30.10.2009
Fragment d'extrait
Il ne faut pas frapper les enfants. Ça ferait du bien. Puis les hyènes. Ça recommencerait, plus haut, plus fort – je ne tremble plus – je respire à fond. Une fois tout de même l'un d'eux s'est pris toute la largeur d'un bouquin sur la gueule – c'est pas moi – qu'y gueulait – c'est pas moi – j'ai répondu. Pour se valoriser Térence a rédigé une Thèse sur Shelley (Percy Bysshe), correspond avec Oxford, Boston (Mass.), avec un tarif, un pèse-lettre (pas de queue au bureau de poste) ; la boîte aux lettres d'ici s'encastre dans un renfoncement. Terence prend les petits pas chinois dans l'herbe et dépose à l'abri son courrier dans une autre boîte lointaine ; le long du chemin les vitres renvoient son image droite et digne.
Ce lundi la poste a muré le renfoncement, les jeunes sont partis. Il descend de voiture et pousse un caddie de supermarché. Je ne veux pas être vu.. Magdalena dit On se fout de te voir ou non. Il se sert dans les rayons. Il fait bien attention aux rencontres. Il croit entendre des rires, il remonte les épaules, il opère un savant détour. Pour son tabac il passe par l'arrière ; ces derniers mois les buis ont bien poussé. Prendre le pain avant sept heures. Magdalena est fille de Rachel. (Rachel = belle-mère de Térence). Elle habite à B. rue Jonas. Bourgeoise et bohème, en ce temps-là aime les fleurs, les grands foulards et une affiche de Mucha.
Elle a quantité de livres et de bibelots, pas d'homme (séparée de corps depuis 10 ans) et le couvre-lit de percale orange à motifs mauves : Mickey dix-huit fois répété. Magdalena lui rend visite ; sa mère donc lui offre une toque : “Tu la porteras cet hiver! - Je ne veux pas d'affaires volées. - C'est plus fort que moi, dit la mère. La fille psychiatre observe que sa mère trie ses vêtements sur le lit chaque fois qu'elle la visite : “Maman a des goûts de perroquet. - Tu ne comprends rien à l'Art. - Jette ça” disent-elles. Dans une heure Magdalena reprend le train. Rachel n'est pas le vrai nom de sa mère, qui sollicite tous les metteurs en scène pour remonter sur les planches.
Elle s'intéresse à la politique, chacun l'aime et lui confie des tracts ; quand il lui prend des bouffées catholiques, elle fréquente les associations paroissiales. Plus un grand nez en tremplin de ski, le sien. Souvent elle médite, longuement, dans une espèce d'éblouissement. Pour compléter le tableau familial, Magdalena possède une fillette de deux ans : Chloé. Dans l'ordre, Rachel, Magdalena, Chloé. “R.M.C., “Radio Monte-Carlo” dit Rachel. Au loin prospère le cabinet privé de la psychiatre. Tous les dimanches à 10 h Magdalena téléphone à sa mère (tarif économique) “Je suis restée seule” dit Rachel. “Ta sœur Vivette emménage dans les trois pièces restées libres” jeune fille de quinze ans chaudement recommandée par le Secours Catholique. Elle s'habille très chic. Je ferai de son appartement un joyau.” Pour les vacances Térence et sa femme reviennent chez Rachel à B.
Je leur suis très reconnaissante dit-elle à Vivette de leur assiduité. La petite Chloé pousse bien. A Pâques et pour la faire marcher (“Je suis grand-mère !”) Rachel place ses grands pieds sous les siens ; 41 c'est grand pour une femme. Je la vois toujours souriante. Rachel écrit dans son journal qu'elle atteint la Grande Maturité, par le “plaisir des choses terrestres” : “Il vaut mieux que je me suicide”. “Allô je n'ai plus de nouvelles” téléphone Magdalena. “C'est à toi de téléphoner, ma fille” répond Rachel. - Tu trouves toujours un prétexte pour passer ton tour, ma mère. - J'ai acheté un chien. - Comment? - Je l'ai détesté d'emblée. - Rends-le ! - Il aboie au moindre bruit. - Tu es complètement folle. - Tu n'as jamais pu supporter ta propre mère.” Elle ajoute qu'elle a réussi sa vie ; qu'il n'y a pas eu la moindre lubie dans son existence ; qu'elle a été l'artiste la mieux payée dans “Les Vignes du seigneur” en 79. Magdalena demande si “[elle va] inscrire [s]on chien au parti.” - Je ne peux plus faire de politique, avec le chien. - Tu exagères ! - Depuis que vous êtes partis, je n'ai plus envie de voir personne.
- Je connais ton discours par cœur. - Allô ? ... Allô !...
X
“... Je te passe maman. - C'est toi Vivette ?... reste à l'écoute. - Ici Rachel. Vous m'entendez ? Térence est avec toi ? J'ai acheté un revolver. (Si c'est pour tuer le chien.) “Pas du tout. Je ne manque de rien. Vous ne me manquez pas le moins du monde.” Terence s'agite sur son siège. Dans l'écouteur retentissent des aboiements frénétiques. Le gendre dépressif crie : “Ne jouez pas !
Je lève dit-elle mon revolver, à la santé, à la santé de... Mandrin ! silence quand je me tue ! - Ici Magdalena ! ici Magdalena ! Tu va cesser tes ravages im-mé-diate-ment !” Détonation, glapissements de chien dans l'écouteur - “Elle l'a raté” dit Terence.
