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latin; enfants; convictions

  • Que ce vieux monde de mon crâne est poussiéreux...

     

    Alors qu'est-ce qui vaut mieux pour former un enfant je vous le demande, d'apprendre tous les préjugés de la stupidité humaine dès leur plus jeune âge, parce qu'après tout c'est bien à ces gens-là qu'il va falloir avoir affaire et s'adapter, ou bien de fréquenter Bach et Palestrina ? Pour moi mon choix est fait, et j'estime qu'il n'est pas nécessaire de se frotter à toutes les catégories de connards pour faire son chemin dans la vie. Le latin, la musique, la danse, tout ce qui est du domaine de l'éducation, appartient au domaine de l'élite, j'en suis navré pour tous ceux qui confondent la démocratie avec l'amour des bas-fonds. C'est justement au nom du respect et de l'amour de nos élèves que je parle.

    Le principe du réalisme et de l'utilitarisme sert de prétexte à un ignoble désir de rétrécissement des esprits. Le vil concept d’"utilité" se voit hélas prôner jusque dans les plus hautes sphères gouvernementales. Il n'y a pas des "matières utiles" et des "matières inutiles". Si l'on enseignait le chinois, la mécanique ou le théâtre, l'esprit des élèves serait aussi formé que par le biais des matières dites traditionnelles. Et voilà où le bât blesse les défenseurs du latin : ils prétendent que sa connaissance permet de mieux connaître la langue française. Ils affichent des arguments, à leur tour, utilitaires : c'est fausse route ; car on pourra toujours leur opposer quelque chose qui soit encore plus directement utilitaire que le latin, comme l'art de réparer une machine à laver, qui n'est évidemment pas plus ridicule qu'autre chose.

    Et même en admettant que le latin soit "utile", on les rembarrera par un sourire dédaigneux ou des exclamations sans suite avec la tête en arrière - très important, la tête en arrière : qui veut noyer son chien l'accuse de la rage. Est inexact également l'argument selon lequel d'acquérir une logique et une rigueur de l'esprit - c'est archifaux : j'ai toujours traduit au pifomètre,l'instinct si vous préférez, ce qui me permettait d'être tantôt excellent tantôt archinul, ce qui m'a donné juste la moyenne nécessaire au décrochage du certificat de latin. Je dirai même qu'il me suffisait de respecter les conseils d'investigation méticuleusement grammaticale pour infailliblement me planter - même chose en littérature, où l'intuition m'a toujours tenu lieu d'analyse - je les enseigne cependant à mes élèves, ces « procédés logiques », puisqu'il paraît qu'on trouve des tempéraments pour lesquels "ça fonctionne" ; il s'agit d'ailleurs comme par hasard de ces tempéraments qui n'ont aucun sens de la littérature, qui s'imaginent qu'il suffit de compter des pieds pour faire de la poésie, de ceux-là qui à l'oral du bac, m'ayant savamment disséqué le système des rimes d'un Baudelaire, ne comprennent même pas ma question indignée sur la musique du texte - "Comment ça, "la musique de Baudelaire ?" - visiblement, ça n'était pas "au programme".

    Il faut bien que cela soit dit, et je l'ai fait inscrire en exergue aux classeurs : le latin, c'est comme la musique, les fleurs et les moustiques, ça ne sert rigoureusement à rien ; c'est comme le parti communiste sous Brejnev, ou comme ta femme : c'est là, et il faut qu'on l'aime.