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  • Le Fanu

     

    Non sans mal très cher : 21 mn pour ouvrir ce dossier. ceci pour servir de témoignage à ceux qui après nous viendront, et mesureront avec ironie les progrès du progrès. Mais j'écris en latin... Le Fanu, Invitation au crime. Grande admiration d'Oscar Wilde. Action située en 1841. Ambiance de manoir anglais. Carrément Wuthering Heights. Avec tous ces "h" inspirant l'aspiration d'air. Une sombre ambiance, des soupçons, une atmosphère sordide où traînent les indices, aucun probant. Hélas, un interrogatoire, qui fera tomber la tension je le crains. Mais on ne disait pas alors "un roman policier". La devinette, très peu pour moi. Mais la littérature, si. Avec Le Fanu, jusqu'à présent, le ton reste éminemment soutenu : it's Oxfordian. De lourdes ambiances, oui. De la déduction, non : c'est là une intrusion des mathématiques dans le domaine littéraire spéculatif pur. La littérature est descriptive, ou narrative, mais non dialectique. De plus, il m'est une fois de plus mortifiant d'apercevoir, en un endroit très précis, une ou deux imprécisions qui me font douter d'une chose : le fils du protagoniste entre-t-il chez lui, ou fait-il un détour par l'intérieur du parc de son voisin ? Ce voisin possède-t-il un fils ?

    De quel droit ce voisin pose-t-il des questions à la domesticité du protagoniste ?

    Il s'agit d'un meurtre. Les ressorts d'une inrigue sont passés de "qui couche avec qui" à "découvrez le coupable". Chez Balzac et Dostoïevski (la vieille école), il s'agissait même presque uniquement de stratégie matrimoniale : "L'idiot", à ce sujet, m'avait fort désappointé. Peut-on réduire de la sorte une destinée ? - après tout, pourquoi pas... Marié, que reste-t-il à vivre... Coincé dans un amour, de même. Les vies se nouent et se dénouent là. Pour le policier, il s'agit d'un assassinat, qui clôt la destinée, soubresaut des ciseaux d'Atropos... Mais rien ne vaut la description et la suspension... Le temps en suspens... Toujours est-il que Wynston, hôte désagréable, vient d'être tué dans des circonstances comme il se doit mystérieuses et atroces. "Si vous ne trouvez pas cela bizarre, je ne sais comment vous convaincre". Grand style et passion couvant sous la glace, assurément ; et je préfère ces afféteries aux grossièretés et trivialités dont on se croit à présent obligé de joncher le texte policier. Tout reste vif. "Tout cela est, selon votre propre expression, bizarre, dit Marston d'un air menaçant, mais je ne vois d'autre raison à votre acharnement que de provoque run scandale chez moi en faisant planer un vague et hideux soupçon sur les membres de ma maisonnée." Où l'on voit que la langue la plus châtiée suffit amplement à exprimer la plus forte hostilité.

    Le meurtre s'est produit chez ce même Marston, lui-même soupçonné par le lecteur, puisque l'auteur a pris soin de nous le montrer en proie aux envies bouchères, et se refrénant de justesse : il déteste ce Wynston, qui s'est invité avec un extrême sans-gêne, cousin ou pas. Quant au voisin, il est en procès avec lui depuis des années pour de sombres histoires de droits de pêche. Mais je ne vois pas pourquoi il se trouve là, chez sa partie adverse. Je ne parviens pas à dire quoi que ce soit de plus profond. je devrais être pensif et le poing sur les lèvres, je ne suis qu'un bouffon. "Ce n'est qu'un moyen déloyal, monsieur, d'assouvir une vengeance mesquine". Ce qu'il y a de bien chez ces anciens auteurs, c'est leur dilution. Ils expriment toute leur colère au moyen de phrases bien tournées, insistant sur la nuance. Chez les comiques latins et grecs, cela devient d'une telle lourdeur que plus personne n'a envie de rire devant ces téléphonages anachroniques. "Fourrant les mains dans ses poches, Mervyn se dressa sur ses ergots." Il s'agit du voisin.

