16.09.2009

Un petit bouilli sur Brassens

 

L'autre jour je demande l'exemple d'un bourgeois qui veut se faire passer pour noble, eh bien pas un n'a su me dire "Le Bourgeois Gentilhomme", en classe de première s'il vous plaît, "Monsieur ça n'était pas au programme", génération assassinée, ça ne vous ferait rien d'aller voir ailleurs que dans les programmes si j'y suis ? Internet ! Internet ! Mais ils recopient tout sans rien comprendre tas d'enculés ! Le fils de riche ne fait que ça à la maison, il a internet plus les bouquins plus la culture plus le milieu familial où l'on discute entre parents et enfants, mais le fils de plouc surchargé de travail ou dépressif à cause du chômage qui ne sait plus que dire "Va chier" à ses gosses, eh bien il recopie tout sans comprendre, ils recopient "Thomas Moore", "Erasme", "utopie", mais ils sont incapables de l'expliquer, "Ah vous voyez bien qu'il reste encore un rôle pour les profs" ben oui mais le temps de faire l'aller-retour au CDI pour consulter l'Internet et la cloche a sonné ça signifie "l'Ecole est finie", tiens elle était prophétique cette chanson.

Non je ne suis pas facho. Oui je suis élitiste. Mais élite pour tous. Mais tous n'y parviendront pas. Voilà le fascisme rampant. Faire croire que vous aussi vous pouvez devenir un surhomme. Et que si vous n'y êtes pas parvenus c'est la faute aux profs. Il n'y a pas que la littérature dans la vie. Ceux qui ne veulent pas lire mais foutez-leur la paix nom de Dieu. Les profs orientent mal ? Mais essayez donc de persuader les parents d'envoyer leur fils ou leur fille dans un lycée techno ou l'enseignement professionnel, essayez un peu pour voir, bande de nazes, bande de rêveurs. Tous agrégés. Tous polytechniciens. Tous cons, alors ? Je suis incohérent ? Et alors ? Je t'en foutrais moi de la cohérence...

Baudelaire revendiquait au nom des Droits de l'Homme le droit de se contredire. Je t'en ai proposé une, moi, de solution ? Je t'en pose, des questions ? ...Et après je me fais reprocher - oh, aimablement, j'ai encore eu de la veine - ma provo (proviseur) est une femme a-do-ra-ble - que "mes appréciations sont extrêmement violentes", que "ça a pu choquer ces chers élèves" - eh bien oui. Moi la connerie, l'insensibilité, le manque total de feeling, de la moindre intuition, de la moindre idée du plus petit bout, de la plus minuscule bribe de l'intelligence du texte, en plus pas de Mussolini, pas de Berlusconi dans lequel il y a "con", mais de Brassens, le bras de l'homme et le sein de la femme si vous tenez aux mauvais calembours, ne même pas être capable de déchiffrer, putain ce n'est tout de même pas difficile, le sourire et la moustache de l'Ami Brassens, parce que ça n'était pas au programme, ça m'a foutu hors de moi je suis désolé.

Bien sûr que je ne prends pas les élèves pour des cons, je veux bien concéder que ce sont leurs copies qui font étalage de connerie et d'insensibilité, bien sûr que si j'avais connu personnellement ces candidats anonymes je leur aurais atténué la chose, je leur aurais ouvert les yeux avec la tendresse bourrue, mais merde, ne pas reconnaître une rupture ancienne, un vieux chagrin que l'on s'entretient artificiellement pour se donner l'illusion d'une blessure au cœur, et ce dernier vers ! ce vers admirable de marivaudage sétois, "Et c'est triste de n'être plus triste sans vous", je ne vais pas vous faire un cours de prof tout de même, passer à côté d'une telle débauche de délicatesse et d'autodérision, "le sourire à travers les larmes" comme on disait de Mozart et tout ça, ne rien voir de cette confiture et fouiller avec son gros groin de cochon de candidat dans des interprétations à la con du style "Brassens est insensible parce que de la mort il s'en fout", c'est à donner des baffes, je te leur ferais apprendre Brassens à coups de pieds dans le cul moi, ce qui est absurde bien sûr, parce que la liberté, la sensibilité, ça ne s'apprend pas, et si je donne des coups de pieds au cul je me ravale au fascisme le plus crétin, mais tout de même, j'ai piqué le bouilli comme on dit, je chie, je chie simplement sur les prétendues méthode du prétendu enseignement prôné par les prétendus ministres de la prétendue Education Nationale qui fait examiner le texte à la loupe comme si c'était un objet scientifique au lieu d'en appeler au sentiment, qui vous trompe sans doute parfois, mais de façon tout de même moins effrayante que cette inhumaine dissection pseudo-grammaticale qui fait passer à côté des chefs-d'oeuvre et vous analyse une recette de petits pois ou un tract xénophobe avec le même sang-froid qu'une page de Verlaine.

12.08.2009

La non-explication de texte

Maintenant le grand truc en français voyez-vous c'est d'examiner un texte et de partir d'éléments du texte pour se former une opinion dessus, plus question d'instinct, plus question d'impressions spontanées, on analyse "le champ lexical" coco, on relève "les connecteurs logiques", on ne se fie plus à sa première impression, vilain la première impression, pas beau l'instinct, le feeling comme on dit in basic french, alors que c'est là que réside le sens littéraire proprement dit ! Alors comme on s'est surchargé de connards jusqu'au paraît-il "niveau du bac", il faut que tout le monde y soye bon en français, on leur fait compter les adverbes et ranger par ordre alphabétique les compléments d'objet, pour qu'ils ayent tous la moyenne !