Ils se regardent tous les deux extrêmement pâles, joignent le Commissariat “toutes les lignes sont pour le moment occupées - six minutes plus tard de B. un gradé leur annonce le suicide effectif de Rachel Bratsch “Le chien n'a rien, Madame Elliott” L'enterrement dit-elle se fera sans moi Je ne te demande rien Terence. Assurément : ils seront libres, passeront leurs vacances en lieu sûr, achèteront une maison vaste et neuve – la morte sape cependant tous les projets, par des cheminements inconnus. Magdalena commande deux billets de chemin de fer pour B. (une voisine gardera l'enfant) Je ne viens pas dit Terence au guichetier, est-il possible de ne prendre qu'une réservation”
je me déciderai au dernier moment le dernier moment c'est maintenant dit le guichetier Finalement Térence reste à quai. Derrière la vitre du TGV Magdalena fait des signes obscurs, j'aurais pu pense Elliott manifester moins d'égoïsme. Rachel s'installe près de lui toute morte dans le métro du retour, elle enlace aux siennes ses jambes d'artiste nous l'aurons si peu connue – je ne l'entendrai plus jacasser - combien pourra-t-il tirer de ses trois étages Quartier Jardin Public ? - récupérer Chloé chez la voisine - avec le magot légué par sa mère à lui en 84, plus les intérêts – mit den Zinsen, und den Zinsen der Zinsen.. - au téléphone Chloé sur les bras Térence demande comment s'est déroulée la cérémonie. “Avant de fermer le couvercle dit Magdalena j'ai coupé une mèche sur le front – Qui est venu ? Allô? Allô ? - Pas toi.” Le soir, l'enfant couchée, Térence apporte son plateau devant la télé, avec du vin et des biscottes, les pieds devant lui sur une chaise : j'ai des escarres au c ul.
Le lendemain Magdalena demande au bout du fil s'il s'ennuie. Non, je lis, je me promène. - Tu n'as besoin de personne ? - De toi – je plaisante - j'ai perdu ma belle-mère - je t'appelle du bistrot (ajoute-t-il) Rachel” est restée là (sur l'estomac) et là (sur la tête). - Bois un coup dit un ouvrier. Fais du vélo ! - Je hais les coups de pédales. - Tu parles pas comme tout le monde, dit l'ouvrier ; va chez tes potes. - Tu m'inviterais, toi ? J'ai mes bouquins, j'ai la télé... - On ferme l'intello, tu rentres chez toi... - Pour voir ma morte ? - Tu fais comme tu veux mon n'veu...” Térence au téléphone : “Allô ? je te rappelle retour du café - Tu ne bois pas trop ?
- Et ta mère ? - Toujours morte, Térence...” Quand je boit, la morte se noie. Mais elle a plus d'un tour dans son cercueil . Le professeur Elliott (on l'avait oublié) ne songe plus à éviter ses élèves il dit j'ai pris un congé parce que je me suis fait traiter d'enculé. “C'est vrai m'sieur ? - Que je suis un enculé ? - Oh non M'sieur ! - Vot' femme M'sieur elle est gentille ; pourquoi qu'on la voit jamais? - Foutez-lui la paix, à ce naze.” Térence dit que non, qu'on ne le dérange pas, qu'il aime bien parler, qu'il voudrait une pression et trois Coca, il dit j'espère que je ne suis pas ridicule ? et les jeunes s'écartent précipitamment.
14:50 Publié dans Petites démangeaisons littéraires | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
19.10.2009
Funérailles royales
La roue tourne. A intervalles réguliers le canon tonne. Les funérailles. Les spectateurs voient de leurs étages les factionnaires, devant le perron du palais. Une double haie de gardes sinue de part et d'autre de l'allée jusqu'au sommet du tertre où s'élève le tombeau. A droite et à gauche de l'escalier à double révolution se massent, dans la pénombre moite, les cavaliers de l'escorte.
On devine plus sombre le char funèbre tout attelé ; déjà sur les chevaux quelques torches s'enflamment dans le noir poisseux. Toujours le canon. Les lueurs blêmissent les traits des premiers gardes ; les baïonnettes luisent suspendues au-dessus des têtes jusqu'à l'orée des taillis. On n'entend que les renâclements des chevaux, le grésillement de la résine. Et sur un coup de canon la façade entière s'illumine. Montrant à l'intérieur une multitude de serviteurs portant chacun sa torche, qui dévalent l'escalier à double révolution pour se poster autour du char funèbre. Au commandement les cavaliers enflamment à leur tour leurs flambeaux – très raides sur leurs selles – de proche en proche, jusqu'au sommet du tertre.
Le cercueil paraît en haut des marches. Porteurs et Boîte à Mort descendent le plan incliné ménagé entre les ailes courbes du perron. Des musiciens de part et d'autre. Les tambours voilés de crêpe, trompes, cordes. Tous en grande livrée – schwarzviolette – puis le clergé. A droite du corps vient à l'amble le hongre porte-timbales ; quand elles commencent à rouler, la symphonie fait silence, le vent se lève, le canon passe sur la foule hagarde et silencieuse. Puis monte le premier murmure des hommes de Dieu. Tous les gens de cour alors descendent en rangs le double escalier ; il en vient encore du haut des marches quand la tête du cortège atteint déjà les grilles de Solitüdenschloss. Autour du cortège englobé, comme par un étui vivant, la cavalerie mouvante des dadoukoï (porte-torches) se meut savamment, pointe d'épée flamboyante. Lorsque le dernier homme enfin quitte le palais illuminé le timbalier de tête frappe quatre coups et tous entonnent le Requiem d'Eliphas Fels, absent.
Le canon tonne et des cris sont scandés. Les chevaux manœuvrant cernent tout le cortège d'un double périmètre galopant de flammes - double Phlégéton - montant, descendant, si bien qu'on entrevoit les yeux et les fronts blêmes des cavaliers de l'ombre à la lumière et des lumières à l'ombre (derrière eux les paysans "guenilleux", "les yeux écarquillés" ; avec leurs enfants sur l'épaule) (et les bourgeois contrits) (et tout le Würtemberg pour voir passer le Roi) (La Mort leRoy).