    Le coin des boules.JPGQue fait-il là... Qui l'a fait venir... Il faut bien faire un roman, certes, mais... J'ai sans doute omis un détail, quelque caillou de Petit Poucet, ce qui égare ma comprenette. Mervyn est tout petit, ventripotent ou ramassé comme un coq derrière son camail...

    "- Le comte sait bien dans le coeur de qui loge la rancune, dit-il."Ah, l'heureux temps, où l'on écrivait "monsieur" sans majuscule en temps qu'interpellation mineure dans une phrase. Où le lecteur était guidé par les "dit-il". Où la mode, ou bien l'extrême sensibilité à l'ellipse n'avait pas substitué aux lourdeurs cette précipitation que l'on observe à présent dans les intrigues. Pourtant, dès que l'on accélère, ma compéhension s'embrouille. Je ne suis plus capable que de lire de l'antique... "Je n'ai aucune amitié pour vous, monsieur, mais je ne vous veux aucun mal." Chapeau bas. Voilà ce que nous appelons du "fair play", en anglais dans le texte. La loyauté, face au sombre Marston, tourmenté par l'envie de meurtre - mais est-il passé à l'acte ? Qui a exécuté sa démangeaison ? "Et je ne profiterai pas d'une accusation comme celle-ci pour torturer quiconque, fût-il mon pire ennemi, sous prétexte de faire mon devoir." Noter l'emploi du mot "accusation", indirectement dirigé contre Marston, car jusqu'ici ce ne sont que des valets que l'on soupçonne.

    Lire du "distinguished" incite à l'être, mais je serais si peu naturel... Cessons de jouer à "Monsieur Perrichon devant le Mont Blanc". "Marston était sur le point de répondre, mais le coroner s'interposa en les adjurant de s'en tenir aux faits." Disons toujours, puisque nous avons seulement l'esprit clair ce matin, qu'il s'agit en effet de dépasser les passions personnelles : dès qu'un témoignage contrariait les staliniens ou tant d'autres, ils préféraient en effet suspecter d'office le témoin..

  • Considérations sous forme de préjugés foireux

     

    A seize ans je laissais traîner mon journal : Ne pas ouvrir. C'était pour que me mère le viole, ce qu'elle ne manqua pas de faire. Mon père interrogé s'en est tiré par la formule « Je ne l'ai pas lu, et si je l'avais lu, je ne te le dirais pas. » A même le rouleau de mon Olivetti et sous ses yeux, j'ai tapé en majuscule : « JE VEUX VOIR UNE JEUNE FILLE SE M........ ». Il a dû déchiffrer l'inscription sous lumière rasante, et lorsque je me retournai vers lui, rien ne montra sur sa face impassible et sotte qu'il eût percé la phrase à jour - plus tard, mon souhait s'est réalisé. Tous nous avons vu cela dans notre vie, la gorge sèche, bouleversés jusqu'à la moëlle. « Pourquoi donc, demandait une autre, voulez-vous tous absolement, les mecs, nous voir faire ça ? » De mon air le plus pédagogique, je répondis : « Vois-tu, Fleur-de-Pisse - pour une femme, se branler (appelons un chat un chat) n'est qu'une façon innocente, neutre, la plupart du temps parfaitement appropriée, de se donner du plaisir - « en cas de manque », disent-elles – ce que nous avons bien du mal à concevoir.

    « Pour un homme en revanche, la branlette est la pire des hontes. Aussi, poursuivais-je, chaque frottis de ch..... sous les yeux exorbités d'un mec, de préférence en gros plan, le décharges d'une énorme culpabilité, d'une profonde indignité. » Je me gardais bien de conclure que la masturbatrice complaisante descendait aussi, du coup, au même dernier stade de la vulgarité, ce qui rassure aussi le Mâle – Théana m'affirmait qu'elle ne le ferait jamais, surtout en face d'un homme : pourtant, faisais-je observer, bien des femmes le font. « Ah oui, dans le porno ! » - non Théana, pas uniquement « dans le porno ».

