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Voyage

  • St-Sernin de Toulouse

    Toulouse n'est pas tout à fait illuminée : juste la Cathédrale St-Sernin, « avec effet de lune derrière le Clocher » me précise-t-on, avec majuscule à « clocher ». Sacrée Toulouse... C'est niais. La cathédrale manque de grandeur, je vais me faire assassiner. Il s'agit d'une carte-postale dans le goût années 80, avec effets de lumière partout, et traînées de feux de voiture par exposition prolongée. Le genre de truc qui correspond à mon goût de chiotte, de « chromo ». La cathédrale marque huit heures moins vingt. Elle est bistre et ocre, avec sa façade ultra-irrégulière. Le porche au tympan lisse, la rosace décalée par la perspective, sous une autre ogive, et surtout ce toit incliné farfelu comme un béret sur l'oreille, qui tangente presque la retombée droite de l'ogive.

    A bord B.JPGEt un beffroi de brique se demandant ce qu'il fout là, des mâchicoulis sous l'horloge ronde (« 8 h moins 20 »), l'ombre portée d'un contrefort sur la façade, et à gauche, en retrait et en étagements, les contreforts de la nef s'enfonçant dans l'obscurité comme un défilé de fuyards. Au-dessus, un ciel artificiel de gaz moutarde, du vert, du bleu, du malsain, de la profondeur sous-marine, stade du glauque. A droite, un obélisque lumineux, des jets d'eau qui montent l'arroser, cela va du translucide au bistre, avec des barres plus sombres pour découper le tout. Plus haut vers la droite, dans une obscurité pour une fois naturelle, ce qui émouvrait le plus le cas échéant, ces deux fenêtres jumelles comme des yeux, derrière lesquelles un archevêque écoute la télévision.

    Tout de guingois, un porche illuminé surmonté d'un drapeau français pendouillant. La mairie. Au sol, parcouru de la double traînée des voitures dans l'un et l'autre sens, du brun où pas un ne circule, j'entends à pied, un panneau « parking » blanc sur fond bleu à peine distinct, une atmosphère de printemps chaud. En été, à cette heure-ci, il ferait encore jour. C'est accueillant, cela manque d'unité, c'est la province, étrange, villageoise, secrète, énigmatique : que fait ce bâtiment médiéval au sein de cet espace contemporain, ces petits véhicules dans l'ombre... 

     

     

    Il est hors de question que je me fatigue à faire coïncider la photo avec le texte descriptif. En effet, que l'on se fatigue ou non, le résultat est le même : tout le monde s'en fout.

     

     

    Et l'opérateur qui a éprouvé le besoin de trafiquer absolument tout, à moins que ce ne soit l'éclairagiste de Toulouse lui-même, pour complaire au mauvais goût du touriste.

    Après l'impression d'ensemble, je reviens sur les détails, espérant être interrompu par mon horaire, qui Dieu merci m'empêche de m'attarder sur quoi que ce soit. Le porche, donc. Une double porte de part et d'autre d'une pilier dont j'ai oublié le nom technique. On distingue les cinq ais verticaux, ce sont des planches... Le jeu d'ombres fait croire que les portes en questions, jumelles, sont entrebâillées, mas pas d'office nocturne ce soir-là. Au-dessus, le tympan est parfaitement vide, pur comme un front de pucelle, aplani ma parole au badigeon, serti de trois voussures superposées, la troisième se surmontant d'un gâble bien pointu, aux excroissances statuaires et végétales.

    Tout cela jaune doré. Le porche et ses trois voûtes s'encadre dans un rectangle plus haut que large, à l'appareillage régulier, cerné de deux pylônes terminés en pointe, sommé d'une espèce d'architrave percée de trous-trous. La rosace est ronde comme une rosace, il n'y a rien à en dire, l'éclairage lui est défavorable, ces choses-là sont faites pour être contemplées de l'intérieur, le verre vu de dehors donnant l'impression d'un envers d'aile de papillon ou de tain de glace. Un porchounet à gauche, un porchounet à droite. Sous celui de gauche, un grand qui descend, plat comme un emplacement de placards municipaux, un autre au niveau du sol avec un oculus, et le panneau de parking plutôt bien dissimulé : on n'y pense plus.

