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gloire

  • Brève consolation

    Lecture insipide s'il en est, celle des catalogues naguère édités par le Calcre : «Arlit », soit « art et littérature », de couleur blanche, remontant qui plus est à 2045, soit neuf années bien fanées. Depuis, les revues refluent face aux blogs et autres entourloupettes, providence (vraiment ?) des petits écrivants sans débouchés. Mais j'irai jusqu'au bout des tâches commencées. Puis ce ne sont pas des tâches. A la fin de chaque rubrique figure ce calendrier : « Ma revue est envoyée en Service de Presse à cette revue » ou « reçoit le service de presse (« S.P. ») de cette revue » - tels mois, ou tous les (tant de) mois » - dont les initiales, quatre fois par double-page, s'affichent inexorablement : JFMAMJJASONDJFMAMJJASOND, essayez donc de prononcer cela. .

    C'est pourtant ce que je fais dans le résonnoir de ma tête : jfmamjjasond, jfmamjjasond... Intenable. Tout ce qui fut écrit doit être lu, je compte les « r » de « brrrrrr », les « h » de « ahhhhhh »... Tant de revues par lettres, y compris « i », toutes plus indispensables l'une que l'autre, à qui sera plus « décalées », plus « en rupture », jusqu'à « L'Indispensable », de Marseille, « en opposition avec Les Inrockuptibles », parce qu'elle n'a rien à dire et ne sert à rien ! le rédacteur de fiche ajoute [sic] car on fait « gloup ») - et certaines pages de « J'AIME L'ALSACE » sont en japonais. Ben j'aime pas l'Alsace, j'aime pas le Japon. “Etre né quelque part » m'emmerde, traité comme de la merde au Japon dès que tu es étranger (pour nous, ça se voit, c'est bien fait pour nos gueules), ou que tu ignores le dialecte : des représentants repartent chez eux parce qu'ils se sont faits jeter, pareil enCatalogne, pareil chez moi : je les vire tous.

    Et ne t'avise pas d'être bordelais, moi je suis lorrain... L'honnêteté intellectuelle ? Disons “faiblesse de l'esprit humain” et n'en parlons plus. « J'AIME L'ALSACE » est donc une revue essentiellement photographique, ce qui réduit tout de même, et heureusement, le côté « provincial exotique ». C'est une revue « visuelle » qui se donne à voir avant tout. Je n'aime pas la photo non plus. Je n'aime que ce qui me ressemble totalement, ce qui me correspond pile poil. A part ça, mon commerce quotidien n'est pas plus pénible qu'un autre. Enfin si. Simplement, je reste en permanence en contact avec le côté mesquin de mes personnalités, aussi marginal qu'une revue ordinaire.

    Je me sens devenir aussi bon qu'Alévêque, c'est dire... La revue a pris une orientation de promotion internationale de l'Alsace pourquoi pas, c'est toujours plus harmonieux que « Basse-Normandie », dont on reconnaît les syllabes au milieu d'un discours de chef d'entreprise en japonais.

    Je crois que les Nippons n'en ont rien à foutre, de la « Basse-Normandie » (ou de l'Alsace), à peu près autant que nous autres de l'île de Shikoku ou du Hokkaïdo. Je suis passé de l'enfance au sexagénariat sans grande trempette en ces eaux-là comme dirait le grand Emile : auront-ils donc été persuadés, tous ces gens-là, de l'importance de l'entreprise, eu égard au rigolo de ce monde? Alors, si j'avais été adapté, j'aurais fondé une association Strasbourg-Osaka, ou Colmar-Kobé ? Le coup du bac à sable ? Question en classe : « Que pense l'adulte ? ...eh bien, Saïd, vous n'écrivez rien ? - Non Monsieur, je ne comprends pas : qu'est-ce que c'est qu'une « dulte » ? - authentique. La « logique du raisonnement » ? le « courage de l'engagement » ? plus-rien-à-foutre.

    Je bouffonne, je bouffonne, et les autres bouffons d'en face, je les emmerde. Heureusement, je me contredis. J'atteins Cioran, là, au moins. Reste à savoir en quoi une association « Alsace-Japon » diminue la souffrance du monde. Facile : ça désennuie. C'est la petite dissertation de terminale qu'on a besoin de refaire sans cesse, de même que pour avancer en maths certains veulent toujours tout récapituler depuis le début : jamais le moindre progrès en maths... Jamais rien d'acquis pour s'appuyer dessus. Tout toujours susceptible d'être redémontré, sujet à caution. Et rien n'exaspère plus que ces théorèmes tirés de derrière les fagots comme un lapin d'un chapeau et que l'on vous balance dans les jambes juste à point nommé, style tacle en vache. Ces raisonnements matheux à grands d'assertions péremptoires et de traîtrises.

