28.07.2009

S'il y en a que ça intéresse...

 

« Très dur. D'autant qu'il n'y a aucune faille dans cette démarche conduite more geometrico, à la manière des géomètres, c'est-à-dire avec axiomes, théorèmes, démonstrations et corollaires. On pourrait peut-être refuser les axiomes de départ, mais à quel titre ? Car, justement, le système de Spinoza est le moins « cher », celui qui obéit parfaitement au principe d'économie préconisé par Leibniz » (je suppose que Dieu aurait créé le monde en suivant la voie la plus simple). « Son principe premier », reprend M. Galand, « est une définition de la substance, définition réduite à sa plus simple expression. Par exemple, à l'inverse de Descartes et de Leibniz, il n'a pas besoin de faire le détour par un Dieu créateur pour donner une cohérence à son système.

 Oh, Dieu, il en parle ! Mais pour dire que ce que les autres appellent Dieu (infini et cause de soi), ce n'est rien d'autre que la Nature elle-même. Bref, qu'il n'est pas de Dieu transcendant à la Nature, tout juste un Dieu (si on veut l'appeler comme ça) immanent à la Nature. Cet immanentisme aurait pu le conduire au bûcher et il eut bien raison de ne rien publier de son vivant » (il n'a pas eu à poireauter longtemps : mort à 45 ans). « Car, après sa mort, quand on a commencé à le lire, tout le monde a compris. » (on l'avait excommunié, par le hérem, parce que les rabbins avaient bien dû tout de même flairer quelque chose). « L'homme qui avait osé écrire « Deus sive Natura », Dieu c'est-à-dire la Nature, était le premier philosophe en Occident à proclamer que Dieu n'existait pas.

 Lui enlever sa transcendance, lui ôter son pouvoir créateur, c'était assurément lui dénier toute existence. C'était une révolution, une formidable révolution, même si on a cherché à l'occulter pendant des siècles. Mais le plus terrible, dans notre affaire, ce qui referme le piège » (et là je resouligne la marge, à la verticale), « c'est que le philosophe qui décrète la mort de Dieu est en même temps celui qui, en passant, déclare la mort du sujet. Il faut comprendre cela : le premier penseur véritablement libre est aussi celui qui affirme qu'il n'y a pas de pensée libre » (souligné par moi) (je dis cela par scrupule autant que par vanité). « Terrifiant paradoxe. Dès lors l'aporie est infernale. Ou bien je persiste à vouloir affirmer le Sujet et, dans ce cas, je me condamne à le fonder théologiquement et à épouser un idéalisme dont Leibniz m'a donné l'exemple. Ou bien je refuse l'hypothèse d'un Dieu créateur, je hausse les épaules devant les postulats exorbitants des idéalistes et, avec Spinoza, je jette le Sujet avec l'eau du bain. »

« Disons-le tout de suite, ce dilemme est un faux dilemme » (« ah, bon... » - écris-je, fatigué, dans la marge, ce qui prouve que j'ai bien regardé le prof mais que je n'ai plus suivi, tandis qu'il continue à s'exciter avec son propre raisonnement) “comme nous le verrons dans la troisième partie. Pour autant, il a empoisonné la pensée occidentale pendant deux siècles et il est intéressant de faire l'état des lieux aujourd'hui. Des décombres, pour être plus précis. » Intervient alors une page blanche, et une autre portant le sous-titre : Deuxième partie – Les décombres. “Débarrassons-nous d'abord, nous dit l'auteur, “de ce qui ne sera plus notre propos : l'affirmation du Sujet au sein d'une métaphysique idéaliste.” Eh bien braves gens j'allais le dire. Et pour ceux qui s'intéressent à la véritable philosophie, qui est ontologie, et non pas babioles du style “différence entre l'amour et l'amitié”, comme le faisait si justement observer Michel Tournier, du grain est à moudre, et de façon bien plus intelligente, dans l'ouvrage de Bernard Galand avec un d, au Bord de l'Eau : Le Manifeste du Sujet, 12€.