Aïd el Fitr (fête de la rupture[du jeûne](ou l'Aïd el Seghir (la petite fête)

Ce sont les trois jours suivant le mois de Ramadan (donc reculant comme lui de douze jours chaque année), à partir du 1er de Chawwal. C'est alors que l'on peut véritablement parler de fête (en Turquie, Seker Bayrami : la festival des sucreries.... cadeaux, réunions chez les parents les plus âgés, consommation de café très sucrés, et de fruits.). Ce jour ne doit pas être jeûné, même si

vous avez des jours « de rattrapage ». Après le devoir d'aumône (la Zakat-al-Fitr, effectuée la veille, afin que les pauvres (y compris juifs et chrétiens, qui sont également « gens du Livre ») puissent aussi participer à la fête), l'absorption de quelques dattes, le bain rituel (le « ghusl ») et la prière du matin à la mosquée (salatou el aïd), ce ne sont plus que festins et cadeaux :« Échangez des cadeaux afin de cultiver l’amour entre vous ». On s'adresse des vœux de bonheur, on se serre la main en disant, par exemple : Taqabbal Allâhu minnâ wa minkum (qufAllâh agrée nos bonnes actions et les vôtres)". , Ibn Al-Quayim :« Être satisfait des bonnes actions est une tromperie de lfâme ; les gens doués de raison demandent le pardon d'Allah après avoir accompli les bonnes actions car ils savent qufils ne les ont pas accomplies comme elles doivent lfêtre, et aussi que si ce nfétait pas lfordre dfAllah , aucun dfeux nfaurait accompli ces adorations (...) -

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AID EL KEBIR

A I D E L A D H A (« fête du sacrifice ») (Arabie Séoudite, Emirats) / A I D E L K E B I R (« grande fête ») (Maghreb, Egypte)/ F E T E DU MOUTON

Au Sénégal : la Tabaski

GENERALITES

Cette fête commémore le sacrifice d'Isaac/Ismaël par Abraham/Ibrahim, son père. Cette histoire est commune aux trois cultes monothéistes, et se termine de la même façon : Allah (Yahweh, Dieu) commande au patriarche de lui sacrifier son fils unique, ce qu'il était prêt à faire, pour montrer sa soumission (rappelons que « muslim », étymologiquement, signifie « soumis »). L'ange alors arrête la main d'Abraham, et lui fait sacrifier un mouton à la place (voir dans la Bible Gen., 22).

En un tel jour de fête, il serait malavisé, il est même interdit de jeûner. Ce sacrifice relève plus de la tradition que de la prescription coranique. Il ne fait pas partie en tout cas des cinq piliers de l'islam. D'ailleurs, qui n'a pas de moyens peut très bien remplacer le sacrifice par un don, qui peut servir à se procurer de la viande sacrifiée au besoin en conserve, par l'intermédiaire du Secours Islamique de France. .

DATE

L'Aïd a lieu vers le 7 du mois Dhou-l-Hija, en fonction de l'observation locale du cycle lunaire. Ce douzième mois du calendrier musulman est aussi celui du pèlerinage à La Mecque.

RITES

La veille du sacrifice, toute la maison est nettoyée, les tissus lavés à fond. On peut sacrifier une chèvre, une vache ou un chameau. Mais dans la grande majorité des cas, c'est un mouton. Il doit avoir deux ans et demi, pour ceux qui en ont les . Les cornes éventuellement, les oreilles et les yeux de la bête doivent être intacts, elle ne doit ni boiter ni être poussive (mushayya`ah). “Pour chaque fibre de laine » (du mouton), vous recevez une bonne action” dit le Prophète. Ce sacrifice ne doit pas s'accomplir avant l'aube, ni sans deux unités de prière préalable « Ad-Duhâ », et le sermon de l'imam. Cependant les imams interprètent différemment ces derniers points. Ash-Shâfi`î ajoute

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même : « Il est permis de sacrifier le jour du sacrifice et pendant les trois jours du Tashrîq qui le suivent. »

COUTUMES ET QUESTIONNEMENTS

Toute famille qui en a les moyens abat et consomme le mouton de l'Aïd el Kébir. La somme nécessaire peut atteindre, en France, mille euros. Mais chacun tient à rassembler l'argent nécessaire. On choisit son mouton. Au Sénégal, des foirails s'improvisent, des bergers parcourent la ville pour présenter leurs plus belles bêtes. Le marchandage est de rigueur, les prix d'appel se situant à un niveau excessif : le mieux est d'attendre le dernier moment, où les prix s'effondrent. A la dépense s'ajoutent celles que l'on fait pour le renouvellement de sa garde-robe. Il faut se montrer le plus généreux possible, et certaines familles s'endettent jusqu'à l'année suivante, pour ne pas sembler déchoir.

C'en est au point que certains s'écrient : El âda ah'ram ! « La coutume est un péché ! ». Mais au Maroc, une certaine année, l'ancien sultan Hassan II, Commandeur des Croyants, ayant donc toute autorité en matière de religion, a sursis au sacrifice du mouton, pour ne pas aggraver la situation économique des moins favorisés.

Un tiers du mouton familial doit être donné aux nécessiteux.

L'abattage rituel du mouton n'est pas sans soulever de nombreux problèmes en milieu culturel européen. Pour éviter toute vente directe aux particuliers, l'organisation de l'Aïd el Kébir se fait souvent par le biais de points de vente agréés par les DDSV (Direction Départementale des Services Vétérinaires), et ayant un contrat avec les abattoirs où auront lieu les sacrifices. La quantité du bétail traité peut également poser problème. En Belgique par exemple, 300 000 musulmans mettent à mort près de 30 000 moutons, rien qu'à Bruxelles. Près de Paris, les abattoirs suivants sont agréés : Meaux, Dammarie-les-Lys, Coulommiers, Jossigny, Montereau (77), Mantes-la-Jolie (78), Ezanville (95).

