30.05.2009

Bibliothèque, de Paguy à Claudel

Prémisses d' une bibliothéque idéale

Péguy lisait peu.  
- les Evangiles (que je déteste : qu'est-ce que ce dieu – je ne dis pas même qui ne sait pas danser, mais qui jamais ne rit ?) - Homère, Sophocle (incolore, inodore, sans saveur) : mais Eschyle ! ("je ne parle naturellement pas de ce méprisable Euripide", (Dialogue de l'Histoire et de l'âme païenne) "tandis que nous ne sommes que de pauvres modernes", (Onzième Cahier de la huitième série) ; Corneille, il l'attire, il l'annexe à la sainteté ; fanatisme à mon sens que ce bousillage de statues perpétré par Polyeucte ; Hugo (Victor-Marie, Comte Hugo) - Descartes, aussi absurde qu'une démonstration mathématique - "Je pense, donc je suis” - (“quelque chose pense, passe à travers moi”, donc je suis...) - Descartes qui n'a jamais suivi sa Méthode... Pascal encore, et Georges Sorel, et Bergson - cela s'appelle, de son propre nom, du nom (d'une acception) de son invention, l' “innutrition”.
Peu d'autres. Pratiquement pas de contemporains. Vous voyez bien qu'on peut s'en passer.
De la lecture. 

Quelques repères temporels
Huysmans : 
conversion, 1895, En route
1898, la Cathédrale
1906, Les Foules de Lourdes. 
Mort en 1907
Claudel : né en 1868 
Jamais Huysmans, devenu oblat de Solesmes, jamais Claudel ("grosse vache biblique") ne figurent à l'index nominum des deux volumes de prose publiés à la Pléiade. Il ne parle jamais de Claudel. Mais il surveillait ses productions
1889, Tête d'or
1892, La Jeune fille Violaine
1893, L'Echange 
1905, le Potage de Midi (c'est exprès)
1900-1908 : les Cinq Grandes Odes ("Le soleil, ce flambeau occulte / Qui éclaire toutes choses par-derrière")
1909 L'Otage, qui souleva la répulsion de Péguy : ainsi donc, c'était cela, le catholicisme qui plaisait, le catholicisme qui “avait du succès” ? ...qui “marchait” (auprès du public), qui “fonctionnait” ? Alors que sa Jeanne d'Arc n'avait pu obtenir le Prix de l'Académie... ! 
...1914 le Pain dur, 1916 Le Père humilié
1912 : l'Annonce faite à Marie
1923/24, le Soulier de Satan (bon j'arrête).

28.05.2009

Ce que je peux m'emmerder ce soir...

Vous êtes dans l'édition, dans la chanson ou dans le théâtre, vous crevez la dalle mais vous DIRIGEZ votre vie, vous pouvez vous permettre de nous vomir votre morale de self-made-man sur tous ces petits privilégiés de la police ou de l'enseignement - ah ! l'enseignement... OU ALORS, vous pouvez, on ne sait jamais, un jour, par hasard, comme ça, éventuellement, réussir. Mais alors, comme vous avez des couilles, VOUS (les flics, "par bonheur, n'en avaient pas") - vous auriez de toute façon réussi partout, dans les frites, dans les pull-over, dans l'électricité (non : semi-fonctionnarisés), que sais-je. 
Alors ce que je voudrais dire à tous les aspirants écrivains, poètes, et autres, c'est de ne pas s'imaginer que leur timidité, que leur puceauterie, que leurs boutons sur la gueule ou leur chougne à l'émeri - quel dommage qu'il soit si vulgaire, c'est comme Céline, d'un seul coup l'antisémitisme, il y a des mecs insortables - pourront se compenser par quelque réussite spectaculaire que ce soit - "vous m'aviez pris pour un con mais je suis devenu l'Ecrivain-t-et-un du siècle" - mon cul. Timide vous fûtes, timide vous resterez, loser vous pourrirez, you'll rotten. Mais si vous avez une grande gueule ET du pognon, si - voir plus haut - vous aurez une chance de filer vers les sommets A CONDITION - j'oubliais - de faire partie depuis longtemps d'une mafia ET, ET - j'oubliais ! - d'habiter Paris, ET de faire de la politique - sans y croire, ben évidemment mon con - parce que coucher, ça ne rapportep lus - sauf pour les pédés quand ils s'aiment pour de bon.