Ce qui donne : interdiction de faire de l'analyse logique, interdiction de faire distinguer un nom d'un adverbe, "ça sert à rien", (la négation non plus d'ailleurs), et pour ceux qui savent encore, ça donne : "Le Juif rôtit à la broche", Juif, sujet, rôtit, verbe, à la broche, complément de moyen, c'est tout ce que vous trouvez à dire bande d'assassins, ça ne vous fait rien ce genre de phrase, vous ne trouvez aucun commentaire, vous n'avez pas  gerbé ? chiche.

Exemple : vous prenez un Juif. Vous l'entourez de bardes (c'est du lard), vous l'embrochez, vous faites cuire à feu doux en tournant, arrosez de temps à autre. Commentaire dit "de français" : "Ah ben euh... C'est une recette de cuisine... On voit tout de suite ça au champ lexical, des bardes, la broche, le verbe cuire. On voit tout de suite le mot "arrosez" en contraste avec le "feu", d'ailleurs c'est assez doux, il ne doit pas trop souffrir pour être à point, et pis y a la sonorité douce du mot "juif", qui va bien avec "suif", qui évoque la pluie, la nuit, la fuite" - ça va ? vous n'avez toujours pas dégueulé ? En plus les gens sont même devenus tellement cons que je risque d'être poursuivi pour incitation à l'antisémitisme alors que c'est exactement le contraire, tiens il suffit de tirer ma citation de son contexte et hop ! emballé c'est pesé.

Vous savez ce qu'ils lui ont fait dire à Christophe de Chavannes ? Il avait dit "ne me faites pas dire que je suis nazi" - ils ont coupé au montage et ça donnait "...Je suis nazi." Champion, non ? Mais non pas le magasin, l'exclamation ! Il est tout de même malheureux d'être obligés d'expliquer ce qu'on dit parce que les gens ne savent plus lire, il y a même des zozos qui sont allés dire que du moment qu'on se proclamait contre l'antisémitisme c'était qu'on n'avait pas la conscience tranquille, on va où là, à tous les coups l'on gagne, c'est pas le temps du muguet qui est revenu c'est le temps des Sorcières de Salem, on les reverra les bûchers, on y fout des vaches, bientôt on refera Treblinka, mais non espèce de connard je n'ai pas comparé les Juifs et du bétail mais tu ne comprends rien ma parole, tu as fait ton éducation dans les lycées de France ça se voit. En tout cas il a du pôgnon le Dechavannes, et tant mieux pour lui, parce que son procès en diffa il l'a gagné. Allez on s'fait une bonne diffa...

26.06.2009

Que ce vieux monde de mon crâne est poussiéreux...

 

Alors qu'est-ce qui vaut mieux pour former un enfant je vous le demande, d'apprendre tous les préjugés de la stupidité humaine dès leur plus jeune âge, parce qu'après tout c'est bien à ces gens-là qu'il va falloir avoir affaire et s'adapter, ou bien de fréquenter Bach et Palestrina ? Pour moi mon choix est fait, et j'estime qu'il n'est pas nécessaire de se frotter à toutes les catégories de connards pour faire son chemin dans la vie. Le latin, la musique, la danse, tout ce qui est du domaine de l'éducation, appartient au domaine de l'élite, j'en suis navré pour tous ceux qui confondent la démocratie avec l'amour des bas-fonds. C'est justement au nom du respect et de l'amour de nos élèves que je parle.

Le principe du réalisme et de l'utilitarisme sert de prétexte à un ignoble désir de rétrécissement des esprits. Le vil concept d’"utilité" se voit hélas prôner jusque dans les plus hautes sphères gouvernementales. Il n'y a pas des "matières utiles" et des "matières inutiles". Si l'on enseignait le chinois, la mécanique ou le théâtre, l'esprit des élèves serait aussi formé que par le biais des matières dites traditionnelles. Et voilà où le bât blesse les défenseurs du latin : ils prétendent que sa connaissance permet de mieux connaître la langue française. Ils affichent des arguments, à leur tour, utilitaires : c'est fausse route ; car on pourra toujours leur opposer quelque chose qui soit encore plus directement utilitaire que le latin, comme l'art de réparer une machine à laver, qui n'est évidemment pas plus ridicule qu'autre chose.

Et même en admettant que le latin soit "utile", on les rembarrera par un sourire dédaigneux ou des exclamations sans suite avec la tête en arrière - très important, la tête en arrière : qui veut noyer son chien l'accuse de la rage. Est inexact également l'argument selon lequel d'acquérir une logique et une rigueur de l'esprit - c'est archifaux : j'ai toujours traduit au pifomètre,l'instinct si vous préférez, ce qui me permettait d'être tantôt excellent tantôt archinul, ce qui m'a donné juste la moyenne nécessaire au décrochage du certificat de latin. Je dirai même qu'il me suffisait de respecter les conseils d'investigation méticuleusement grammaticale pour infailliblement me planter - même chose en littérature, où l'intuition m'a toujours tenu lieu d'analyse - je les enseigne cependant à mes élèves, ces « procédés logiques », puisqu'il paraît qu'on trouve des tempéraments pour lesquels "ça fonctionne" ; il s'agit d'ailleurs comme par hasard de ces tempéraments qui n'ont aucun sens de la littérature, qui s'imaginent qu'il suffit de compter des pieds pour faire de la poésie, de ceux-là qui à l'oral du bac, m'ayant savamment disséqué le système des rimes d'un Baudelaire, ne comprennent même pas ma question indignée sur la musique du texte - "Comment ça, "la musique de Baudelaire ?" - visiblement, ça n'était pas "au programme".