    L'ensemble de la rosace et des porches qui le flanquent, trois superposés à gauche, un à droite, s'encadre à son tour de deux verticales. A droite, c'est une cheminée droite avec alternance de pierres claires, une longue, une courte, comme un angle de maison ordinaire. A gauche, même disposition éminemment banale et laïque. Et de l'un à l'autre de ces piliers incongrus, l'envolée d'une arche mi-romane mi-gothique, dont la voûte se prolonge directement, à droite, dans le pilier, tandis qu'à gauche l'on a eu visiblement besoin d'un raccord, d'un vaste emplâtrement permettant tant bien que mal le passage d'un arrondi à une verticale.

    Tout cela sent fortement le rafistolage d'éléments disparates au cours des siècles, et je vais me faire empaler par les Toulousains, qui aiment leur St-Sernin, si original, si pied-de-nez au classique, si typique du Languedoc d'ici...

  • Recommandations

    Je recommande la médiathèque de Tulle près de la gare, sa salle d'internet gratos, et l'hôtel Dunant dont l'accueil est remarquable. Et je ne touche rien pour la pub, c'est spontané. Faire passer !

  • Elucubrations voyageuses

     

    Le Blanc, au moins, je ne le raterai pas : avec ses deux mains dans le savon et son tablier de bonne femme... C'est une bonne expérience, une belle démonstration, que j'ai eues là. Je voudrais que toujours les mots coulent en moi comme dans une fontaine, et qu'il me suffirait de puiser si je veux écrire.

     

     

     

    X

     

     

     

    Chemin de Fardeloup.JPGNous étions à Florence. Uffizi à part, fort mauvais souvenir ; une atroce vague de chaleur prime sur les chefs-d'œuvres. Avec femme, petit-fils et belle-mère pour compléter. Nous logions dans un meublé, aux tiroirs comblés de vieux cahiers d'écolier, les bahuts de vêtements d'enfants ayant appartenu à la maîtresse de maison. Nous sommes donc sortis dans la rue : c'étaient de vieilles maisons, hautes, étroites, comme à Die ; cela grouillait de petits commerces et de chalands. Une ville remontant au fond des siècles : 59 av. J.C. Nous sommes revenus de notre promenade plus nombreux que nous n'étions : une autre famille, semblable à la nôtre, apparentée sans doute, aimable et parfaitement francophone, s'était jointe à la nôtre, et nous formions un groupe animé d'une douzaine de personnes, car ma femme était aussi avec nous : «Accompagnez-moi jusqu'en haut de cette côte », disait-elle, « vous écouterez une conférence que je dois y donner » - elle donna l'adresse d'un établissement scolaire (scuola primaria)- maisen vain.

     

    Avant de retrouver nos alliés de Florence, nous avions parcouru depuis Paris une distance considérable, et jeme souviens bien qu'au lieu de faire au plus simple, nous étions passés par Dieu sait quel toboggan routier de banlieue, au-dessous duquel vivaient entassés dans des geôles grillées une quantité de prisonniers : émigrés clandestins en instance d'expulsion ; cela ressemblait, y compris les grilles, à ces énormes bosses de montagnes russes, dans les foires ; après cela, retrouver notre chemin... ! pour le moment, tirant la langue, nous escaladions cette pénible pente, à pied, nous tordant les chevilles dans des bouches d'aération au ras du sol, rendues invisibles par des bouchons d'étoupe : franchement, à quoi pouvait donc bien penser la municipalité ? comment pouvait-on pousser plus loin l'absurdité administrative ?

