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  • Souvenirs de tortures infligées

    A C T E D E U X



    Même décor. Lumière gris froid. Brouillard et givre aux fenêtres. SOUPOV, JEANNE assise près d'elle. FITZELLE. MARCIAU. La table est encore encombrée des quatre tomes de l'Encyclopédie Watson jetés pêle-mêle.


    FITZELLE

    Il y avait du monde. Les Rubeaux, Nicole Chust, le curé... Le petit barrage à sa mémère.JPG


    MARCIAU

    On ne le connaît pas, ton curé.


    FITZELL, sombre

    Il y était, l'autre.


    MARCIAU

    Le représentant ?

    Le jour se lève, jaune, malsain. Brouillard sur les vitres.


    FITZELLE, égayée

    La dernière fois que je l'ai vu...

    JEANNE

    Si tu l'as vu...


    FITZELLE

    Il schlinguait à trois mètres.

    SOUPOV

    Grand, les joues creuses, un peu raide.


    FITZELLE

    Qu'est-ce qu'il éclusait les derniers temps... Comment il s'appelait déjà, le curé ? (SOUPOV commence à tracer un nom dans la buée) Non, l'autre, le grand roux, avec sa grosse tête... Aide-moi donc !


    SOUPOV

    Mon deuxième, il mettait son complet gris fer, il s'asseyait tout raide, et on débouchait la bouteille de cacao.


    FITZELLE

    La dernière fois, c'était plutôt le gros rouge. « Eh, lavieille ! » il me dit. « T'as rien à boire, dans ton sac ? »


    SOUPOV

    Il avait une cravate. On se faisait du pied sous la table.


    FITZELLE

    « Quand t'auras dessoûlé » je lui dis. Alors il me dit en s'approchant : « Aujourd'hui faut que je boive un coup ; c'est mon anniversaire de mariage. »


    SOUPOV

    On était bien pompettes tous les deux...


    FITZELLE

    La sœur à Chotte, y a que le curé qui ne lui est pas passé dessus – et encore...


    SOUPOV

    Et encore...


    FITZELLE

    « Comment », je lui dis, « vous avez pas honte de vous mettre dans des états pareils ? - Honte de quoi, la vieille ? tu ferais mieux d'aller te faire soigner ta chaude-pisse, oui, « ta chaude-pisse », il a dit. Moi je ne réponds surtout pas, je me détourne, parce qu'il puait, la vache, mais le v'là qui m'rappelle...


    SOUPOV

    Je devais changer les draps tous les cinq jours.


    FITZELLE

    Et tu sais qui j'ai vu aux cordons du poêle ?


    SOUPOV

    Y en avait partout. Même sur les murs, des traces queje n'ai pas pu ravoir.


    FITZELLE, s'exclamant soudain

    Ignace ! (SOUPOV redresse d'un coup la tête) Voilà ! c'est comme ça qu'il s'appelle : l'abbé Ignace !


    JEANNE, à SOUPOV

    Comment ça, tu logeais ce type chez toi ?


    SOUPOV

    Je louais une chambre au premier, à Monségur...


    JEANNE, d'un ton pénétré

    Ach, Montségur...

    SOUPOV

    Non, l'autre, dans le Lot-et-Garonne.