Il faut bien que cela soit dit, et je l'ai fait inscrire en exergue aux classeurs : le latin, c'est comme la musique, les fleurs et les moustiques, ça ne sert rigoureusement à rien ; c'est comme le parti communiste sous Brejnev, ou comme ta femme : c'est là, et il faut qu'on l'aime.

08.06.2009

Allez revenez quoi merde

Apprendre quelque chose à l'enfant, c'est l'inférioriser n'est-ce pas. Bravo la gauche. “Le retour du par cœur” ai-je lu : ben oui, parfois. Je lace mes godasses par cœur. Je me torche par cœur. Je sais ma table de multiplication par cœur. Le “par cœur” n'est pas synonyme de connerie. Alors l'IUFM, cet apprentissage de méthodes d'apprentissage alors qu'on a la tête vide, AUX CHIOTTES... Ça fait bien quarante ans que je vois l'école couler, avec tous les ministres qui s'appuient sur la tête des profs pour bien les maintenir sous l'eau, afin que le peuple EVITE d'apprendre, parce qu'il faut que les gens SOYENT cons et qu'ils ZACHETENT, ZACHETENT, ZACHETENT.

Et ça, quel que soit le gouvernement. Même socialiste. Même avec Jack Lang. Il ne fallait plus choisir le grec, le décourager, par tous les moyens. Parce que ça fait bourge, élitiste. Merci les populo. Attends attends, j'ai pas fini, une sorte de raGe me tient lieu de verVe : la co-lo-ni-sa-tion ! Les bienfaits de la colonisation ! Ah que c'est pas beau, la colonisation, c'est horrible ! Le christianisme non plus c'est pas beau : ça allait de pair, d'ailleurs. Déculturation, massacres, massacres, massacres – salut les Indiens.

Le communisme aussi : massacres, massacres, massacres. Toujours des massacres, alors, dès que l'homme veut faire quelque chose pour l'homme – eeeeh oui tas de puceaux. La colonisation a éradiqué l'anthropophagie, les guerres de tribu à tribu, le trafic des esclaves (nous l'avions arrêté, les Africains l'ont continué ; et les Arabes, donc...) - et l'Algérie ? Ça ne vous est jamais venu à l'idée qu'avant la colonisation française, on ne pouvait pas circuler en Méditerranée à cause des pirates ? Chacun défend son bifteck, ce n'est pas la peine de verser dans le sentiment glauque et grandiose... Le-bif-teck on vous dit. Le colonialisme est aussi ignoble que le reste. Mais pas plus.

Pas moins mauvais que le reste, çà non ! mais pas plus... Pour tous les idéaux humains, c'est comme ça : parce que la cupidité, le désir de dominer, détruisent tout. Ça s'appelle “péché originel”. Comme quoi c'est pas forcément des conneries. La connerie, la vraie, c'est le baratin sur la rédemption. L'espérance de la rédemption, d'accord ; ça ne mange pas de pain. Mais à part ça, les humains, nous sommes tous pourris. Regardez le féminisme : au début c'était libératoire. Maintenant ces salopes, si on les laissait faire, elles nous couperaient les couilles.

Déjà on ne peut presque plus baiser – quand elles veulent, et si elles veulent - autant dire : presque plus ; la prostitution a de l'avenir, moi je vous le dis. La pornographie, aussi... Je dirais bien la pédophillie, mais je vais me faire flinguer... “Tu mélanges tout !” - vous vous souvenez, les vieux, en 6/8, dès qu'un individu voulait discuter un peu, sortir de la Vulgate (non, ce n'est pas une obscénité) on lui fermait la gueule en répétant “Tu mélanges tout” - et aussi : “D'où tu parles, toi ? d'où tu parles ?” - si tu étais fils de militaire, ou fonctionnaire, tu pouvais la boucler ; sauf si tu étais noir, toutefois.

Non, je ne suis pas raciste ; et pour les connards, non, je ne fais pas de propagande (voir plus haut) pour la pédophilie, ça va pas non ? Alors évidemment, je pourrais discuter, peser le pour et le contre, fendre les cheveux en quatre - “ah oui mais”, “ah neuf juin”, “si l'on veut”, “ce n'est pas tout à fait faux”, mais vous avez déjà le Nouvel Obs pour ça, qui donne l'impression à le lire qu'on se fait chier dans la poussière et qu'on s'en fout partout (de la poussière, et de la merde). Et en avant pour la sagesse à l'eau tiède, style christianisme, bouddhisme, théosophisme, la secte Moon, Albert Cassartre et Jean-Paul µ (“Mu”), l' “honnêteté intellectuelle” e tutti quanti.

Seulement

  • vous savez ce qui vous arrive, quand vous donnez là-dedans tête baissée couilles rabattues ? Eh bien les beaux prêchi-prêcheurs vous passent devant et vous la mettent bien profond (il faut le faire, d'ailleurs; des acrobates...)- et vous expliquent que pour eux “ce n'est pas la même chooooose”, que vous n'avez rien compris et que vous... “mélangez tout”.

