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  • J'ai la flemme, démerdez-vous...

     

    Va te faire enculer - Qui dit ça ? C'est pas moi crie l'enfant pas moi nimoinimoi crient les autres - poil au Nîmois - Vos noms ! Térence insiste : « Carnets scolaires ! - on les a pas zapazapa - Ton sac ! tu donnes ! vos noms ! - on les dit pas dipadipa Vie quotidienne de prof salonnards - salonnards Je vois le Proviseur.Le Proviseur mange : "I l est midi, Monsieur Elliott, un mois de congé. On ne va pas se laisser conchier. Il a tort d'avoir une langue de charretier (dit l'Administration). - Il ne faut pas vous étonner après cela...(Que... ...Souvenez-vous du jour oT?ence Elliott descendit dans la cour avec un plein porte-manteaux la main comme une lance ?ourou-gouroufaisait-il ?ourou-gourouen brandissant le porte-manteaux c'?ait pour rire les ??es s'?artaient ? fait ti? Monsieur l'Inspecteur, je me serai bien marrtout de m?e pense-t-il (autre incident ?age 140 - On n'a pas la m?e ?ition. - Le-cours-est-commencdepuis-vingt-minuteset ta trousse dans la gueule ) - je voudrais voir dit-il je voudrais voir (les salonnards) - la sc?e repasse en boucle en mieux en plus pos(souffle harmonieux, regard ferme, dos droit - l'angoisse dissimul? plus la gr?e du clown, la boutade, à point nommé cassant l'Agresseur.

    Lettre reçue : "Monsieur j'étais un garçon craintif, vous m'aurez oublié. Je viens de voir au cinéma Le Cercle des Poèes vous étiez ce prof bienveillant j'ai voulu vous exprimer ma reconnaissance- voici un entretien avec le PROVISEUR : ?onsieur Terence, je vous convoque pour vous avertir. Les parents ne sont pas contents. Du tout du tout. Vous ne vous habillez pas comme il faut. Votre braguette est ouverte. Vous ne parlez pas comme il faut.” ...Mes Gros Mots, bon titre ; ?offer. Deuxièm?e entretien : ?onsieur Terence Elliott, Je vous ai convoqué pour vous engueuler. Vous ne prenez pas mes avertissements au s?ieux. Vous parlez toujours de cul.Tout petit mon oncle me faisait répéter TROU DU CUL répète après tonton TROU DU CUL. (A dix ans, le plus mal embouchdu village.)

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    Voici la lettre que me remet le sup?ieur du proviseur (voie hi?archique) : ...) vous avez dit bitte et couille. Vous connaissez mon sentiment ce sujet.JE DELIVRE MES ELEVES DE LEURS TENSIONS ! VOUS VOUS FOUTEZ DE MA GUEULE ? dit le Supérieur du Principal. Il n'y a pas que des plaintes écrites. Toute la colonie fran?ise bruit de vos exploits.Vous faites perdre de l'argent l'?ablissement. Mettez-vous ma place ! (air connu) prenez un cong Monsieur Elliott, cela vaudra mieux pour tout le monde, prenez du Normisson, prenez du Lexomil, vous repartirez d'un bon pied, HOP-HOP ! (Hop Hop...) - il y a tout de m?e des choses, Monsieur Elliott, qu'on ne dit pas devant les jeunes filles - m?e si elles le font, et avec usure mais il n'emp?he, Monsieur Elliott, cet ?e incertain ol'on s'interroge sur son corps - elles en parlent leurs parents comprenez-vous – pourquoi se mettent-elles rire ? Freud, dans Le Mot d'esprit... - Laissez lFreud, votre r?e est d'enseigner... - ...de troubler, de troubler ! - ...selon le programme, Monsieur Elliott, le programme, prenez donc un bon cong- qu'en penses-tu Magdadalena ?