     

    Nous sommes donc rentrés bredouilles, dans ce vaste logement de location ; les pièces en étaient innombrables : nous allions vivre dans un véritable palais, délabré comme il se doit. Ma mère n'avait pas bougé ; ma belle-mère se jeta sur un canapé ; pour la rafraîchir, je suis allé chercher dans une vieille salle de bain attenante, dont j'entendais fuir les robinets antiques, des animaux sculptés dans le bois : la salle d'eau en effet, outre sa baignoire sur pieds, comportait aussi des vasques à ras du sol, où flottaient divers jouets en forme de canards ou de pieuvres ; sans doute les enfants, aujourd'hui absents, les choisissaient-ils avec soin avant de les emporter dans leur bain. Les toilettes, heureusement, se trouvaient ailleurs, car il n'est rien de plus désagréable de sentir en se baignant sa propre merde mal déparfumée par un simple tirage de chasse : aucun désodorisant n'est suffisamment efficace pour dissiper ses propres odeurs.

     

    Heureux celui qui ne respire pas, qui plus est, celles des autres ! bref, ma fille avait enfin trouvé chiottes à son pied ; les miennes étaient bouchées : c'était vraiment un vieux palais, très mal entretenu. Les gogues étaient vraiment le grand problème dans ce palais aristocratique. Sonia par miracle en trouva de propres.Les miennes étaient bouchées, obstruées, blindées. Les salles de bain présentaient toutes les étapes de la dégradation, depuis les plus convenables jusqu'aux défoncées envahies de cafards. Quand enfin nous eûmes satisfait aux besoins naturels et aux ablutions, nous arrivâmes bons derniers à la table familiale. Ce fut un grand et long repas. Il ne manquait ni un cousin ni un service. Ni même, divin jeu de mots, une grande partie de Sept Familles ; mais la pioche était dissimulée dans un tiroir entrouvert, et nous devions, l'un après l'autre, deviner au toucher de quel membre il s'agissait, père, fille ou grand-mère par exemple, d'après le découpage de leur figurine respective.

     

    Et même après ce jeu, où les préséances avaient marqué le pas, ce fut à qui aurait l'honneur de nous tenir à ses côtés. L'assemblée ne cessait de croître dans ces grands espaces, par l'adjonction de nouveaux venus, jeunes, dynamiques, parfaitement inconnus. Deux grands escogriffes trentenaires ainsi se présentèrent à nous, moustachus et joyeux. Très vite l'un d'eux s'est relevé, sans que l'on eût pu dire s'il était en grand déshabillé ou en guenilles de luxe, où il s'empêtrait dans un grand discours classique en excellent français ; pas une trace d'accent italien. Et pour ma part, j'étais assis juste en face d'une grande fille sportive et joviale, qui ne cessait de me faire du genou sous la table.

     

    Qu'aurais-je fait, grand Dieu, d'une jeune sportive ! ...il doit leur en falloir, de la course de fond ! et non pas de la frousse de con... Après de telles agapes mondaines et vulgaires, nous avons retrouvé notre couple légitime, gravissant une pente herbue vers une école en hauteur, enfin seuls : Arielle déplorait tendrement que depuis notre arrivée en Toscane, soit une bonne semaine, nous n'ayons pu trouver un seul instant d'intimité, ne fût-ce que pour nous parler ; mais nous allions enfin y remédier. Quel étrange épisode en vérité de notre vie, plein de bruits et de couleurs, à Florence...

     

     

     

    Je cherche non pas la mort mais l'acquisition d'une supériorité dans le domaine des pouvoirs de l'esprit, qui me permette un jour ou l'autre, anteou post mortem, soit de dominer les circonstances matérielles de façon à les incorporer à quelque chose de plus grand, soit d'acquérir la volonté de les changer matériellement. Tous les efforts de notre vie peuvent se ramener à cela, et se justifier à cela.