15.04.2009

Ferdinand Buisson au Bord de l'Eau

« Edgar Quinet, dans ses écrits, s'est à plusieurs reprises exprimé sur son désir de voir émerger en France l'équivalent de la religion unitarienne (cf. Quinet, «Lettre sur la situation religieuse de l'Europe », Œ[uvres] C[omplètes] Hachette, t. XXIV, 1856). Il pensait que seule l'association de la pensée de la Révolution française et de l'équivalent de l'unitarisme américain permettrait à la France de redevenir de manière durable ce phare de l'universalisme républicain qu'elle avait été, trop brièvement, au cours de la Révolution. Parker, en buttte aux attaques et campagnes de calomnies des « orthodoxes » de l'Eglise unitarienne, était mort en Europe au terme d'un voyage au cours duquel il avait séjourné chez E.Desor, un de ses disciples.

Celui-ci était le principal soutien institutionnnel de l'UCL. » ( je ne sais pas ce que c'est). « Albert Réville, auteur d'une biographie de Théodore Parker recommandée par l'UCL » (je ne sais toujours pas ce que c'est depuis tout à l'heure), « et Félix Pécaut, auteur de De l'avenir du théisme chrétien considéré comme religion (Paris-Genève 1864), dans lequel il se réclamait de la pensée de W.Channing, faisaient partie des conférenciers invités par Buisson à Neuchâtel Pécaut acceptera de présider quelque temps aux destinées de l'Eglise évangélique et libérale de Buisson, dont j'ai montré (Gueissaz, 1998) qu'elle s'inspirait beaucoup de la « Twenty-Eight congregational Society » de Parker. Il proposera que son ami Jules Steeg lui succède, ce qui n'avait pu se faire mais avait été le début de la collaboration entre les trois hommes, souvent qualifiés par leurs adversaires de « trio venu deNeuchâtel » - fin de la note 30, « et comme une tentative pour créer un néoprotestantisme », tiens, une fin de phrase. 
Livre contenant des essais bien intentionnés par un certain Fernand Buisson, ayant vécu jusqu'à un âge avancé. Il combattit les perfides catholiques, lesquels se répandirent en insinuations venimeuses. Ils étaient obscurantistes, et entendaient qu'on le restât. Au besoin, ils calomnièrent anonymement dans les bulletins paroissiaux. L'effondrement du catholicisme date des années 1960, jusqu'auxquelles on pouvait encore se permettre, prêtre, de morigéner ses ouailles du haut de la chaire. J'ai dessiné au tableau, quant à moi, une « rame à dents ». C'était débile.

Et un « dé sans dents ». Ultradébile. Mais 10 mn de cours en moins. Et ces confidences sur moi-même, que l'on prône à de certains moments de réunion, je les étalais dans tous mes cours. 
C'était moi, et non « le prof », qui dispensais l'enseignement. Avec tous les risques impliqués. Cela ne convenait pas à tout le monde, certains en furent traumatisés. Mais tout éducateur, professeur ou parent, doit ainsi risquer sa peau. S'il ne le fait pas, il rase. Je ne me sentais aucune autorité, cela dépendait des jours : ceux où j'étais présent, pas de problème. Ceux où j'étais absent, ou simplement distant, tout grinçait. Nous étions aux antipodes d'une relation d'autorité. Mais je ne prétends pas que cela fonctionne pour tout le monde.

Je n'ai pas de méthode pour bien enseigner : chacun joue sa comédie avec ses propres ressources. Bien prétentieux celui qui, tel un professeur d'IUFM, prétendrait délivrer un procédé unique de captation des intentions, d'insufflement des énergies. C'est pourquoi il est absurde de parler d'un bon professeur ou d'un mauvais : toujours certains conviendront à d'autres, et répugneront à d'autres autres. Devenir incompétent est à la portée de tous : c'est de se laisser faire par deux ou trois individus, élèves, généralement soutenus par leurs familles : ils troublent le cours, ne cessent de répandre le bruit de vos injustices, et de vos insuffisances. CQFD.

28.03.2009

Et on me traitait de ringard...

Puisqu'ils veulent travailler, ces petits cons ! (il y a ceux qui veulent rester chez papa-maman, et ceux qui veulent tout de suite se libérer, « gagner du fric », comme les grands...) Comme aux Indes, comme au Guatemala ! au boulot les morpions ! À coups de pied dans le cul et que ça saute ! On aurait enfin des écoles qui marcheraient bien, avec du pognon (pas question de se faire engueuler pour quelques photocopies de trop comme dans certains établissements), et une spécialisation débouchant illico sur un emploi ! Et que de l'utile, pas de latin, pas de dessin, pas de musique – à moins que – tout est possible – une bonne étude de l'INSEE ne révèle que les cadres sont plus PERFORMANTS quand ils ont une bonne culture musicale ou picturale. ...Vosu ne voulez pas de patrons à l'école ? Vous ne voulez pas qu'on étudie l'énologie (j'écris comme ça exprès pour rectifier la prononciation) uniquement à Bordeaux et l'allemand seulement à Strasbourg ?

