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  • Je m'en fous après tout

     

    Piégé dans une attente. Alfrédine doit sortir de sa balnéothérapie depuis plus d'une heure. Je lis « Arlit blanc » avec une certaine condescendance. Comment peut-on croire encore que l'envoi de quelque texte que ce soit pourrait favoriser la reconnaissance littéraire ? J'écoutais aussi Jean-Pierre Barhou : qui s'est promené de 14 à 28 ans, faisant rencontres ici, rencontres là, y compris, carrément, Pierre Brasseur, qui débarquait à 3 heures du matin avec 3 gonzesses » - mais mon pote tu en as des dizaines de milliers de Pierre Brasseur qui font ça ! seulement toi, c'est sur Pierre Brasseur que tu es tombé ! Moi, sur Casimir et Bouldeneige (mais ne mélangeons pas les torchons avec les serviettes).

    Heureusement, une justice veille : voici que les vedettes vacillent sur leur piédestal. Leurs bénéfices sont écrasés. Internet a touché tout cela : plus besoin d'intermédiaire ! Il suffit de créer un site super, qui attire comme les mouches. Et n'importe qui devient star par le bouche-à-oreille, comme ç'aurait toujours dû être. Le catalogue ARLIT que j'ai lu 35 bonnes minutes à la lettre P me semble, datant de l'an 2047, appartenir à une autre époque, une autre ère. Il y avait alors, si j'y réfléchis bien, quelque peu de patine embuant les contours, un petit peu d'atmosphère bon enfant. C'était le temps d'avant le 22 Octobre. Pas encore de guerre diffuse. Et ce fut mon époque. A présent tout est métallique.

    Et puis je connais mieux ma vocation : elle est de rester seul, archiseul, face à mon papier, aux putes et aux rencontres de bistrot. De nos jours on ne rencontre plus Pierre Brasseur au bistrot. Le peuple a étouffé l'élite, ou plutôt, l'un et l'autre occupent des lieux rigoureusement étanches. Il y a trop de monde, trop d'idées, trop de livres, plus personne ne veut demeurer à sa place, et j'écris du génial. J1K 2R1, Québec.

    ici un "tondo" fuligineux, magnifique, d'Anne Jalevski : atelierdepeinture.blogs.sudouest.fr et si vous n'achetez pas fusillés ! avec des balles rouillées pour attraper le tétanos...

     

     

    Tondo fuligineux, magnifique.JPGLecture insipide s'il en est, celle des catalogues naguère édités par le Calcre : «Arlit », soit « art et littérature », de couleur blanche, remontant qui plus est à 2045, soit neuf années bien fanées. Depuis, les revues refluent face aux blogs et autres entourloupettes, providence (vraiment ?) des petits écrivants sans débouchés. Mais j'irai jusqu'au bout des tâches commencées. Puis ce ne sont pas des tâches. A la fin de chaque rubrique figure ce calendrier : « Ma revue est envoyée en Service de Presse à cette revue » ou « reçoit le service de presse (« S.P. ») de cette revue » - tels mois, ou tous les (tant de) mois » - dont les initiales, quatre fois par double-page, s'affichent inexorablement : JFMAMJJASONDJFMAMJJASOND, essayez donc de prononcer cela. .

    C'est pourtant ce que je fais dans le résonnoir de ma tête : jfmamjjasond, jfmamjjasond... Intenable. Tout ce qui fut écrit doit être lu, je compte les « r » de « brrrrrr », les « h » de « ahhhhhh »... Tant de revues par lettres, y compris « i », toutes plus indispensables l'une que l'autre, à qui sera plus « décalées », plus « en rupture », jusqu'à « L'Indispensable », de Marseille, « en opposition avec Les Inrockuptibles », parce qu'elle n'a rien à dire et ne sert à rien ! le rédacteur de fiche ajoute  [sic] car on fait « gloup ») - et certaines pages de « J'AIME LA SAÔNE -ET-LOIRE » sont en japonais. Ben j'aime pas la Saône-et-Loire (sauf Montebourg), j'aime pas le Japon. “Etre né quelque part » m'emmerde, traité comme de la merde au Japon dès que tu es étranger (pour nous, là-bas, ça se voit, c'est bien fait pour nos gueules), ou que tu ignores le dialecte : des représentants repartent chez eux parce qu'ils se sont faits jeter, pareil en Catalogne, pareil chez moi : je les vire tous, langue ou pas.