Noter que sous les voûtes des arbres le spectacle est devenu effrayant, les cavaliers sautant parmi les ombres (serpentant sur le sol). Que parfois sur un commandement les torches tournoient à bout de bras frôlant le flanc des bêtes et chevaux de hennir (wiehern)(gerbes d'étincelles, odeur de crin roussi). Coupant le chemin du cercueil avec-le-Roi-dedans, les chevaux se croisent cabrés puis reprennent leurs rondes concentriques : ventre à terre parmi les brindilles enflammées (placer : "sentier sinueux", "écheveau d'Apocalypse")(les cavaliers ne crient plus) (placer aussi "martèlement des sabots", "branches foulées", "timbales" [encore] ).
Bref : les courants de feu s'apaisent, on prend un petit trot lent et régulier, obsédant, sous la pluie fine qui se met à tomber faisant grésiller les torches. "Un cercle immense se forme, le fossoyeur parut, l'assemblée se tint immobile sous les torches mouvantes, et c'était quelque chose d'horrible et de formidable que ce spectacle de cinq mille paires d'yeux étincelant dans les ténèbres, fixés sur ce seul acteur voulu le plus déguenillé possible et qui creusait avec recueillement, dans le silence le plus total (...)
("les soldats, tout le long du sentier déserté, formaient une garde d'ombres");
...Eh bien merde, c'était chiadé quand même...
22:59 Publié dans Petites démangeaisons littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.10.2009
Jus de cercueil
"Douloureuses circonstances..." "Coup imprévu" - sur les faire-part, dans le journal , c'est toujours "survenu", même à quatre-vingt dix ans : "...survenu dans sa quatre-vingt dixième année" - j'ai dit : "Faites donc entrer le curé, si ça ne me fait pas de bien , ça ne me fera toujours pas de mal !"
Ah curé, curé, tu pourras te vanter de m'avoir bien fait rigoler, avec tes bondieuseries ! Mais aujourd'hui je n'ai plus le coeur à rire, un Kyrié, un Pater, c'est le Paradis garanti sur facture, que je sois damné si j'y coupe ! Mais alors pourquoi suis-je toujours allongé là-dedans, 2m x 0,70 - même que malgré le rembourrage ça commence à devenir dur ... Au lieu de répondre, il m'encense la charogne - pense-t-il "Fichu métier", ou pense-t-il vraiment "Au pouvoir de l'Enfer arrachez son âme, Seigneur"?
Trajet jusqu'au cimetière. Ils enlèvent la femme de sur ma caisse. Elle m'étouffait.Puis on m'enterre. Je regrette les funérailles d'antan, les vraies grandes bouffes grecques, le chant XXIV de l'Iliade, on donnait des jeux, on savait rigoler à l'époque. Puis plus rien. Les petits éboulis de terre qui se tasse. Des chuintements. Le calme plat. Je suis vraiment coupé du monde. Je suis mort, à présent, véritablement mort. Enfant, ma mère m'emmenait choisir le tissu d'un nouveau costume ; à peine sorties des lévres, les voix s'étouffaient entre les rames d'étoffe - des voix voilées - à présent c'est la terre qui pèse su rmes lèvres, le tissu de la terre sur le couvercle, il le défoncerait, m'envahirait comme une trombe, emplirait ma bouche et mes yeux.
11:39 Publié dans Petites démangeaisons littéraires | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
05.10.2009
Promenade et décombres
EH LES MECS JE PARS EN VOYAAAAAGE A GAP ET JE NE SAIS PAS SI VOUS RECEVREZ DES NOTES DE LA-BAS.A COMBIEN DE CHEFS-D'OEUVRE ALLEZ-VOUS ECHAPPER !!!
Je tâte dans ma poche : trois dirhams.
Ça fait trois merguez au kiosque pour le chien et moi. Une race précieuse, des oreilles en houpettes, les yeux dorés – mon arme et mon chien. Qui promène son chien dans Motché ? ...Paisible journée de tension. Les trois Présidents précédents ont tenu trois semaines. A l'hôpital, ou dans ses ruines ? mon père va mieux : je le retrouve au sous-sol, conscient, confiant : « J'ai un peu honte de ne pas souffrir ; juste hypoglycémie. » Il me demande où j'en suis de ma mission. Franchement !... « Mon fils n'est pas mon fils », je lui dis ça comme ça, le chien aboie au dehors en fourrant son museau dans le soupirail.
Mon père me dit que les cimetières sont devenus des enjeux stratégiques : d'une part, les sections croient avoir converti les morts ; d'autre part, ces grands espaces vides permettent de relier deux quartiers d'un coup. Il s'intéresse aux luttes, je dirais tombe après tombe, aux positions des hommes entre les stèles, je mime leurs reptations. « Interdire à l'autre l'accès au cimetière, poursuit-il, c'est déjà quelque chose, à supposer qu'on ne puisse y pénétrer soi-même. Prends ton chien , longe les murs, demande les chefs. » Quand je ressors, des cons sur les trottoirs tirent sur tout ce qui ressemble à une croix rouge, à un croissant rouge ; moi je pense que le devoir d'un négociateur, d'un Pacificateur digne de ce nom - est de préserver sa propre existence. Je suis sans compagnon de lutte. Le seul nom de « compagnon » me hérisse, comme un chien. Je ne me vois pas franchir les grilles d'une ambassade.
Puis tout se calme. Comme une femme, comme la mer – jamais rien de certain. Il me vient à l'esprit « embruns de plomb » : de qui est-ce ? Où vais-je dormir ? ...celui qui change d'adresse sans cesse, un jour il tombe ; celui qui reste sur place – un jour il tombe.