    D'une rue.JPG

     

    X

    Kohanim, dans nos premiers temps de tendresse et d'adoration refusait de redescendre de ma voiture et m'enserrait de ses bras, de toutes ses forces. Comme tout cela semble lointain ! Combien de fois ne sommes-nous pas rentrés chacun chez soi très en retard, sous les prétextes les plus divers ! Je viens la chercher à son travail ; une fois, nous nous étions manqués de peu. Un autre soir, Balthar me vit de sa voiture alors qu'il se rendait à un meeting d'extrême gauche - piètres jouissances ; dois-je pour autant faire de lui le traître de la farce ? 

    Je pense que trois femmes est le nombre juste.

  • Mystérieuses conversations de profs...

     

    Me fussè-je d'ailleurs hasardé balourdement sur ces fondrières de la relation sociale, que ma défiance instinctive, mon dédain pour ceux que les Espagnols, avec une extraordinaire et percutante grossièreté, qualifient de los demàs, “ceux qui sont de trop”, “les autres”, leur eût éclaté au nez avec bien plus d'aigreur ; ma désinvolture burlesque, du moins, pouvait se répertorier, s'étiqueter sous l'écriteau « tronche de clown ». Exemple : telle matheuse Bitterroise s'étant un jour souciée de quelque grave déprime de telle anglolâtre collègue, je m'étonnai qu'elles pussent avoir à ce point partie liée. « Mais c'est qu'en deux ans, me fut-il rétorqué, il s'en est passé, des choses ! » - deux ans ! moi qui depuis cent vingt mois n'avais pas dépassé le stade des saluts bruyantes, des calembours de remplissage ! un si bref laps de temps, deux années, qui m'eût à peine fourni l'occasion de faire connaissance, suffisait donc à l'épanouissement d'une telle amitié, que ces deux-là se soient trouvées sur le pied de confidences privées ? quant à la réplique bitterroise, son insolence, sa vivacité, m'avaient appris pour ma gouverne mon incurable incapacité à me faire des amis parmi – mon Dieu ! - parmi mes « conlègues »...!

    A vrai dire je n'en souffris pas, voyant à quel niveau de complaisances il fallait plonger pour s'attirer les bonnes grâces d'autrui, tout juste bon n'est-ce pas à m'admirer. C'est ainsi que toute une carrière je me suis contenté du superficiel, avant que nous nous nous séparions chacun pour officier dans sa chapelle attitrée ; mais, je le répète, les introduire dans ma destinée ordinaire, hors situation, hors représentation, ne m'effleura jamais l'esprit - ce fut mon épouse qui en souffrit - mais ceci est une autre histoire.

     

     

    Grue surexposée.JPG

    Et que se disaient-ils ?

     

    ...Les conversations de salle des profs, lorsqu'il m'arrivait d'en surprendre, me transmettaient de mystérieux, de chaleureux conciliabules de mémères de tout âge (65% du personnel), la bouche et les yeux tout emplis de ces Sylvie, Jérôme ou Carole – jamais de patronymes, assimilés sans doute par ces braves femmes aux brutalités vexatoires des militaires. Je confondais, ma foi ! la Julie de 4e C avec celle de 5e B ; ce n'étaient qu'élèves en difficultés, tous invariablement « mignons » ou “infects”pour les garçons, « pestes » ou “mignonnes” (décidément) pour les fifilles. Ficelles pédagogiques, mérites comparés des manuels (qui pour moi se valent tous, selon ce qu'on en fait), si bien que le travail ma foi se poursuit jusqu'en récréation de profs, jusqu'à la ménopause café, jusqu'au réfectoire, jusqu'aux chiottes par-dessus les cloisons – consciencieux, scrupuleux, méticuleux, boy-scouts, non, je ne les aimais pas, les collègues. Trop de pédagogues qui se prennent au sérieux, trop de mémères qui balancent sur les élèves leurs tonnes de couënne mammifère, comme si c'étaient là leurs propres fils, leurs propres filles...

  • Koltès : pourquoi tant de haine ?