    Et ne t'avise pas d'être bordelais, moi je suis lorrain... L'honnêteté intellectuelle ? Disons “faiblesse de l'esprit humain” et n'en parlons plus. « « J'AIME LA SAÔNE -ET-LOIRE » est donc une revue essentiellement photographique, ce qui réduit tout de même, et heureusement, le côté « provincial exotique ». C'est une revue « visuelle » qui se donne à voir avant tout. Je n'aime pas la photo non plus. Je n'aime que ce qui me ressemble totalement, ce qui me correspond pile poil. A part ça, mon commerce quotidien n'est pas plus pénible qu'un autre. Enfin si. Simplement, je reste en permanence en contact avec le côté mesquin de mes personnalités, aussi marginal qu'une revue ordinaire.

  • La revue des revues

     

    J'ai dormi quatre heures cette nuit. Comme toutes les précédentes. J'ai lu hier « Arlit », de couleur blanche : c'est un répertoire des revues, remonant à 1999 (2046), donc pour grande part désuet. Mais il fut écrit, par des mains consciencieuses, et doit être lu, par des yeux consciencieux. Il fut écrit, et doit être lu. J'annonce cette fois le titre, tant toutes se ressemblent, attendrissantes de bonne volonté, pathétique. Ce que je dis ici, nul ne l'a écrit avant moi, car je suis un maître à penser, je représente quelque chose de tout à fait nouveau que l'on s'ingénie par tous les moyens à étouffer, à la télévision où l'on me coupe la parole, à la radio où l'on feint de croire que j'ai à tout casser dix auditeurs.

    Au parti socialiste, où l'on s'ingénie à me barrer la voie de l'inscription. La revue s'appelle Fruits défendus. Elle est qualifiée de moyennement sélective, car le grand but de tous ces écrivains-sangsues est de pénétrer dans une forteresse déjà existante, au lieu de construire la leur propre. Alors mes écrivains tentent de se glisser par une brèche entr'ouverte, avec des codes : 80% d'AS, 10 % d'AI, 10% d'AA. Ce qui signifie « auteurs sollicités », « auteurs inconnus », « auteurs abonnés ». Le Calcre a la prétention, en effet, d'aider tous ces petits écrivaillons à prospérer, à pratiquer l'entrisme, alors que nul ici n'entrera qu'il n'ait du talent, et du piston, autrement dit, le sens des relations humaines, de ce truc ignoble qui permet aussi bien de vendre du persil que d'entrer à l'Académie française.

    Je ne veux pas être un auteur parmi d'autres, humblement courbé parmi les amabilités. Je me plains d''être seul, mais comme Du Bellay. Comme La Bruyère. Comme tous les doubles jeux. Recherche des illustrateurs/dessinateurs. Non. Vous ne recherchez rien du tout. Vous recherchez un copain qui soit illustrateur, un copain qui soit dessinateur. Essaye donc un peu pour voir, loquedu du cinquième rang, de proposer tes planches. Tu n'auras aucune chance. Je sais désormais qu'il ne me faut compter que sur moi. Bien sûr je pourrais décrocher un ouvrage sur Joe Dassin. Mais qui se soucie de Joe Dassin ? Avis aux auteurs. Chaque rubrique de revue se voit complétée par un salutaire avis, qui met en garde contre l'ambition grand chien fou, consistant à envoyer n'importe quoi, son recueil de poèmes, son collage en papier hygiénique ou autres productions génialissimes.