Vous êtes des rêveurs, alors ? De toute façon j'entendais un jeune Allemand qui disait à une terrasse que ça ne servait à rien d'apprendre l'allemand, un vague patois sans doute, english is sufficient isn't it - mais qu'entends-je ? Vous avez autre chose à foutre que d'enseigner votre métier, votre expérience, à d'autres enfants ? Vous voulez conserver les profs ? Ces incapables, ces pédophiles ? Qui ne travaillent que 18 heures par semaine ? ...mais quelles 18 heures !... Au fait, digressons : vous savez qu'il y a des gens qui travaillent encore moins que nous : les artistes ! Deux heures par soirée, et encore ! Les jours où il y a spectacle ! « Ah mais ce n'est pas pareil ! Eux, ils répètent ! » Ben nous aussi on répète, connard. Chaque fois que j'ouvre un bouquin je travaille. Des bouquins que tu ne comprendrais même pas le titre comme disait Coluche. LE SINGE VERT EST VULGAIRE, SANS NECESSITE. ON N'EST PAS DES BŒUFS TOUT DE MEME ? 
ON COMPREND SANS AVOIR BESOIN DE TOUTE CETTE VULGARITE. Justement, j'estime que tous les livres et articles qui traitent de ces questions-là sont trop gentils, trop douillets, ou trop ronron technique langue de bois, moi mon truc c'est le vulgaire t'es pas heureux tu poses la revue. Et cessez de croire que je me prends pour quelqu'un de drôle ou d'original. Je fais ce que j'ai envie, comme les gosses de tout à l'heure. Bref, vous voulez des profs. Je croyais qu'ils étaient immatures. Vous savez même ce que j'ai entendu ? « vous n'avez pas quitté la mère. - Pourquoi ? - Parce que vous êtes des profs qui racontez entre profs des histoires de profs. »
Et alors ? Il y a bien des flics qui racontent des histoires de flics à d'autres flics. Des infirmières qui racontent à d'autres infirmières des histoires d'infirmières. Qui c'est qui continue à jouer aux gendarmes et aux voleurs comme des gosses ? Nous aussi nous nous coltinons la vraie réalité à travers les gosses, et plus que vous ne le soupçonnez. Quel mal y a-t-il à réaliser son rêve d'enfants en jouant à l'infirmière ou à l'institutrice ? Et pourquoi cette formulation « Vous n'êtes pas sortis de la mère » ? Juste pour vexer, pour faire le plus de mal possible. Tu t'es vu, toi, l'éditeur, à toujours parler entre gendelettres d'histoires de gendelettres ?

10.01.2009

Plaisanteries fines

Elèves, collègues, me servent également de banc d'essai. Rien n'a varié : mon stock est stagnant depuis la puberté. Je puisais dans ces affligeants recueils humoristiques en vente libre. Je me demande comment les auteurs de ces laborieuses pitreries hebdomadaires parviennent à se renouveler. C'est parfaitement indigent. A ceux qui s'imaginent me flatter en parlant de mon esprit je dis "je n'ai que de la mémoire". A présent ma carrière est finie ; cela me fait le même effet je pense, toutes proportions gardées, que pour Alexandra David-Néel ses prestations passées sur toutes les scènes d'Indochine ou de Siam ; mais je ne suis pas allé plus loin que le bout de mes godasses, que les quatre pieds de mon bureau...
Reste qu'à moins de 50 ans l'Alexandra s'est lancée sur les routes, tandis que j'ai dû poireauter jusqu'à 60 ans pour commencer ma nouvelle vie – ma vraie vie, car je renie tout. Les seules et uniques choses que je regrette sont de certaines grosses vannes que j'aurais pu larguer devant une classe en proie aux convulsions de rigolade, énormes bourdes sans public désormais. Quant aux textes que j'ai fait découvrir, tant d'autres s'en sont chargés sans moi, et mieux que moi. J'imagine mes numéros de clown spectral, et je rigole tout seul, comme un petit vieux sur ressorts, un petit rire sec, à demi-muet – seulement, je ne referais pour rien au monde le cours qui va avec la blague.
Quelle étrange chose que d'estimer à prix d'or ce qui fut l'excrément de mes cours, bien plus que leur contenu lui-même. J'attends toujours qu'un psychiatre m'explique ce qui a pu se passer en moi. Par exemple, et hors cours (nous étions encore étudiants) à mon pote Cremoux je n'ai jamais dit « Tu es méchant, Cremoux. » Ça je le regrette. Vraiment. Cremoux est mort en 82, d'un cancer des couilles. Foudroyant, à 36 ans ! Revenons aux visages – à toutes ces tronches hilares qui se sont levés vers moi, de tous ces corps assis sur leurs bancs. Pour un prof, pour un homme dans la rue, à qui tous les corps sont interdits – ce sont les visages qui restent encore les plus éloquentes des parties sexuelles : quel est le visage en effet de toutes ces jeunes filles, abandonnées à elles-mêmes, en stade terminal ? en clair : la tête qu'elles font quand elles jouissent ?
Visages... Taches blanches levées vers moi (ben oui, blanches...) Que signifie cette fixation sur le comique ? J'ai vécu dans une perpétuelle confrontation entre moi-même et les images de moi-même. En particulier les fils de collègues, ces autres moi. Je me souviens d'avoir dit : « Je ne suis pas si con que VOUS en avez l'air". Je l'avais lu quelque part. San Antonio a dû me fournir bon nombre de ces répliques-massues. Il y avait là un petit garçon, l'air ouvert comme sur une pub, respirant la plus complète fraîcheur. Il reprenait ma plaisanterie : “Pas si con que VOUS en avez l'air” - “vous “ au lieu de “je”.
Il avait compris. Voulait me le faire sentir. Le replacerait lui-même plus tard. Fils de prof de français au collège voisin. Très vif, frétillant, ravi. Son père vient me voir : “Comment puis-je améliorer l'orthographe de mon fils ? - Si vous n'y arrivez pas vous-même comment voulez-vous que j'y arrive moi ? » Ce fils de prof, cet enfant m'a applaudi les larmes aux yeux quand j'ai eu fini de lire à haute voix La Mort du dauphin d'Alphonse Daudet. Pour Le Sous-Préfet aux champs, mais là, il riait aux larmes. Je ne me souviens plus de son nom. Ce que c'est que de nous. Du même genre, blond, ouvert (j'ai bien pensé à classer mes disciples en fonction de leurs types physiques : mais c'eût été inextricable, et pour tout dire trop attendu) le fils Eschatos (ce surnom désigne un Troyen, autrement dit, pour un Classique, un traître) vivait seul avec sa mère infirmière, cité P.
Il était passé, dans un autre établissement, devant un Conseil de discipline pour avoir rédigé en excellent français un texte pornographique de la plus haulte graisse. « Mais tu t'es fait aider ? - Non non, répliquait-il fièrement. Adorable. Très beau. Cinquante-trois ans aujourd'hui au bas mot.