Robott le chien : garde du corps ? Toujours dans les ruines, toujours se faufilant. Paziols a tué ses ennemis privés. Rien de plus. Son père, sa famille, son village. Il se faisait aimer des animaux. Son chien léchait le sang des hommes. Je suppose. Jamais il n'aurait tiré sur son chien. Le seul témoin des meurtres est le seul que les juges n'auraient pu entendre. Derrière des sacs de sable, des soldats jouent aux cartes. De temps en temps l'un d'eux monte au créneau et tire un coup. Je me guide sur les barricades pour faire le tour du quartier. Pas moyen de sortir de l'enclave. Quelle faction osera l'assaut ?
J'offre des cigarettes, ce sont mes soldats ; s'ils me reconnaissent, ils ne le montrent pas. J'achète des fruits près du cimetière. Peut-être mon fils se tient-il hors de la ville, cherchant des renforts, des munitions – si j'accomplissais à mon tour un Grand Massacre privé, je ne serais jamais poursuivi. A Damas, chez Sri Hamri, « le Rouge », il ne reste qu'un seul parti : les annexionnistes. Tous pour annexer Motché. Une patrouille de miliciens me croise au pas – sans me regarder – suis-je parmi les miens ? Pourquoi ne tirez-vous pas ? Je n'ai plus le moindre projet d'unification du pays. A l'Hôtel de Touled où je me réfugie, un inconnu très jeune m'apprend les connaissances indispensables à ma survie (dans ces rues, où le hasard me fait vivre) : «Il n'y a plus qu'un seul chemin d'ici à ton Palais ».
Le jeune homme s'appelle Saïz Essalah. Il remplacera le chien qui s'est fait dégotter. Je ne savais qu'en faire. Mon ami humain s'assoit sur le lit de fer, un genou plié. Ce qu'il me dit me plaît : j'y suis contraint. « Au nom de quoi, dit-il, certains possèdent-ils toute la terre ? » Je reconnais les idées même de mon père, propriétaire de toute la Bergayah d'un seul tenant. Je demande à Saïz : « Qu'en ferais-tu ? » Partout où je me terrerai, sera l'œil du cyclone. Cet homme a de beaux yeux. Il me demande : « Qui gagne et qui perd ? Je veux l'Humanité entière, en équilibre, au sommet de la Roue de Fortune ». De même les rabbins vont disant (certains d'entre eux) : « Le Messie – c'est l'homme tout entier. » Je dis : « Tu parles comme un Juif. » Je pense que le monde retient son souffle en attendant que je meure.
21:08 Publié dans Petites démangeaisons littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.09.2009
Fragments dingues
(16 octobre 2020 ?)
Certains personnages de Dostoïevski griffonnent, ou écrivent posément, quelques phrases insignifiantes, qu'ils font lire à leur femme, et confient ensuite à la postérité dans de grands cartons verts d'administration.
Pendant que d'autres volent dans les plumes de la littérature, eux passent leur vie à se créer une méthode, sélectionnent leurs thèmes, un par page, comme des grains par sachets, rédigent des fiches ; s'enquièrent de tel point, lisent tel ouvrage primordial - lisent surtout, ce qui dispense d'écrire - poussent même le scrupule jusqu'à indiquer la musique particulière, l'atmosphère qu'ils désirent autour d'eux pour telle ou telle écriture.
Tantôt une méthode, tantôt l'autre. Ils s'obstinent longtemps, surtout s'ils la sentent inadaptée.
La pipe se fume, et l'inspiration ne se hausse guère au-dessus du talent. Et de peaufiner leurs thèmes.
Pendant ce temps, des gigolos nouent d'innombrables connaissances. Les miens habitent loin de Paris. Ils ne paraissent pas. Ils écrivent à longueur d'heures, qu'ils ont glanées au travers de leurs besognes. Ils écrivent qu'ils ont envie d'écrire, qu'ils ne savent pas écrire. Proust, Du Bellay - furent des seigneurs.
Une deuxième pipe succède à la première. L'esprit demeure vide. L'auteur retourne à ses briques. Il vit une époque noire, chargée d'oubli futur. Il sait qu'en période de décadence, les auteurs perdent le souffle : l'épopée, le roman-fleuve, se perdent...
Et voici le moment crucial : sortir de soi. C'est un courant d'air, que je supporte mal.
Es war einmal un schizophrène. Il ne voulait jamais quitter son oeuf. Il voulait écrire sans effort - au fil de la plume. Il s'indignait qu'on vînt le lui reprocher :
- Comment écrire sans souffrir ?
...comment dresser son flûtiau parmi ces puissants arrachements de trombones ?
Surgit soudain quelque révolutionnaire, ignorant tout de Proust et de Gide, et qui le fusilla pour tiédeur.
Parfums d'église. Chaque heure mûrit et crève ; l'absence de souffrance se fait cruellement sentir. Une araignée étire ses pattes. La pensée file en musique, les comparaisons s'enfilent comme des perles, comme des doryphores qui cheminent, comme, comme...Laisse couler le fleuve des automobiles où tourne une sirène, le soleil baisse et va t'atteindre derrière la vitre. Une vieille ouvre son sac, objet vague, les humains fuient, reste, seule, la moleskine respectée.
Ici s'ouvre le journal du fou, 22-12-2020
Aqui se abre el diario del loco.
Rien ne sera plus concentré que le journal du fou. Nichts wird usw. Le texte en sera pédant, souvent diffus.
"Le comble du cabotinage est de ne rien laisser paraître de soi."
FLAUBERT
Ce travail nécessitera une documentation aussi poussée, aussi sévère, que celle de Bouvard et Pécuchet. Il y prolifèrera autant de redondances, autant de répétitions que dans l'oeuvre de Bienaimé Péguy. Partitions musicales, portées tibétaines, cartes géographiques, "et l'on parlera plus des couleurs et dees formes de l'oeuvre, que de l'oeuvre elle-même."
