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clappique

  • La Condition Humaine de Malraux

    Je ne suis pas chargé vous le savez de vous faire part des dernières parutions littéraires, ni de vous faire découvrir les beautés secrètes d'un classique. Cela peut arriver, mais si un chef-d'œuvre ou catalogué tel me fèche, eh bien je le dis : Pierrot le fou de Godard m' a fait caguer d'un bout à l'autre, c'est parfaitement inepte, le moyen entre autres de croire à ce personnage d'intellectuel interprété par Belmondo – je vous demande un peu – qui en lisant ses classiques bute sur chaque mot en prenant des yeux de maquereau en faïence... Imbitable. De même, et sans aucun rapport, La condition humaine de Malraux, bien que j'en aie tout de même relu quelques pages pour me remettre dans le coup, m'a semblé indigeste, pesante, écrite à la truelle et dégoulinante de grandes intentions et de beaux sentiments.

    Alors, ne pouvant tout de même pas me borner à cet entérinement de la doxa (cherchez sur votre dictionnaire, bande d'arriérés), je me suis farci pendant mon travail ce qui traînait sur le net à propos de ce prix Goncourt 1932. J'ai lu des plans, ce qui m'a permis de comprendre à peu près l'intrigue, située en l'an de grâce 1927. Tchang-Kai-Tchek marche sur Changhaï, et compte si j'ai bien compris sur un soulèvement de la classe ouvrière pour conquérir le pouvoir. Mais il se trouve qu'il a fait massacrer auparavant (chinois bien entendu) plusieurs milliers desdits ouvriers dans les provinces de l'intérieur. Pendant ce temps-là, tous les Européens, trafiquants en tout genre, style Clappique, à présent marchand d'armes, essayent de tirer leur épingle et leur portefeuille du jeu, tandis que Moscou, prudemment, se tient en expectative face aux forces du Kuomintang, dont le chef est Tchang-Kai-Tchek.

    Il ne pouvait pas le dire plus tôt, le Malraux, pour qu'on se rende mieux compte de la situation? Parce que le distributeur de courrier, le mailereau, nous embrouille dans une multiplicité de personnages et de destinées entrecroisées, avec un beau talent de narrateur, hérité de Jules Romains et de son unanimisme, un gros zeste de gauche révolutionnaire en plus : un vieux savant, Gisors, métis ; son fils, Kyo, et sa belle-fille, May je crois ; un certain Tcheng, partisan de la bombe à lancer sur la voiture du général en chef. C'est d'ailleurs par l'assassinat d'un riche marchand sous sa moustiquaire nocturne que commence le roman La condition humaine, ce qui témoigne d'un riche sens du suspens et de la composition. Zola faisait ainsi, également.

    Les méchants ou les futiles, Clappique le bouffon, Ferral le négociant, se tireront du guêpier. Mais les autres morfleront plus ou moins, et chacun se souvient du fameux explicit, et non pas excipit, bande de faux latinistes, où la chaudière d'une locomotive à l'arrêt brûle les corps vivants de ceux que l'on a arrêtés. Je crois que c'est Katow, le révolutionnaire, qui offre ses capsules de cyanure à deux jeunes Chinois terrorisés, afin qu'il meurent sans souffrance. Je me souviens aussi de cet épisode où le révolutionnaire terroriste Tchang ne parvient pas à lancer la bombe sur la voiture du général qui passe, vous en aurez la suite en lecture tout à l'heure. Il m'était dit aussi sur internet (qui ne contient pas plus de conneries que les livres) que tous ces personnages, souvent métis, réagissaient avec une humanité émouvante, chacun témoignant à sa manière, avec ses réactions individuelles, de la terrible condition humaine. Il y a même un pasteur qui se contente de contempler la misère humaine, y voyant une marque de Dieu, tandis que l'auteur de l'attentat raté voudrait, lui, diminuer tout au moins la part de cette misère humaine, en assassinant un tyran.

    Tout cela est bel et bon, admirable, digne d'intérêt, digne de bouleverser la vie de certains altruistes. Mais j'ai bien plus ressenti les personnages du Diable et le Bon Dieu de Sartre, datant de 1950, ou de Lorenzaccio, Musset, XIXe siècle. Et je vous dis pourquoi. Les personnages de Malraux sont absolument convaincus du bien-fondé de leur révolte, de leur révolution. Ou bien, s'ils hésitent, ils le font avec mauvaise conscience. Et l'on sent trop que Malraux a inventé ses personnages afin de nous faire éprouver le plus clair de notre sympathie à l'égard des lutteurs, des révolutionnaires marxistes et anarchistes. Mon préféré, c'était Clappique, parce qu'il ne se sent jamais responsable de rien, et surtout pas de lui-même. Certains esprits chagrins ne s'en étonneront pas, me prenant pour un con. Mais je n'en ai rien à foutre.