Un autre aspect de la loi concerne l'humanité relative avec laquelle il convient de traiter les animaux promis à la consommation. L'animal doit être étourdi, avant d'être mis à mort, par exemple, à l'aide d'un pistolet à tige captive, piquée dans la boîte crânienne. Les sites dérogatoires (abattage en plein air ou dans des équipements sans équipement adapté) ont été interdits. Les animaux doivent être tués dans des abattoirs agréés soumis aux mêmes règles que les abattoirs FETES RELIGIEUSES MUSULMANES 111

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traditionnels. Les animaux sont immobilisés de manière mécanique (pièges de contention). Or les textes coraniques stipulent (sourate V, verset 3) : « Voici ce qui vous est interdit : la bête morte, le sang, la viande de porc... la bête étouffée, ou morte à la suite d'un coup... sauf si vous avez eu le temps de l'égorger. » Les animaux, choisis valides et en bonne santé, doivent être couchés sur leur côté gauche et tournés vers La Mecque, puis généralement tués sans étourdissement préalable. L'égorgement doit bien vider la chair de son sang, par la blessure ouverte. C'est l'abattage rituel.

Dans certains pays on pratique l'étourdissement sous forme d'électronarcose, conformément à des fatwas de Jad-al-Haq, Grand Sheik de l'Azhar, et d'Ibn-Baz, la plus haute autorité religieuse de l'Arabie Séoudite.

Après l'abattage on procède au dépeçage.

Troisième problème : les déchets. Au Maroc, on brûlait les têtes de mouton dans la rue. A Bruxelles on distribue des sacs jaunes pour les peaux, rouges pour les viscères, qui sont ensuite disposés dans des conteneurs étanches, pour éviter tout écoulement.

Brigitte Bardot a fustigé « la dégradation générale des mœurs, la décomposition des valeurs et de la culture nationales », « l'irruption de comportements et de mœurs d'origine étrangère liés à une immigration massive, jugée envahissante » ; la justice française l'a condamnée.

HISTOIRE ET SIGNIFICATION

Il faut d'abord, historiquement, commémorer le sacrifice d'Ibrahim sur son fils aîné Ismaël – ce serait le même mouton, élevé depuis au Paradis, que Dieu aurait déjà accepté de la part du fils d'Adam, Abel, puis renvoyé sur terre... De plus, ce sacrifice rituel permet de subvenir ce jour-là aux besoins des pauvres : « Je n’autorise pas celui qui en a les moyens d’y déroger. » ( Ash-Shâfi`î)

Le fils d'Abraham/Ibrahim, « père des croyants », est une image du croyant, méritant la punition de Dieu. En effet il ne parvient pas à la perfection, il ne respecte pas les commandements de Dieu : « Tu ne voleras pas, tu ne regarderas pas avec envie la femme ou les biens de ton prochain... » « Tous ont péché, et sont privés de la gloire de Dieu » (Romains, 3; 23) - « le salaire du péché, c'est la mort » (ibid., 6, 23). Mais Allah miséricordieux substitue au coupable une victime innocente, le mouton, qui subit la punition à sa place. Jésus est appelé « l'Agneau de Dieu » : FETES RELIGIEUSES MUSULMANES 112

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« Vous avez été rachetés... par le sang précieux du Messie, comme d'un agneau sans défaut et sans tache ».

Il doit revenir bientôt pour régner. Dieu promit à Abraham une abondante postérité, de grandes nations qui seraient issues de sa descendance. Les commentateurs ont indiqué que, devant tant de malheur subi, Abraham aurait protesté : « Tu m'as promis une postérité, une multitude plus nombreuse que les étoiles dans le ciel, qui ne peut être comptée, comme le sable, et tu me reprends celui par lequel cette descendance va se perpétuer. » Les exégètes précisent bien que les protestations d'Abraham ont été « timides ». Mais le moment de révolte, de surprise, passé, il a obéi, corps et âme, à la décision divine. Pas un instant il n'a hésité, il a vérifié que les liens étaient bien noués, avant de lever son couteau. Isaac était le premier fils d'Abraham et de Sarah, et, selon l'islam, ce serait le second fils, nommé Ismaël, fils d'Agar, qui aurait échappé au sacrifice. Mahomet serait le descendant d'Ismaël. L'Aïd el Kébir représente la fête du partage, du pardon et de la solidarité, permettant à chaque musulman de réaliser que l'entraide est une nécessité, qu'elle permet de tisser des liens aussi bien spirituels que sociaux avec tous les humains, musulmans ou non.

BENEDICTION

Aïd saïd ou moubarek, kol aam wintouma bkhir ! Que le sacrifice rituel soit accepté par Allah. « Qu'Il accède à vos désirs, qu'Il apporte la joie et la santé dans toutes les familles ! Qu'Il fasse activer les temps de paix, entre tous les peuples et toutes les nations ! » Ce texte fait mention de l'épreuve que Dieu envoie à Ibrahim pour éprouver sa foi. Il contient également des éléments symboliques : bonne fête à tous les musulmans du monde, en particulier à ceux qui n'auraient pas encore trouvé le chemin de Dieu.

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H E G I R E (« Ras el 'Am », Jour de l'an)

HEGIRE

GENERALITES

Premier de l'an musulman, commémorant le fait que Mahomet ait quitté La Mecque, où il se sentait menacé, pour parvenir à Yathrib (qui devint Médina an-Nabi, « la Ville du Prophète »). C'est la naissance de l'Oumma (communauté musulmane) : cette date, et non pas celle de la naissance ou de la mort du Prophète, fut fixée par le calife Omar, second calife des musulmans, après Abou Bakr. Le jour de l'Hégire, quoique souvent férié, ne correspond à aucune fête particulière dans la communauté musulmane. Son nom dérive de « hijra », « émigration », « exil ». Avant cela, les années se comptaient en fonction de la montée sur le trône de tel ou tel monarque, par exemple. Les musulmans appellent cette époque de confusion chronologique la ,djahiliyya : le "-temps de fureur".