Nul ne doit pouvoir dire :
- Houynhnhnh ! ceci est bon ; j'en ferai fructifier."
Il n'y aura pas de plan ("Es wird" usw.)
Le futur est le temps des dieux, le temps-Dieu.
"Il est le temps qui exprime qu'une action se fera ou ne se fera pas dans l'avenir ; il exprime ce qui sera (ou ne sera pas) (verbes d'état), sans restriction."
Ceci encore :
"Obsédé du besoin de faire coïncider la durée de sa création avec celle de l'élan créateur (coïncidence exaltante
qu' "on peu nommer l'inspiration") - le fou ne se sent ni atteint ni tourmenté par la suite de la citation ("il [Tchaïkovski] est d'autre part tourmenté par les exigences de la création formelle" J. J. Northmann).
"Petite musiquette au jour le jour - serinette - non, tu ne seras pas" (Antoine Bourdivier).
Problème : "raidissement" mène à "trop connu" ; "besoin de nouveau" mène, par d'autres voies, à "trop connu" - les histrions sont fatigués - et puis, l'interdit :
"Deux amoureux se regardent à travers la vitre du train. Qui ne démarre toujours pas. Or, ils se sont tout dit. Ils se font des grimaces embarrassées de chaque côté de la vitre" - ça, on peut le dire. "Les roues du train comme le bruit de la mer" - ça oui, ça surtout on peut. Ca sent bon. Cendrars, Jules Verne, Michel Strogoff. Références. "Ce qu'il y a de bien" ("de merveilleux") c'est de se sentir en train de penser sans savoir à quoi ; sans besoin de cerveau. "Ce gros viscère chaud"
MAIS :
: interdit !
et : interdit !Conclusion, sans rapport avec ce qui précède.
Il faut écrire par but précis.
IL FAUT FUIR LE STYLE DES QU'IL SE MANIFESTE
Fuir, dès qu'il se manifeste, le style.
23:19 Publié dans Petites démangeaisons littéraires | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
26.09.2009
Les grosses nouilles
“Je vis seul
Je dors seul
Je meurs seul”
“Rhacophore petite grenouille arboricole aux palmures postérieures très développées pouvant servir de parachute au cours de sauts effectués dans les arbres des forêts tropicales du Sud-Est asiatique (...) Nom usuel “grenouille volante” (Larousse Universel, t. XIII).” Le garde m'ouvre chaque soir les portes de la serre ; je trouve là, sur trente mètres de hauteur, de quoi satisfaire mes yeux. Les tiges de palétuviers trempent dans un marécage en réduction où plongent les reflets obscurs sur une profondeur égale. Adaptant la portée des jumelles j'aperçois les rhacophores sautant de branche en branche, atteignant les eaux mortes à mes pieds ; j'apprivoise et nourris mes petits ranidés d'insectes tirés d'un petit coffret de santal cylindrique.
Le garde est né en Malaisie, naturalisé, j'entends devenu français. Distant et sec, dans l'exercice de ses fonctions. Ma mère à moi vient de Battambang, au nord du pays khmer. On a dans ces contrées abondamment usé de cruauté. Bien que j'y sois également né, je n'y retournerai plus. Perspective unique à cette heure nocturne, la haute verrière du Jardin des Plantes, accessible par privilège dans la pénombre, après fermeture. Il en coûte bien des soins, et bien de l'argent, d'entretenir ces massifs arborés, dont les faîtes se pressent aux membrures sommitales de la grand-serre.
Je prends quelques clichés (800 ASA, ouverture grand angle) de ces merveilles naturelles planantes indiscernables à l'oeil profane ; les lianes s'encordent sur les troncs moites. Il me vient l'image d'un corps aux membres soudés sous les cauchemars. Cette nuit où je m'engage m'ouvrira le plus définitif des tunnels, jamais je ne replacerai mes pas dans mes empreintes ; juste avant de perdre connaissance si Dieu veut je verrai sous mes paupières planer les phosphènes étincelants de mes créatures; il ne reste plus qu'à fermer les yeux, à reposer en paix. Dans mon dos le Malais referme les panneaux de verre.
Je n'ai pu obtenir que la clef des grilles extérieure où je vais au jugé dans ma nuit. Au 25 rue Buffon j'occupe au premier étage un appartement aryanisé dont le propriétaire disparut à Königsberg en 45. Je dois le soir effectuer quatorze fermetures de ma main, alternant au bout de mon bras les clés du pesant trousseau. Certaines actionnent deux ou trois serrures, il en faut quatre pour l'entrée, que l'ex-propriétaire juif a fait blinder avant sa mort. L'épreuve de la nuit constitue à proprement parler la véritable vie. Lucarnes haut placées, étirées à la façon de ces yeux menaçants de stoupa tibétains : j'escalade en chaussettes le bureau verni prenant garde de ne pas glisser, passant e bras entier dans la nuit extérieure, tremblant qu'une paire de mains ne les saisisse tout à coup ; déplier les articulations de plastique du volet, assujettir très vite l'espagnolette de fermeture. La longévité moyenne des ranidés n'excède pas quatre ans.
14:40 Publié dans Petites démangeaisons littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10.09.2009
Beyrouth ouah la Beyrouth ?
Pourquoi ces imbéciles m'ont-ils allongé ? mes larmes coulent avec difficulté. J'ai passé là sans bouger toute la nuit suivante, sursautant au moindre bruit à l'intérieur du bâtiment. Je m'endors bercé par un bombardement lointain : de vagues flammes parcourent les rideaux tirés. Au petit matin, le frôlement de la blouse blanche m'éveille en sursaut : « Passez par le couloir B. Vous aboutirez Impasse Toumaliel. – O.K. Je fonce. » Mes jambes sont intactes. Je débouche à l'endroit indiqué, puis Boulevard Descroges, désert. L'hôpital dans mon dos est touché de plein-fouet, le bloc opératoire s'enflamme, un avion s'éloigne dans un bruit de soupir. « Viens avec nous ! » C'est un groupe de fugitifs qui court devant moi, hommes, femmes, enfants, maladroitement couverts par six combattants « Saadi » parfaitement paniqués : ils tirent au jugé, derrière eux.