31.12.2008

Corinne Bouchard

CORINNE BOUCHARD "SCENES DE LA VIE CHARANCONNE"



Ce livre en fait ne m'a pas fait rire. Ma collègue, qui me l'a offert comme la Bible, s'est bien poilée : moi, non ! C'était plutôt l'effet Deschiens : tellement ça, tellement ressemblant, que tu as du mal à déglutir. Tu ris jaune, tu te désespères. Car le rouleau compresseur est en marche : on a décidé d'avoir la peau de l'Education Nationale, que dis-je, de l'instruction tout court. On dénigre, on dénigre, personne ne veut plus rien faire et on dénigre encore plus. Je lis encore dans Télérama que chaque année, l'Education Nationale laissse sur le carreau je ne sais plus combien de dizaine de milliers de jeunes sans diplôme. 
Tas de lâches, c'est vous qui tapez sur la transmission des savoirs, et qui ensuite daubez sur la perte desdits savoirs. Hypocrites. Il paraît que tout se vaut ; que l'on peut fort bien être une nullité en littérature, et se révéler génial dans la vente des T-Shirts . Soit, je suis entièrement d'accord. Mais là où je ne le suis plus, c'est quand on décide de créer un bac "T-Shirt" avec épreuve de français et trois langues vivantes, alors qu'on ferait tout aussi bien d'en revenir à l'ancien système de pensée, à savoir qu'il y a des gens qui passent le bac, d'un vrai niveau de bac, et d'autres qui vendent des chemises, sans idée de supériorité d'un homme sur l'autre. 
La culture littéraire, musicale (je ne sais pas jouer de l'orgue, ni de la clarinette), picturale (je ne sais pas tenir un pinceau), ce n'est pas pour tous les hommes. Savoir vendre des chemises, non plus : si je tenais un stand à la foire ou un rayon de magasin, je me ferais tout voler ou enfoncer dans le cul avec des boutons qui déchirent. A chacun sa spécialité, sa science, son pied. Qu'on cesse de hurler ou de couiner au fascisme dès qu'on émet de simples vérités de bon sens. Quant à moi, je sais que tout gouvernement, de gauche comme de droite, n'a en vue qu'une seule chose : que les élèves en apprennent le moins possible, et qu'on en finisse avec cette oppression du savoir. 
Nous venons encore de le voir : ceux qui feront des études devront travailler jusqu'à 65 à 70 ans. Bien fait pour leur gueule ! Petits prétentieux antidémocratiques qui voulez vous élever au-dessus du Français moyen. Allez hop, à l'usine les intellos ! La gauche on vous dit ! Mao même carrément ! Je vous quitte, je vais déraper. Mais auparavant (chinois), une page de Corinne Bouchard, qui m'a transporté d'enthousiasme et de tristesse, et d'envie de lutter, toujours, toujours... 
167, avant-dernière et blanche ; précédant toutefois ma note au crayon : fini le 08 03 2050, chef-d'oeuvre.Et la quatrième de couverture donc : "Je me l'étais pourtant bien juré. Plus jamais les questions pédagogiques. Que faire d'un sujet pareil ? Comme si, professeur, et depuis près de vingt ans exerçant ce beau métier, je ne savais pas que c'est une cause désespérée, que dans ce domaine rien ne sert à rien. Que si pertinente que soit l'argumentation, si humbles les suppliques, rien n'y fera. On a affaire à un rouleau compresseur. Ca discute pas, un rouleau compresseur, ça passe. 
Le rouleau compresseur, c'est le courant de réformes qu'on a subies dans l'Education nationale une décennie durant, et dont chacun peut apprécier autour de lui le résultat : si quelqu'un trouve globalement la jeunesse mieux élevée, mieux instruite, plus citoyenne et plus honnête qu'auparavant, qu'il le fasse savoir, cette époque a besoin d'optimisme. 
Précisons tout de suite un point important : je n'en ai pas après le monde, qui est ingouvernable ; je n'en ai pas après les "jeunes", ni en général ni en tant qu'élèves. J'en ai après le délire pédagogique organisé, après tout ce qui ajoute à la dureté des temps l'épouvantable fardeau de la sottise et de l'absurdité.
Signé C.B.

12.12.2008

Le corps en saignant

Chers lecteurs, je vais à Digne quelque temps. Aucune idée pour ce soir, mais j'ai reçu cela. Il faut absolument que vous le lisiez.