     

     

     

    « Eh bien, lui dis-je après qu'elle eut achevé sa conférence, revenons à Paris. » J'ignore par quelle aberration ou étourderie nous nous sommes retrouvés non pas sur l'autoroute de Pise, comme il eût été logique, mais sur une route à quatre voies au milieu d'un vaste embouteillage de type « accordéon » : trente mètres dégagés, long arrêt, trente mètres, nouvel arrêt, ainsi de suite jusqu'à plus soif. Notre envie de nous retrouver enfin dans notre vie précédente, avec les commodités d'une vie amoureuse et tranquille, ne devait pas être si intense, car elle m'a oublié, ou j'ai oublié de la rejoindre, après un arrêt hygiénique dans une quelconque station-service. Alors ma foi je la rejoins à pied, d'abord avec succès, sans la perdre de vue ; mais, vous pensez bien, sur autoroute... Peut-être un automobiliste m'a-t-il pris en pitié ? Qu'est-il arrivé ? Pourquoi suis-je en cette chambre, au chevet de mon amie, tandis qu'une infirmière lui passe un gant mouillé sur le front ? « Elle a fait un malaise » : au volant ? Elle aurait survécu ? J'assiste à ses soins ? Une aide la redresse, entreprend de la nettoyer.

     

    Dans ce mouvement, ses deux seins dépassent la mince barrière du corsage d'hôpital. Ce n'est ni déchéance ni laisser-aller ; je les trouve agréables à regarder, même partiellement, dans leur rondeur de gros yeux qui roulent. Mais si les seins s'exhibent, minimum d'information de la part du personnel : origine du malaise, temps de récupération, motus. Qui sont ces gens qui viennent la visiter ? Une grosse s'agite, mère juive et chapeau à voilette. D'autres, hommes et femmes. Qui peut la connaître ? Je ne suis donc pas tout pour elle ? Un couple de sexagénaire, la femme en bleu ; ils n'ont pas un regard pour elle mais s'entretiennent du plus sérieusement avec l'infirmière. Ils obtiennent assurément plus de renseignements que moi : la patiente ne serait-elle pas mieux indiquée pour ce faire ?

     

    Il me faudra donc passer la nuit (combien de nuits?) dans cette ville inconnue. Aucun lit n'est prévu, je ne suis pas la mère d'un enfant malade. « Il ya des hôtels dans le quartier », merci infirmier, tous me considèrent comme un poids mort. Alors voilà, je sors à pied, à la recherche d'un hôtel. Dans ce quartier d'hôpitaux, il n'y que des rues droites, des murs et des résidences dépourvues de tout intérêt. Puis d'un seul coup, ça arrive dans les villes, surtout espagnoles, une rue semi-piétonne (les voitures sont au pas), qui s'arrête net : deux bornes, et le plateau plonge sous vos pieds ; en face, au même niveau, sur trois autres meseta symétrique, la fantaisie d'un urbaniste a dressé trois structures métalliques, dont l'usage reste problématique.

     

    De plus, un immense bâtiment pose un pied sur chacun de ces rochers : c'est une église tripode, magnifique, d'acier luisant. Cela ressemble, pour ceux qui s'y connaissent, au Patineur de César. Et comme je suis là, bouche bée, je m'aperçois que d'autres également admirent ce chef-d'œuvre, accoudés au même balcon : en banlieue, la créativité ontemporaine a plus de liberté tout de même. Je demande la ville où je suis : « Colleville ? » C'est tout récent, cela vient de sortir de terre ? Il existe bien, dans le Calvados, un petit village ainsi nommé. Personne ne répond. « Il y a trois autres Colleville, ou quelque chose d'approchant, dans le Calvados », me dit-on enfin. Et mon interlocuteur de se répandre en considérations étymologiques fastidieuses.

     

    ATTENTION, DOUBLON, VOIR PLUS BAS

     

  • Rue des chats

     

    Carte postale hideuse séparée en deux parties, représentant dans un sens, puis dans l'autre, une rue bien connue des touristes : la Rue des Chats, que j'ai prise en photo moi-même. La carte est coupée d'un montant vertical couleur bois où s'incruste en lettres rouges le nom de la ville : Troyes. La carte elle-même présente sur ses quatre côtés un liseré noir de quelques millimètres de largeur. En bas, de part et d'autre de l'ouverture, quatre silhouettes félines semblent contempler leur territoire, deux par deux. A gauche, les chats sont de profil, le premier baissant la tête en profil perdu, l'autre exactement détouré, hiératique et familier.

