07.11.2009
L'amour c'est chiant, surtout pour les autres.
Evelyne, à dix ans, fut mon premier amour. Blonde et pâle. Comme nous discutions à petit bruit sur le perron, à trois ou quatre, elle s'est tournée vers moi pour me tendre un coquillage de la taille d'un ongle : “Tiens, je ne t'ai encore jamais rien donné. Je répondis que si ; qu'elle m'avait déjà beaucoup donné. Ce fut la seule fois que j'eus de l'à propos avec une fille. Nous nous sommes promenés main dans la main derrière l'immeuble. Je me souviens – cela n'est-il pas étrange – d'avoir convenu avec elle, en cas de mariage, que je commanderais les jours pairs, et elle les jours impairs. “Tu auras l'avantage, grâce aux mois de 31 jours.” Cela nous faisait rire.
Cela se passait chez mon oncle, qui m'hébergeait pour les vacances. Il écrivit sur-le-champ à mes parents que “c'[était] une honte”, qu' “à dix ans [leur] fils a[vait] déjà une poule” . Il m'inventait des exercices d'algèbre – voilà bien pour aimer les maths ! - afin de m'empêcher de rejoindre Evelyne, et je répétais à mi-voix en pissant dans la cuvette de H.L.M. (un luxe à l'époque) : “Je t'aime, et rien ne pourra nous séparer”, juste pour m'en souvenir plus tard. Retors, non ?
Et je m'en souviens encoe. Tonton m'a dit : “Elle est cloche, ton Evelyne ; attends que Marion revienne de colonie, tu verras !” Une petite brune en effet, piquante, jamais à court de répartie, qui se savait déjà admirée, et qui commençait à se foutre de ma gueule ; je suis retourné auprès de ma blonde. Je n'ai plus revu personne, vous pensez. Curieux tout de même. Qui va commander dans le ménage. Que ç'ait été là ma première préoccupation. Ce qui fait surtout enrager, d'après Roland Barthes, c'est quand l'être aimé prétend devoir obéir à d'autres, alors qu'il ne vous obéit pas à vous, qu'il ne tient pas compte de votre souffrance à vous, qui valez donc moins que l'autre.
J'ai vérifié à maintes reprises en effet que la façon la plus efficace, la plus cloue-le-bec, de se soumettre un partenaire récalcitrant est de se prétendre soi-même ligoté, garotté, par un engagement, de préférence professionnel, une promesse antérieure, auprès d'une autre personne, qu'il importe bien plus de ne pas vexer que vous - est-ce ainsi vraiment que l'on aime ? auprès d'une belle-mère par exemple, bien efficace ; je la hais à mort ; puis lorsqu'elle est morte, la pauvre - rien n'est arrangé. Dix ans de perdus. Et toujours la faute des autres. La personne aimée se réclamera toujours de sa propre soumission, de “l'impossibilité de faire autrement”, pour vous soumettre à ce que vous détestez le plus. Je connais un couple de cons, dont l'épouse a su convaincre le mari de fréquenter sa sœur (à elle) (il faut suivre).
Depuis plus de quarante ans (c'est irrémédiable désormais) le Mari Con (en espagnol : maricón ) se trouve contraint de fréquenter le couple type de blaireaux : la belle-sœur en l'occurrence - chef-d'œuvre de ternitude dépourvue de toute conversation dépassant les liens de famille – car ils se reproduisent, ces cons ! - et le beauf, concentré de machisme, de racisme et d'homophobie - anti-chômeurs, anti-fonctionnaires, rien ne manque à la panoplie. ...Quarante ans à se cogner ces spécimens d'humanité de remplissage et leur tribu, à tâcher de ne pas entendre les conversations de réveillon (quarante réveillons !) sur la flemme comparée des Viets et des Bédouins - je n'invente rien.