Objet : L'école en 2012



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> > Enzo est assis à sa place, parmi ses 42 camarades de CP. Il porte la
> > vieille blouse de son frère, éculée, tachée, un peu grande. Celle de
> > Jean-Emilien, au premier rang, est toute neuve et porte le logo d'une
> > grande marque automobile.
> >
> > La maîtresse parle, mais il a du mal à l'entendre, du fond de la classe.
> > Trop de bruit. La maîtresse est une remplaçante, une dame en retraite
> > qui vient remplacer leur maîtresse en congés maternité. Il ne se
> > souvient pas plus de son nom qu'elle ne se souvient du sien.
> >
> > Sa maîtresse a fait la rentrée, il y a trois semaines, puis est partie
> > en congés. La vieille dame de 69 ans est là depuis lundi, elle est un
> > peu sourde, mais gentille. Plus gentille que l'intérimaire avant elle.
> > Il sentait le vin et criait fort. Puis il expliquait mal. Du coup Enzo
> > ne comprend pas bien pourquoi B et A font BA, mais pas dans BANC ni dans
> > BAIE ; ni la soustraction ; ni pourquoi il doit connaître toutes les
> > dates des croisades.
> >
> > On l'a mis sur la liste des élèves en difficulté, car il a raté sa
> > première évaluation. Il devra rester de 12 à 12h30 pour le soutien. Sans
> > doute aussi aux vacances.
> >
> > Hier, il avait du mal à écouter la vieille dame, pendant le soutien ;
> > son ventre gargouillait. Quand il est arrivé à la cantine, il ne restait
> > que du pain. Il l'a mangé sous le préau avec ceux dont les parents ne
> > peuvent déjà plus payer la cantine. Il a commencé l'école l'an dernier,
> > à 6 ans. L'école maternelle n'est plus obligatoire, c'est un choix des
> > mairies, et la mairie de son village ne pouvait pas payer pour maintenir
> > une école.
> >
> > Son cousin Brice a eu plus de chance : il est allé à l'école privée à 3
> > ans, mais ses parents ont dû payer. La sieste, l'accueil et le goûter
> > n'existent plus, place à la morale, à l'alphabet ; il faut vouvoyer les
> > adultes, obéir, ne pas parler et apprendre à se taire, se débrouiller
> > seul pour les habits et les toilettes : pas assez de personnel. Les
> > enseignants, mal payés par la commune, gèrent leurs quarante à cinquante
> > élèves chacun comme une garderie.
> >
> > L'école privée en face a une vraie maternelle, mais seuls les riches y
> > ont accès. Mais Brice à moins de mal, malgré tout, à comprendre les
> > règles de l'école et ses leçons de CP.
> >
> > En plus, le soir il va à des cours particuliers, car ses parents ne
> > peuvent pas l'aider pour les devoirs, ils font trop d'heures
> > supplémentaires. Mais Enzo a toujours plus de chance que son voisin
> > Kévin : il doit se lever plus tôt et livrer les journaux avant de venir
> > à l'école, pour aider son grand-père, qui n'a presque pas de retraite.
> >
> > Enzo est au fond de la classe. La chaise à côté de lui est vide. Son ami
> > Saïd est parti, son père a été expulsé le lendemain du jour où le
> > directeur de l'école (un gendarme en retraite choisi par le maire) a
> > rentré le dossier de Saïd dans Base Élèves. Il ne reviendra jamais.
> >
> > Enzo n'oubliera jamais son ami pleurant dans le fourgon de la police, à
> > côté de son père menotté. Il paraît qu'il n'avait pas de papiers...
> >
> > Enzo fait très attention : chaque matin il met du papier dans son
> > cartable, dans le sac de sa maman et dans celui de son frère
> >
> > Du fond, Enzo ne voit pas bien le tableau. Il est trop loin, et il a
> > besoin de lunettes. Mais les lunettes ne sont plus remboursées. Il faut
> > payer l'assurance, et ses parents n'ont pas les moyens. L'an prochain
> > Enzo devra prendre le bus pour aller à l'école. Il devra se lever plus
> > tôt.. Et rentrer plus tard. L'EPEP (établissements publics
> > d'enseignement primaire) qui gère son école a décidé de regrouper les CP
> > dans le village voisin, pour économiser un poste d'enseignant. Ils
> > seront 45 par classe. Que des garçons. Les filles sont dans une autre
> > école. Enzo se demande si après le CM2 il ira au collège ou, comme son
> > grand frère Théo, en centre de préformation professionnelle. Peut-être
> > que les cours en atelier seront moins ennuyeux que toutes ces leçons à
> > apprendre par cour. Mais sa mère dit qu'il n'y a plus de travail, que ça
> > ne sert à rien. Le père d'Enzo a dû aller travailler en Roumanie,
> > l'usine est partie là-bas. Il ne l'a pas vu depuis des mois. La
> > délocalisation, ça s'appelle, à cause de la mondialisation. Pourtant la
> > vieille dame disait hier que c'est très bien, la mondialisation, que ça
> > apportait la richesse. Ils sont fous, ces Roumains !
> >
> > Il lui tarde d'être en récréation. Il retrouvera Cathy, la jeune sœur de
> > maman. Elle fait sa deuxième année de stage pour être maîtresse dans
> > l'école, dans la classe de monsieur Luc. Il remplace monsieur Jacques,
> > qui a été renvoyé, car il avait fait grève. On dit que c'était un
> > syndicaliste qui faisait de la pédagogie.
> >
> > Il y avait aussi madame Paulette en CP ; elle apprenait à lire aux
> > enfants avec des vrais livres ; un inspecteur venait régulièrement la
> > gronder ; elle a fini par démissionner. Cathy a les yeux cernés : le
> > soir elle est serveuse dans un café, car sa formation n'est pas payée.
> > Elle dit : « A 28 ans et un bac +5, servir des bières le soir et faire
> > la classe la journée, c'est épuisant. » Surtout qu'elle dort dans le
> > salon chez Enzo, elle n'a pas assez d'argent pour se payer un loyer.
> >
> > Après la récréation, il y a le cours de religion et de morale, avec
> > l'abbé Georges. Il faut lui réciter la vie de Jeanne d'Arc et les dix
> > commandements par cœur. C'est lui qui organise le voyage scolaire à
> > Lourdes, à Pâques. Sauf pour ceux qui seront convoqués pour le soutien...
> >
> > Enzo se demande pourquoi il est là...
> >
> > Pourquoi Saïd a dû partir
> >
> > Pourquoi Cathy et sa mère pleurent la nuit.
> >
> > Pourquoi et comment les usines s'en vont en emportant le travail.
> >
> > Pourquoi ils sont si nombreux en classe.
> >
> > Pourquoi il n'a pas une maîtresse toute l'année.
> >
> > Pourquoi il devra prendre le bus.
> >
> > Pourquoi il passe ses vacances à faire des stages
> >
> > Pourquoi on le punit ainsi.
> >
> > Pourquoi il n'a pas de lunettes.
> >
> > Pourquoi il a faim.
> >
> > Projection basée sur les textes actuels, les expérimentations en cours
> > et les annonces du gouvernement trouvées sur le net'.
> >
> > Si vous ne voulez pas que vos enfants, petits-enfants, neveux, nièces,
> > petits voisins, ..., deviennent des copains de classe de ce petit Enzo,
> > faites suivre ce mail à votre carnet d'adresse ! Il faut que tout le
> > monde prenne conscience de ce qui les attend à plus ou moins court terme !
> >
> > Il faut que le ministère arrête de détruire l'Education Nationale !!!
> >
> > Merci pour eux.
> >
> > "Le monde sommeille par manque d'imprudence'' (Brel)
> >