     

    Les deux queues vont au devant l'une de l'autre, sur le sol. A droite, le premier chat ramène sa queue contre son arrière-train et l'on n'en voit que la pointe. Le dernier chat s'est ramassé, calmement, et l'on distingue bien ses deux oreilles dressées, ainsi que celles de son vis-à-vis ; les autres n'en montrent qu'une. Mais il reste peu de chats dans cette rue assez passante. La légende au verso précise qu'elle était close, comme beaucoup de rues au Moyen Âge, d'une grille à chaque bout. L'époque n'était pas favorables aux déambulateurs nocturnes ! Les encorbellements de la première vue, à gauche, éliminent la trace du ciel, et les chats de jadis n'avaient sans doute aucun mal à passer d'un immeuble à l'autre d'un léger bond sur les toits.

     

    Ce qui frappe c'est l'échelle de bois, horizontale, qui semble servir d'étai entre deux murs , assez mal entretenus : ils se rejoignent sans doute en une étroite ogive, que la perspective ne permet pas d'apercevoir. Plus loin, la lumière montre un angle de mur gris clair, indiquant une bifurcation, un changement de nom. Au niveau du sol, nous apercevons un pavage de part et d'autre d'une rigole centrale, soigneusement conservés et restaurés depuis le Moyen Âge. Les bornes accolées aux murs, nous disent obligeamment les notes du verso, empêchaient que les essieux des roues n'endommageassent les parois. A droite, les étais sont situés beaucoup plus haut, l'espace semble plus étroit, au point qu'on pouvait se serrer la main d'une fenêtre à l'autre – mais cette époque ignorait le shake-hand.

     

    Arbre charentais.JPG

    Tout va aussi en se rétrécissant vers l'arrière-plan, les bornes sauf les deux premières n'apparaissent pas, mais l'on aperçoit mieux les colombages, en haut à gauche, et les empilements e briques entre deux montants de bois, sur la droit. D'autre part, nous voyons que l'ogive ne se referme pas, barrées par les planches d'étai, à demi-obstruée par le dispositif en potence qui permet à l'encorbellement supérieur de prendre appui sur les poutres verticales du rez-de-chaussée, dont la première présente de profondes crevasses ligneuses. La prise de vue décale le mur de gauche et celui de droite, si bien que le spectateur se figure, en contre-plongée, que les deux angles d'entrée ne se font pas face exactement, d'autant plus qu'il voit bien par-dessous la disposition des planchers saillants sous l'encorbellement du premier. Tout cela est bel et bon, mais ne nous empêche pas une fois de plus de déplorer ces cartes postales représentant plusieurs vues à la fois en une marqueterie très commode pour le touriste qui veut résumer, mais assez frustrante pour l'amateur de rêves et d'unité.

     

  • Marseille-Bordeaux

     

    Comment puis-je longtemps demeurer immobile. Inactif. Comment ne pas rendre hommage à cette lecture si facile et si douce, si longue et maladroite d'un grand curé devant l'Eternel, Daniel-Rops si gauche et si sacristain, sans moisi toutefois – par simples allusions. Comme il serait malvenu d'ajouter des notes à des mots, en ce long cercueil de fer roulant, vivant, garni d'êtres chers. Les personnes me hantent. Les hautes femmes brunes enfardées, leur odeur surfaite et leurs ongles vernis, tout écaillés – ces dignités qui n'en sont plus, ces mystères dégradés tout grisés d'égalités paritaires. Le canal du Midi qui borde les voies. Sincérités vagues, souffrances évanescentes, deux lignes d'eau, deux lignes vertes, un embarcadère, juste vivre et deviner ce qui stagne.