La mafia, la lèche, ça ne marche que si c'est sincère ! et la sincérité, ça ne s'apprend pas, il n'y a pas d'école, pas de Dix Commandements pour ça ! - parce que vous croyiez peut-être qu'il suffit d'observer les Dix Commandements pour être sauvé ? Pèc'eud kon, vous voyez pas que Dieu sauve qui il veut ? 
Une seule solution. Restez seul. Mais alors, seul, pas comme Flaubert (encore qu'il m'ait été proposé comme modèle : reste dans ton coin et écris des chefs d'oeuvre) - qui faisait semblant de mépriser les honneurs et les coups fourrés mais qui savait bien se glisser sournoisement - savez-vous qu'une des causes de son acquittement pour "Madame Bovary" ce fut d'avoir fait valoir qu'il était le fils de M. Achille Flaubert, "chirurgien bourgeois rouennais universellement connu et estimé" ?

Ho mais ! on ne me la fait pas à moi - - donc, non pas seul comme Flaubert, ce faux cul, mais seul comme vous-même, sans argent surtout sans argent, à moins que vous ne saCHIEZ manier l'argent sans perdre votre âme, personnellement je ne peux pas, je m'embrouille déjà dans ma déclaration d'impôts de sale fonctionnaire prof de grec - ouh ! ouh ! - et ragez, trépignez dans votre coin, et surtout n'acceptez pas de conseils, vous entendez, de personne, de personne, de personne. J'en suis toujours à celui-ci de Jean Cocteau (qui a bien réussi, pourtant ! - Oui, mais au milieu des haines. - Donnez-moi les haines, mais donnez-moi la réussite) : "Ce qu'on te reproche, cultive-le, c'est toi." Voilà ce qui m'a toujo

26.05.2009

Lee citations à son pépère

Je tiens un petit carnet comme ça, depuis mes 18 ans, où je me suis arrêté de grandir. Celles-là furent collectées en 76. A présent, j'approche des 5000...

 

2186 . - O parents compréhensifs qui rendez les foyers désirables, vous ne saurez jamais de quoi vous avez privé vos enfants !
Robert MALLET
Préface aux Poésies de A.O. Barnabooth de Valery LARBAUD (N.R.F. « Poésie » / Galllimard)

2187 . - ...cette versification de l'impuissance avouée qui, précisément, crée le mystère de la sincérité dans ses difficiles rapports avec le Verbe.
id. ibid. 

2188 . - Je fais du genre humain deux parts, l'opprimante et l'opprimée ; je hais l'une et je méprise l'autre.
D'ALEMBERT
Lettre à Voltaire du 18-11-1771

2189 . - Pour qu'une chose soit intéressante, il suffit de la regarder longtemps.
Gustave FLAUBERT

2190 . - Ah ! il faut que ces bruits et que ce mouvement
Entrent dans mes poèmes et disent
Pour moi ma vie indicible, ma vie
D'enfant qui ne veut rien savoir, sinon
Espérer éternellement des choses vagues.
Valery LARBAUD 
Les poésies de A.O. Barnabooth – Ode

2191 . - En vérité, ses trente-six ans, il me semble qu'il les a toujours eus, depuis dis ans que je le connais, qu'il les avait sans doute déjà avant que je le connusse, et probablement de naissance. Simplement, il était jusqu'à présent trop jeune pour ses tren-six ans, comme il sera désormais et davantage d'année en année trop vieux pour ses trente-six ans. 
Chaque homme doit ainsi avoir toute sa vie un « âge essentiel » auquel il aspire aussi longtemps qu'il ne l'a pas atteint, auquel il s'accroche quand il l 'a dépassé.
Michel TOURNIER
Le roi des aulnes
I – Ecrits sinistres d'Abel Tiffauges
30-10-1938

2192 . - Personne n'avait autant que lui la conscience de son destin, un destin rectiligne, imperturbable, inflexible qui ordonnait à ses seules fins les évènements mondiaux les plus grandioses. Mais cette conscience impliquait également une lucidité sans indulgence à l'égard de l'accidentel, de l'anecdotique, de toutes ces menues babioles auxquelles le commun des mortsls s'attache et laisse des lambeaux de son cœur quand il faut partir.
id. ibid. 
III - Hyperborée  


