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Livre

  • Pensées de Montesquieu

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    Montesquieu est mort. Vive Montesquieu. Du modèle de vie qu'il propose, certaines choses sont à retenir. Il existe tant de façons de vivre ! j'aurai du moins maintenu ma fidélité. Qu'elle soit inertie, ou plus, qu'importe : les motivations profondes restent toujours cachées, souvent banales ou peu reluisante. Cependant point besoin de les tourner au noir ; pourquoi ne pas les interpréter dans le sens de leur noblesse ? Montesquieu écrit Essai sur le goût – cela se présente comme une suite de paragraphes apophtegmatiques : « La noblesse faisait profession de poète » : un Néron composait des vers, chantait et déclamait (fort mal), et convainquait un certain nombre de grands personnages de partager avee lui l'honneur ou le déshonneur des apparitions sur scène ;

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    Citons aussi Guillaume de Champagne, Guillaume de Mahaut. Mais de quelle époque Charles-Louis parle-t-il donc ? « On faisait fortune par la poésie auprès des dames et auprès des Princes » : ma foi, où a-t-il vu cela ? ...Toujours cette passion d'on ne sait quel « bon vieux temps ». « L'Europe n'a pas pu manquer de génies » : à notre connaissance cependant, nul artiste, fût-il Corneille ou La Fontaine, n'a pu se départir d'une certaine modestie de ressources. Plus heureux les plasticiens, peintres ou sculpteurs. Car ils pouvaient reproduire, exposer les portraits du Prince, partout où celui-ci l'estimait souhaitable. « Il y avait, d'ailleurs, de l'émulation » - en vérité ?

    Et comment faisait-on pour décider du « plus » ou du « moins » en matière de qualité ? n'est-ce pas que l'on avait des critères bien fixes et bien fermes ? « Cependant, on ne voit que des misérables ouvrages, faits par des gens qui n'avoient que des idées prises de l'Ecriture sainte ». Lesquelles, lorsqu'elles sont crues véritablement saintes, ne peuvent manquer d'abaisser, d'obscurcir les esprits. Ce qui est mauvais, vraiment mauvais, se décèle. Mais « l'émulation » me choque : décider qui de Marguerite Duras ou de Yourcenar écrit le mieux me semble dépourvu de la moindre pertinence. Reste à trouver de nos jours l'équivalent des obscures niaiseries théologiques d'antan : chacun se sent tellement investi, tellement excellent !

    « Mais, dès que l'on commença à lire les Anciens, que l'on eut perdu un siècle à les commenter et à les traduire, on vit paraître des auteurs, et (ce qui me semble faire la Gloire des Anciens), on peut leur comparer les modernes ». Plus haut, dans cette controverse bien vivante, Montesquieu déclare trouver autant de bon et de mauvais dans les deux camps, non sans une certaine révérence pour l'Antique : major e longisque reverentia. Il nous souvient d'un ancien Tillinac ou d'un vénérable Sollers, disant ou laissant entendre que la Renaissance du beau, du vrai, du non frénétique, pourrait bien être à l'avenir le fait d'obscurs scribes transmettant le passé mort àfins de résurrection. Par des gens modestes et fermes, sans esprit de paillettes ni de gloire. « Il ne faut point entrer avec les Anciens dans un détail qu'ils ne peuvent plus soutenir, et cela est encore plus vrai à l'égard des poètes qui décrivent les mœurs et les coutumes » - arrêtons-nous : rien de plus odieux en effet ou absurde que de tenir grief à Baudelaire ou Flaubert qu'ils n'aient pas protesté contre la condition ouvrière de cette époque. Traiter Ronsard de misogyne est bien plus révélateur de la connerie de celui qui le dit - « ...et dont les beautés, même les moins fines, dépendent, la plupart, de circonstances oubliées : les Anciens après tout furent aussi Modernes, et les Modernes seront à leur tour oubliés » - quant à nous, écrivons - « ...ou qui ne touchent plus ».