DATE

Le départ de Mahomet, à l'âge de 52 ans, se situerait historiquement le 9 ou le 22 septembre 622, mais la tradition préfère la date du 16 (ou du 15) juillet, pour qu'il coïncide, justement, avec le nouvel an lunaire. Bien entendu, il ne suffit pas de retrancher 622 à la date commune pour obtenir la date musulmane ; l'année lunaire s'écoule, en quelque sorte « plus vite » : le calendrier précédent comportait des mois intercalaires, que le Coran interdit à partir de la neuvième année de l'Hégire. Les deux années, courantes et musulmanes, coïncideront en 20 874... Les deux calendriers coexistent : celui de la communauté internationale pour la vie courante, le musulman pour la vie religieuse (ce dernier reste seul valable en Arabie séoudite). Un consensus se dégage pour que les dates du calendrier soient unifiées dans le monde musulman tout entier.

Certaines sources historiques parlent d'une offensive victorieuse de l'empereur grec Héraclius en 622. Mahomet, allié des Perses, se serait replié avec ses armées, et non pas avec 70 convertis désarmés devant la colère des marchands de la Mecque redoutant de perdre leurs bénéfices (les païens honoraient les idoles au sanctuaire préislamique de la Kaaba). La tradition rapporte que peu de temps avant le départ de Mahomet, il fut averti par l'ange Gabriel (Djibril) que FETES RELIGIEUSES MUSULMANES 114

H E G I R E

son parent Quraysh (« Petit requin »), de La Mecque, avait comploté pour l'assassiner pendant son sommeil. « La nuit où l'assassinat devait avoir lieu, son cousin Ali Ibn Abî Tâlib se coucha dans le lit du Prophète, tandis que celui-ci se réfugiait avec son compagnon Abû Bakr dans une caverne au sud de La Mecque, à l'opposé de la direction de Médine. Heureusement pour Ali, les meurtriers découvrirent son visage,et ils ne le poignardèrent pas. »

Mahomet et Abû Bakr se cachèrent quant à eux trois jours dans une grotte. Or leurs ennemis se tenaient un certain jour à quelque distance d'eux, à l'extérieur de la grotte, mais Allah les protégea : « Une araignée venait en effet de tisser sa toile à l'entrée de la caverne ; de plus, des colombes y avaient fait leur nid et pondu leurs œufs. Les poursuivants se dirent : «Nul n'a pu pénétrer dans cette caverne récemment ! » et ils ne la fouillèrent pas.

Les deux compagnons, conduits alors par un guide païen, empruntèrent une route côtière. Lorsqu'ils furent arrivés à Médine, Mahomet lâcha les rênes de sa chamelle jusqu'à ce qu'elle se posât. Il acheta la terre où la chamelle s'était arrêtée pour y construire plus tard la première mosquée. Il fut accueilli par des partisans, les « Ansars » (« ceux qui ont aidé »)

LA FONDATION DE L'ISLAM

La plupart des premier compagnons de Mahomet étaient esclaves et se faisaient maltraiter, voire torturer. Il leur avait donc fallu fuir. Enfin ils posséderaient un lieu où pratiquer en paix leur religion monothéiste. Telle fut la naissance de l'Etat islamique. Jusqu'ici, les révélations de l'archange Djibril traitaient essentiellement de la relation individuelle de l'homme avec Allah. Mais une dimension sociale (politique, économique) se fit jour dans les sourates ultérieurement communiquées. Cela commença modestement, par une transformation de la ville de Médine. La ville, d'abord très sale, fut nettoyée de fond en comble : « Nous arrivâmes à Médine alors que c'était la terre de Dieu la plus polluée. L'eau qui s'y trouvait était nauséabonde. » Le Prophète demanda aux Compagnons de creuser des puits (plus de 50) en divers endroit de Médine. La culture de la terre fut encouragée : quiconque apporterait ses soins à une terre inculte la possèderait. Bientôt, la nourriture suffit à toute la ville ; l'indigence disparut.

Chacun possédant assez pour vivre, Médine devint la cité la plus sûre du monde. Vols, viols, ébriété ou meurtres étaient rarissimes et on les prenait immédiatement en main. » Parallèlement à cette œuvre matérielle, une mission spirituelle fut accomplie : d'abord, par la construction d'une mosquée (Al-Masjid). Mahomet aida lui-même à porter des pierres et à construire ce bâtiment. D'autres mosquées suivirent. Puis ce fut la première école islamique ou « madrasah », placée sous la supervision du Prophète. Neuf autres furent bâties. Se consolida également une fraternité entre les émigrés venus de La Mecque et ceux qui les soutenaient sur place (les « ansâr », voir plus haut). Ces derniers, malgré la modestie de leurs ressources, les avaient aidés à s'installer et à trouver du travail.

Les païens, parmi lesquels des membres de la famille de Mahomet, lancèrent plusieurs attaques militaires pour éliminer l'Etat musulman naissant; mais les ansâr demeurèrent fidèles au Prophète. Auparavant, c'était l'appartenance à telle ou telle tribu qui fondait les alliances : ce fut désormais l'allégeance à la religion musulmane, adoptée avec enthousiasme par les plus démunis. Une nouvelle conscience politique était née. Un pacte (le mîthâq) régla les rapports entre les musulmans, les juifs et les arabes non convertis.

Le 10 mars 632, moins de trois mois avant sa mort, Mahomet se rend à la Kaaba, vouée enfin au culte du seul vrai Dieu. Depuis lors, obéissant à l'un de ses préceptes, les musulmans s'efforcent de se rendre une fois, dans leur vie, à La Mecque, en pèlerinage.

SIGNIFICATION DE L'HEGIRE

Essentiellement donc, l'Hégire marque le début d'une nouvelle ère, d'une nouvelle civilisation et d'une nouvelle histoire pour l 'humanité entière : «Quel que soit le lieu où se rendent les musulmans, ils doivent y apporter le bien, sur les plans aussi bien social que matériel ». Certains se contentent de considérer l'Hégire sous un angle exclusivement historique. Mais il s'agit de l'impulsion originelle même de l'islam. Il nous faut nous aussi considérer cette « fuite » du Prophète comme une métaphore du caractère profondément passager de notre existence : nous la passons en quelque sorte en exil.