25.05.2009

Les Français et l'argent

L'argent est un sujet tabou en France, non pas tant en raison de l'envie qu'on se porte les uns aux autres en ce charmant pays, mais de cette propension des Français a toujours se croire autorisés aux commentaires, les plus méprisants possible. Mortifiants ; que dis-je, il se fera un devoir de vous expliquer ce que vous devriez faire. 
Les Français sont imbattables en effet pour gérer le budget des autres. Surtout quand l'autre est un fonctionnaire. Je ne suis pas un démerdard, moi. J'ai-eu-ma-paye-à-la-fin-du-mois. Je n'ai jamais su comment gagner le moindre centime de plus que ma paye. Partant j'eusse eu bien besoin d'une épouse qui travaillât, parfaitement. “L'amour s'éteint” dit à peu près Balzac “dans le livre de compte du ménage.” Il dit aussi “La vie des gens sans moyens n'est qu'un long refus dans un long délire”.

Nous ne pouvons donc envisager d'acheter ni la moitié de cette statuette, ni le modèle au-dessous. “Mon père payera”. Nous ne pouvons pas davantage habiter “à demi” hors de la maison héréditaire : “Et le loyer ?”. Imparable. Ma femme ne peut tout de même s'abaisser à travailler pour payer un loyer, alors que le gîte nous est offert. Quel bourreau je serais. La femme est victime, alors même qu'elle vous victimise, justement par la raison même qu'elle vous victimise : souvenons-nous, toutes proportions gardées, de ces braves SS traumatisés par l'éprouvant métier d'expédier une balle dans la nuque des juifs - à la limite de la dépression nerveuse - les pauvres - les SS, bien sûr...

Le pire en effet, quand je me fais anéantir, c'est que je proteste. Au lieu de sourire. Et c'est parce que je râle comme un putois que je suis agressif. Bien sûr il y a eu des rémissions, du bonheur : jeunesse, amour, exaltation. Illusion que les choses finiraient bien par s'arranger” . Il ne s'agit pas ici de “se plaindre”, comme disent les je-sais-tout, les psychologues de salon, ceux qui viennent insolemment vous corner sous le nez leurs avis et commentaires sans que vous leur ayez surtout rien demandé (et j'en connais ! mon Dieu ce que j'en connais !) - mais d'expliquer – pas même : d'exposer. De raconter. De faire mon petit numéro. Mon petit intéressant. C'est tout.

23.05.2009

Le socialisme de Péguy

Le socialisme de Péguy c'était un peu archaïque, je cite : "Ramener le bonheur dans le monde par la restauration du travail et de la pauvreté". Parfaitement, la pauveté évangélique ! Parlez un peu de ça aux syndicats, vous verrez.... Brouillé avec tout le monde, Péguy ! Désabonnements sur désabonnements ! Les vieux fidèles demeuraient, mais ça ne pouvait sufire ; ceux qui ne suivaient pas Jaurès, ceux qui n'avaient pas voulu instrumentaliser l'affaire Dreyfus pour la transormer en machine de guerre électorale, antimilitariste, anticléricale ! Comment voulez-vous croire en un socialiste qui respecte le soldat et le prêtre ?

Et pas du tout ami de l'ordre à tout prix, bien au contraire ! Un libertaire, écrivant comme ça lui venait ! A n'y rien comprendre, à décoller par avance toutes les étiquettes.
Encore maintenant, où l'on adore les étiquettes ("islamiste", "sioniste", pour ne parler que de celles-là) Péguy demeure impopulaire, parce qu'inclassable. Un emmerdeur. A la fois populaire, de plus, se rappelant "non sans plaisir quelqu'une de ces blagues de régiment qui sont le gros vin de la caserne et de la vie populaire qu'il aimait", et l'instant d'après citant Sophocle dans le texte. Imbuvable. Paysan, même parmi les bourgeois, même avec Halévy qui se brouilla un temps avec lui. Il n'aimait pas les intellectuels : cette blague ! Il en était un lui-même ! Par "intellectuels", il entendait ce que nous appellerions aujourd'hui la pensée unique, susurrée par nos journalistes qui nous apprennent du haut de leur suffisance comment voter ou ne pas voter. 
Ce qui est tout de même très diférent de l'appartenance à l'extrême droite. Mais ne déterrons pas les morts à cette occasion, trop d'autres l'ont déjà fait... Socialiste, paysan, chrétien, tâchez de faire tenir cela ensemble. Cela se peut d'ailleurs. Et le nombre des abonnés baissait, plus que 1200... La conversion au catholicisme acheva le reste. On restait abonné désormais plus par fidélité à un homme que par compréhension d'une évolution complexe. Un homme qui de plus se fatiguait, se décourageait. Qui n'était pas toujours aimable, car il se sentait lâché.