    Ainsi s'est fanée une grande partie du comique d'Aristophane ou de Plaute. « Ils sont comme des palais antiques dont les membres sont sous l'herbe, mais qui laissent encore voir toute leur grandeur et toute la magnificence du dessin. » C'est en effet au XVIIIe siècle que l'archéologie put naître et s'affirmer. Penser, donc, écrire quelque chose, quoi que ce soit inutile. Nous avons été mis sur terre. Notre devoir est de ne pas nous défiler. Or les pensées défilent, tout défile. Et nous n'avons pas le dixième de ce qui fut écrit pour les bibliothèques grécoromaines. Statu quo définitif. Faisons notre métier. « Nous reprochons aux Anciens d'avoir toujours relevé la force du corps des héros. » Le corps en effet permet aux homme de survivre et de produire. « Mais, parmi nous, chez qui de nouvelles façons de combattre ont rendue vaine la force du corps... » - canons, armures – nous représentons encore, dans nos ouvrages, faits pour exciter l'imagination, des héros qui tuent tout, qui renversent tout ce qui s'oppose à leur passage.

    Évoquons ici le Roland furieux, le kung-fu et autres Terminators primates, puisque le cinéma surpasse en popularité l'écrit. « Tantôt ce sont des géants ; tantôt, des lions ; tantôt, des torrents ».

  • T'en veueueueux.... d'la beueueueuh...

    « L'herbe a la juste réputation de faire rire, d'exploser le cerveau. L'escalier au plastique ROMN.JPG

    «  Le shit, c'est plus solide.

    Pour le travail de fond. »

    Travail de poète, ou de pigiste, ou d'instrospecteur. Je ne sais. Qui n'a jamais connu d'état second du à l'herbe ne pourra pas comprendre. Révisons notre vocabulaire : l'herbe, c'est le cannabis. Le shit, c'est le haschisch.

    « Là va ma préférence

     

    «  - Tu ne crois pas que tu fumes un peu beaucoup ? me dit Lucie.

    J'ai beau lui dérouler la longue liste des poètes maudits qui m'ont précédé, je n'obtiens d'elle qu'une moue dubitative.

     

    « Dans mon bureau, tout est beau.

    Tableaux, bibelots... »

    Alinéas, alinéas, lignes sautées. C'est pour donner le temps de souffler la fumée. De chercher la rime :

    « C'est rigolo.

    Suis écroulé dans mon fauteuil.

    Les yeux au plafond.

    J'écoute de la musique.

    Me laisse partir. » T'as raison coco, faut pas se prendre la tête. Et avec humour.

    « Mais où est donc ornicar ?

     

    «  - Maintenant, si tu me demandes sérieusement si moi, Benjamin Dubois, en tant qu'être social et responsable, en dehors de tout intérêt personnel, je suis pour la légalisation de l'usage du cannabis et le contrôle de sa vente par l'État, je te réponds non. La légalisation, c'est la mort des banlieues.

     

    « Les plumes volages

    D'une alouette

    Brisée, la nuit, l'écume.

     

    « Lucie est au cinéma avec Yasmine, une copine. »

    Le coup de l'alouette, plus tôt, c'était un haïku à deux balles. Le reste, c'est de la vie quotidienne.

    «  Sommes écroulés dans mon bureau, Solly et moi.

    Il ne fait pas chaud dehors et je le vois avec sa même vieille veste en velours marron que d'ailleurs il n'enlève pas, son pantalon en toile qui lui arrive aux chevilles, ses bateaux antédiluviens qu'il porte sans chaussettes.

    Me demande s'il a mangé et sors pain, fromage, biscuits, tablettes de chocolat, Coca…

    Grignote un ou deux biscuits.

    Écoutons Radio Nova. »

    Vu, l'omission des sujets, comme ça allège l'expression ? Vu ce qu'il y a à dire, il ne reste plus grand-chose. Du vide, du vent, du shit, quoi.

    « On ne parle pas.

    Suivons nos pensées.

    Cool.

     

    « L'organiser, le portable, les clients, les dead-lines, j'ai tout remisé. Au nom des services rendus, mon patron accepta le licenciement pour incompatibilité d'humeur et je me la roule douce le temps que ça me reprenne. » Effectivement, choisir entre l'inaction béate et un travail de con, ce n'est pas très encourageant. Plutôt dormir. Pas besoin d'herbe pour ça, y a qu'à glander, notre pauvre auteur ne plaide pas très bien sa cause. Il est vrai que ça change des voyages flashy avec plein de couleurs et de contractions vaginales. Au moins, là, c'est le nu, le néant. La volonté de présenter les fumeurs de joints sous les traits de personnes superficielles avec autant d'intelligence que des godasses et soixante mots de vocabulaire.