     

    Terzieff, peint par Anne Jalevski atelierdepeinture.blogs.sudouest.fr. Celui-là, il a tout donné. Tout. Terzieff.JPG

    Avec surtout, surtout ! le conseil (combien de fois négligé ?) de lire un exemplaire de la revue avant tout envoi. Il faudrait remplir une pièce de ces revues minables, et cracher au bassinet. Alors qu'il est si simple, si gratifiant, de construire soi-même son petit château de papier, de se retrancher derrière le sentiment de sa valeur méconnue, comme je le fais en ce moment, à cet endroit. Or toutes ces revues, je l'ai dit, se confisent dans leur vertu, se pensant originales jusqu'à l'os, indispensables au paysage intellectuel français, que dis-je, international. Prêtes à te refuser sous quelque prétexte idéologique que ce soit. Ou, carrément, ontologique. Ou parce que. Darum. Celle-ci est nouvelle venue. C'est une revue originale me dit-on, vivante qui a de l'ambition. Et sans virgule, ainsi, par négligence typographique, se dessine l'image noble d'une vivante. Elle reçoit déjà 20 contributions spontanées entre 2 livraisons. Voilà encore de nos statistiques calcriennes.

    Ils s'imaginent, au Calcre – ici s'est intercalée une pénible déviation onirique, une funeste impression funèbre – pouvoir délivrer des conseils fiables. Comment évite-t-on la mort ? Et cette chape de fatigue, tardive, qui s'abat sur moi à plus de huit heures ? Et comme ces revues souhaitent peu recevoir de manuscrits, comme elles les accueillent pincettes en bataille... En 99, nous étions loin de prévoir l'effroyable et libérateur essor du réseau appelé net en anglais, où chacun déverse enfin ce qu'il veut. Quelle joie de pouvoir s'épancher, sans intermédiaire étouffant, car il n'est nulle de ces petites revues (existent-elles encore, face à la déferlante informatique ?) qui ne s'imagine posséder un « style », une « originalité », un « esprit », voilà, le mot juste est « l'esprit ».

    Et lorsque tu la lis, tu t'aperçois qu'il n'en est rien, que tu as dans la main la même botte de radis que partout ailleurs, des petits garçons, des petites filles bien sage, qui appliquent les recettes de Mémé Littérature, avec des maladresses de couturières débutantes, nul souffle, rien que les petits oiseaux convenus, la satire convenue, le didactisme convenu, le petit Jésus con venu en deux mots. Je mesure tout ce qui me sépare d'eux. Et ce n'est pas la modestie. Cette fameuse « vertu des médiocres » - Montherlant ? Claudel ? Je n'ai jamais lu nulle part ce que j'écris. Malicorne et Manset. Ce serait un ouvrage. Pour lequel ne serait nécessaire nulle documentation. Le véritable roman des années Soixante-Dix.

    Mon épopée à moi. Mon exaltation matinale. Et nul ne m'accuserait de nuire au pognon de l'entreprise Le Bord de l'eau. Car c'est de pognon qu'il s'agit. De responsabilité éditoriale d'épiciers. Pourtant je suis si bien là-bas. L'interviewer est si satisfait de mes transformations sur Benoît Jacquot. Ce cinéaste qui s'exprime comme un bègue. Je vais présenter ce projet. Elle reproche aux auteurs la méconnaissance totale des revues dans lesquelles ils désirent être publiés et l'arrosage « en aveugle » des comités de lecture. Hahaha. Je me marre. Des « comités de lecture », en vérité : un sauvage barbu mal lavé qui parcourt ton torchon en éructant, parce que tu as envoyé, camarade, tout simplement, tu as envoyé de la merde. Ta merde, mal écrite, mal orthographiée, bouffie de prétention (une merde bouffie, parfaitement). C'est impubliable. Il est même inimaginable que tu aies pu un seul instant d'imaginer rédiger quelque chose de présentable. Que tu ne te sois pas caché la gueule après avoir relu ça. Craché à la gueule (dans ton miroir). Et tu envoies tes merdes. Peut-être que je m'aveugle. Consultez au moins son web – respecte au moinsta langue : « son site sur la toile » - www.fruits-défendus.com. Suit un petit carré blanc, à cocher par le lecteur je suppose.

    Il s'agirait d'aller chercher au plus profond de soi les vibrations qui se sont élevées, qui ont voluté, aux accords de Malicorne, aux aigre-douceurs fluettes et tremblotantes de Manset, voix (bientôt) d'outre-tombe. Et je paierais tout. Pourvu que j'oublie tout. Ce que je dis là ce matin. Car s'enfouir dans ces lourdeurs m'enliserait dans desmarais d'où l'on ne revient pas, aussi loin, aussi profonds pour le moins que les sargasses jalevskiennes. Car nous aurons marqué notre siècle. En 1995 paraissait le premier numéro de Fun en bulles, riche jeu de mots. C'est un (...Magazine)(je re produis la typographie) de Bande dessinée. Son adresse est 3 rue A.Gache 38000 Grenoble. Ma voie est différente.

