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  • Arcachonnades à sa mémère

    Animé d’une résolution farouche, j’entreprends mon travail de sous-Sainte-Beuve, à propos d’un dictionnaire bien plaisant et bien mou, offert à l’occasion de ma retraite de l’Educaion nationale. J’ai dû improviser un petit discours. J’ai appris plus tard que ma collègue du collège Machin s’était désisté en apprenant ma participation. J’éprouvais du mépris pour les professeurs de collège, et j’étais un con. Je le suis resté. Une fois j’ai exploré le bassin de Certes. Le plus impressionnant fut le vol d’un couple d’oiseaux à larges ailes, qui me rasa la tête à longs bruissements de toile. J’apprends ici que la propriété du captal de Buch couvrait 120 000 hectares entre Cassy, Saint-Jean-d’Illac et Le Barp. S’il n’y avait pas eu ces indications, j’eusse été incapable de me représenter ce que c’est qu’un hectare.

    Je sais que le cimetière de la Chartreuse en fait 39. Mais les incendies détruisant tant ou tant d’hectares ne disent rien à l’imagination ; il faudrait parler, Messieurs les reporters, de km² ; voilà qui parlerait aux téléspectateurs. Tous les paysages ici évoqués, illustrés, me semblent d’une fadeur et d’une mollesse de pédé. Je n’ai jamais aimé ce pays d’adoption. J’aurais aimé habiter l’Est : Lorraine, Bourgogne, Jura. Ici c’est mou. L’art de vivre sans rien foutre, en regardant se coucher le soleil sur le Bassin. Montaigne, Horace, le bavardage, les huîtres. Un art de vivre qui m’est totalement étranger.

    Je sais en même temps combien je suis injuste, je sais ce que je manque. Toujours conscient de ma connerie, mais ne pouvant m’en dispenser. Non que j’y tienne, mais « c’et comme ça ». Le dictionnaire ici présent me permet de consolider du moins mes connaissances, chose que j’apprécie toujours. En 1818, François de Boissière acquit cette propriété qui avait appartenu à un captal de Buch avant d’être vendu comme bien national à la Révolution. Je me demande s’il n’y a pas un roman dont le titre serait « Le Captal de Buch ». Je viens d’apprendre, et le ressers avec délices, que les biens des captals, captaux ? avaient été confisqués par Charles VII après la récupération de la Gascogne sur l’Angleterre, puis restitués par Louis XI lorsque la province fit partie du domaine royal.

    Charles VII, Louis XI : voilà du terrain connu. 1818 me ramène aux dépaysements bien familiers. Autant de choses qui me réloignent de cette mollesse paysagère. Je ne tolère le Bassin que dans l’éloignement et la caution historiques. Je me souviens qu’un jour (meublons, meublons, soyons énergiques) un de mes élèves, aimable idiot, me demanda : « Cela ne vous fait rien d’avoir été nommé dans un trou comme Andernos ? » Je me suis récrié : « Comment, « un trou » ? L’un des plus beaux paysages du monde ! Vous ne pouvez pas savoir le nombre de collègues, de Calais à Belfort, qui m’envient une telle nomination. » Et plusieurs fois je me suis laissé aspirer par les étendues de marées basses en mâchant mes chips sur un banc de pierre, face au Bassin. Et, en 1843, son fils Ernest Valeton de Boissière hérita des 2000 hectares du domaine, qu’il modernisa en abandonnant les marais salants pour des réservoirs à poissons. Allons ! je suis sûr que je m’intéresserai à peupler ce territoire de toute son épaisseur historique. Autel obscur.JPG

    Il y avait une épaisseur en ce temps-là. Des chefs de famille, des entrepreneurs. Qui geignaient sur la décomposition des temps…