    Nous allons poursuive encore un instant notre douloureux vagabondage à travers le néant :

    « Moment béni où je n'ai plus à suer pour gagner mon pain.

    Mes ASSEDIC ne sont pas près de baisser. Me laisse bercer…

    «  - T'aimerais pas avoir un tapis volant ? me demande Solly.

     

    Et si l'homme devait être lobotomisé pour éviter guerres et carnages, ne faudrait-il pas s'y résoudre ?

  • Chiant et touffu

    Qui signifient en effet des choses précises, des symboles précis, mais de façon fixe et définitive : on ne dessine pas de moustaches à la Joconde à même le tableau. Le symbolique, dans ces légendes, resterait statique, c'est-à-dire borné à son contexte, tandis que d'autres mots, moins "sacrés" en quelque sorte, seraient susceptibles de prendre un autres sens. "Les mots-monuments ont également une charge sémantique particulière mais parce qu'ils contiennent en condensé les différents précipités de toute une période.” “Epée” au Moyen-Âge renverrait à “d'estoc et de taille” ; au XVIIIe à “tierce, quarte et quinte”, et de nos jours à “théâtre”, “peplums”.

    Même phénomène en peinture, car après tout les coups de pinceau sont aussi des mots écrits - après tout, passer aux signes peints nous permettra de prendre un peu de recul, sans avoir

     

     

    à prendre garde aux confusions entre le sujet et l'objet. La comparaison éclaire : “A la Renaissance, nous apprend Michel Baudson, la peinture avait tenté de montrer le temps par une simultanéité spatiale, en mettant les choses l'une à côté de l'autre.”

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    Le commentaire de Claudia n'est parfois qu'une longue poursuite, au sens où les éclairagistes acceptent ce mot : le projecteur se déplace en même temps que le personnage : l'autrice, Colombienne parfaitement francophone, tente désespérément de rafistoler, l'une sur l'autre, deux pièces de raisonnement difficilement compatibles : la naissance du “n consonantique”, autant dire prononcé “a”, serait, ainsi, carrément prise pour une revanche du linguiste de Saussure, par une intronisation, enfin, au monde des adultes. S'ensuivent de passionnantes comparaisons traductologues de l'Agamemnon, où de Saussure enfoncerait de loin, paraît-il, Mnouchkine, Bonnard et Mazon réunis, excusez du peu. La philologie fut mon plus passionnant cauchemar.

    Le “n” consonantique ne peut passionner que des philologues hautement spécialisés, qualité que noms ne dénions pas au Genevois Saussure. La non moins audacieuse Colombienne, tâchant de tisser des liens entre la construction méthodique de son héros avec les traumas psychanalytiques, nous évoque la mort de sa “mère phallique”, mais quelle mère ne l'est pas, en rapport avec la figure de Clytemnestre, “épouse infidèle”, "maman dégueulasse" ? J'y reviendrai en détail dans un tome ultérieur : je m'en garderai bien, Claudia: car la vie est courte, et votre livre touffu me bouffe le temps. Même si pour m'allécher vous alléguez “les anagrammes”, car la psychanalyse fait feu de tout bois. . En vérité, votre inépuisable exhaustivité m'épuise, justement, et votre gigantesque délire érudit m'hirigoyenne sérieusement. Récapitulons maintenant les limites de l'époque parentale qu'on tente ici de saisir – voilà ; rien de mieux qu'une belle récapitulation, d'autant que je me suis épargné le premier tome de votre somme assommoir :

    En 1878-1882, Ferdinand est en pleine bataille, exploratrice et conquérante, à la recherche de l'identification avec une image de père idéal, qui aura eu un avatar négatif dans la figure de l'abominable plagiaire allemand, image qui l'accompagne pendant deux petites décennies. C'est ainsi qu'un personnage que nos préjugés considèreraient volontiers comme un universitaire sec et cassant se voit pourvu d'une vie émotionnelle aussi trépidante que celle d'un mousquetaire. Pourquoi pas. Mais à partir de 1894-1896, nous trouvons un Ferdinand plus apaisé, publiant ses découvertes, donnant son nom à une loi phonétique et travaillant les relations triangulaires avec une aisance signifiante. On peut donc se passionner pour les origines du langage, comme pour celles de l'inconscient (c'est la parenté qui unit Saussure et Freud), les deux étant fort proches, puisque la pensée, selon Jacques Lacan, ne passe que par le langage.