  • Moi aussi j'écris des conneries classiques

     

    Premier été : fenêtres mansardées sur le plateau, vision de longs hangars tôlés, de prés ras et jaunes clos de pierres plates, avec dans l'air montant ces bêlements confus, ces relents de crottins d'ovins caussenards. Mon épouse, obèse, médite. Vit ailleurs, en dedans. Vassilievna survint avec Vania, sa fille, et la fille de cette dernière, Ludmilla. Toutes trois s'exprimant avec un fort accent venaissini. La plus petite at huit ans, mais pense comme à six. Le bâtiment de grosses pierres domine de lourds vallonnements qui le matin suintent sous la brume. Nous avons loué chez Leloup, fin de saison. Mon Mythe un soir Vassilievna me dit : “Me laisseras-tu dormir si je place mon lit sous la soupente ?” Je ne pus le lui assurer ; les trois générations s'entassèrent une fois de plus dans la mansarde contiguë louée à prix exorbitant par monsieur Leloup, et Madame : à peine y pouvait-on y tenir ; la Lozère est pauvre. D'où sa rudesse ; proche du vol. Je me souviens très bien du corridor d'étage, où les portes s'ouvraient en ligne, du lavabo d'en face où je me suis lavé à l'antique, avec de gros gants de mohair. Je me promenais seul ensuite jusqu'au réveil des femmes. Je repérai cloué sur une porte en bois, comme une chouette, un Notre Père imprimé : “Ne dis pas le Notre Père si tu n'es pas fermement décidé à le respecter”. Dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris. « Comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés » : « aussi » - pour ne pas faussement comprendre « à proportion de ce que nous pardonnons nous-mêmes » ; car il s'agit de pardonner, absolument.

    Le désœuvrement fut grand. J'ignorais en ces temps qu'il serait promptement suivi de ma grande retraite. Depuis je ne sache point que je me sois jamais senti aussi complet, aussi heureusement conçu. En attendant la toilette des femmes, je m'assis dans le coin de soupente à tous vents, sur la couche déserte, cabinet de lecture où se figeait en ligne, sur quatre étagères en bois, l'existence des Leloup, mari, et femme dont une main s'était broyée dans quelque engrenage agricole. Publications écolo et naïves, et ce gros album de récits de poilus, avec ses reproductions de cartes au pochoir, ses lettres appliquées sentant la Sergent Major : les moindres gens du peuple écrivaient de leur mieu, certains dessinaient même leur cantonnement. D'autres rapportaient qu'on n'avait pas formé de faisceaux de drapeaux le jour de la Mobilisation, mais qu'on avait pleuré, femmes et hommes - “la fleur au fusil”, ce serait pour une autre fois. Je lus contre la couverture, après la feuille de garde, le cahier personnel de Madame, datant de trente ans, une histoire d'amour avec ceux d'au-dessus, dans la pente, vers St-Antoine – depuis, chacun restait sur son quant-à-soi, le tout frisant bien la soixantaine.

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    Plus enfin, derrière une rangée de romans occitans, tout un matériel de peinture : nous avons chipé, ma femme et moi, le rouge de cadmium, les tubes plus chers. ; cela compensait bien la bouteille de gaz usée par les autres et finie par nous-mêmes. Avarie gévaudane. La logeuse aux yeux gris, je l'ai culbutée sur un lit qu'elle retapait ; l'avant-veille encore elle grommelait, tandis que je réclamais un fer à repasser : « Je ne vais tout de même pas “brancher ma centrale” pour repasser une chemise... » Ma centrale... « En vacances, on n'a pas besoin de linge impeccable” - une planche où se branchaient trois fers : “Même vous, ménagères du haut-Languedoc, vous posséderez votre centrale.” Quant au mari, hanteur des bois, il saluait du haut de son tracteur tous ceux qui se sautaient sa femme ; à l'instar des oiseaux de Mathieu, il ne labourait ni ne hersait, mais tractait sur les pistes les troncs coupés dans sa remorque.

  • Ma vie qui n'intéresse personne, comme disait mon ami

     

    La notion de texte libre présente un danger permanent de folie. S'il se réfère en effet à la notion abstruse d'écriture (plus ou moins) automatique, il aboutit à l'excrétion de diverses syllabes selon une certaine succession de rythmes, lesquels, insuffisamment explicites, dégénèreraient en gestes, mimiques et gesticulations ; cela deviendrait un spectacle, dangereux pour l'équilibre psychique du représentateur et de moi-même. Il faut donc, en toute logique, ayant répudié le corps, que le seul Verbe m'inspire, et devienne, par légitime substitution, mon propre corps et ses mouvements mêmes. M'apercevant donc que ces « textes libres » ne sont en fait que des ùjsàgat, des journaux, je récuse cette appellation, et dois me forger d'autres points de départ. La sirène rousse.JPG

    Si ces derniers ne sont ni un mot ni un événement, que sera-ce ? Reprenons : hier vendredi à onze heures, je ne sais pas ce que je faisais, ma femme sans doute au lit. Le plus vraisemblable était que j'usais mon temps ici même, à communiquer avec d'autres ombres, mes correspondants. Non moins vraisemblablement j'ai mangé, puis nous nous sommes rendus, ma femme et moi, dans un lieu où se trouvaient la petite voiture noire et une exposition, située à l'étage d'une association d'entraide à la jeunesse en désarroi. Il y avait là en haut des marches maintes réalisations picturales de mauvais aloi, toutes en bariolages, joyeuses mais artistiquement ineptes.