Même au sein de sa famille, car sa femme ne consentit jamais de son vivant à partager sa foi, que voulez-vous, ça ne se commande pas. Et ses enfants ne furent pas baptisés de son vivant. Les parents ne s'étaient pas mariés à l'église non plus d'ailleurs. Ce qui fait que les curés n'acceptaient pas que Péguy communiât. Il composait cependant deux drames sur Jeanne d'Arc. Une sainte. Or il était attiré par la sainteté. Mais ça ne se décide pas, d'être un saint. Et l'Eglise catholique d'alors versait dans la mollesse – à présent c'est carrément la niaiserie à l'état pur, le niveau courrier des lecteurs de Sud-Ouest Dimanche : Péguy ne pouvait pas "se content[er] de la religion de tout le monde." Il fallait "faire des efforts".

Ouah le sacrilège ! De nos jours ! Vous imaginez ! Des exigences morales ! On ne peut pas toutes devenir des Jeanne d'Arc tout de même ! ...c'est chaud, le bûcher...

21.05.2009

Arcachonnades

Ce livre me fut offert à l'occasion de mon départ à la retraite du Lycée d'Andernos. Je déduisis plus tard que l'une de mes collègues, prenant aussi sa retraite ce jour, ne s'était pas déplacée pour ne pas m'y rencontrer : je n'avais pas pu dissimuler mon mépris pour mes fonctions antérieures, de « petit prof ». Ce qu'il y a de plus stupide en moi : ces moues de supériorité que j'arbore inconsidérément. Mes profondeurs mesquines ressortent à la surface. Et ce Bassin d'Arcachon, si apprécié des touristes, me semble à moi d'une fadeur tempérée proprement écœurante. Je ne suis pas de ces régions. J'aurais préféré le sévérités jurassiennes, ou meusiennes. Tout ce sable, ces huîtres, et ce détestable accent de pêcheurs... 
C'est Huysmans, je crois, qui écrivait « le Midi déshonore la France ». Il y a en dessous de l'Auvergne et des Charentes une mollesse, une vulgarité sans sel qui englue dans le toujours-là et le sans-avenir. Des effluves de plage. Des arbres tous pareils. Un sol tout plat. Pourtant, je le lis, ce dictionnaire, et je m'instruis. Les mondanités arcachonnaises m'indiffèrent. Je n'aurais pas même eu l'occasion d'approcher ces têtes couronnées de leur propre connerie. J'apprécie cependant de ne pas voir de prolos sur les plages. On y a rencontré, chez les écrivains, D'Annunzio, Régnier, Gide, Louÿs, Reclus ou Mérimée, et, chez les peintres, Toulouse-Lautrec, Manet et Boudin. Ah, « de grâce, laissez-nous un peu respirer ».
Que je reprenne mon souffle, afin de déverser mon venin. D'Annunzio, c'est celui qui écrit « l'airain résonnait dans le marbre » pour signaler que "les cloches, de toutes parts, sonnent dans leurs clochers », baroques et italiens. Ma foi c'est très beau. Mais la classification en « beaux » sujets et « vilains » sujets pousse un peu loin la plaisanterie : si l'on regarde un humble pissenlit coincé entre deux moellons, il faut se le retranposer en lis turban, afin d'avoir un noble objet de contemplation. Qu'est-ce que ces manières, antidémocratiques jusque dans les fleurs ? Les gens, plus haut, ne devaient pas être prolos. Mais c'est qu'ils parlent, revendiquent, exigent. L''humble pissenlit (lionstooth en anglais, tout de même) ne s'exprime pas à haute voix sur les terrasses de front de mer...  
Si l'on interdit les cafés à tous ceux qui ne portent pas le costume-cravate... D'Annunzio a jeté sur les tranchées italiennes (y eut-il des tranchées italiennes ?) des tracts fascisants. Le fascisme ne fut-il en Italie qu'un nationalisme enfiévré ? Une poursuite, sous d'autres formes, du Risorgimento ? Assez bavé. Régnier, si c'est bien l'auteur du Centaure, ne m'inspire que répulsion, pour tant de sensualité en faux marbre ; comment croire en un jeune homme qui ne bande qu'à l'antique ? Amoureux de sa sœur Eugénie – ah non ! Au temps pour moi ! C'est de Guérin qu'il s'agit ! Donc Gide (rien à dire), Louÿs, Reclus, Mérimée ! Eh bien, Louÿs, La femme et le pantin, m'avait exaspéré, par cette histoire anhygiénique de petite culotte serrée sur le sexe, impénétrable.