Un enfant tombe. Passé le coin, nous nous aplatissons, nous dominons « Check Point Tcharâl » : vus de haut, dans des chicanes face à face, deux factions se canardent en rampant. Les femmes autour de moi leur crient : « Défendez nos enfants ! » Un soldat se redresse, me désigne du doigt : « Qui est cet homme ? » Je montre doucement mes bandages, il se tait. Je m'aperçois que les chicanes, de part et d'autres, sont faites de pierres tombales redressées : le Check Point » se trouve en plein Cimetière Abdesrafieh. Le soldat quitte son poste, sans être vu. Par un sentier montant il remonte auprès de nous. « Venez chez moi. Pas toi » dit-il à mon adresse ; abandonné de tous, je regarde. Les deux partis, en contrebas, continuent à se flinguer : accroupis, redressés, replaqués au sol.
D'en haut, je vois de l'œil gauche un grand jeune homme qui vient par derrière, agitant un tissu blanc, un uniforme beige. Il ne songe nullement à se dissimuler. Tous les fusils se taisent. Mon fils? Il porte sur le front un bandeau gris. Les deux partis se relèvent, méfiants, les fusils se rabaissent, les hommes affichent une totale exténuation. A ce moment un coup de feu perdu abat l'homme en plein cou. Tous ceux qui l'instant d'avant s'entretuaient s'enfuient en tous sens. Je m'aplatis au sol et contemple d'en haut ce mort, quatre mètres sous moi. Puis je me dresse et fuis au hasard. Tel est le sort des espions. Je me répète cette phrase, de plus en plus vite, en trébuchant droit devant – tel est le sort – des espions.
Savoir si Kréüz a péri dans l'hôpital, ou bien – s'ils l'ont évacué dans la cour, juste après l'explosion - un timbre d'ambulance à l'est, je ne reconnais plus les rues
ICI S'ELEVAIT LE WAZOUF ASARGAH
SIX ETAGES D'HOTEL CIVIL
PASSANT RECUEILLE-TOI
je ne peux pas me recueillir – l'année dernière ou l'année précédente les gros balcons gris se sont effondrés l'un sur l'autre en pâte feuilletée - nous voici au quatrième jour, une fumée s'élève au nord, j'espère, j'espère encore que ce n'est pas mon fils qui incendie la Bibliothèque, et que ce n'est pas lui qui trouva la mort au Cimetière d'Abdesrafieh. Pas de sauveteur au voisinage de l'hôtel, une couche de gris, une couche de blanc, marbre et gravat « ...le cimetière musulman d'Abdesrafieh, dit un journal qu'un coup de vent me plaque sur le pied – constitue le seul point de passage entre l'Est et l'Ouest- » - j'ai passé la nuit sur de le sol, dans des chicanes de camions.
Tout change d'une nuit sur l'autre. Faut-il souhaiter – stratégiquement ? humainement ? - le rétablissement d'un front stable ? Je pousse le journal du pied – comment s'appelait cet homme abattu ? Avec un bandeau gris au front – revenir sur les lieux du crime - je peux cette fois, redressé, descendre la Rampe aux Boules. Je me suis avancé dans l'allée déserte - tous ont déguerpi (le passage est à qui le prend : le mort ou moi) - les yeux des fuyards ne sont pas loin, ils n'ont jamais vu un homme s'incliner, seules les femmes et les mouches prient sur les corps. L'arme dressée, ils m'observent en s'abritant, de biais – le cimetière s'étend sur ma droite, j'ai devant moi le ressaut de terrain où je m'étais plaqué, je ne fouille pas le corps, je repars en serrant su rmoi les pans de mon vêtement occidental, ressors par la porte d'Antalyah – des rues, des rues aux stores éternellement baissés, ruines, ruines, odeur de soufre ; je me souviens bien que Paziols, très loin en France, devait lui aussi tuer pour s'évader. Motché assiégée du dedans – que nul ne parle de folie ; on pouvait, on peu très bien refaire ces meurtres en plus simple. En plus ordonné. Selon leur rite.
Exemple : à l'école de Safrajieh, quarante enfants morts empilés méthodiquement, avant d'y mettre le feu - après cela nul ne tuait de trois jours – on vidait son chargeur sur les murs. Je ne parvenais pas pourtant à trouver Paziols si absurde, je le voyais (justement) comme une grande muraille sans fissure. Ici, quand le canon tonne du sud, les gens s'assemblent, stores fermés, sur le trottoir, discutent paisiblement, je me suis couché près des ruines, laissé aller, soucieux de préserver mon corps, qui battait battait follement contre le sol. Je m'abandonne à contempler le sol, bras le long du corps, je deviens poussière, en vérité j'ai rampé dans la terre, imaginant des tirs rasants contre ma nuque, puis je dépouille un cadavre de son arme : il faut passer inaperçu.
On trouve de tout. J'ai rejoint l'hôtel de Touled qui n'a plus qu'une chambre, j'ai faim, j'ai soif, et dans la cour le rebord de la vasque, brisé, s'est fiché à la verticale dans le sol. Un chien sort d'un trou de terre, fin visage de chien, comme un bijou, immensément choyé – tandis qu'un garçon, une pierre à la main crie sur la bête (l'accent de la Békaa) « Reviens ! Reviens ! » - puis s'adressant à moi : « Tu peux le promener Monsieur. » J'appelle le chien « Robott ». Je tâte dans ma poche : trois dirhams. Ça fait trois merguez au kiosque pour le chien et moi. Une race précieuse, des oreilles en houpettes, les yeux dorés – mon arme et mon chien. Qui promène son chien dans Motché ?