    Maintenant que l'on a posé la différence de ces deux “Ferdinands” (Señora, les noms propres n'ont pas de pluriel en français, à moins qu'il ne s'agisse de dynasties), il s'agit d'envisager leurs ressemblances afin de comprendre comment le deuxième a pu succéder au premier. Car vous vous y intéressez, à votre Ferdinand, comme si vous étiez sa mère phallique. Comme les poux dans la perruque de Voltaire, vous vous nourrissez du suc du grand homme faute de véritable enthousiasme en vous-même, et jouissez de l'orgasme d'autrui. Nous vous envions cette faculté, ce don de transposition : on peut le faire en suivant à la trace – en suivant à la trace ! - le devenir de la construction de la paternité psychique et intellectuelle de Saussure qui se situe justement entre ces deux “étapes” qui se recouvrirent, bien sûr, progressivement. Notre héros devient père, à son tour. C'est un grand garçon, un grand découvreur. Ses dents ont trouvé où s'exercer, il s'est bien fortifié la mandibule. Et nous autres, en plein été, glosons des glosateurs. Ô combien de gloseurs, combien de glosatrices / Qui sont partis joyeux en quête de matrices... et ne sont jamais revenus ! “Construction qui a été por le moins mouvementée”. Si si, nous le jurons, ses tourments furent terribles ! Si vous imaginiez seulement les supplices, les travaux herculéens, les obstacles démesurés, les éclatants triomphes qui forgèrent les étincelantes armes de notre génie de Genève ! Combien de larmes ne dit-il pas ravaler, combien de piques dut-il déterrer de sa chair !

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    ...Et ce n'est pas fini ! Ce vaste et touffu volume m'offre encore et toujours des sujets de réflexion : par exemple, l'impossibilité de déterminer scientifiquement si les maladies mentales, ou même leur terrain, sont héréditaires. On fait jouer les statistiques, de même que pour les prédictions météorologiques à long terme, ou la fréquence des séismes : mais les pronostics en ces matières (nous y joindrons l'astrologie économique) n'obéissent pas à des règles scientifiques. L'autrice de Colombie nous remet donc en tête; avec obstination, la liberté des premières recherches de Freud : la méthode de ce dernier n'était, elle non plus, ni scientifique ni prédictive. Elle était aventureuse, comme tout esprit humain, lequel reste libre et imprévisible, échappant à toute statistique.

  • Vient de sortir, Catulle Mendès

     

    Il n'a jamais connu l'Histoire, celui qui prétend raconter le temps passé en le ramenant au temps présent : qui se moque des vieux rois, tourne en dérisions ces mœurs barbares ignorantes de la contraception chimique et du téléphone cellulaire, s'indigne qu'on ait osé décapiter les rebelles, ou vendu de jeunes garçons à des sultans. Celui qui visite les peuples austraux, à l'île de Pâques ou à Madagascar, et qui ridiculise les croyances du lieu sous prétexte de superstitions absurde, bafoue complètement l'ethnologie, et l'antiraciste qui fustige sans risque les horribles pratiques du trafic d'esclaves, celui-là fait fausse route. On ne peut pas, il est rigoureusement interdit de faire intervenir la morale ou le goût de notre époque à nous dans un compte rendu historique.

    Sans vouloir faire de la reductio ad Hitlerum notre cheval de bataille, les deux biographies de Hitler que j'ai lues sont excellente chez l'un, parce qu'il ne juge pas, les faits parlant d'eux-mêmes, détestable chez l'autre de William Shirer, l'auteur croyant en effet indispensable de mentionner, chaque fois qu'il le peut, qu'Adolf était un criminel, un fou effroyable et un assassin de masse, merci, on sait. Catulle Mendès, gendre juif de Théophile G autier antisémite notoire ce qui n'enlève rien à son génie poétique, savait-il, quant à lui, ce que c'était la poésie ? Il est permis d'en douter, quand on lit le Choix de poésies édité en 1925 chez Eugène Fasquelle, dont j'ai coupé les pages avec respect en 2015.