16.11.2008

De très, très vieilles choses...

Je m'ennuie, très vite. De plus en plus tôt dans l'année je n'ai que ce moyen de les éveiller, de les réveiller, mes élèves : des vannes. Plates, scabreuses. Très vite. Même avant la Toussaint. « Vous êtes tous là à me regarder avec vos yeux en anus de mouche". La fille Braillon, à Chauffignac, d'un bout à l'autre de la classe : « Je vous emmerde ! - Torchez-vous mon amie, torchez-vous." Tout le monde s'est foutu de sa gueule. Il faut savoir répondre, aux élèves, du tac au tac. Sinon t'es foutu. Le Principal appelait ça « Les cours à la C. » (je m'appelle « C. »). La fille Braillon s'imaginait aussi que le but d'une femme, c'était de rendre un homme heureux. Je lui disais « Détrompez-vous !  » J'étais féministe à l'époque. Je le suis resté. Pas comme Ségolène. Ségolène fait beaucoup de tort aux femmes. Les hommes vont encore s'en prendre plein la gueule. Je vote Ségolène.

En sixième j'annonce une série de lectures sur le thème des femmes. Tous les garçons et filles comme un seul homme : «Quoi, encore ! ». J'aimais bien les filles.. Y'a qu'les filles qui m'intéressent... Elles sont franches. De la sixième à la première, pas plus. Dès dix-sept ans, elles mettent leur masque de Bonne Femme. C'est fini. Elles te sortent toutes la langue de bois : « Oh mais pour faire l'amour il faut que je sois très, très amoureuse ! » - pour te toucher, t'es amoureuse de qui ? (pensais-je ! oulàlà ! pensais-je !) Une partenaire de 28 ans m'a dit (pas une ancienne élève ; je n'aurais jamais supporté) : « Oooooh ! Mais c'est pas la même chooooose ! ». C'est qu'elles porteraient plainte ces connes. Peut-être même bien maitenant, rien qu'en me lisant... Il ya du fric à se faire, pensez, avec ma retraite... Tu sais ce qu'il y a d'emmerdant quand tu es prof ? C'est que toute ta vie tu te fais traiter de fainéant et de privilégié... Tu sais, les fameuses 18 heures par semaine, qui te laissent épuisé comme si t'en avais fait 36...

Ce ne sont pas les copies qui épuisent, c'est le DON DE SOI. A 100 %; à 99%, les élèves le sentent, ils ne t'écoutent déjà plus. Et les vacances ? ELLES NE SONT PAS PAYEES. Nous sommes payés sur 10 mois, divisés par douze. Ça vous la coupe, ça ! On ne le sait pas dans les chaumières, ce truc... « Ouais mais vous êtes bien payés ». Bon, j'ai fait bac plus 6, bac plus 8, excusez-moi d'avoir fait des études, j'aurais pas dû, c'est sûr, j'vous demande bien pardon... Qu'est-ce qu'ils sont devenus tous mes élèves... Garçons et filles... Tous ces gens de 43, 45 ans, et qui ont sombré dans l'immense melting-pot de l'Oise... C'est grand, l'Oise... « M'sieu, j'ai fini ! - Tirez la chasse. » Dès la sixième, systématique... Ça passait pour une audace folle... A l'époque... "Vous avez été légendé, Monsieur, légendé ! » - on m'a sorti ça au salon du livre de Bordeaux – enfin, ce qu'il en reste – il est vrai qu'on a le tramway maintenant...

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