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randonneurs

  • Frontière basque

    J'adore prouver ma bonne foi, mon innocence, mon infantilisme. Et je répète le dialogue, je corrige mes fautes de grammaire, j'invente d'autres questions-réponses, je suis très fier d'avoir été l'objet de tant de soupçons, de tant d'acquittement. J'aime les flics. Un vrai gosse. L'uniforme, l'air grave, les sourcils d'opérette. Absous, je fais mes courses à Sangüesa, et je ne vais tout de même pas vous raconter la façon dont j'ai repéré mes articles, parmi lesquels une indispensable brozadàn. “El Senor de Brozadàn” : je hurle de rire au volant, et maintenant, une heure avant l'hôtel, contourner Pampelune, quitter les boulevards à contretemps, me paumer dansles cités à 30 km/h (je savais bien que j'aurais dû tourner vers Huarte), et, enfin, de ronds-points en ronds-points, j'aperçois les mentions salvatrices “Roncesvalles”.

    Dix-sept heures cinq, prochain hôtel sur la droite, c'est mon procédé : Zubiri. “Hosteria”. Muy caro. L'hôtesse me montre le prix sur un panneau : mais si, j'ai de l'argent, mais non, je ne suis pas si marginal que mes godasses et mon air con le laissent prévoir, je vais rassembler mes bagages, et je gagne la 213 : putain, pas de tété ; belles poutres, mais étroitesses, le plus fort prix de ma virée : c'est le Pays Basque, région touristique mon pote...

     

    J'alternerai donc lecture (Stendhal, Chroniques italiennes, particulièrement confuses), récit de voyage, écoute du transistor. Vers dix-neuf heures quinze, je sors dans l'obscurité, car le téléphone de ce fameux hôtel si cher ne fonctionne qu'avec des “monedas”. Je parviens enfin, dans une cabine publique, à joindre Annie, à qui je ne sais plus ce que j'ai dit. Puis je vais voir le “pont moyenâgeux”, qui bombe très fort au-dessus de l'eau. Au retour, trois enfants, le premier me dit “ola”, le second “hello”, le troisième, je ne sais, mais c'est visiblemen tpour se moquer de moi avec mon cou de tortue sortant de mes épaules voûtées, comme si j'y pouvais quelque chose. Je réponds avec de moins ne moins d'assurance.

    La prochaine fois, je dirai “va chier” ou “je t'emmerde”. Ils rediront cela à d'autres, et se feront engueuler. J'entre acheter des gâteaux étouffe-Basques, me flanque dans un étalage intérieur : “Tranquillo !” me dit-on. En vérité, je sue, partout, le malaise, puisque je ne veux pas m'abandonner. Je tente de joindre Lauronse, chez qui séjournent Sonia et David. Pour un euro de monnaie, je parviens juste à dire “J'espère que”, et suis coupé : pas eu le temps de parler de mon heure d'arrivée, ni de l'endroit d'om j'appelle. Il fait froid, les enfants traînent dans la rue, élevés avec grand laxisme.

    Personne ne s'exprime en basque, comme d'ailleurs dans tout le pays basque. La rue est glaciale, obscure, véritable couloir à camions, totalement impersonnelle. Je remonte me livrer aux occupations austères que j'ai dites, me gavant de biscuits bourratifs. Le lendemain, passé le petit déjeuner, je reprends la route de Roncevaux, quand un de ces agents basques juvéniles avec leur béret rouge m'informe, après tous ceux qui me précédaient, que la voie de Roncesvalles est coupée. Je dis alors que je pénètrerai en France par la route de Baigorri, ce qui lui semble au diable Vauvert. Seulement, adieu pour les cigarettes de Max et Java, car il n'y a par-là aucune agglomération digne de Cenon.

     

    C'est alors que je décide de me payer une de ces balades où il n'y a rien à décrire, mais qui font mes délices : des arbres dorés par l'automne, une route qui serpente en montant, le désert, l'Arga qui serpente en bouillonnant, tantôt à ma droite tantôt à ma gauche, des ruines inexpressives de je ne sais quel moulin à eau, ou poste de douane, et le rebrousse-chemin à la première chose qui ressemble à un toit, à la présence d'un humain ; d'après la carte, ce devait être Olaberri. Bien sûr, à peine suis-je remonté dans ma voiture après quarante minutes de pur bonheur merveilleux, j'emprunte un trajet bordé de vert, autrement dit “pittoresque”.

    Je n'aperçois rien là de plus pittoresque, sauf que tout est plus large, qu'il y a des endroits pour se garer plus confortablement, et qu'on rencontre des excursionnistes.