Déménager ? Rompre ? avec des gens si sots que le refus de l'un entraînerait nécessairement l'éloignement offusqué de l'autre ? et que ferait-il, ce fameux mari, d'une épouse dépressive, qui l'agoniserait de reproches muets à longueur de semaines, jusqu'à sombrer dans une de ces dépressions que l'on se fait à soi-même, et qui trouve toujours une brochette d'éminents psychiatres pour la confirmer ? Autant gagner quelques années de soins intensifs, et accepter, de guerre lasse, que dis-je, avant même la déclaration d'une de ces guerre où le plus malade est immanquablement vainqueur, d'habiter désormais à 150 mètres de distance du couple honni – qui n'est pas si mal, voyons ! voyons ! à la longue !
C'était bien la peine d'en faire toute une histoire ! - les invitations se sont raréfiées, le mari y a mis le holà. Mais le drame, voyez-vous, c'est qu'il a fini par se sentir à l'aise en compagnie de son ennemi, non pas tant en vertu du proverbe “à force de se faire enculer, on y prend goût” que, par des affinités secrètes. C'est pourquoi, ayant toujours devant les yeux cet exemple édifiant, j'aurai toujours à cœur de défendre, bec et ongle, le principe de ne jamais reprocher à quiconque sa faiblesse de caractère ; on est mou, comme on est noir, ou juif, ou asiatique. Si ma femme est attaquée la nuit, que je me sente tout soudain (à supposer) tout paralysé, sans aucune possibilité physique de casser la gueule à l'agresseur - quel tribunal, je vous le demande, osera me condamner pour non-assistance à personne en danger ? (réponse hélas : tous.) Je souhaite par conséquent ne jamais être dans une situation où je devrais faire preuve de sang-froid, de virilité, voire de simple esprit de décision. J'éprouve toujours la plus véhémente rancœur à l'égard de ces juges qui du haut de leur bitte en barre condamnent les timorés et les trouillards - et qu'auraient donc fait eux-mêmes, ces lâches ? ces diarrheux ? “Il faut prendre sur soi”. Connards. Commencez donc par cesser de fumer.
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02.11.2009
On dézingue, on dézingue !
Allez Prévert on récapitrouducule : un Temple Solaire, une vieille torturée, un flic dégommé, deux, trois cinq, encore cinq qui ne viendront pas nous faire chier à nous foutre des contraventions, tiens justement six morts dans le Jura dans une collision frontale, soutenez le vin d'Arbois, plus on en boit plus on va droit, des escrocs en chemise blanche, des homme d'Etat qui protestent de leur innocence, je suis serein cui-cui, des gonzesses qu'on excise, en gros plan la semaine prochaine, des peuples qu'on fait crever de faim en gros plan depuis des mois ils pourraient se renouveler putain chiottes, l'homme est un loup pour l'homme, il ne faut pas se leurrer, on ne va pas se bercer d'illusions, “ Faut pas rêver ” merde le titre hideux on vous montre les dernières des dernières merveilles du monde mais faut pas rêver on va te transformer tout ça en parking souterrain avec des chupa-chups dans les distributeurs, on ricane, on ricane, faut pas rêver on te dit, réveille-toi le monde est con eh ! oh ! le monde est con t'avais oublié ? faut pas rêver on te dit pauvre con c'est la dernière fois que tu vois des Indiens des Papous, en Guyane ils se servent de récipients en plastique rouge et jaune c'est tellement plus solide et commode et décoratif que les poteries traditionnelles et ils mettent au frais dans le torrent de véritables bouteilles de véritable sirop Teissières véritablement très rafraîchissant eh ben oui c'est comme ça mon vieux c'est comme ça et si tu ne veux pas le voir tu es vraiment un con, et puis surtout tu es complice, tu es coupable, coupable, coupable, MERDE !
Faut pas rêver.
Et en quoi ça me parle ça, en quoi ça m'encourage à vivre, est-ce qu'il faut couper les couilles (ça m'obsède) à tous les mecs sous prétexte qu'il y a des violeurs, est-ce qu'il faut virer tous les Maghrébins parce qu'ils sont en grande majorité impliqués dans toutes les affaires imaginables c'est ce que disent les flics, est-ce qu'il faut que je devienne con, est-ce qu'il faut virer les Kurdes, est-ce qu'il faut les mettre dans un grand trou qu'on appellerait le Trou du Kurde - ça va Monsieur Ionesco ? il va bien le petit rhino ? on en trouve encore pour faire bander les petits Chinois pour qu'il y en ait encore plus ? tu vois Missié reporter moi aussi je dis des conneries c'est pour être moins seul que tu me rends con ?