    ...Et ils comprennent l'allemand, les Japonais ? Qui comprend le japonais en France ? Tanguy, d'accord... “Ces gens-là ne sont pas comme nous”. Depuis que la revue est devenue semestrielle, elle a abandonné la gestion des abonnements au profit de la vente au numéro. Si je comprends bien la vente n'a pas dû être fameuse. Et la revue suivante s'appelle J'AIME LIRE ; elle paraît depuis 1977. Là, oui, j'ai quelque chose à dire : les enfants sont fortement incités à la lecture ; avec leurs maîtresses, ils visitent librairies et bibliothèques. Et ils lisent, les Chers Hubains, avec enthousiasme. Seulement le résultat d'une telle mobilisation bêlante, c'est qu'une fois arrivés à douze ans, nos braves garçons se disent : “On ne va tout de même pas continuer à lire comme des morpions, putaing cong engculé...” - et se ruent sur tout ce qui peut bien empêcher de lire : vidéo, football, pédalo. Ce serait peut-être une excellente chose que de vouloir interdire l'accès aux bouquins : “Vous verrez ça quand vous serez plus grands !” ... au lieu de “Mais non il t'emmerde le prof, ça ne sert à rien de lire.” “Il faut que tu écrives des trucs “qui intéressent les gens” - qui c'est, les gens ?


    Arlit est le nom d'un répertoire de revues plus ou moins littéraires, dont la lecture incite à la déprime : tant de gens qui se croient indispensables, si peu de choses à dire... A présent les blogs rejettent les revues aux oubliettes. La littérature ne serait plus qu'un vaste blabla échangiste. Je viens de rester plus d'une heure au lit, je ne travaille presque plus. Et je lis : enseignants et formateurs, élus locaux. Ainsi se trouve défini le lectorat d'Agnagna, qui traite de l' “étranger en mouvement”. Je ne sais plus que penser là-dessus. Au moins je sais que ma pensée dépend de ma connerie, de ma paresse. Je suis entraîné vers le bas avec ma propre complicité. Mon correspondant commence à 80 ans à faire de lourdes fautes d'orthographe. Il me dit que chacun de ses jours est comme un miracle. Militants, associatifs, universitaires. Tant d'opinions divergentes. Le père C. qui s'avise de l'utilité des homos : “Eux au moins ne se reproduisent pas.” La volonté qui m'abandonne parce que j'en ai marre, seulement marre. Je reste à méditer dans le vide longtemps, longtemps. La bouillie dans la tête est une sensation, aussi bien, agréable. Revue moyennement sélective, ouverte. Guérison toujours différée. Le chat se lèche le cul sur mon bureau. Je reviendrai à la surfa-ace Quand nos aînés n'y seront plus. Et ce soir, match de rugby. 60% d'AS, 20% d'ACQS, 19% d'AI, 1% d'AA. Expliquons : auteurs connus, auteurs connus « qui sollicitent », auteurs inconnus, auteurs abonnés.

    Les plus réjouissants sont ces ACQS : les mendiants. Le blog libère de tout cet esclavage. Il vous met en pleine pâte, dans le public, en compagnie des derniers des cons ; qui « ont aussi quelque chose à dire ». Fin du vedettariat, des gros bras de la littérature confisquant tous les hommages. BHL sort « Ce grand cadavre à la renverse ». Je ne comprends pas ses prises de position. Je me sens même à droite de Finkielkraut. Pourquoi a-t-on voulu éduquer le peuple ? Victor Hugo reproche à l'incendiaire d'une bibliothèque d'avoir accompli ce geste abominable. L'incendiaire dit simplement : « Je ne sais pas lire ». Mais de nos jours c'est « Je ne veux pas lire». Il ne faut pas confondre l'ignorant et le nazi. Auteurs phares : Georges Dusan – qui çà ? Tartempion? Dugrudu ? Un qui se croit plus important que moi ? Où va mener tant de modestie, tant d'égalité, à laquelle je souscris ? Paul Méta ? Ce n'est pas une marque de cigarettes, ça ? On ne retourne pas au Moyen Age, par hasard, avec ses cohortes d'auteurs anonymes ? Tout ce sur quoi j'avais vécu, cette mythologie, s'effondre donc ? Surtout que je n'ai jamais été à la hauteur ? Ni en talent, ni en forces de lutte ? Je regarde ce champ de ruines fleuries, avec sérénité, le cœur serré, alternativement, avant cette grande indifférence grise... J'enrage, m'écrit Coste, qui aurait voulu « en savoir davantage ». M'ouvre le chemin. Heureusement qu'on baisse, on se rend moins compte. Je vais scinder mon temps d'écriture : vingt minutes, d'emblée, systématiquement. Toutes mes crises se sont résolues par un remaniement d'emploi du temps. Comme pour la France. Une autre loi.