    Pendaient du plafond bas, au bout de ficelles, des feuilles volantes occupées de poèmes naïfs, fort estimables d'un point de vue thérapeutique, mais de valeur nulle quant aux qualités littéraires. J'écrivis cependant sur le livre d'or « Bon courage à mes Frères Humains, et merci pour vos dons ». La mode en effet, qui tantôt cesse et tantôt reprend, est d'estimer le phénomène écrit à l'aune de ses résonances éthiques, ce qui est une absurdité. Qu'un texte corresponde à sa propre logique, bien sûr, mais qu'il ne s'y mêle aucune composante de morale, encore moins de politique. On ne sait pas « à quoi sert » un texte ; on ignore de quelle « utilité » il deviendra, comment il sera perçu.

    Après avoir monté chacun dans notre voiture, nous nous sommes retrouvés en route, l'un suivant l'autre, et je faisais des grimaces à ma femme qui me suivait, car nous sommes puérils. Frères humains qui écrivez, qui ne m'avez pas atteint, non plus que qui que ce soit, où sont allées vos paroles et vos livres d'heures ? Arrivés en notre bicoque, nous avons joué aux cartes, ce qui fut vite accompli, l'un de nous ayant remporté la victoire. Ensuite ce fut encore l'écran, où je me regarde, et ce fut l'heure de repartir vers mon studio d'émission. Depuis près de treize ans en effet je sévis sur La Clef des Ondes, personne n'osant m'employer. Je prétends assumer une émision littéraire ; c'étaient les peintres espagnols qui faisaient l'objet de mon exposé. Parfois j'ai envie de m'assoir, en pleine rue ou dans la prairie, et d'écouter le jour ou les autos passer. Je mourrais là sur place. Alors, mon émission fut très sage, étant donné mon avancement d'âge, et à quelques jeux de mots près, peu de surprises émaillèrent mon discours. Je me suis moqué des peintres obscurs, Bayeu, Meléndez, prédécesseurs convenus de Goya. Le livre ne présentait que des vignettes en noir et blanc...

  • Le dernier Romain

     

    Sidoine, dernier Romain. Lorsque croula l'Empire (476), il comptait cinquante-six ans : la fin d'une vie. Déjà trônait une statue de lui en or, dans le vestibulum du Sénat ; son esprit filandreux sombrait dans la bondieuserie la plus niaise : cinq années plus tôt, en 471, il était élu à l'épiscopat de Clermont, l'année même où les Skyres envahissaient l'Auvergne... Ce même évêque épousait pourtant, vingt ans plus tôt, la fille d'un futur empereur, premier Gaulois qui revêtît la pourpre, j'ai nommé Esychius Avitus ; puis les assassinats se succédant, Sidoine détala, noblesse en sautoir ; ceux sa classe lui confièrent alors les vers dédiés par tradition au successeur, qui n'était autre cette fois que l'assassin de son impérial beau-père : le Panégyrique. C'était un long discours plein de louanges vagues, lors de l'investiture officielle du Sénat.

    Ce que nous pourrions appeler « sacre civil »... Nous reviendrons sur cette ébauche biographique (naissance, statue, mariage et décadence ; panégyriques, évêché) ; nous traiterons plutôt de tout ce qui fascine, ou ne fascine pas, chez Sidoine. C'était le siècle des invasions (comme une terre prenant l'eau, par-dessous, avant la vague) – et certes, comme nous le rabâchent les revues d'Histoire, le Barbare finit toujours par vaincre – mais comme l'homme, toujours mort tôt ou tard. elles se battent. Certes, les choses d'à présent sont bien moins nettes que par le passé : L'inculture contemporaine des politiques face à l'histoire : juste celle de leur parti. Leur incapacité à remonter au-delà de 1900 - pour les plus doués, jusqu'à la Révolution - inimaginable aveuglement de nos contemporains, qui font dater de 1789 la sortie de la préhistoire – l'Empire Romain ? connais pas...