Les chansons de Bilytis l'avaient mieux accrochée, confirmant le clitoridisme irréfragable des femmes. Je crois qu'elles se branlent bien mieux qu'elles ne baisent. J'en connais une qui dit le contraire. Mais bienheureuses sont-elles d'avoir deux façons de jouir. Enfin, j'atteindrai bien le niveau des brèves de comptoir ! Quant à Reclus, pour moi, c'est un élève, à Sainte-Foy...

19.05.2009

Conseils antirilkiens à un jeune poète

Il faut connaître un homme politique, et en faire ; ou un journaliste, et faire du journaliste ; un juif ou un pédé influent, connu déjà des médias, et participer d'une certaine manière – pas de femmes ! surtout pas de femmes ! l'amour, oui, mais en contrôlant. Les femmes tirent tout à elles, n'imaginent pas qu'on puisse s'intéresser à quoi que ce soit d'autre qu'elles. Mon meilleur ami a divorcé après douze ans de vie infernale où il s'est vu interdit d'écrire. Maintenant, si elle est juive, journaliste ou femme politique... tout baigne – mais pas d'amour ! surtout pas d'amour ! ... d'un homme non plus d'ailleurs... Parce que c'est tout aussi compliqué côté homo qu'hétéro...

Maintenant voici : les textes que vous m'avez proposés correspondent à un besoin de faire le point, de parcourir l'horizon de la connaissance ou de la non-connaisssance du monde et du moi, manifesté sous forme littéraire. 
Ce besoin de faire le point n'implique pas nécessairement une mise en œuvre littéraire. Il s'y trouve assurément de nombreux bonheurs d'écriture (les énumérer, les commenter), mais ausssi des passages où la pensée, au moment de redécouvrir pour son propre compte des concepts modérément originaux, n'a peut-être pas suffisamment bénéficié de votre travail. Vous ne pouvez les approfondir (je ne le saurais pas non plus ; c'est une question d'expérience, et non de longévité.) Il semble que l'on ne puisse écrire que ce que l'on est, ce que l'on devient. Pour devenir, il faut vivre et se mesurer aux autres, qui semblent ici tous rejetés en bloc à l'extérieur de votre bulle ; malheureusement c'est ce que j'ai fait aussi, et c'est pourquoi mes livres n'ont été ni édités ni vendus (poil au cul) sauf deux : 126 ventes pour Omma, 112 pour Péguy. 
Donc : 
1.devenir soi, laisser aller.
2.retravailler les textes, resserrer, retrancher. Lire Martin Eden de London. 
Intriguer comme un malade.
3. Essayer une profession qui mette illico en rapport avec le milieu magouilleux littéraire. Le professorat est une impasse, on n'y rencontre que des profs qui racontent à des profs des histoires de profs dans une salle des profs. Un collègue me correspondait par poste, un seul, c'est tout. Celui d'Andernos ne demande qu'une chose à présent que je n'y vais plus : me laisser tomber. Exception : a) prof de fac, où règne le pire lèche-culisme qui soit, ce qui permet cependant d'accéder, quand on devient patron, au millieu littéraire. 
b) journalisme, mais le terrain est miné : on y reste désormais précaire toute sa vie, entre son réchaud, son ordi et son 10 m² pas chauffé.
c) employé dans l'édition ; si Zola n'avait pas été livreur chez Hachette, jamais les Rougon- Macquart – les Bougon-Bâtard – n'auraient vu le jour. Vous m'entendez, Eugène ? – 
Hors de ces trois voies professionnelles-là, pas de salut.