Pourquoi est-ce que l'on retrouve Alfred Sirvan ou Sirvin, personne ne sait comment prononcer, très, mais alors très très précisément au milieu du procès Dumas alors que tous les journalistes savaient où il se trouvait je ne dis pas "se cachait", pourquoi on a retrouvé tout de suite les boutefeux des paillotes corses alors que l'assassin du préfet Erignac courAIt toujours et qu'il présidera peut-être même un jour l'assemblée territoriale du peuple Corse con et indivisible qui a dit "pléonasme" - pourquoi est-ce que les assassins du petit Romain sont toujours appelés "assassins présumés", pourquoi sa mère gueule-t-elle dans le couloir "la justice c'est de la merde" qui n'a pas dit "pléonasme" - pourquoi est-ce qu'on n'a pas le Droit de les achever à coups de cutter en pleine audience, pourquoi est-ce qu'ils ont des avocats qui t'expliquent avec gravité qu' "il y a des zones d'ombre" dans le dossier ?
Ah oui je me répète.
..Qui a porté tel coup de couteau, tel coup de pierre, tel coup de queue ? Pourquoi faut-il, pourquoi voulez-vous car j'ai de plus en plus de mal à ne pas croire qu'il s'agit d'une volonté délibérée, que je ne réagisse plus qu'au sentiment comme un vulgaire Jean-Jacques Rousseau, à la haine, à l'antisémitisme comme un vulgaire Voltaire, pourquoi je devrais crier Vive Ariel Charon, pourquoi toujours la réaction immédiate, quoi, quoi, l'air du temps, c'est qui qui le fabrique l'air du temps journaliste de mes couilles - et un procès en diffamation, un, je m'en fous je n'en ai pas je ne veux pas en avoir.
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29.10.2009
J'oublie tout
Ben voilà, mes dotrouducuments furent rétrouducupérés, mais tout vides. Avec le nombre d'octets, mais tout vides. Je vais faire un répertoriage. Tout m'échappe. Prout. Heureusement, je corrige un ouvrage sur CELAN, coup de foudre, j'ai acheté "Renverse du souffle", en bilingue (Atemwende), traduction Jean-Pierre Lefebvre. Plus un dico hébreu translitéré, plus de problèmes avec les vocalisations. Bonne journée de boulot. Quant à vous, merci de me rester fidè-ouè-ouè-ouèleueueueu. Putain d'ordi, vous savez qu'il n'y a rien de tel que le papier malgré tout ? Tiens, je me rebouffe une quatrième pomme : prrrrouththth... Et il ya Quignard aussi, La Nuit sexuelle, autre chose que Titeuf, du chef-d'oeuvre, et supérieur à Calassio, parce qu'au moins c'est sobre. Chaque mot correspond à une haleine. A pluche, dit l'ours. Sauvez-les ! les ours polaires ! Allez ciao.
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26.10.2009
Ben voilà voilà voilà
Ah queue j'estois très fier d'avoir pu reconfigurer mon disque dur après écran bleu, ah que je suis con de ne pas m'être rendu compte que ça m'effaçait deux ans de boulot ! Il paraît qu'il faut sauvegarder sur des clés USB : eh meeeeerde ! Putain de mordel de berde ! Et ça vous fait marrer tas de nazes !!! Je veux crever ! Mais pas tout de suite....