LA FUTUWWA

L'envoyé de Dieu a dit : « Marchez ! Les esseulés arriveront les premiers ! « 

On lui demanda : « Ô envoyé de Dieu ! Qu'est-ce que les esseulés ? »

Il répondit : « Ce sont les frémisseurs, qui frémissent à la pensée de Dieu ; la pensée de Dieu enlèvera leurs fardeaux, de sorte qu'ils viendront légers au Jour de la Résurrection. » Hadith prophétique. Il faut habiter ce monde en poète. L'habitat, la maison, se disent « bayt » ; ce mot désigne également le vers du poème. Or nous nous tromperions si nous comprenions cette maison, ce « bayt », comme lieu fixe. L'image qui nous vient à l'esprit doit être celle de la caravane. Le caravanier, chaque nuit, pose sa demeure dans un lieu différent et pourtant, à chaque fois, règne au sein de la tente la même structure, le même ordre. Telle est l'image de la destinée exploratrice de l'être humain car l'esprit qui guide cette transhumance spirituelle est d'exploration et non de conquête.

C'est donc une discipline de la chevalerie spirituelle musulmane, la futuwwa, que de maîtriser les énergies du cimeterre et de la lance. La futuwwa se veut pratique du djihâd, du combat majeur, autrement dit d'un effort chevaleresque visant à stabilise, d'une façon dynamique, notre âme. Ce terme renvoie à une racine de la langue arabe qui désigne la jeunesse : le « fata » est le jeune homme par excellence et cela bien avant la naissance de l'islam historique. Méconnue par la plupart des musulman d'aujourd'hui, la futuwwa (« chevalerie ») a illuminé pendant tout un millénaire notre Moyen Age. Il existe une relation d'intimité entre jeunesse, chevalerie, joie, noblesse de l'âme, et les spirituels de l'islam citent souvent ce « dit prophétique » (« hadith ») : « J'ai été envoyé pour parfaire la noblesse du comportement. » Le fata-chevalier doit pratiquer la générosité parmi les qualités les plus importante.

Le don est ici lien social, fondement de l'amitié, élan vers la transcendance. Il se pratiquait entre les frères, les amis de cette chevalerie, mais également dans l'espace public. La futuwwa renvoie également à l'institution des corporations de métier, des guildes, dit autrement : du compagnonnage, et selon certains historiens, il est probable que nous avons là l'une des sources du compagnonnage médiéval européen ; il existait des futuwwa d'artisans, d'arbalétriers, des archers, courriers, bâtisseurs de mosquées. Jeunesse, chevalerie célestielle, compagnonnage, la futuwwa est un trésor de la civilisation musulmane et, dans la mesure où la quête spirituelle qu'elle dynamise, qu'elle fertilise, est intimement liée à notre humanité, elle est éternelle, donc susceptible d'être encore vécue aujourd'hui.

Lorsque nous regardons, même d'une façon distraite, le présent du monde arabe et musulman, nous ne pouvons échapper à un doute et certains, même, sombrent dans une sorte de désespérance qui se nourrit d'une actualité de crise, de conflits, d'occupation, de mal-développement économico-social, de dépendance à l'égard du monde occidental, de fondamentalisme étroit : la Palestine et l'Irak sont les visages de cette tragédie arabo-musulmane d'aujourd'hui. La futuwwa doit permettre de surmonter cette vision victimaire.

La célébration intime de l'Hégire doit donc replacer le croyant dans une perspective de pélerinage incessant, la vie humaine, soumise au bon vouloir d'Allah où nous devons appliquer avec autrui les règles de la convivialité fraternelle dans la noblesse d'une chevalerie non pas résiduelle, désuète et historique, mais porteuse d'espoir et de renaissance.

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AL MAWLID (« MOULOUD »)

AL MAWLID (« MOULOUD ») (naissance du Prophète)

DATE

Pas plus que pour le Christ, nous ne possédons de traces précises de la date de naissance de Mahomet. Il serait venu au monde le lundi 12 du troisième mois, Rabia al Awal, en 570, « année de l'éléphant ». Cette naissance n'est pas célébrée (sauf sans doute, jusqu'à l'avènement du vizir Al-Malik al-Afdhal, ainsi que les anniversaires d'Ali et de Fatima (1095), dans la dynastie fatimide), car elle ne serait pas conforme à l'enseignement du Coran.

RESTRICTIONS

Il existe, disent certains religieux, deux catégories d'innovations : les nuisibles, et les tolérables. En 1207, au VIIe siècle de l'Hégire, le roi Irbil exprima le souhait que l'on se réjouît publiquement pour cette noble naissance. Il n'y aurait donc pas à blâmer cette innovation, digne d'être nommée une bonne tradition (sounna haçanah). En Arabie séoudite, cette célébration n'est pas interdite par le ministère des affaires religieuses. Ce sont les salafistes qui mettent en relief l'interdiction formelle de célébrer ce jour-là : « Le Prophète a dit : « Ne me louez pas comme les chrétiens ont loué le fils de Marie. Je ne suis qu'un serviteur et dites plutôt « serviteur et messager de Dieu » ; ils assimileraient donc la célébration de l'anniversaire de Mahomet à une manifestation d'idolâtrie – ce à quoi se livreraient les chrétiens le jour de Noël. Cette fête, non plus que le Jour de l'an ou le carnaval, ne présente évidemment aucun caractère sacré pour le musulman.