17.05.2009

les premiers temps de mariage

En dépit de notre constant état de gêne matérielle, je savais cependant que là, juste au-dessus de ma belle-mère, se vivaient nos plus belles années, d'amour, de rêve et d'inefficacité – connaissance confuse toutefois, plombée par d'obsédantes interrogations : savoir si je n'étais-je pas plutôt en train de tout gâcher. Ce n'est que trente ans plus tard que je puis parler d'un certain accomplissement ; prétendre (à juste titre ? je ne le saurai jamais) n'avoir jamais été autant maître du monde, aussi bien qu'au faîte exact de la plus totale impuissance...

Mes déplorations, mes doutes et mes angoisses, ne peuvent pas, ne pourront jamais se flanquer à la poubelle, comme ça, hop, par la grâce et le hasard divins d'une tardive et tarabiscotée prise de conscience.
Il est étrange qu'on puisse ainsi s'accomplir tout en se prenant pour une merde onze années durant. Je me souviens très bien, moi, qu'il n'y avait strictement aucun moyen d'obtenir la moindre concession de la part de Sylvie Nerval, qui décidait de tout, de rigoureusement tout. Facile de se moquer à celui qui n'est pas dans la merde jusqu'au cou. L'autorité sur sa femme était pour moi le comble de la déchéance machiste, le dernier degré de ce que l'on peut imaginer de plus méprisable. Je fonctionnais, nous fonctionnions ainsi.

J'ai bousillé mon couple et mon propre respect au nom d'une idéologie qui a mené à cette ignoble guerre des sexes qu'on voit à présent se déchaîner, où la moindre érection non désirée sera bientôt passible des tribunaux. 
Pour ne parler que du point de vue financier, je me souviens parfaitement du point de départ de cette étroite dépendance ; il s'agissait (et j'en fus désolé, pressentant que la toute première défection préfigurant toutes les d'autres) (j'escomptais donc une totale absence de scènes pour notre vie conjugale) – d'une statuette de cornaline rouge représentant Çiva sur un pied, inscrit dans la circonférence des mondes : quatre-vingts huit francs, une somme en 1966. Je dus capituler : “Mon père nous dépannera”. Imparable. Je m'étais pourtant bien marié, que je susse, pour affirmer notre indépendance ; non pour passer d'une famille à l'autre. 
Encore eût-il fallu que mon épouse, pour cette indépendance, se mît au travail, j'entends le vrai travail, celui qui fait chier, mais qui permet de manger. Quarante ans plus tard, nous payons encore cette pétition de principe d'un autre âge (“une femme ne doit point travailler”)(“[elle]affirme qu'elle n'est pas du tout féministe, elle dit qu'elle veut des enfants, un mari qui puisse lui permettre de ne pas travailler”) (Filles de mai, Le Bord de l'Eau 2004) - voilà qui à la lettre me répugne. De ma femme et de moi j'était bien en effet le plus féministe. 
Mon médecin de beau-père, lui, avait interdit à sa femme de chercher du travail : “De quoi aurais-je l'air ?” D'un pauvre, Docteur, d'un pauvre... Ma retraite à présent suffit tout juste à vivre, dans la gêne - “comment”, s'emporte-t-on ; “avec tout ce que vous gagnez ?” -

16.05.2009

Funérailles

Le canon tonne et des cris sont scandés. Les chevaux manœuvrant cernent tout le cortège d'un double périmètre galopant de flammes - double Phlégéton - montant, descendant, si bien qu'on entrevoit les yeux et les fronts blêmes des cavaliers de l'ombre à la lumière et des lumières à l'ombre (derrière eux les paysans "guenilleux", "les yeux écarquillés" ; avec leurs enfants sur l'épaule) (et les bourgeois contrits) (et tout le Würtemberg pour voir passer le Roi) (La Mort leRoy). 
Noter que sous les voûtes des arbres le spectacle est devenu effrayant, les cavaliers sautant parmi les ombres (serpentant sur le sol). Que parfois sur un commandement les torches tournoient à bout de bras frôlant le flanc des bêtes et chevaux de hennir (wiehern)(gerbes d'étincelles, odeur de crin roussi). Coupant le chemin du cercueil avec-le-Roi-dedans, les chevaux se croisent cabrés puis reprennent leurs rondes concentriques : ventre à terre parmi les brindilles enflammées (placer : "sentier sinueux", "écheveau d'Apocalypse")(les cavaliers ne crient plus) (placer aussi "martèlement des sabots", "branches foulées", "timbales" [encore] ). 
Bref : les courants de feu s'apaisent, on prend un petit trot lent et régulier, obsédant, sous la pluie fine qui se met à tomber faisant grésiller les torches. "Un cercle immense se forme, le fossoyeur parut, l'assemblée se tint immobile sous les torches mouvantes, et c'était quelque chose d'horrible et de formidable que ce spectacle de cinq mille paires d'yeux étincelant dans les ténèbres, fixés sur ce seul acteur voulu le plus déguenillé possible et qui creusait avec recueillement, dans le silence le plus total (...)
("les soldats, tout le long du sentier déserté, formaient une garde d'ombres");
...Eh bien merde, c'était chiadé quand même...