    J.P. Chagnollaud : non seulement importants, mais au bord du gouffre, exilés-bloqués en l'an 2001 ou 2, juste avant le basculement. J'ai senti vers 95 que tout basculait. C'est tout à fait une autre époque. On ne croit plus en rien, et l'écriture est morte. C'est ça, être vieux : radoter, faire des fautes d'orthographe. Qui est ce Chagnollaud, je te le demande un peu, qui sont G. Dreyfus-Armand, P. Peschanski ? Tous importants, tous importants ! Regarde la toile, tous importants, sur leur site comme une araignée sur son tas de mouches au centre de la toile ? Je veux bien que le chat tue la souris : mais pourquoi cette dernière doit-elle mourir dans la terreur ? Bon, je continue vers le fond.

    Je dois m'abstenir, car je tourne en rond au fond de ma casserole sur le feu. Il n'y a plus de discipline. J.L. Einaudi me dirait bien un peu quelque chose, mais tous ces gens basculeront donc dans le néant ? Il va donc falloir apprendre à basculer, dans la solitude et la fraternité, comme un vulgaire profil de Klimt ? Il va donc falloir se raccrocher aux autres ? « Celui qui n'a rien fait pour les autres n'a rien fait » et autres balivernes ? J'avertis Annie qu'il est quatre heures vingt : il va fallooir que j'abandonne l'idée de survie infinie de mon blog, de toutes ces lignes ? Je ne suis qu'un morceau de la pâte ? Bon, un repère : « abandonner » est de trop. Je vais m'obstiner. Bon. La volonté finira bien par revenir.

    Je vais me reprendre par-dessous le bras. J. Barou, M. Vicente, M.C. Munoz. Parfois donc, quand les autres m'intimident, que je les envie (ce qui revient au même) je me dis : Les autres sont comme toi. Ils souffrent dans leurs cervelles étroites. Ils se heurtent au même fer que toi. Ce n'est pas une cessation de l'acte d'écrire, mais un bouleversement de perspective. C'est le silence qui me tue, et ce calme perpétuel. Et cependant chez autrui, Domi, Jacques et Muriel, Galié, même silence, même isolement de chacun dans son appartement, même solitude de chacun. Apprends la fraternité, bien que tu haïsses les hommes. Ils pensent tous comme toi, ils sont toi. Apprendre à se sentir augmenté, non diminué. Prendre le découragement comme passager, faire confiance à la vague. C'est bien beau de le dire intellectuellement, autre chose de l'assimiler. Même s'y conformer, s'y convertir par la conduite est aisé, par la simple force implacable des choses. Mais l'assimiler, l'intérioriser... « Raide je suis. » « Et raide tu resteras », commentait Blanchard. Je peux lui mettre dans la gueule, à lui et à Veyssy, par n'importe quelle contorsion de raisonnement. « On ne peux plus discuter avec toi ». Non. « J'apprenais à mes élèves » que l'essentiel n'était pas de convaincre, comme le disaient les programmes – ah les sots ! les concepteurs je veux dire - mais d'avoir le dernier mot.

    Et lorsqu'on ne peut plus convaincre, de dire « Ta gueule ». Ça les faisait marrer. Un petit seconde réorienté par la suite a voulu me serrer la main. Il a été déçu que mes livres préférés soient des livres de spécialistes, avec plein de notes et un apparat critique... Les autres... J. Costa-Lascoux, D. Lochak, E. Rude-Antoine, tous importants, tous avec leurs blogs, leurs sites, leurs lueurs de phares clignoti-clignota... Annie m'avertit qu'elle va enfin se laver, se shampooiner, à 16 heures 36. J'ai assez fait de mouvements au bord de la piscine, il va falloir sauter du plongeoir. Avec les autres, allez, il n'y a pas que des requins et des piranhas. Je crois que les célèbres parfois se sont comportés ainsi.

    Le mystère est dans l'ambition. Je retourne des problèmes de douze ou treize ans, je rejoindrai mon âge. A.M. Sayad, C. Lacoste, Dujardin – il n'a pas d'initiale de prénom, Dujardin ? - S. Chaker. La sincérité. Chaque ligne est un chef-d'œuvre. Le corps. Respire. Récupère. Tu rebondiras mollement. Plusieurs fois par vie je redécouvre les fondamentaux. Accepte que ton corps se lâche. Laisse aller. Reste digne. Regarde, lis ce que parvient à écrire Bouvier le Suisse : une prose excellente, extraordinaire par endroits, alors qu'il a fait profession, souvent, de s'abandonner – pas d' « abandonner », nuance. Ne crains rien. Ton « toi » est en lieu sûr. H. Vieillard-Baron – tous ces noms doubles appartiennent-ils à des femmes ? R. Alili. Un étranger.