Rappelons que la stricte obédience islamique admettrait seulement deux fêtes : l'Aïd el Adha (Fête du sacrifice) et l'AId el Fitr (Fête de rupture du jeûne). Le Prophète n'a jamais fêté son anniversaire, non plus que ses compagnons. Tout musulman est tenu de suivre ce que le Prophète et ses compagnons faisaient, sans innover, ainsi le jeûne du ramadan et le sacrifice du mouton. Il est inutile, comme le suggère le démon (ce que disent les salafistes) de gaspiller son temps et son argent à de telles occasion : tous deux seraient mieux employés à faire l'aumône et à prier. « Les dépensiers sont les frères des diables et le Diable est vis-à-vis de son Seigneur un très grand négateur » (Allah Taâla, sur le verset 27/17). Que dire alors de ceux qui adressent des prières au Prophète en lui demandant d'exaucer tel ou tel vœu, comme le feraient les chrétiens avec leurs saints, ou bien pensent que Dieu créa le monde pour Mahomet. Mais d'autres musulmans ont RELIGIEUSES MUSULMANES 119

AL MAWLID (« MOULOUD »)

rétorqué : « Comment les «Salafi» peuvent-ils déclarer quelque chose de haram (interdit) alors que le plus strict de leurs savants, Ibn Taymiyya, permit de célébrer sous certaines conditions, et que ibn al-Jawzi et ibn Kathir encouragèrent chacun en rédigeant un livret intitulé Mawlid et composé de poèmes et de passages tirés de leur sira ? » Cette fête, en marge de la pratique religieuse, relèverait donc de la tradition populaire.

COUTUMES

Or, les mêmes coutumes se retrouvent pour cette fête : sacrifices de chameaux, de vaches, de moutons, festivités, cadeaux, consommation de pâtisseries et de confiseries – les petits enfants arborent leurs plus beaux costumes. En Algérie, grand repas à la tombée de la nuit, fusées, pétards. Offrandes d'aumônes aussi bien sûr. En 2007, le sultan Mohammed VI accorda sa grâce à 710 personnes. Des soirées de danse et de poésie célèbrent la vie du Prophète et divers aspects de la vie religieuse musulmane. A Salé, en face de Rabat, se tient la veille une grande procession des cierges, et plusieurs soirées musicales sont organisées. A Meknès, les Aïssaoua se rendent en pèlerinage sur la tombe de Cheïkh El Kamel, El Hadi Ben Aïssa, « saint de la délivrance ». Au Sénégal, c'est le Gamu, nom du mois de Muharram en ouolof : on ne travaille pas ce jour-là. Cette fête est célébrée d'un bout à l'autre du monde musulman, de l'Egypte à Singapour, en public aussi bien qu'en privé.

Ni le jour de l'Hégire, ni celui du Voyage et de l'Ascension nocturne (voir infra) ne sont cependant fêtés dans le cadre d'un rituel.

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INCERTITUDES

Ce voyage pose un certain nombre de problèmes délicats. Ahmed Mohammed Arafa, chroniqueur de l'hebdomadaire égyptien Qahira (n° 564), estime qu'il concerne simplement l'émigration effectuée de La Mecque à Médine. Or la croyance selon laquelle le Voyage nocturne avait eu pour but Jérusalem est l'un des principaux fondements de la sainteté de Jérusalem dans l'Islam, revêtant donc une importance politique essentielle notammA L I S R A A

SIGNIFICATION ET DATE

Ce mot vient de sara'a, « voyager la nuit ». Il signifie le voyage nocturne.

Dix ans après l'Hégire, le 27e jour de Rajab 620, après la mort de son épouse Khadidja, le Prophète vécut ce que l'on devait appeler par la suite « al Isra » : c'est un voyage miraculeux, de La Mecque à Jérusalem, suivi de l'ascension (al Mi'raj). Cette nuit ne possède aucune vertu particulière et ne donne lieu à aucune fête religieuse.

INTERPRETATION COURANTE

Il y a donc eu pour Mahomet une « étape terrestre » et une « étape céleste », ascension vers la présence d'Allah. La sourate XVII, verset 1, mentionne Al-Isra wa [et] Al-Mi'raj. Al-Isra désigne le voyage, durant une nuit, de la mosquée sacrée de La Mecque à la « mosquée très éloignée », vestige du temple de Salomon, « Al-Aqsa », de Jérusalem. Le Prophète chevauchait un mystérieux coursier, (« Burâq »), resplendissant et rapide comme l'éclair, et Djibril-Gabriel l'accompagnait. Il lui présenta deux coupes à leur arrivée à Jérusalem : l'une contenait du vin, l'autre du lait. Mahomet les regarda et choisit le lait. Djibril dit alors : « Louanges à Allah, qui t'a guidé vers la Fitrah » (voie primordiale, voie innée) ; si tu avais choisi le vin, ta oummah (communauté) serait morte ».

Alors le Prophète fut élevé vers les sept cieux. L'empreinte de son pied se trouve sur le rocher (qui se trouve aujourd'hui dans la Mosquée du Dôme à Jérusalem). Pendant cette ascension, Djibril lui montrait, en contrebas, sur sa gauche, les châtiments des damnés : « Il vit, paix et salut sur lui, des gens qui se bousculaient pour manger de la viande pourrie et qui délaissaient les bons morceaux de viande. Il s'agissait de ceux qui accomplissaient la fornication.

«  Il vit, paix et salut sur lui, des gens qui buvaient un liquide fétide et répugnant émanant de ceux qui ont les relations sexuelles illicites. Il s'agissait de ceux qui buvaient de l'alcool.