    Il présente en effet à notre goût actuel effaré une collection de niaiseries à l'eau de rose de bénitier capable d'exciter nos réactions selon le cas bouffées par la rigolade ou pourries de consternation, et de toute façon profondément méprisantes. Tous les clichés y sont : les menottes et les petons du petit Jésus, la pureté des vierges et le souffle fétide des putes, l'attirance pour la mort qui rôde, les fleufleurs, les soupirs et les petits oiseaux, « toute la lyre » comme disait Victor Hugo, à qui hommage est rendu pour sa 80e année, mais aussi les marques de respect pour le récent défunt Théodore de Banville (1891). Et dans ces deux morceau versifiés que nous hésiterions à qualifier de poétiques, ainsi qu'en plusieurs autres, transparaît une humilité non feinte, de l'élève aux maîtres avec un s, une interrogation dont il pressent la réponse : ma poésie passera, la leur à tout jamais restera, puis disparaîtra aussi (c'est ce que disent les moyens et les médiocres pour se consoler).

    cette PHOTO EST DE VINCENT PEREZ

    Le saut de l'aigle BLOG ROMN.JPGEn effet, Catulle Mendès, dont le prénom à lui seul est poétique (Catullus, -87 / - 54), applique les recettes, cherche avec trop de soin la rime, oscille de l'hugolisme au Parnasse, exploite les thèmes de la femme fatale traités par Baudelaire, maîtrise la technique, introduit des mots nouveaux désormais tombés dans l'oubli, ne rate pas une tombe, pas un ange, pas une Vierge Marie.

    Les marmots sont charmants, les femmes douces ou mauvaises, les mendiants tirent des larmes, les anges apparaissent, les guerriers répandent des tripes, et les prairies embaument avant le passage des vaches. Tous les sujets en vogue sont traités, parce que Mendès n'a pas su se dépêtrer du courant, s'est laissé imbiber par l'air du temps, la mode, le conformisme, alors que de nos jours l'anticonformisme a fini par sombrer dans le conformisme : nous sommes coincés comme des rats

    dans un trou de balle. Catulle Mendès fut très honoré, dut une bonne part de sa renommée à son épouse Julie Gautier, à son entregent sans « beu », quoique : c'était un people, comme on dit en français, un gibier de salons et de mondanités.

    Mais voici qu'un certain Kavafy avec un v, grec, postérieur et homosexuel, 1863-1933, (Mendès naquit à Bordeaux en 1841 et mourut en 1909) nous susurre d'admirables choses : qu'il est déjà très beau et très méritoire d'être parvenu à la première marche de la pyramide des Muses, que l'on n'est pas un inférieur de s'être baigné dans les lumières divines, et nous ajouterons qu'il n'y aurait pas de grands poètes s'il n'y en avait pas eu beaucoup de petits ou de médiocres, aux rangs desquels se situe notre Catulle Mendès, même pas sur la première marche mais juste au pied. On le sent bien, quand il extirpe enfin sa rime, « ce bijou d'un sou » disait Verlaine son contemporain, pas juif mais homo ET ivrogne, un cumulard.

    Notre Wikipédia distingue le « symboliste » chez lui, et aussi le « décadent ». Je serais bien curieux de lire cet article afin d'étoffer mes maigres connaissances : par exemple, Théophile n'assista pas au mariage de son gendre, qu'il surnommait « Crapule M'embête » - que d'esprit… Mendès fit partie des juifs qui admirèrent Wagner, il connut Leconte de Lille et José-Maria de Heredia. Et, surprise, Verlaine appréciait beaucoup sa poésie, considérée comme maniérée, son contraire en somme. Il écrivit aussi des livrets d'opéra, des contes, des nouvelles, des romans, et Nietzsche lui dédia ses Dithyrambes à Dionysos, en le qualifiant de satyre… L'œuvre que nous proposerons à vos oreilles se distingue par son caractère éminemment baroque  : c'est un catalogue, analogue à celui de Don Juan, mais en prénoms, pas en nombres.