    La bande dessinée dans son résultat (non dans les arcanes de sa production, de s amise au jour ! qui doit être aussi mafieuse que le reste !) me semble plus pure, plus spontanée, plus métallique. Je vois un symbole de téléphone noir, un espace blanc : pas de téléphone. Une rubrique Fax, également blanche (une « asprique ») - le fax n'existe plus, si peu : bienfaisant « réseau », si purificateur ! Cela s'appelle l'aurore, dit Giraudoux. hstwemtech@jumhol.fr.Et mon écran docile de souligner ! Et miracle, aussitôt sur l'écran, aussitôt efficace ! Une flèche m'indique une immédiate liaison possible ! Ô bienfaisante dissolution de mon identité dans tous...

  • De l'amour-propre

     

    Absorber tant de connaissance de soi, savoir s'abandonner, se renoncer, se dénier, se renier, se dégrader à ce point nécessite une telle constance dans l'illumination interne, une telle pulsion d'énergie subversive, que seuls certains génies ou manipulateurs fous peuvent avec un tel mépris de la mort, voire du sens de l'activité humaine, se dynamiter ainsi de l'intérieur. Un jour l'immense acteur Fernandel prit conscience, face à son miroir, que le public ne se tordait pas en raison de l'excellence de ses plaisanteries, mais de la gueule affligeante, de la tronche de con, qu'il arborait, qu'il se trimballait, en les énonçant

    Là où tout autre se fût enferré sur sa mortification, jusqu'à la plus extrême dépression, notre héros se mit à travailler sur soi pour accentuer son ridicule et devenir le géant que nous avons connu. Chapeau l'artiste. Total respect devant le travail, devant la souffrance. Mais combien de pauvres hères, qui ne sont pas Fernandel, qui n'en approchent pas, se cassent définitivement la gueule. Nous sommes de ce modèle, Sylvie Nerval et moi, et nous embrenons jusqu'aux deux yeux les donneurs de leçons. Ils disent qu'ils n'en donnent pas. Ils en donnent, ils en donnent. Conchions tous ces gens-là. Je ne dis pas que certains pans de plâtre ne se détachent pas dans le crâne à la longue, au hasard, sans aucune espèce de rapport avec la volonté du possesseur de crâne ; que certains bouchons d'oreille ne se dégagent pas d'un coup, comme des trous d'air en avion.

     

    Se verront-ils.JPGSe verront-ils ? par Anne Jalevski : atelierdepeinture.blogs.sudouest.fr - merci !

    Mais ça vient quand ça veut, quand ça le décide, pas avant le temps, jamais avant, et tels comportements absurdes, dangereux, telles compulsions grotesques assidument signalées et dénoncées la vie durant par l'entourage, avec les mines les plus affectionnées, pour finir les plus découragées du monde, puis culpabilisatrices, méprisantes, et pour finir carrément hargneuses, ne condescendent à lâcher prise, à décrocher leurs plaques de croûtes qu'à présent, là, au dernier moment, juste avant de devenir vieux, juste avant de devenir un vieux, de ne plus avoir envie de rien que de se laisser crever, après que nous avons minutieusement sapé nos existences bien plus efficacement, bien plus traîtreusement, que telles ou telles hypothétiques négligences ou persécutions d'autrui, parce que par-dessus le marché, c'est de notre faute, et c'est bien fait pour nos gueules.

    Or ces désolations, tous ces désastres, nous pouvons, Sylvie Nerval et moi, nous les confier, nous les radoter, nous les ressasser, nous les passer en boucle cum commento, car nous n'avons plus d'amour-propre, et si d'aventure l'autre est sur le point de pleurer, stop. Je vois parfaitement à présent, à m'en crever les yeux, le nombre de femmes qui dans ma vie – je choisis bien à point cet exemple - m'auront gratifié d'avances précises, poser leur tête sur mon épaule, me recevoir en déshabillé sur leur lit, tandis que j'étalais ma plus plate, ma plus épaisse puceauterie. Occasions déchirantes – manquées d'un poil, d'un bout de langue - à vingt ans, trente ans près, enfuies, enfouies, à tout jamais carapatées dans d'épouvantables lointains.