13.05.2009

La pute de Chirlan (La chute de l'Empire) (oui bon...)

Un jeune homme un jour m'a demandé si j'estimais que nous fussions dans une période de décadence. Je lui répondis que cette notion n'était que relative, que chaque période n'était que la décadence de la précédente, surtout dans la bouche des vieux, et que cela durait depuis plusieurs milliers d'années. D'autant plus surprenante était sa déclaration, à moins qu'il ne fît que reprendre ce que disaient les parents chez lui. Cependant point n'est besoin de décortiquer les messages médiatiques pour s'apercevoir que la notion de décadence est devenue un lieu commun de nos jours, au point de susciter le haussement d'épaules et le fatalisme. 
Il s'agirait donc d'un mouvement irréversible, appelé naguère « le progrès », à présent « la mondialisation » par les uns, « chienlit terrorisante » par les autres. Loin de moi la double tentation d'une part de me prévaloir d'une théorisation générale du phénomène de décadence, car je n'en possède pas la science ou le pressentiment ; d'autre part, d'analyser en toute connaissnce de cause les éléments d'une problématique « décadence » contemporaine. Peut-être qu'il existe un « sens de l'Histoire », un « sens du vent » ou mieux « de la tempête », mais ce ne sont pas mes théorisations qui permettront d'enrayer quoi que ce soit. 
Nous ne pouvons simplement, sous prétexte d'inéluctabilité, baisser les bras et laisser se commettre les abus. L'ennui est que chacun voit dans le remède aux abus un autre abus. Chacun s'imagine que c'est l'autre qui commet un abus. Je m'enlise, n'est-ce pas ? Je vais déboucher sur une petite morale avec confort à tous les étages, « faisons notre petit boulot en paix avec notre conscience », ou « luttons tous ensemble pour un monde meilleur » qui ne vient toujours pas ? Oui, c'est chiant, toujours les mêmes rengaines. Je dirais même « le monde est une comédie, chacun joue son rôle dicté par son cœur », e basta. 
Ce petit préambule en forme de courrier des lecteurs m'est venu après reparcours d'un petit ouvrage d'Irénée Marrou, « Décadence romaine ou Antiquité tardive? » concernant les IIIe siècles et suivants jusqu'au VIe. (et toujours cette faute exaspérante en page de titre, « IIIe – VIe siècle » sans « s »)... Irénée Marrou décédé ces dernières années fut un spécialiste en particulier de L'Education dans l'Antiquité, livre de base. Ici, il se livre à une grande étude que j'ai tout oubliée, sur la décadence romaine. Avec une décadence (mise en question par l'indispensable point d'interrogation) aussi éloignée dans le temps, les historiens devraient pouvoir se mettre d'accord, non ? 
Eh bien non. Permettez-moi de dire tout d'abord que la période en question devrait être au programme des classes de lycée, au lieu de faire chier les potaches avec l'évolution des ventes de pétrole au Pérou, je n'invente rien. On entend tellement de conneries sur les religions et les invasion à l'heure actuelle que l'on ferait mieux d'interroger précisément cete période de l'Histoire pour entrevoir ce qui s'y est réellement passé. Or nous manquons de documentation, comme nous en manquerons aussi pour la nôtre, vu que tout stockage électronique s'avère ultrafragile aux radiations nucléaires et à l'usure, infiniment plus rapide, voir les couleurs passées de nos reportages sur les années 70 et 80 : il faut bien faire des économies sur la pellicule ! c'est le pognon qui compte, n'est-ce pas...

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