     

    Superflu de l'épilogue – foi chrétienne plaquée, paysages trop vus d'où l'on se détourne. Votre sourire vaut tous les paysages – c'était à Saint-Bertrand de Comminges. L'Allemagne dans mon dos, la Gascogne arabe devant, de longues jambes noires et maigres sous un cul sans moulage, des yeux curieux prêts à se courroucer – rester intéressant. Non pour les femmes mais pour le dieu, dans l'allégeance à soi. Une autre femme parle fort au téléphone, personne auprès d'elle et pour cause. De grands champs détrempés par sillons. Tu me fais chier dans tout le train. Le moindre mouvement des femmes comme une invraisemblance, le mouvement des statues – les femmes sont des statues qui bougent et ressentent – que c'est bizarre.

     

    A table.JPGAbsurde. Incongru. Frémissant d'absolu. Un roulement retentit par derrière : Restauration, dernier passage, ce soir mon ventre au poulet destiné ; que venez-vous nous encombrer de vos conneries molles ? Laissez-moi donc tranquille manger ma banane sur la plage ! Peupliers nains et grêles entre la voie et l'eau, guérets bruns sous le soleil couchant – la femme s'est remise à gueuler, son gros cul, sa tête anxieuxse et fière - qui donc leur enseigne de tout se permettre ? Voici la Garonne, plaques brunes mouvantes d'argile s'échouant à flanc de rive ? Gare à grande vitesse. Madame, auriez-vous des biscuits ? Le train secoue ; à l'aller un Gitan s'était jeté dessous. Les rails grondent.

     

    Ces abandons ne valent rien : la menace s'efface – tout ralentit – AGEN. Où je bouffais de la purée face à l'antisémite : Ce n'est qu'une opinion ! Pas après Izieu. J'ai vécu ici-même dans une autre ère. D'autres avenir nous attendaient. Ce n'est plus croyable. On ne peut y ajouter foi ; nous nous pensions pleins de passé, avec des quantités d'années devant : merde à la modestie, qui nous a fait tant de mal ! Un bassin de femme me frôle, maintenu par-dessus les sièges en instable équilibre, sans le moindre parfum signal sous mes coups de narines. Nous sommes des millions à écrie dans l'ombre, descendants saccadés ces longs degrés qui mènent au tombeau ; tous le stylo entre les dents; ainsi parlait Colaux le Belge. Des hommes au cul mince, pantalons tombants, nuques rasées.

     

    Le coup de fouet du train qui nous croise. Nostalgie du corps qui se dissout dans l'herbe et la rosée. Garonne. Personne ne te lit ni moi non plus. Couchant magnificent sur les plastiques protecteurs. Plus qu'une heure et vingt minutes. Arbustes sans feuilles alignés dans le rose et le roux, fleuve bienveillant grossi, panneaux de gares flagellant la vitre illisible, terrains et toits plats et blancs qui s'allongent dans l'ombre, routes grises et je dors comme une pierre, il y a plus à l'intérieur de mon bocal bercé que là dehors, où gisent les champs indéfinissables.

     

    Manque d'air. Pommettes chaudes. Et repartir demain. Ces hautes perches sont des plantations de tabac. Marcher ne suffirait plus mais fondre dans l'humus. Traits de visage ou contours animaux si souvent reproduits dans les roches, Christ ou Macchu-Picchu, talus obscurs jamais je ne rêve aussi vite Sylvie veut me voir si rayonnant dit-elle

     

  • Fantômes, Arudy

     

    FANTÔMES 52 05 16

     

    De nouveau seul, hurlant, secret, rempli, vide, évanescent.

     

    Ombre humaines (...) avec nous vivez

     

    Venus, issus de l'ombre, à l'ombre allés, procession, loin de moi, près de moi

     

    Lire la suite, échevelée lyrique. Hibiscus et carrelage.JPG

     

    Jolies Ténèbres, fille décomposée gagnée par l'hyperesthésie qui mange ma vie sépulcrale

     

    Je fais tout ce matin

     

    ARUDY 07 08 2052

     

    Ce que j'ai devant les yeux participe à la fois du charme et de la hideur banale : il faut bien que les villageots vivent, se développent : « Parking du foirail », « espace vert »(chiens interdits) où je me suis posé sur une table en bois. Mais les alentours en entier sont un espace vert... D'où mes « états d'âme à deux balles » (bon titre...) - exemple : une planche de ma table porte l'inscription suivante au marqueur « Ce que je pense d'une certaine bande de filles qui traînent à Arudy : censuré-censuré », etc. (sur tout lepourtour de la planche de tablier). Encore un souffrant de quinze ans qui s'aperçoit avec douleur que d'être une fille, ou un garçon, ne se vit pas du tout de façon semblable...