« . Il vit, paix et salut sur lui, aussi des gens qui se lacéraient le visage et la poitrine avec de terribles ongles en cuivre. Il s'agissait de ceux qui se livraient à la médisance (la ghibah). Dans le premier ciel, où se trouvent la lune et les étoiles, il rencontra notre père Adam ; dans le deuxième ses prédécesseurs, Abraham, Noé, Moïse et Jésus (« Aïsa ») (« sur eux la prière et la paix »). Puis Allah RELIGIEUSES MUSULMANES 121

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dévoila pour lui le Temple sacré, ou «Lotus de la limite » (Sidrat Al-Muntaha) « au-delà duquel nul ne peut aller » (Coran, sourate 53, verset 14) et il se trouva en la présence divine : cette élévation est désignée par le terme « Mir'aj ». Il y avait là quatre fleuves, deux cachés et deux visibles. « Je demandai : « Qu'est-ce que cela, ô Djibril ? Il dit : « Les deux fleuves cachés sont des fleuves du Paradis, les deux fleuves visibles sont le Nil et l'Euphrate. »

Allah ordonna au Prophète la prière canonique pour les êtres humains, à raison de 50 par jour. Quand le Prophète redescendit, Moussa (Moïse), que la paix d'Allah soit sur lui, édifié par son expérience avec les fils d'Israël, lui suggéra de retourner vers Dieu pour lui demander de baisser ce nombre. Mahomet y retourna jusqu'à ce que Dieu acceptât et que le nombre fût réduit à 5, avec une valeur de 50 ! Il lui fut accordé de servir d'intercesseur auprès d'Allah le jour du Jugement Dernier, en raison de sa grande humilité : « Ne foule pas la terre avec orgueil : tu ne sauras jamais fendre la terre et tu ne pourras jamais atteindre la hauteur des montagnes !" Sur le chemin du retour, entre Jérusalem et La Mecque, le Prophète vit des caravanes progresser dans le désert , au matin, il fit part de son voyage nocturne à sa cousine Oum Hâni, qui ne le crut pas. Les Qouraïchites ne le crurent pas non plus, mais ces derniers l'ayant rapporté, pour se moquer, aux oreilles d'Abou Bakr, celui-ci rétorqua : « S'il le dit, c'est que c'est vrai ! », ce qui lui valut le surnom de « As Siddiq », « celui qui témoigne de la Vérité », « le Véridique ». Plus tard, les caravanes que le Prophète avait vues en revenant de Jérusalem arrivèrent à La Mecque, pour confirmer ses dires.

ent dans la revendication de cette ville sainte comme capitale de l'Etat palestinien. Allah saisit son Prophète à la mosquée Al-Haram (à La Mecque) pour le conduire à la mosquée Al-Aqsa. Il y aurait donc deux mosquée, la première étant Al-Haram. Mais en Palestine, à cette époque, il n'en existait aucune susceptible de représenter cette mosquée « la plus éloignée » ; nul ne croyait encore en Mahomet dans cette région ; RELIGIEUSES MUSULMANES 122

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l'édification de la mosquée de Jérusalem, « Al-Aqsa », n'a débuté qu'en l'an 66 de l'Hégire (è.c. 692), c'est-à-dire à l'époque de l'Etat ommeyade, et non à celle du Prophète ou des califes.

Quant au terme « isra », il signifie « se déplacer secrètement d'un lieu de danger à un lieu sûr ». L'expression coranique « Il a emporté son serviteur de nuit » signifie que ce dernier a reçu l'ordre de s'éloigner en secret de ses ennemis pour se rendre en un lieu sûr pour lui et sa mission. En d'autres termes, le texte parlerait de l'Hégire même du Prophète de La Mecque à Médine, et non d'une visite en Palestine ; en effet, l'Hégire fut un succès à l'insu de ses ennemis.

Pour ce qui est de l'expression « afin de lui montrer certains de Nos signes » : Mahomet aurait été enlevé aux cieux, aurait vu le paradis et l'enfer, les prophètes, et les règles de conduite terrestre lui auraient été prescrites. Les signes divins concerneraient donc « la délivrance du Prophète de ses ennemis, lesquels complotaient de l'assassiner ou de le capturer, ainsi que la création par Mahomet de l'Etat [islamique] à Médine, sa victoire lors de la bataille de Badr, puis la conquête de La Mecque et la propagation de son appel (dawa). Il s'agit là de signes tangibles placés dans le monde des hommes, qui résultaient tous du Voyage nocturne du Prophète de La Mecque à Médine ».

Les signes cités par les exégètes devraient donc se comprendre en termes de métaphores, à moins que la nature physique du Prophète n'ait subi un changement lui ayant permis de véritablement voir ce ont il a témoigné. Le voyage de nuit, selon cette recherche, aurait donc eu lieu à Médine, et non à Jérusalem ; le voyage du Prophète à Jérusalem n'était pas une condition préalable pour qu'il voie les prophètes qui l'avaient précédé. Quant à la monture de Mahomet, qui l'a accompagné jusqu'au bout, elle symboliserait les nombreux actes de piété qui permettent de s'élever vers Allah.

LA MOSQUEE DE MEDINE

Une tradition relate : « Il a alors poursuivi sa route jusqu'à Médine et y est entré après que se furent écoulées douze nuits depuis le mois de Rabi' Al-Awwal. L'Ansar (ensemble de ses défenseurs à Médine) se rassembla autour de lui, chacun d'eux essayant de saisir le mors de sa chamelle et l'invitant chez lui. Mais le Prophète a dit : «Laissez-la tranquille, car elle a des ordres. » Sa chamelle continua de cheminer par les rues étroites et les allées de Médine jusqu'à ce qu'elle ait atteint un marbid (endroit où l'on met les figues à sécher), qui appartenait à deux jeunes orphelines RELIGIEUSES MUSULMANES 123

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du clan des Banu Al-Najjar, devant la maison d'Abu Ayyub Al-Ansari. Alors le Prophète dit : « Voici le lieu de la halte, par la volonté d'Allah. »

As'ad Ibn Zurara utilisait cet endroit pour prier, avant l'Hégire du Prophète, et avait l'habitude d'y amener ses amis pour la prière. Le Prophète donna l'ordre que cet endroit fût transformé en mosquée, et il en acheta la terre pour 10 dinars.

...Le Voyage nocturne (Isra) n'aurait pas eu lieu en Palestine, mais bien à Médine. Il aurait commencé à la mosquée Al-Haram de La Mecque après que le Prophète y eut prié avec son compagnon, et tous deux partirent de là, et le voyage finit où nous l'avons dit, à Médine, où Mahomet édifia la mosquée connue sous le nom de Mosquée du Prophète. Les détails du voyage de l'Hégire sont exactement les mêmes que ceux du Voyage nocturne (Isra), parce que le Voyage nocturne ne serait autre que l'Hégire secrète.