    Chaque femme est énumérée, qu'il l'ait aimée seulement ou séduite, comme autant de perles à son chapelet précieux, nous dirons qu'il serait vain et indiscret de savoir les identités de ces dames, toutes sous pseudonymes antiquisants, regroupées en seule fonction de l'harmonie métrique sans jeu de mots. Pas de prétention, juste un souvenir, une résurrection à l'égyptienne puisqu'un nom prononcé ressuscite au bord du Nil les amours mortes, un enivrement, un inépuisable bain de féminité divine, puisqu'il est assuré que la femme est la preuve même de Dieu, et du Diable évidemment. Écoutez ces doux sons médiévaux et latins, songez aux « Dames du temps jadis », et laissez-vous bercer de nostalgies mammaires : le recueil s'appelait Les vaines amours, et le poème Récapitulation, ou capitulations devant la raie - mais ta gueule quoi merde…

     

    Rose, Emmeline,

    Margueridette,

    Odette,

    Alix, Aline,

     

    Paule, Hippolyte,

    Lucy, Lucile,

    Cécile,

    Daphné, Mélite,

     

    Arthémidore,

    Myrrha, Myrrhine,

    Périne,

    Naïs, Eudore,

     

    Jeanne, Antonie,

    Flore, Florise,

    Charise,

    Apollonie,

     

    Héloïse, Aure,

    Aminte, Aimée,

    Edmée,

    Edmonde, Isaure,

     

     

    Marthe, Roberte,

    Blanche, Blandine,

    Blondine,

    Berthe, Adalberte,

     

    Emma, Germaine,

    Ève, Éveline,

    Cœline,

    Chloé, Clymène,

     

    Thècle, Yolande,

    Dora, Bathilde,

    Othilde,

    Yseult, Rolande,

     

    Théodeline,

    Irma, Clémence,

    Hermance,

    Zoé, Zerline,

     

    Nyse, Oriane,

    Lise, Égérie,

    Marie,

    Gotte, Ariane,

     

    Clara, Clarine,

    Lison, Lisette,

    Suzette,

    Aventurine,

     

     

     

    Plectrude, Ortrude,

    Javotte, Urgèle,

    Angèle,

    Inès, Gertrude,

     

    Claire, Christine,

    Elvire, Elmire,

    Palmyre,

    Diamantine,

     

    Caliste, Annie,

    Grâce, Éthelinde,

    Clorinde,

    Callisthénie,

     

    Zulma, Zélie,

    Régine, Reine,

    Irène !…

    Et j'en oublie.

     

    Merveilleux soupirs d'amour, où voisinent Walkyries et pierres précieuses, héroïne connues et humbles fleurs des champs, 96 femmes aimées, désirées, imaginées, chacune avec sa lumière et ses ombres, dans un poème virtuose digne des plus Grands Rhétoriqueurs, digne de ce mouvement du Parnasse dont Mendès Catulle fut l'accoucheur en 1866 et l'historien en 84. Honneur et gloire à notre poète disparu, aux vers souvent bien inégaux dans le double sens du terme, et considérons-nous tous dans nos miroirs avec notre stylo entre les dents, au sommet du petit escalier qui descend vers notre mort tatataaaah…

  • Histoire et philosophie contemporaines

    Montesquieu parle depuis sa noblesse, dont sainte Wikipedia ne nous dit rien : baron de La Brède et de Montesquieu, fils de Mme Pesnel, mari d'une de Lartigue, d'ascendance protestante. Il aimerait rendre aux Parlements toutes leurs capacités de remontrance. Il est fâcheux que lesdits Parlements, sous couleur de défendre le peuple, se soient toujours essentiellement souciés de confirmer leurs privilèges et d'emmerder les rois par leurs agitations de galopins. Bien loin du rôle d'intermédiaires politiques où voulait les hausser le baron de La Brède. Nos députés sont à présent issus du peuple, mais nul n'en sort s'il n'est auparavant aidé par sa fortune colossale ou du moins l'aisance grand-bourgeoise. Et si le tirage au sort se substituait à l'élection ? Nous retrouverions alors les mêmes hasards que sous l'aristocratie.

    Nous voyons que rien ne change sans que d'autres poussent d'automatiques hurlements. « Il faut que tout change pour que rien ne change ». Pourquoi voulons-nous changer ? « Pour changer de me-e-e-rde ». Guy Béart est grand. Prions et soyons charitables ? À Paris, le Ier de la lune de Zilcadé, 1720. Mélange des ères, des mois, fiction : Lettre CXXXIX, 139 pour les ignares, de Rica au même : “Voici un grand exemple de la tendresse conjugale, non seulement dans une femme, mais dans une reine. La reine de Suède -” stop : celle-ci était largement lesbienne, et tenait en la pelotant clitoris inclus sa favorite du jour sur ses genoux tandis que le pauvre Descartes, levé dès quatre heures du matin, grelottait en lisant ses Méditations ; pendant ce temps, la reine fouillait les chougnasses.