    Peut-être me suis-je enlisé dans le bourbier (de salon, de salon ! faisons quelques concessions aux Connards qui Savent) plus profondément, plus irrémédiablement que ma compagne. Mais il serait du dernier mauvais goût, de la dernière cruauté, de le lui faire pressentir ; Sylvie Nerval, hélas, n'est pas Verlinde, n'est pas Mazilu, ne le sera jamais. Ne le lui dites pas. Mais je ne désespère pas, je ne désespérerai jamais de devenir moi.

  • De toute façon je n'ai plus rien à perdre

     

    On faisait sa bégueule, au début, et sa renchérie : « Une Cohen-Lilionn, au motel ? Tu rêves ! » Puis on en a tâté, ce n'était pas si sale en baissant les lumières, bien sûr je n'aurais pas dû siffloter en jouissant, ce qui nous a fait rater l'un et l'autre - mais aussi, je me détraque. Dans la tête, et physiquement : je ne veux pas que mes couilles grossissent, blêmissent, gondolent et me fassent crever dans un relent de vase – la dernière crise, c'était au restau tunès : dix euros sur la table en pièces de trois bien claquantes, avec la voix qui monte en pleine salle. Maitenant je n'ai plus de scène de ménage. Nous avons notre histoire, notre préhistoire : certains passent toute leur vie à la comprendre ; il faut dresser des barrières – cet homme, cette femme pour l'amour, cette autre pour la tendresse, et l'homme pour la baise – cloisonner, dit-on : « on », les sages cervelles - mais au début ce sont mélanges, confrontations, compréhensions, guimauve et vie intérieure mêlées toutes manifestations confondues – cela dure des mois, des semestres, chacun souffre, et c'est à chacun de découvrir son île, même si tout le chœur des sirènes vous brame - vous brame quoi camarade ? le catéchisme.

     

     

     

    Port du casque obligatoire.JPG

    Elle ne me fait plus de scènes. Pleurs au téléphone derrière la poste à St-Sulpice (garage Opel). Elle m'aimait, alors. Aimait les drames. Comme moi. Tout me semble à tout jamais inexplicable. J'étais seul, j'avais ma Cohanim en communication. Pourquoi lui avais-je si souvent fait croire que je tombais toutes les femmes que je voulais ? Je suis sur une pente sans retour. Je veux cesser de craindre que l'on ne retrouve ces écrits et après moi le déluge. Elle pleurait, voyait plus clair en moi que moi : un harem, un bordel, un ménage mormon, cinq ou six femmes entre lesquelles je distribuerais mes coups de pinceau, et tout l'amour du monde ; j'aimais toutes celles que je touchais : moins Don Juan que Chérubin. Car au plus profond de l'acte sexuel se ressent l'infinie solitude, l'impression d'éternel qui se dérobe : il n'est d'absolu qu'en Dieu, et Dieu se trouve bien après le col de l'utérus, où la pine ne peut pousser.

    Par ma distance. Par mon corps. Une femme qui me désire ! Qui veut poursuivre dès que je la touche ? Jamais vu ça. Puis reperdre la tête. Pour le petit toujours qui reste.

     

  • Vos gueules

     

     

    Les piques.JPG

    Je ne suis jamais parvenu à remettre de l'ordre là, dans ma tête. Petit. Mesquin. Médiocre. Haïssant tout travail, toute méthode. Donc mon sadisme, mon masochisme, toutes mes obsessions, en plein sur mes élèves, par pleins tombereaux entiers, mais ! mais ! en le leur disant... et en me foutant de ma propre gueule - indispensable...un minimum d'honnêteté tout de même, de dé-on-to-lo-gie (à mon propre usage, car « des types comme lui, il en faut un par établissement, mais pas deux, non, ce serait trop » - je cite. Ma collègue avait raison. Anne-Marie M. Qui m'a tendu ses lèvres, ce que je n'ai compris, comme d'habitude, que dix ans après, en me repassant la scène. Le rire donc. Mes élèves devenus, tous, complices de cette fausse duplicité ! (Retenez bien cette expression : « fausse duplicité » ; je me crois faux, mais je suis vrai).