SENS DU VOYAGE NOCTURNE ET DU MIR'ADJ : LES COMMANDEMENTS

Le Prophète reçut également, à l'intention des croyants, divers commandements sur le nombre et l'objet desquels la tradition varie quelque peu.

n'adorer que Dieu seul, parfait en son essence et en son unité ;

aimer son prochain comme soi-même et protéger les faibles ;

aimer, vénérer et assister son père, sa mère et ses proches ;

accueillir les infortunés et les orphelins, les abandonnés, les voyageurs et les étrangers en les considérant comme hôtes de Dieu ;

ne pas tuer ni commettre l'adultère ;

n'être ni prodigue, ni au contraire avare ; ni concupiscent ni orgueilleux ;

respecter tous les êtres ;

respecter la propriété d'autrui et prendre soin des biens des orphelins ;

demeurer honnête et loyal en tout et envers tous : s'interdire de falsifier les écrits, de pratiquer l'usure, de frauder sur les poids et mesures, de porter un faux témoignage.

Pour sa mission, Allah lui recommanda la patience, la bonté, le pardon des offenses, la pitié pour ses persécuteurs. Il lui fit connaître qu'il devait se préparer à l'Hégire (certains placent en

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effet ce voyage et cette illumination avant l'Hégire), ce qui exigerait de lui, et des croyants, courage et sacrifice. Le Prophète avait retrouvé de nouvelles forces, car tout arrive à son heure, et Dieu est omniscient ; il avait eu droit à la vision réelle de Dieu. Quant à sa monture, elle symbolise les nombreux actes de piété qui permettent l'ascension de l'âme vers Allah ; car nous ne pouvons nous passer d'un guide.

« Ô Messager d'Allah ! dit Abou Bakr . Est-ce vrai que tu as dis à ces gens que tu es allé à Jérusalem cette nuit ? ». Le Prophète répondit par l'affirmative et décrivit cette ville à Abou Bakr qui l'avait déjà visitée. A chaque fois que le Prophète décrivait quelque partie de Jérusalem, Abou Bakr répliquait : « Tu as dit vrai, tu es le Messager d'Allah ». Quand il eut finit sa description devant Abou Bakr, le Prophète lui dit : « Et toi Abou Bakr , tu es As-Siddiq - le sincère- ». Depuis ce jour, l'Envoyé d'Allah l'appelait As-Siddiq.

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ACHOURA (au Sénégal, Tamkharit)

GENERALITES

Les sunnites (musulmans orthodoxes pour lesquels les quatre premiers califes sont les successeurs de Mahomet) considèrent cette célébration comme mineure ; certains organisent des festivités. En 680 – 61 de l'Hégire – Hussein, 4e calife de l'islam, lève une armée à La Mecque et marche sur l'Irak, pour faire valoir ses droits à la succession califale après l'assassinat de son père Ali, gendre de Mahomet. Après un siège de dix jours de la ville appelée Koufa, Hussein et son armée sont défaits par les troupes du calife Yazid 1er. La tradition rapporte que Hussein fut décapité et son corps mutilé à Kerbala, où se trouve son tombeau, lieu saint des chiites. Les têtes de Hussein et des membres de sa famille furent exposées sur des lances. En revanche, les chiites (fidèles aux descendants d'Ali mort en 661) célèbrent en ce jour cet assassinat des deux petits-fils du Prophète, Hassan et Hussein, et de 72 de leurs disciples, en l'an 61 de l'Hégire (680).

DATE

Le 10e jour du mois de Mouharram («achara » signifie « dix »), il se mène un grand deuil. Mais selon les haddiths pris en compte, ce jour-là commémore aussi bien l'échouage de l'arche de Noé, Moïse dans le feu, Adam quittant le paradis terrestre.

En 622, Mahomet trouvait à Yathrib (la future Médine) une tribu juive. Le jour de son arrivée, elle célébrait le Yom Kippour. Mahomet reprit ce jeûne rituel. Or, deux ans plus tard, l'obligation du jeûne de Ramadan lui était révélée : Achoura devient alors simplement recommandé, mais non plus obligatoire, à condition de jeûner deux jours pour se différencier du judaïsme. Ce serait donc à l'origine une fête juive. Le Prophète, interrogé par ses disciples sur la nécessité d'observer un jeûne ce jour-là, répondit que Moïse était « plus proche » d'eux que les autres. « Dieu remet les péchés d'une année passée à quiconque jeûne le jour d'Achoura. » Cette fête marque la liaison entre deux religions, le Judaïsme et l’Islam. C’est un « lien naturel et historique entre deux communautés fraternelles » que tout semble opposer de nos jours, expliquent unanimement M Rais et Merrun Khalil

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A C H O U R A

PELERINAGE DE KERBALA

C'est à Kerbala qu'a lieu, en Irak, le pèlerinage principal. On y célèbre le martyre du second et dernier fils de l'imam Ali, Sidna al Hosseïn. En Iran se donnent des représentations théâtrales (les tazieh, « Passions d'Al-Hosseïn »), et des centaines de milliers de pèlerins procèdent à des cérémonies expiatoires (flagellation, coups que l'on s'inflige sur la tête et sur tout le corps, jusqu'au sang). C'est pour les chiites un grand jour de deuil, et non pas une fête. Le blanc, couleur du deuil, était aussi la couleur des Omeyyades (qui ont régné à Damas de 661 à 750) ; le noir fut celle des Abbassides, alliés, au moins au début, des chiites contre les Ommeyyades.

COUTUMES

Elles ne figurent pas dans le Coran, ne sont donc pas « recommandées », mais demeurent très populaires.