    Il est vrai que nous ignorons de nos jours les exactions militaire du Ve s. Devant le soldat nous ferions comme Rome : non pas en bloc en effet, mais à son exemple nous produirions, nous avons déjà produit, nos collabos, nos résignés, nos chantres du métissage - à l'issue duquel il n'y aurait plus de ces fameuses différences, ô stupides bêleurs, que vous voulez conserver, mais une gigantesque conformité. Assurément, notre Occident ne périrait pas, mais nous serions, déformés, assimilés, méconnaissables : les Wisigoths eux-mêmes et les Burgondes perpétuèrent le Droit Romain ; Clovis eut l'esprit d'embrasser le cul-te de Clotilde, celui des chrétiens – je n'entrevois personne aujourd'hui de sa trempe, capable (avec sa femme !) d'infléchir le devenir de ma nation au prix d'une conversion - ni de massacrer sa propre famille...

    Je ne vois en terre gouvernementale qu'épiciers cramponnés à leur calculette ; je ne vois que des peintres affairés à raccorder, de toute urgence, la rambarde du Titanic. Je ne connaîtrai pas la fin de l'histoire - fin de Moi ô combien difficile ! ...Sidoine en son temps reste incernable, indéfinissable, éponge pathétique de tout ce qui traînait alors. Ainsi que Cicéron-le-Mollasson cinq cents années plus tôt. L'Antiquité m'a plombé l'âme avant de me fournir mon vivre et mon penser - au point que désormais nul ne peut plus me suivre – c'est moi en vérité qui ne peux plus suivre quiconque. Fier, sans aucun doute, d'avoir participé de cette civilisation latine, d'en avoir tiré beaucoup de ma substance, heureux pourtant qu'elle se soit un beau jour effondrée : il est bon que les parents meurent.

  • Le dernier Romain

     

    Sidoine, dernier Romain. Lorsque croula l'Empire (476), il comptait cinquante-six ans : la fin d'une vie. Déjà trônait une statue de lui en or, dans le vestibulum du Sénat ; son esprit filandreux sombrait dans la bondieuserie la plus niaise : cinq années plus tôt, en 471, il était élu à l'épiscopat de Clermont, l'année même où les Skyres envahissaient l'Auvergne... Ce même évêque épousait pourtant, vingt ans plus tôt, la fille d'un futur empereur, premier Gaulois qui revêtît la pourpre, j'ai nommé Esychius Avitus ; puis les assassinats se succédant, Sidoine détala, noblesse en sautoir ; ceux sa classe lui confièrent alors les vers dédiés par tradition au successeur, qui n'était autre cette fois que l'assassin de son impérial beau-père : le Panégyrique. C'était un long discours plein de louanges vagues, lors de l'investiture officielle du Sénat.

    Ce que nous pourrions appeler « sacre civil »... Nous reviendrons sur cette ébauche biographique (naissance, statue, mariage et décadence ; panégyriques, évêché) ; nous traiterons plutôt de tout ce qui fascine, ou ne fascine pas, chez Sidoine. C'était le siècle des invasions (comme une terre prenant l'eau, par-dessous, avant la vague) – et certes, comme nous le rabâchent les revues d'Histoire, le Barbare finit toujours par vaincre – mais comme l'homme, toujours mort tôt ou tard. elles se battent. Certes, les choses d'à présent sont bien moins nettes que par le passé : L'inculture contemporaine des politiques face à l'histoire : juste celle de leur parti. Leur incapacité à remonter au-delà de 1900 - pour les plus doués, jusqu'à la Révolution - inimaginable aveuglement de nos contemporains, qui font dater de 1789 la sortie de la préhistoire – l'Empire Romain ? connais pas... Icare au soleil rouge.JPG


    Il est vrai que nous ignorons de nos jours les exactions militaire du Ve s. Devant le soldat nous ferions comme Rome : non pas en bloc en effet, mais à son exemple nous produirions, nous avons déjà produit, nos collabos, nos résignés, nos chantres du métissage - à l'issue duquel il n'y aurait plus de ces fameuses différences, ô stupides bêleurs, que vous voulez conserver, mais une gigantesque conformité. Assurément, notre Occident ne périrait pas, mais nous serions, déformés, assimilés, méconnaissables : les Wisigoths eux-mêmes et les Burgondes perpétuèrent le Droit Romain ; Clovis eut l'esprit d'embrasser le cul-te de Clotilde, celui des chrétiens – je n'entrevois personne aujourd'hui de sa trempe, capable (avec sa femme !) d'infléchir le devenir de ma nation au prix d'une conversion - ni de massacrer sa propre famille...