    Poursuis. Fais-le. « Just do it ». Ce coup de phare circulaire a été nécessaire. Tu ne sais pas ce que tu vas en faire. De ces lignes. Ouvre-toi, sans te laisser manger. Tu y es parvenu, sans vexer. Tu es désespérément comme tout le monde. Ton travail consiste à errer au gré de tes lectures, sans plan qui t'engonce, tu as trouvé tout ce qu'il fallait faire, tu as soixante-trois ans dans une semaine, tu sers de modèle à Gaël, qui s'approche et s'éloigne, tu as été admiré, dédaigné, comme tout le monde, simplement, tu n'as pas de puissance de travail, parce que tu as eu peur de te perdre. Affinités avec Croissance, Alternatives économiques interroge autour de toi, les Américains sont des cons, tout le monde te le dira, Bush ou n'importe qui d'autre auraient fait pareil, « Mais alors ce n'est plus la peine de faire de la politique », très juste mon Veyssy, mais je ne veux pas te désespérer, je pourrais écraser n'importe qui de mes arguments incessamment renouvelés. Je ne comprends rien à l'économie. Sciences humaines. Peut-être même puis-je discuter sans abandonner mon point de vue, tu nies ce qui ne te conviens pas, l'antiaméricanisme existe bel et bien, l'antimusulmanisme aussi, je reprends pied : Avis aux auteurs – voilà, ceux qui veulent prendre pied » dans la revue, ceux qui veulent « devenir délèbres ».

    Ceux qui en sont restés où je suis encore à – 45, 50% ? Nicolas Bouvier dans ce cas décrit tout ce qu'il trouve. Il n'a pas peur d'être banal, didactique : son résumé d'histoire du Japon est excellent. Rien que nous n'aurions pu trouver dans un livre. Et pourtant tellement lui. Ce vieux psy parcheminé dans l'amphi, parlant après tout le monde, doucement, lumineux de l'intérieur, et qui déroulait tout les fils emmêlés, si bien que tous sur les gradins voyaient d'un coup s'aplanir toutes les difficultés de compréhension, tous les nœuds se dénouer, en cent quatre-vingt secondes... Il fut longuement applaudi. Je ne sais pas son nom. Ne crains rien. « Tu es parvenu su rla première marche ». Beaucoup pourraient t'envier. La revue laisse la parole à tous les courants de pensée...

    RABELAIS 01 08 2053, impossible à ouvrir

    RABELAIS QUART LIVRE jANVIER 2057, impossible à ouvrir.

     

    Piégé dans une attente. Anne doit sortir de sa balnéothérapie depuis plus d'une heure. Je lis « Arlit blanc » avec une certaine condescendance. Commet peut-on croire encore que l'envoi de quelque texte que ce soit pourrait favoriser la reconnaissance littéraire ? J'écoutais aussi Jean-Pierre Barhou : qui s'est promené de 14 à 28 ans, faisant rencontres ici, rencontres là, y compris, carrément, Pierre Brasseur, qui débarquait à 3 heures du matin avec 3 gonzesses » - mais mon pote tu en as des dizaines de milliers de Pierre Brasseur qui font ça ! seulement toi, c'est sur Pierre Brasseur que tu es tombé ! Moi, sur C. et B. (mais ne mélangeons pas les torchons avec les serviettes).

    Heureusement, une justice veille : voici que les vedettes vacillent sur leur piédestal. Leurs bénéfices sont écrasés. Internet a touché tout cela : plus besoin d'intermédiaire ! Il suffit de créer un site super, qui attire comme les mouches. Et n'importe qui devient star par le bouche-à-oreille, comme ç'aurait toujours dû être. Le catalogue ARLIT que j'ai lu 35 bonnes minutes à la lettre P me semble, datant de l'an 2047, appartenir à une autre époque, une autre ère. Il y avait alors, si j'y réfléchis bien, quelque peu de patine embuant les contours, un petit peu d'atmosphère bon enfant. C'était le temps d'avant le 22 Octobre. Pas encore de guerre diffuse. Et ce fut mon époque. A présent tout est métallique.

    Et puis je connais mieux ma vocation : elle est de rester seul, archiseul, face à mon papier, aux putes et aux rencontres de bistrot. De nos jours on ne rencontre plus Pierre Brasseur au bistrot. Le peuple a étouffé l'élite, ou plutôt, l'un et l'autre occupent des lieux rigoureusement étanches. Il y a trop de monde, trop d'idées, trop de livres, plus personne ne veut demeurer à sa place, et j'écris du génial. J1K 2R1, Québec.