    Question : le capitaine Descartes bandait-il ? Heureuse époque en vérité, heureuse époque ! “Le saphisme” - à propos du XVIIIe siècle cette fois - “était monnaie courante, même ans le petit peuple, et l'on passait souvent de voisine en voisine pour se faire une petite gougnotterie juste avant son marché. Que les femmes étaient heureuses ! Mais Christine de Suède était donc mariée ? Oyons , et flagellons-nous la face : ô Ignortant ! il s'agit d' “Ulrique-Eléonore, épouse de Frédéric de Hesse-Cassel” - ouf ! Une femme normale ! Ce qui n'arrangera rien – voyons : “...voulant à toute force associer son époux à la couronne, pour aplanir toutes les difficultés, a envoyé aux Etats une déclaration par laquelle elle se désiste de la régence en cas qu'il soit élu”.

    Nous n'y entendons rien. La reine devenait régente automatiquement ? De son mari ? D'un prince en sa minorité ? Ou bien, “régence” signifie “pouvoir monarchique” ? Voici ce qu'en dit sainte Wikipedia : “Elle succéda en 1718 à son frère Charles XII après avoir dû accepter d'abolir la monarchie absolue. Elle accepta en effet la nouvelle constitution qui limitait la royauté, partageant le pouvoir entre le monarque, le sénat et les états. Mariée en 1715 à Frédéric IHYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Frédéric_Ier_de_Suède"er landgrave de Hesse-HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Hesse-Cassel"Cassel, elle abdiqua en sa faveur en 1720. " Espagnole B.JPG

  • Humain

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    - C'est sans religion que nous sommes bornés. Nous autres poussière d'étoiles. Qui bientôt captureront des météorites, violant les lois de Dieu. Nous sommes à présent capable d'élever nos âmes à ce haut niveau de conscience qui si avantageusement remplacerait « cette constante bouillie qui nous tient lieu de pensée ». « Les laquais qui avaient fait fortune sous le règne passé vantent aujourd'hui leur naissance ; ils rendent à ceux qui viennent de quitter leur livrée dans une certaine rue tout le mépris qu'on avait pour eux il y a six mois ».

    La fameuse rue Quincampoix, si étroite que deux femmes en panier n'y pouvaient se croiser. Toute terne, obscure, où personne jamais ne passe. Survivante du quartier éventré par Beaubourg. Reverrons-nous reconstruire à l'identique ces dévastations guerrières ? Ô papiers lancés en l'air par des foules en délire ! Ô livrées portées par nos ancêtres ! « Nous levons les bras au ciel et nous crions : « Oooooh ! Ooooh ! » - alors je leur enseignai les divines prières : « Notre Père qui êtes aux cieux... » - et voilà encore des sauvages de foutus. Fureur de la noblesse, décriée, falsifiée, de quoi voudrait-on être aujourd'hui ? Nous voudrions « passer à la télé ». « Qui nous délivrera des femmes et des hommes ? » - des hommes tout court, mon Honoré, des hommes, vaniteux jusque dans leurs reproches de vanités, conventionnels jusque dans leurs diatribes. « ...ils crient de toute leur force : « La noblesse est ruinée ! Quel désordre dans l'Etat ! Quelle confusion dans les rangs ! On ne voit que des inconnus faire fortune ! » Et tout est la répétition du même.

    Ce que nous écrivons s'appellerait « De la constance dans l'inconstance », et nous y trouverions de l'unité. D'autres nous la cimenteraient, et nous porteraient jusqu'aux cieux, d'où nous retomberions brisés. La lettre du Persan est bien vivante, bien étrange, bien ironique. Elle est animée d'exclamations, de réflexions personnelles : « Je te promets que ceux-ci prendront bien leur revanche sur ceux qui viendront après eux, et que, dans trente ans, ces gens de qualité feront bien du bruit. » Les laquais mépriseront les accesseurs venus après eux, et se récrieront sur leurs quartiers de noblesse de fraîche date. Il n'y a rien là que d'humain. Nous aimerions moins d'ironie. Juste le désabusement, que nous voudrions conserver.