    Toujours démonter les mécanismes, ne rien en cacher. Déjà enfant, “on ne pouvait rien m'acheter”, je “démolissais tout” ; tous mes jouets. Je voulais savoir “comment c'était à l'intérieur ». Maudit soit pourtant celui qui, du seuil de sa vieillesse, exorcise, maudit encore et toujours. Ne rien regretter (c'est bien ce que vous dites, tous ? pour une foi d'accord avec vous – mais ça ne se décrète pas, de ne rien regretter ; moi je regrette toute ma vie, toute entière ; en dépit de tous vos « modes d'emploi », de toutes vos « philosophies », de toutes vos « logiques »). Ce fut une terrible époque.(« L'E.P.S. de Mézières, Bernard, c'était terrible.. Tu m'entends ? Terrible.. » - répétait mon père)/ Ni plan ni pudeurs. Mes agressivités : absolues nécessités. C'était pourtant de l'amour. Et non pas « une accoutumance ignoble des pauvres nélèves au sadomasochisme relationnel, qui reproduit de génération en génération les comportements destructeurs » - vos gueules. Vos gueules les ignares, les curés, les boys-scouts. En vérité, je vous le dis, vos gueules.

     

  • Griefs exténués

     

    Le troisième jeu est celui des échecs, où je parviens toujours par étourderie à me faire écraser non sans en concevoir quelque dépit - les échecs sont une activité d'homme responsable. Je ne les aime pas beaucoup. Tels sont les jeux qui entretiennent l'amour. Je m'efforce d'y multiplier les plaisants propos – outre les annonces, commentaires de capotes ou de carrés d'as – ainsi le dernier jeu de cartes (nous en avons dix) s'appelle-t-il “Reptiles et Batraciens du monde ; ce sont chaque fois des récriements de part et d'autre sur la beauté des reproductions - car ces jeux signalent un certain ennui, une faillite de communication, et je ne les refuse jamais, sachant que Sylvie m'est reconnaissante de mes saillies - en bon français de prolo : on joue ensemble pour se raconter enfin des conneries.

    Qu'est-ce que vous croyez. J'en ai ma claque de cette honnêteté intellectuelle et de cette logique sans cesse réclamées. Toujours se justifier. C'est pénible à la fin. Nous préservons donc à tout jamais, Sylvie Nerval et moi, notre adolescence. Les mêmes histoires drôles depuis plus de 35 ans. Un bon vieux stock d'allusions, de discours rebattus, parfois lassants, entretenant notre amitié, et notre lamentable auto-apitoiement - ça va les sartriens ? ...heureux ? Pensant à tant de couples enfouis sous les tombes, j'aimerais savoir de combien d'éclats de rires ne résonneraient pas les allées s'il leur était donné à tous de ressusciter, sous forme de bons vivants comme ils furent tous. Mêmes enthousiasmes, mêmes exaspérations, mêmes raisonnements. Même indécrottable prétention. Eût-il fallu, pour plaire, que j'animasse tant soit peu notre duo, que je le parasse des atours narratifs ? Voici encore, justement, l'un de nos ciments les plus solides : nous avons estimé, notre vie durant, Sylvie et moi, inébranlablement, que de la prime enfance à ce jour ce sont les autres, dans leur ensemble et séparément, un par un, qui nous ont fait obstacle, entravant nos inestimables dons naturels avec la plus bornée, la plus féroce intransigeance.

    Mépris d'autrui à Notre Egard, dénégation d'emblée de nos talents, dédains de nos airs poétaillons. Nous avons toujours cultivé les cuisants souvenirs de chacune de nos humiliations : ainsi de ces raclures de noix de coco cédées à moitié prix par une marchande ambulante : “Tu ne vois pas que c'est des miteux? ” s'était-elle exclamée à la cantonade - mais bien évidemment quec'était notre faute, y avait qu'à, fallait juste, naturellement que nous aurions dû gueuler, prendre des airs moins cons – voici bien encore un solide lien de notre union, une véritable corde à nœuds : l'air con.