16:03 Publié dans Petites démangeaisons littéraires | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
20.08.2009
Oh, la grenouille !
“Je vis seul
Je dors seul
Je meurs seul”
“Rhacophore petite grenouille arboricole aux palmures postérieures très développées pouvant servir de parachute au cours de sauts effectués dans les arbres des forêts tropicales du Sud-Est asiatique (...) Nom usuel “grenouille volante” (Larousse Universel, t. XIII).” Le garde m'ouvre chaque soir les portes de la serre ; je trouve là, sur trente mètres de hauteur, de quoi satisfaire mes yeux. Les tiges de palétuviers trempent dans un marécage en réduction où plongent les reflets obscurs sur une profondeur égale. Adaptant la portée des jumelles j'aperçois les rhacophores sautant de branche en branche, atteignant les eaux mortes à mes pieds ; j'apprivoise et nourris mes petits ranidés d'insectes tirés d'un petit coffret de santal cylindrique. Le garde est né en Malaisie, naturalisé, j'entends devenu français.
Distant et sec, dans l'exercice de ses fonctions. Ma mère à moi vient de Battambang, au nord du pays khmer. On a dans ces contrées abondamment usé de cruauté. Bien que j'y sois également né, je n'y retournerai plus. Perspective unique à cette heure nocturne, la haute verrière du Jardin des Plantes, accessible par privilège dans la pénombre, après fermeture. Il en coûte bien des soins, et bien de l'argent, d'entretenir ces massifs arborés, dont les faîtes se pressent aux membrures sommitales de la grand-serre.
Je prends quelques clichés (800 ASA, ouverture grand angle) de ces merveilles naturelles planantes indiscernables à l'oeil profane ; les lianes s'encordent sur les troncs moites. Il me vient l'image d'un corps aux membres soudés sous les cauchemars. Cette nuit où je m'engage m'ouvrira le plus définitif des tunnels, jamais je ne replacerai mes pas dans mes empreintes ; juste avant de perdre connaissance si Dieu veut je verrai sous mes paupières planer les phosphènes étincelants de mes créatures; il ne reste plus qu'à fermer les yeux, à reposer en paix. Dans mon dos le Malais referme les panneaux de verre.
Je n'ai pu obtenir que la clef des grilles extérieure où je vais au jugé dans ma nuit. Au 25 rue Buffon j'occupe au premier étage un appartement aryanisé dont le propriétaire disparut à Königsberg en 45. Je dois le soir effectuer quatorze fermetures de ma main, alternant au bout de mon bras les clés du pesant trousseau. Certaines actionnent deux ou trois serrures, il en faut quatre pour l'entrée, que le propriétaire juif a fait blinder avant sa mort. L'épreuve de la nuit constitue à proprement parler la véritable vie. Lucarnes haut placées, étirées à la façon de ces yeux menaçants de stoupa tibétains : j'escalade en chaussettes le bureau verni prenant garde de ne pas glisser, passant e bras entier dans la nuit extérieure, tremblant qu'une paire de mains ne les saisisse tout à coup ; déplier les articulations de plastique du volet, assujettir très vite l'espagnolette de fermeture. La longévité moyenne des ranidés n'excède pas quatre ans.
22:46 Publié dans Petites démangeaisons littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08.08.2009
Conneries de jeunesse
Cette rue-là : ma rue, non que j'y habite, mais que j'emprunte à peu près tous les jours, de ma maison, ma bicoque irréparable, à la place Capeyron dépersonnalisée en “Jean Jaurès” ou Dieu sait quelle idole, où se trouvent les petits commerces (poste, café, boulangerie). J'entreprends à soixante ans ce que la société jointe à ma flemme ne publiera pas : voyez-vous jeune homme, resservir les “Conseils” de Rilke “à un jeune poète” relèverait de la plus pure malhonnêteté intellectuelle, tant ces époques semblent désormais préhistoriques.
Mais décidez-vous très vite, ayez bien négocié votre virage dans le book-business. Une fois dans la boîte, le pied dans l'embrasure, et le plus conformiste possible, vous pourrez après tant de patientes intrigues (moins que ça si vous êtes une femme qui sait qui couche avec qui) publier ce que vous voulez. De ressortir alors vos vieux fonds de tiroirs et de plaintes (la solitude ! le martyre ! très vendeur) - mais si vous vous figurez dès lors, dès maintenant, que vos sensi meurtris vous ouvrent accès à publication ! Grotesque... Toutes les places sont prises, mon frère, tous les créneaux occupés, ou mieux, comme le disait tel éditeur qui nie désormais et joue à présent les fleurs-bleues tu t'amènes pas l'air con devant une usine de yaourt toi tout seulâbre pauvre con avec ton petit pot personnel dont tout le monde se fout (...) Et tous ceux qui vous embobinent avec leurs “comités de lecture” et leurs “manuscrits envoyés par la poste” (je m'étouffe de rire) - sont de purs et simples voyous de la propagande.
Jeunes gens ce qu'il vous faut just what you need men c'est d'être bien dans sa peau, bien le bonjour à tout le monde avec le sourire, “l'écriture y a pas que ça qui compte”, et “l'important, c'est de parler avec des Gens, les Autres, a priori si excitants. Les laissés-pour-compte, les timides, les authentiques : allez vous faire foutre : être dans le milieu, on vous dit, se faire bien voir et bien se faire voir, ne pas dépasser surtout, ne pas se dépasser, avoir bien négocié le virage des 20-25 ans, choix du partenaire, choix du métier. Chers profs si sottement persuadés votre influence, ce n'est pas vous qui faites l'avenir, mais cette redoutable période, 20-25 ans où le Jeune commet ses premières et définitives bourdes, qui crèvent les yeux de tous – mais qu'est-ce qu'elle lui trouve ! - et qu'ils défendront bec et ongles parce que c'est leur choix, qu'ils croient, quel que soit leur “niveau d'études”.