     

    « Koltès, j'aime pas, suffit pas d'être pédé, mort du sida, fiotte à Chéreau pour écrire génial », dirait un lepéniste. Verbeux Koltès. Trop beau Koltès. Je le vois dans le Mag Lit (« Le Magazine Littéraire ») qui a le culot de lui consacrer un numéro complet. N'importe quoi. Chacun son imposteur. Pour certains c'est bien Duras, alors... Duras, non ! Koltès, si. « La disparition des pissotières dans un moment de distraction a finalement condensé la tristesse au-dessus du boulevard » : ce ne serait pas si mal. Si ce n'était pas si creux. Si pédé. Si rectum quoi. Pédé, Palestinien, pouilleux, même combat. Koltès proprolo. Dangereux ! dangereux... Je n'aime pas les gens qui souffrent. Qu'est-ce que ça veut dire : souffrir autant que moi ? autrement que moi ? Quelle fraternité ? « Tous ordinaires » ? Merde alors...

    La porte étroite.JPG« Je n'aime que les fous » : mensonge ; il y faut un courage extraordinaire. « ... diffuse alors sur tout le quartier, flottant comme un brouillard au-dessus des maisons » - je ne le sens pas, Koltès, je ne le sens pas. Tout gratuit. Tout bidon. Toïng toïng toïng... J'irai au bout de ma tei-ei-gne... tout au bout de ma tei-ei-gne : quand on est « de goche » et qu'on voit tous les hommes égaux, on ne fréquente pas les lettres parisiennes, on n'écrit pas des pièces intellos pour intellos, parce que les prolos, ils ne viendront pas voir ta pièce, Koltès, ils ne vont jamais nulle part, ils voient le fond de leur verre et puis c'est marre, parce que gonflent en succès, car les prolos ne viendront pas les voir : pour l'excellente raison qu'ils ne comprendraient rien, parce que « le théâtre c'est bon pour les pédés », parce qu'ils crachent sur la culture, surtout du genre Chéreau.

    J'aime pas les pédés, j'aime pas le peuple, j'aime pas la gauche... Je vais bientôt me retrouver tout seul avec 4% de votants moi... Il aurait dû démissionner, Koltès. Rester à sa place. Retourner à sa place... Je ne l'aurais pas fait. Me faire enculer par Chérau non plus. Mais faire du théâtre, chers amis, écrire quoi que ce soit, artister en quoi que ce soit, croire, c'est « de droite ». Exemple, Jaurès. Mauvais exemple. Comment parler au peuple ? avec des pièces chiadées, limite incompréhensibles ? Et puis ce misérabilisme, ce dolorosisme de Koltès m'emmerde - «...et qui maintenant tombe chaque nuit en pluie fine sur le trottoir central » - au cas où on n'aurait pas compris.

    Il insiste, il ressasse. Parce que quand il a une idée, le Koltès, on en a pour toute la page.

    D'ici à ce qu'il y ait un pauv'clodo bien victime, il n'y a pas loin. Arabe, en plus, ce serait top - pas une femme tout de même : pour ces victimes-là, les spécialistes sont pléthore. Légion. Légionne. « ...mais au moins, ailleurs, le ciel s'est dégagé ». On s'en fout Koltès, à un point inimaginable. Tu as beau me larguer ton beau regard bien lourd d'épagneul berbère langoureux, la veste en bite par dessus l'épaule – , je ne suis pas de la bande à Chéreau moi, juste bon pour un coup dans les pissotières. Tiens, pour te dire, un soir je me suis glissé dans les coulisses du RPDCE après la pièce, en profitant d'un mouvement de groupe. On m'a demandé : « Mais enfin qui êtes-vous ? - "Un inconnu" j'ai dit - oh ce qu'on s'est détourné ! tout de suite ! plus que des dos ! les "gens  intéressants", tout dans leur passion ! tu ne les intéresses pas, tu es la merde qui passe sur le trottoir - et ça te fait le coup de la gauche fraternelle ! Koltès, l'amour des mots, de l'enchevênement... - trement, de l'embrouillamini, luxuriance, luxure ! tout bien coller de ce qui n'a strictement rien à faire avec le reste, génial, oui, mais non ! gare à bus œuf coque bite à Toto, tout est dans tout et réciproquement, « ...et les aboiements assourdis des chiens » bingo ! gagné !

