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sagesse

  • Ô, Sages Cervelles !

     

     

    Le drame, voyez-vous, c'est qu'il a fini par se sentir à l'aise en compagnie de son ennemi, non pas tant en vertu du proverbe “à force de se faire enculer, on y prend goût” que, par des affinités secrètes. C'est pourquoi, ayant toujours devant les yeux cet exemple édifiant, j'aurai toujours à cœur de défendre, bec et ongle, le principe de ne jamais reprocher à quiconque sa faiblesse de caractère ; on est mou, comme on est noir, ou juif, ou asiatique. Si ma femme est attaquée la nuit, que je me sente tout soudain (à supposer) tout paralysé, sans aucune possibilité physique de casser la gueule à l'agresseur - quel tribunal, je vous le demande, osera me condamner pour non-assistance à personne en danger ? (réponse hélas : tous.) Je souhaite par conséquent ne jamais être dans une situation où je devrais faire preuve de sang-froid, de virilité, voire de simple esprit de décision. J'éprouve toujours la plus véhémente rancœur à l'égard de ces juges qui du haut de leur bitte en barre condamnent les timorés et les trouillards - et qu'auraient donc fait eux-mêmes, ces lâches ? ces diarrheux ? “Il faut prendre sur soi”. Connards. Commencez donc par cesser de fumer.

    Moi je l'ai fait. De boire aussi. Never explain, never complain. Ne pas se plaindre, ne pas se justifier - belle devise ! Mais si moi, moi j'ai toujours fait l'un et l'autre, avec passion. avec conviction ? Je suis un con, c'est cela ? Sans rémission ? Les autres, les maudits autres, qui me disaient : “Tu mets l'accessoire avant l'essentiel.” “Il ne faut pas tenir compte des autres” pontifient les sages autoproclamés, individualistes comme tout le monde et gros pleins de couilles, ceux qui vont répétant tout ce qui traîne dans les livres de morale – soit ! Soit ! mais s'il se trouve qu'ils vous cherchent, les autres ? ...qu'ils viennent d'eux-mêmes vous glapir dans le nez – sans que vous leur ayez demandé quoi que ce soit - que non, vraiment, vous ne faites pas ce qu'il faut pour leur plaire, et ceci, et cela, et que vous êtes un véritable scandale public ?

    Vous savez, tous ces petits Zorros de quartier, ces Salomons de chef-lieu de canton ! ...faudra-t-il vraiment les envoyer chier sans relâche, vivre en permanence dans la polémique et l'engueulade ? Les fameux Autres. Les encensé Autres. Les sacro-saints Autres. “Comment se faire des amis” : rendez-vous compte, il y a même des ouvrages pour cela ! Dire que le rapport au conjoint représente une application particulière du rapport avec l'autre ! Hélas ! Céder pour être aimé !

    ...Qu'est-il d'ailleurs besoin d'être aimé. Incommensurable faiblesse, ignoble défaite, révoltante prédestination - en être réduit à réclamer des amis, des amours, comme un chien qui lèche sa gamelle vide, qui pourlèche la main qui le bat ? J'ai cédé sur tout. Crêché d'avril 68 à juillet 78 au-dessus de chez ma belle-mère précisément parce que je n'offrais pas, pour Sylvie, ou de quelque nom qu'il vous plaira de la nommer, les garanties suffisantes de l'amour. Je prenais donc les autres à témoin. J'ai toujours pris les autres à témoin. C'est pour cela qu'ils venaient toujours me baver leur avis en pleine gueule

    Seulement voilà : tes malheurs conjugaux... tout le monde s'en fout. Tout juste si tu rencontres, une fois tous les dix ans, une femelle compatissante qui t'arracherait, ô combien volontiers ! à cet enfer de servitude conjugale - à condition que tu passes, bien entendu ! sous sa domination à elle. La chose est évidente, elle va de soi ! tout est de la faute d'Eve. Je soupçonne même les premiers rédacteurs de la Genèse de n'avoir inventé la femme que pour enfin rejeter sur elle toutes ces funestes responsabilités qui nous tuent depuis le fond des âges. Et les Autres de répéter : “Tu confonds l'accessoire avec l'essentiel” - c'était déjà beaucoup, qu'ils me fournissent cette indication ; puisqu'ils s'en foutaient - fallait-il mon Dieu que je les bassinasse...

    Sylvie Nerval m'a dit récemment : “Tu me reproches d'avoir façonné ta vie – mais c'est que tu ne m'as jamais rien proposé rien d'autre.” Rien de plus exact. Ce qu'a prédit Jean-Flin s'est révélé archifaux : je ne suis pas devenu pédé ; mais j'ai toujours éprouvé une absolue dépréciation de ma personne, sans imaginer un seul instant qu'une imagination de moi pût avoir la moindre valeur ou légitimité, je me suis mis, de mon propre chef, sous la coupe, sous le joug bien-aimé d'une femme, la mienne. Assurément, ce que je proposais, dans un premier temps, n'était rien : déménager sans trêve, voyager, changer de femme, traîner les putes après les sodomies, et puis boire.

    Vous voyez bien que j'en avais un, de programme. C'est mon cousin qui l'a rempli : gaspillage de ses deux pensions à pinter, fumer, régaler des clodos finalement trop soûls pour assister à son enterrement à 57 ans : cancer de l'ésophage (c'est comme ça qu'on prononce, c'est comme ça que je l'écris ; "eûûûûûsophage", tas d'ignares - qu'est-ce qu'il a vous a appris, l'instit, au CP ? les danses bulgares ? (même pas une blague...)

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