Si vous n'avez pas intégré une profession du livre ou du journal, de la télévision ou du ciné, vous n'y parviendrez pas, plus jamais, sauf à la rigueur, en “rattrapage”, si vous avez connu Un de la Mafia j'entends intimement et avant qu'il le devienne, car la première recommandation qui leur est faite, aux mafieux, dès leur intronisation, c'est de ne plus jamais, plus jamais accorder leur amitié ; ni plus ni moins et très exactement de la même façon que les femmes mariées, dans la meilleure bourgeoisie, se seraient crues déshonorées si elles avaient révélé si peu que ce fût ce qui constituait l'essence même, la quintessence de la Sacro-Sainte Nuit de Noces, à savoir une grosse bite fourrageant sauvagement dans une pauvre petite mimine toute meurtrie ; et aucune jeune fille, dans les familles de ce temps-là, quelle que fût la prétendue incapacité des femmes à garder un secret, aucune jeune fille de bonne famille n'en a jamais rien su. De même le réseau d'informations des maisons d'édition, soigneusement verrouillé, s'obstine-t-il plus que jamais à répandre auprès des jeunes générations des renseignements erronés, datant de l'immédiat après-guerre – telle cette fameuse légende du “manuscrit envoyé par la poste”, qui fait pâmer d'hilarité tous les directeurs de collection - pauvres élèves...
12:38 Publié dans Petites démangeaisons littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.07.2009
J'ai écrit ça : Gaston-Dragon
FIGURES DU PERE (13)
Un père tout embarrassé, comme contaminé, de son entrave charnelle : Amfortas, Roi Pêcheur, Cophétua (« Que fais-tu là?) blessé, navré, mehaigné d'un coup de lance enmi les hanches non pas claudiquant mais bien dévergé, lacéré et castré ; à lui tout le miel et la résurrection selon son rite, lorsque la terre gaste reprendra couleurs de fleur et d'herbes, rameaux, bourgeons (14). Je consolerai ce père et oindrai ses parties de ce natron dont on conserve les momies car « il est plus grand mort encore que vivant. (15) Arthur roi des échecs - Arcturus : « L'OURS » ; à déplacer case après case, parcimonieusement, dont l'ultime campagne se fit contre le fruit de son inceste (Mordred l'Usurpateur) qui le trancha de son épée, tant qu'on vit le ciel entre les lèvres de sa plaie (16).
...Arthus figé, en son palais de Camaalot, dans une éternelle célébration de Pentecôte ou d'Annonciation ; premier célébrateur, démiurge de ce monde où nous vivons et mourons tous (17) ; sans aventure personnelle ni quête qui vaille, mais bien les ordonnant, les déléguant : tout ce qui part du roi se voit fondé, se déroulant, lui revenant, tout accomplissement s'estampille, s'authentifie par lui : assimilé de la main blanche (18) aux divinités de Rome, tout citoyen romain quoi qu'il fît en effet se référant au regard, à l'action d'une entité divine ; actions décalquées, répercutées à l'échelle du ciel, firmamentum, inscrits, portés en ombre. Père : aussi bien Wotan déchu, dépité dans l'amour des Walsung, héros humains et vaincus - ou Encélade, enchaîné sous l'Etna (19).
Je fus adoré de mon père. Il se fonda sur moi. Ainsi les mortels rachetaient-il s les dieux(20) ligotés de certitudes ; tout homme est Messie ; toute femme emmure dans le temps, de la naissance au grand scellement de la mort (21) . Ni le Christ ni Oreste ; ni même Isaac fils dAbraham (22) qu'il
épargna ; je fus, avec mon père, juste un homme. Valant n'importe qui. (23)
Notes
(13) Sans lien direct avec ce qui précède, l'auteur à présent évoque la figure de son propre père, mari d'Alcmène. Il se le représente sexuellement mutilé, à l'instar du roi Amfortas.
(14) C'est ce qui se produira lorsque le roi blessé recevra le baume guérisseur : tout son domaine refleurira.
(15) Noter ici le disparate des références : d'une part, l'embaumement des momies égyptiennes ; d'autre part, les paroles prononcées dit-on par Henri III lorsqu'il aperçut au sol le corps de son ennemi Henri de Guise, qu'il venait de faire exécuter : « Qu'il est grand ! Il est encore plus grand mort que vivant. » Le roi de France put s'en apercevoir : il fut assassiné, par vengeance, moins de huit mois plus tard (1589)
(16) Allusion ici à La mort le roi Artus, de Chrétien de Troyes ; l'auteur a rassemblé plusieurs souverains légendaires, tous frappés d'une forme d'impuissance, politique ou sexuelle.
(17) Nulle part il n'est question de ces attributions du roi Arthur, ici purement imaginaires.
(18) Il s'agit d'une sorte de magie blanche, qui assimilerait le roi Arthur aux divinités romaines ; il y en avait un grand nombre. Toutes les activités humaines possédaient un dieu. On ne pouvait agir sans se trouver sous le regard de l'un d'entre eux.
(19) Dieu ou titan, réduits eux aussi à l'erreur ou à l'enchaînement.
(20) Thème du père que le fils rachète.
(21) L'homme sauve ; la femme est menace d'engluement.
(22) Il ne manquait plus que celui-là.
(23) ...Sartre, par-dessus le marché.
10:47 Publié dans Petites démangeaisons littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gaston, dragon, père, cophétua