    Koltès fout du chien errant partout et ran ! 3 clébards 2 plantes tropicales et une pissotière, touillez brouillez, Koltès fait le beau, botanique imbitable plantes vertes à chier pissotière mon cul allez ciao. Xxxx25 05 58 xxxx

  • Le prêtre indiscret

     

    L'ouïe exaspérée du curé-client

    parvient à capter les semi-paroles échangées alors

    au-dessus des petits-déjeuners :

     - Le type, là, à côté ? - C'est un client, tu verras, il partira 

    Le tuyau jaune.JPG

    aussitôt après le petit-déjeuner ! C'est ainsi que cela se passe
     entre femmes : à tout échec sexuel entre homme et femme
     correspond une compensation entre elles.
    Le témoin paye ostensiblement sa note. La Mertzmüller
    confirme à l'oreille de sa complice : "Tu vois bien!"
    - où se déroulera cette consolation ? Le curé-témoin parcourt finement
     les moquettes rouge-gynéco des couloirs (la disposition d'un hôtel,
     aux chambres ouvrant sur les lourdeurs épaisses
    des intimités souillées, les silhouettes
    lointaines et souriantes, faussement incitatrices,
    des femmes de ménage - font de ces dédales
    de véritables intérieurs génitaux féminins,
    et du touriste-curé indûment égaré un gynécologue)
    et ne découvre rien - de ce lieu où devait
    se réparer cette nuit doublement gâtée,
     trop de vigueur à l'une, et mollesse pour l'autre. Sans doute alertées par la présence
    de cet homme au petit-déjeuner s'efforçant
     un peu trop de n'émettre aucun frottis de pain ou de cuillère,
    se sont-elles entendues pour un endroit plus secret
     afin de se faire jouir avec ces attouchements
     dont nous avons perdu à tout jamais le secret
    nous autres hommes, prisonniers de notre bidasserie
    - oh Dieux, pourquoi nous est-il à tout jamais interdit
    de jouir comme des femmes ? Mertzmüller, strip-teaseuse, offre son corps
    dans la dévotion la plus totale, fait l'amour avec les moindre
    pores de son corps, sans la moindre mouillure révélatrice ;
    les hommes congestionnés la croyant dans la froideur,
    excités même par cette froideur, Annemarie offre
     son corps avec la même ferveur que la désarticulée
    Traghellata, peut-être un jour ce nom sera-t-il devenu inconnu,
    même aux balletomanes (restera-t-il encore des balletomanes ?
     Telles sont les conceptions des deux amies, partageant
     les deux demi-frères. L'Allemande est Gretchen
    longue et fine, blonde, ou très noire, sans cesse
    esquintant ses cheveux. L'autre, Hélène, bigote, pute,
    est simplement moche. Mertzmüller baise la croix
     qu'elle porte au cou, la conserve imperceptible,
    presque indiscernable sur sa peau pendant son numéro ;
    ainsi le clerc Théophile offrait-il ses gambades
    à la Vierge devant Notre-Dame. Baisée, mais chaste comme seule peut rester pure
     une danseuse classique, fût-ce sous les assauts
     répétés d'un ivrogne. Elle suit également des exercices de macération,
     mortifiant son corps de l'intérieur par des jeûnes,
     car les flagellations laissent des traces sur sa chair
     exhibée. Il n'est pas exclus cependant qu'elle se fasse un jour
     fouetter, avec des chaînes, contre un pilier. Ce sera la veille de sa démission. Revenons sur cette précision que l'acolyte malsain
     du frère François, l'observateur de l'hôtel de Châteauneuf,
    est le propre curé de cette paroisse ; il a même une bonne,
    à l'ancienne, qui sonne la bonne soixantaine, mélange improbable,
    chers Connivents, d'une certaine Mme Blanc de Pasly,
    d'une mère Bègue à Piney, d'une certaine Lucette
     impliquée dans les mouvances "charismatique" à Vienne. L'abbé Duguay ne sera ni petit, ni chafouin - ni énorme
     à la tourangelle, mais parfaitement banal, si ce n'était jadis
     une propension à faire l'original dans les fonds
    de bistrot pour attirer l'attention à l'heure de la fermeture.
     Quant aux femmes à la Dubost, l' "habitude de la rue Huguerie",
    elles n'ont pas du tout le sexe fripé, comme les mécréants
    aiment à se l'imaginer, mais une toute petite vulve de petite fille ("peu servi"),
     par analogie avec le minuscule zizi qu'il nous fut donné d'apercevoir
    sous les draps d'hôpital vivement soulevés où gisait
    le curé de P., un peu agité ce jour-là - moi qui vous parle,
    j'ai entrevu un zizi de curé, et il n'était pas pédophile, je le jure.
  • Diverses facilités