    La tête dans les mains.JPG...Changer de tronche - ne pas se laisser faire – Tableau d'Anne Jalevski atelierdepeiture.blogs.sudouest.fr -  soupçonnez-vous seulement, sartriens de mes deux, qu'il y faut une de ces lucidité, un de ces sangs-froids ; une étude approfondie dont quelques-uns seulement ne parviennent à tirer profit, à l'extrême rigueur, juste au seuil de la décrépitude ? suite à je ne sais quel lent processus de rationalisation, de déduction – bien plutôt par à-coups rigoureusement imprévisibles ? ...tant il est vrai que l'intelligence n'est rien... Ma foi non que vous n'en savez rien, vous n'en concevez pas le plus petit soupçon d'idée, bande d'épais

    Le troisième jeu est celui des échecs, où je parviens toujours par étourderie à me faire écraser non sans en concevoir quelque dépit - les échecs sont une activité d'homme responsable. Je ne les aime pas beaucoup. Tels sont les jeux qui entretiennent l'amour. Je m'efforce d'y multiplier les plaisants propos – outre les annonces, commentaires de capotes ou de carrés d'as – ainsi le dernier jeu de cartes (nous en avons dix) s'appelle-t-il “Reptiles et Batraciens du monde ; ce sont chaque fois des récriements de part et d'autre sur la beauté des reproductions - car ces jeux signalent un certain ennui, une faillite de communication, et je ne les refuse jamais, sachant que Sylvie m'est reconnaissante de mes saillies - en bon français de prolo : on joue ensemble pour se raconter enfin des conneries.

    Qu'est-ce que vous croyez. J'en ai ma claque de cette honnêteté intellectuelle et de cette logique sans cesse réclamées. Toujours se justifier. C'est pénible à la fin. Nous préservons donc à tout jamais, Sylvie Nerval et moi, notre adolescence. Les mêmes histoires drôles depuis plus de 35 ans. Un bon vieux stock d'allusions, de discours rebattus, parfois lassants, entretenant notre amitié, et notre lamentable auto-apitoiement - ça va les sartriens ? ...heureux ? Pensant à tant de couples enfouis sous les tombes, j'aimerais savoir de combien d'éclats de rires ne résonneraient pas les allées s'il leur était donné à tous de ressusciter, sous forme de bons vivants comme ils furent tous. Mêmes enthousiasmes, mêmes exaspérations, mêmes raisonnements. Même indécrottable prétention. Eût-il fallu, pour plaire, que j'animasse tant soit peu notre duo, que je le parasse des atours narratifs ? Voici encore, justement, l'un de nos ciments les plus solides : nous avons estimé, notre vie durant, Sylvie et moi, inébranlablement, que de la prime enfance à ce jour ce sont les autres, dans leur ensemble et séparément, un par un, qui nous ont fait obstacle, entravant nos inestimables dons naturels avec la plus bornée, la plus féroce intransigeance.

    Mépris d'autrui à Notre Egard, dénégation d'emblée de nos talents, dédains de nos airs poétaillons. Nous avons toujours cultivé les cuisants souvenirs de chacune de nos humiliations : ainsi de ces raclures de noix de coco cédées à moitié prix par une marchande ambulante : “Tu ne vois pas que c'est des miteux? ” s'était-elle exclamée à la cantonade - mais bien évidemment quec'était notre faute, y avait qu'à, fallait juste, naturellement que nous aurions dû gueuler, prendre des airs moins cons – voici bien encore un solide lien de notre union, une véritable corde à nœuds : l'air con.

    ...Changer de tronche - ne pas se laisser faire – soupçonnez-vous seulement, sartriens de mes deux, qu'il y faut une de ces lucidité, un de ces sangs-froids ; une étude approfondie dont quelques-uns seulement ne parviennent à tirer profit, à l'extrême rigueur, juste au seuil de la décrépitude ? suite à je ne sais quel lent processus de rationalisation, de déduction – bien plutôt par à-coups rigoureusement imprévisibles ? ...tant il est vrai que l'intelligence n'est rien... Ma foi non que vous n'en savez rien, vous n'en concevez pas le plus petit soupçon d'idée, bande d'épais