    Je ne vois en terre gouvernementale qu'épiciers cramponnés à leur calculette ; je ne vois que des peintres affairés à raccorder, de toute urgence, la rambarde du Titanic. Je ne connaîtrai pas la fin de l'histoire - fin de Moi ô combien difficile ! ...Sidoine en son temps reste incernable, indéfinissable, éponge pathétique de tout ce qui traînait alors. Ainsi que Cicéron-le-Mollasson cinq cents années plus tôt. L'Antiquité m'a plombé l'âme avant de me fournir mon vivre et mon penser - au point que désormais nul ne peut plus me suivre – c'est moi en vérité qui ne peux plus suivre quiconque. Fier, sans aucun doute, d'avoir participé de cette civilisation latine, d'en avoir tiré beaucoup de ma substance, heureux pourtant qu'elle se soit un beau jour effondrée : il est bon que les parents meurent.

  • Un peu de sculpeûture

     

    L'escalier de fer.JPG

    ("L'escalier de fer" d'Anne Jalevski, 0556 9799 57)

     

    Ce qu'il y a d'éminemment sympathique, et de typiquement italien à mon sens, c'est le sens du baratin, de la formule brillante et creuse apportant des informations sur l'art et la manière de parler, fournissant une belle éloquence : nature de l'art, sens et expression, le rappel en particulier que l'art doit être expression. Trop souvent en effet, devant les œuvre contemporaines, j'ai envie de m'exclamer : « Où suis-je, moi, là-dedans ? Et où êtes-vous, vous-même, l'artiste ? » - car on a développé le concept funeste de la froideur, de l'absence, de l'art à l'état pur, sans qu'un homme parle à un autre homme. Et c'est pourquoi cet artiste-là, Mario Molteni, qui jusque-là dans son petit ouvrage n'avait montré que ses mains, de belles mains d'artisan âgé, expérimenté, ou ses productions, de la belle ouvrage bien humble, ne prétendant pas surpasser les grands modèles, mais sachant du moins en perpétuer la tradition, consent à exposer son portrait, de face, bien souriant.

    Il nous en a prévenus dès l'avant-propos : il ne saura pas nous transformer un artiste, il ne nous dira pas ce qu'il faut sculpter, ni comment, ni pourquoi : cette force-là, cette motivation-là, ce talent, cette âme, ce sont les nôtres. Il serait présomptueux, nous di-il, voire naïf, de s'imaginer posséder un diplôme d' « artiste », comme n'hésitent pas à en délivrer certains instituts américains (c'est tout eux, ça...), sou sprétexte qu'on a suivi tant ou tant de semestres à telle académie des Beaux-Arts sanctionnés par un diplôme à afficher au-dessus de sa cheminée. Mais au moins, Mario Molteni nous aura transmis la liste du matériel, et certains tours de mains à acquérir. De même, dit-il, que nous apprenons d'abord les syllabes, puis les mots, la conjugaison et la grammaire, qui peuvent d'abord nous paraître ingrats, mais que nous oublions ensuite par la simple pratique du langage, il nous faut assimiler les rudiments de la technique de l'argile.

    Et faire de la musique sans solfège, ou de la couture sans aiguille ni fil, reviendrait à ne rien faire du tout. Il y a deux choses qu'il ne peut nous enseigner, c'est donc l'inspiration, et l'expérience, où chacun se découvre ses propres ressources. Du coup, la partie technique de ce petit ouvrage ne représente qu'un nombre assez limité de pages, moins de la moitié. Cela vaut mieux que tel livre traduit de l'américain, où l'on vous précise qu'il vaut mieux disposer son matériel à la umière qu'à l'ombre, posséder un point d'eau pour bien nettoyer son matériel, ainsi qu'une quantité suffisante de réserve de terre, ce dont nous ne nous serions jamais doutés, et qui précise bien, à propos des portraits : « tâchez d'attraper la ressemblance », sans blaque, you twut hole ! C'est très grossier. Mais on reste sur sa faim. Molteni nous met dans la barque avec tout le matériel de survie, puis il nous pousse au large, et démerdez-vous. C'est honnête. Nous aurions peut-être aimé plus de détails. En lieu et place, et afin de nous familiariser avec la religiosité de l'artisan, continuateur humblement fier d'une tradition plus que millénaire, nous bénéficions de reproductions sur papier glacé, depuis les stèles mésopotamiennes jusqu'aux sculptures modernes occidentales, en passant par les têtes d'argile de l'Afrique médiévale.