     

    Les lieux de l'enseignement

     

    Quand je suis retourné sur place, la sensation qui m'a frappé, coupé le souffle à m'asphyxier, ce fut cette énorme bouffée de vieillerie, de confinement, d'air vicié : lieux, personnes, adultes. Le vieux. La morale. Du délabré. Du bout de ficelle. Du rapetassé. Et pas d'espace. Pour rien au monde je ne revivrais ce que j'ai vécu là, dans ces endroits-là. Et c'est pourtant ce qui m'est tombé dessus, dans la poussière, la science et la craie, dans cette unique, cette incomparable atmosphère où je pouvais sans cesse discuter avec des humains de ma caste, collègues, élèves, tous débordants d'intuitions et de rires. Isolé désormais, en retraite, je me suis exilé, seul de mon espèce.

     

    Conlègues

    Les conlègues. Si fondamentalement, si foncièrement différents. Si essentiellement, irrémédiablement autres. Impossibles à ignorer, encore que j'y fusse parfois parvenu (ma porte qui s' entrebâille en plein cours : je suis bien là ; sans passer par la salle des profs (“Salut, ça va ? - Fais pas chaud aujourd'hui...”) -mais il n'est pas bon que l'homme soit seul. Service minimum tout de même : crainte de mise à l'écart, d'où manœuvres, calomnies - je leur ai servi la sauce - avec mes incohérences d'handicapé relationnel. Comme à un public. Bien sûr traité comme un chien dingue que j'étais, après avoir tout fait pour l'être. Les rapports professionnels ne me semblaient pas différents des autres ; simplement, ils bénéficiaient (souffraient ?) d'une plus grande fréquence, d'un caractère obligatoire.

    Barrières.JPGMais j'éprouvais, j'éprouve à l'égard du monde une grande indifférence à tout ce qui dépasse la fonction théâtrale. Et ils le sentaient bien, les conlègues, que je les ignorais : à mes absences de l'œil (comme un cache passant soudain au fond de la pupille) dont nulle précaution n'est jamais tout à fait parvenue à me débarrasser - “Il n'en a rien à foutre de nous”- je protestais, pour la forme. Tous ceux que je croise en effet se retrouvent figés, parqués ; empaillés, naturalisés, embaumés, encaustiqués, dans mon petit panthéon-cercueil - sans qu'il soit jamais besoin ni question de les revoir jamais dans ma vie. Je demeure seul, avec leur image, ce qui ne fait pas le bonheur des ceusses qui croient à la vie, aux sentiments, que sais-je, soyons fous, à l'action ! En même temps, je le répète, mes collègues furent mes seuls amis, les seuls fréquentables, les seuls au niveau, de connivence culturelle adéquate. Je les ai moins véritablement méprisés que dédaignés – appréciables éminemment, appréciés, dans leurs conversations, dans l'exercice et la salle du professorat, du magistère, mais hors duquel il me fut à jamais inconcevable de les considérer en êtres réels ; partenaires de salon, de club, de brillance, de délire. Au grand jamais je ne me fusse enquis de leurs santés, dentisteries, maladies ou deuils ; demander “des nouvelles” de l'épouse ou de l'époux, des trois gniards dont l'un “en route” ou du cousin, rien à foutre - et si je parlais de ma femme à moi, ce n'était que sur le mode sarcastique, pour tirer à boulets rouges sur le sexe dit faible qu'on ferait bien mieux de nommer ma foi le « sexe chiant » - amis poètes, bonsouaiaiaiaire...

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