     

    ...Et que cela fait tant de mal aux uns comme aux autres. J'ai donc en face de moi, bien en vue à gauche d'un portail de bois, une poubellette en plastoque vert et blanc, où figure dans un rond une silhouette noire indiquant le geste à faire : jeter ses déchets dans ladite poubelle, en abyme. Le portail est orné d'un panneau dont je vois l'envers, précisant une interdiction aux chiens. Je l'ai poussé en arrivant, tout en disant : « ...pas aux juifs, je peux entrer ». Il suffit d'émettre à haute voix une énorme sottise, dans l'espoir qu'un habitant d'ici l'ouïra, pour s'en marrer, ou s'en scandaliser. C'est cela, les états d'âme à deux balles... De l'autre côté de ce portail s'étend un petit parking de 30 places au tiers garni.

     

    Voici un chien qui tourne autour de moi, bravant les interdits. Il ne porte pas d'étoile jaune et gratte le sol dans mon dos. Un congénère aboie derrière moi. Ma foi je conserve mes madeleines pour ne pas l'encourager. Le voilà reparti en tenant un vieil os. Le portail s'est refermé derrière lui ; qui a dit que j'étais inapte aux rencontres ? L'herbe est bien verte, bien entretenue, des pâquerettes retardataires la parsèment ainsi qu'un papier de bonbon contemporain. Plus 2 mégots à main droite. Ce qui heurte à présent la vue, quinze mètres devant moi et « à deux heures » comme disent les aviateurs, c'est une petite tortue de bois découpée, sur le dos, montée sur ressort. J'imagine d'ineffables gargouillis puérils.

     

    Derrière moi à 17h un système de toboggans et d'agrès. Toujours à droite deux bancs verts, que j'ai successivement essayés, supputant les éventualités de l'ombre (le ciel est couvert), avant de venir m'étaler ici : paquet de madeleines, bouteille et sac en plastique. A ma gauche une borne-fontaine verte au robinet de cuivre d'où je ferai couler de l'eau pour nettoyer mes grolles. Le vent se lève, il faut tenter de... rattraper mes feuilles, et tout autour règne une clôture. J'entends et je voisdéfiler sur le trottoir une vingtaine d'enfants de maternelle qui se tiennent par la main. Leurs maîtresses (pas d'hommes pour les enfants ! tous des pédophiles (les hommes...) !) les font entrer dans des bâtiments scolaires jaune pâle. Dieu merci ils ne sont pas venus ici. Trois filles de treize ans poussent la porte : la « bande de filles » des inscriptions ? Elles passent près de moi dans la plus bienfaisante indifférence, parlant d'argent de poche et de grands-mères. J'écris comme Chateaubriand, disait Mme de Staël (je crois) sur mon île déserte, en plein milieu de tout Paris (d'Arudy).

     

    Elles se sont assises « à 6h », sur un banc choisi sec. Je crois qu'elles essayent plus ou moins les toboggans (« Je suis un peu grande, non ? »). Le long de la clôture, à l'intérieur, une succession d'arbres de tailles et d'espèces diverses : un conifère à aiguilles blanchâtres et dégoulinantes, un arbuste mal défini et mal taillé. La poubellette donc, le portail, un bouleau (à ce qu'il semble) auprès duquel trône l'envers d'une stèle vaguement commémorative de je ne sais quel club sportif, la tortue jaune à carapace verte sur son ressort, un autre conifère (...ou un prunus ?), et le deuxième banc vert. C'est tout. De quoi se taper une petite Nausée à deux balles.