En Tunisie, on visite les morts. On allume des bougies autour de la tombe du saint patron du cimetière. « Que Dieu entende les plaintes des vivants. Que Dieu exauce les vœux des démunis. Puisse Dieu alléger les souffrances des plus faibles. En ce jour toutes nos pensées se tournent vers eux. » On saute au-dessus des feux pour se purifier. Les enfants récoltent de maison en maison des bonbons et des pièces de monnaie, dans un roseau qu'on appelle, à Gabès, « achoura ».

Habillés de neuf, les enfants marocains reçoivent des cadeaux, tambours, trompettes, s pétards – et pistolets à eau. Cela peut ressembler à un carnaval ou à un quatorze juillet... On mange un couscous au « gueddid », viande séchée depuis la Fête du mouton, des noix, des amandes, des dattes. Le lendemain de l'Achoura, c'est « Zem-Zem », allusion au puits du même nom en Arabie Séoudite, où se désaltéra la caravane de Mahomet. Les enfants aspergent les passants avec leurs pistolets, ou des bombes à eau (sacs et ballons de plastique), des seaux... tout est bon ! Le soir, la fête continue avec a « chouâla » (feu rituel) au-dessus duquel on saute. Fête de l'enfance donc, et des traditions familiales.

Au Sénégal, un « carnaval » est organisé.

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A C H O U R A

SIGNIFICATION

Cette manifestation revêt une signification spirituelle et sociale indéniable. C'est aussi un jour de partage et de charité. Il rappelle l'obligation de faire l'aumône, contribution matérielle (zakat), destinée à assister les plus démunis. Elle revêt toutefois différentes significations : pour les sunnites, elle marque le début de festivités, pour les chiites, c’est une journée de deuil C'est aussi un jour de partage et de charité.

EN GUISE DE CONCLUSION 128

VOUS AVEZ DIT « ECUMENISME » ?

De toutes ces considérations sur les cérémonies religieuse se dégage un certain nombre de constatations communes : le besoin de l'homme de se retrouver entre semblables afin de lutter contre l'angoisse de sa solitude, le besoin à ce moment-là, au milieu du désordre désespérant de sa vie, de reconstituer un ordre cosmique et divin, de se réapproprier le cycle des saisons aussi bien que les mystères de la condition humaine. Il serait donc réconfortant de ne considérer les fêtes religieuses que sous l'angle de la réconciliation de l'humanité tremblante autour de ses doutes et de ses ignorances, afin d'établir non pas un écuménisme religieux impossible à réaliser mais un écuménisme des scepticismes bienveillants, n'excluant ni méditation ni festivités.

Un grand pas aurait ainsi été franchi vers la paix universelle, que nos religions nous promettent à l'envi depuis des siècles voire des millénaires et se sont toujours jusqu'ici montrées bien incapables d'instaurer...

...« Plus la religion relie, plus elle divise. Elle creuse un fossé entre croyants et incroyants, fidèles et infidèles, pieux et impies.En multipliant les obligations alimentaires ou vestimentaires, une religion crée l’uniforme entre les siens et le contraste avec les autres. Lorsque la différence n’est plus vivable, il n’y a que la guerre pour rétablir le droit d’autrui. Le lien religieux est, comme le nœud gordien, si serré qu’il faut le trancher pour le défaire. On peut amender une loi, modifier un contrat, voire organiser un divorce, on ne négocie pas une religion. Tous ceux qui l’ont tenté ont échoué. »

D’après Odon VALLET, université Paris -VII, Petit lexique des idées fausses sur les religions, Albin Michel, 2002.

Autant dire que cet ouvrage, rédigé par un sceptique, n'aura eu d'autre ambition que de rafraîchir les connaissances, et ne prétendra pas à l'écuménisme, dont la seule réalisation concrète fut de répandre, avec une touchante unanimité, la prononciation fautive d' « eûeûcuménisme »...

SANS LES DOGMES...

Unir les religions revient en effet à réduire leurs dogmes à l'état de symboles et à ne les comparer que dans une perspective de tolérance et de fraternité universelles, dont nous sommes loin, peut-être précisément parce que, comme pour un régime sans sucre, sans sel ni tabac, tout le monde sait exactement ce qu'il faut faire, en éprouvant à l'avance une immense fatigue à l'idée

EN GUISE DE CONCLUSION 129

même de commencer de le suivre... Or le sel, l'alcool et le tabac de toutes les religions, soit tout ce qu'il y a de bon, c'est le dogme ; ôtez-le, vous en ôtez tout le contenu, tout le suc et tout l'attrait. Il ne reste plus que le respect de tout et de tous, chose qui ressemble beaucoup au bouddhisme, où d''aucuns s'accordent à voir moins une religion qu'un système philosophique, de pensée et de conduite... qui n'est pas abordé ici.

Notre but serait donc non pas de contribuer à quelque improbable syncrétisme, mais à un universel scepticisme ou fatalisme, le fin du fin de la sagesse humaine (oxymore !) étant de découvrir sur le tard que tout se vaut, sauf de ne pas tuer, ni voler, ni violer, qu'il faut continuer comme on a toujours fait, que nul ne sait ce qui nous attend, et que nous devons nous débattre dans notre solitude en nous efforçant de nuire au moins de gens possible. Nul besoin de recourir à des langues de feu venues du ciel, à des buissons ardents ou à des mules qui s'envolent vers les nuages avec le Prophète sur le dos, à quoi il faut croire dur comme fer au risque d'être sévèrement battu par ceux d'en face - pour expliquer tout cela aux braves gens qui avaient déjà tout compris sans tant faire d'histoires.

Le relativisme religieux, certes, incite à la tiédeur ; et rien n'interdit des célébrations philosophiques privées et ferventes, des exercices de l'âme, même si c'est impossible. Mais d'autre part, si tout rite de plus d'une personne est interdit, que deviendra la grande panique humaine ?

Nous ne saurions mieux terminer que par cette magnifique prière, attribuée par Jean Potocki à un rabbin espagnol dans Le manuscrit trouvé à Saragosse :  « Seigneur, si vous existez, sauvez mon âme, si j'en ai une. » Mais c'est de Voltaire

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