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03.10.2009
Un juif nommé "L'Egyptien"
En voilà un livre que j'aurai bien du mal à finir. Le premier déjà, aux Editions du Bordel Bas comme il se doit, m'avait exaspéré, par sa propension à glisser sans cesse d'un plan à l'autre, parlant de mort lorsqu'il faut parler d'amitié, dissertant finances quand on se préoccupe de politique, réussissant ainsi à toujours retomber sur ses pattes en déplaçant sans cesse le champ du sujet. Le voici qui récidive avec son Travail de la liberté, où resurgit ce serpent de mer selon lequel nous serions tous libres, par un phénomène de notre liberté : ce qui revient toujours au même, à savoir que les victimes ont choisi leur sort. Vous détestez votre mère ? Mais n'avez-vous pas fait tout ce qui était en votre pouvoir pour que cela vous fût obligatoire ? Vous n'avez pas d'argent : mais c'est bien vous tout de même qui avez tant gaspillé ; quant à vos projets de gloire engloutis sans retour, il faut bien que vous reconnaissiez que votre comportement volontairement asocial éloigna de vous tous ceux qui auraient pu vous promouvoir.
Bref, comme disent les antisémites déguisés ou non en antisionistes, «les juifs l'avaient bien cherché ». Un comble, monsieur Misrahi... Pour l'amour seul, il n'a pas dit trop de conneries. Encore prend-il bien soin d'éliminer tout ce qui à ses yeux ne relève pas de l'amour pur (c'est quoi, ça ?), afin de toujours avoir raison : l'amour pur est « amour de tout ce qui existe », autrement dit « bonheur de tout approuver dans la création ». Si c'était pour retomber sur le Dieu platonicien, il fallait le dire tout de suite, ça nous épargnerait de devoir finir cet épuisant pensum, où l'on vous botte toujours soigneusement le train en vous disant : « Allez allez espèce de mauviette ! Du nerf, hop hop ! » Nos pouvons décider d'être heureux : c'est à nous de choisir l'humeur où nous voulons être.
Les patrons d'usine seront ravis de pouvoir ressortir ça à leurs syndicalistes. Oui, j'ai exagéré. Non, mes exemples ne sont pas les bons, nous les chercherions en vain dans l'ouvrage en question. Mais brûler les paillotes m'a toujours semblé d'excellente tactique, et « faire comme si » démontre toujours bien mieux que les faits réels, si mous et si suceptibles d'interprétations fluctuantes. Libérés nous dit Robert l'Entourloupe des prétentions ascétiques du pessimisme et des passivités de l'esprit tragique, toujours fataliste, les sujets peuvent se tourner joyeusement vers le monde et se réjouir de ses potentialités. C'est exaspérant. Surtout tiré de son contexte, dont je ne veux plus me souvenir. Le pessimisme, Môssieu Misrahi, est la donnée même de l'espèce humaine et de l'esprit de chacun de ses représentants.
Il est très facile, en effet, parce que l'homme n'a qu'à s'abandonner à sa pente naturelle. Donc, remontons-nous Folleville. Mais sait-on qu'il convient de se remonter ainsi plusieurs fois par jour ? Et que c'est un boulot épuisant ? Il y a les pessimistes, et quelques optimistes : croyez-vous que les uns et les autres le fassent exprès, librement ? Et en quoi l'ascétisme serait-il une « prétention » ? Quel petit orgueil, Monsieur Misrahi ! De plus, il existe des pessimistes qui ne cessent de bouffer et de boire. Et même, ils en crèvent : où est l'ascétisme là-dedans ? Et depuis quand le héros tragique est-il « passif » ? vous confondez avec le Inch Allah ! Observez les tragédies, vous verrez que le propre de leurs héros est l'agitation perpétuelle, d'Agamemnon à Britannicus. A la fin, le coup de massue fatal atteint l'agité, Oreste, Hermione, un but partout, Edipe lui-même, si fier de son hyperactivité.
Vous m'objecterez Iphigénie, Titus et Bérénice. Soit. Mais la passivité est loin d'être la règle. Alors, ses deux petits coups de griffes donnés, Misrahi peut réentonner son interminable antienne : « les sujets ». Nous serions tous des « sujets », responsables. Voilà bien de l'inconscience : je me sens sujet pour certaines choses, comme d'écrire ces quelques lignes. Mais d'envoyer chier un ami qui veut que je lui livre un appareil de télévision ce soir avec mes petits bras musclés, suis-je libre ? Non, car je suis victime de ma belle âme, et surtout d'un projet concocté dans mon dos par ma femme, qui ne m'a téléphoné que lorsqu'il aura été impossible de goupiller cela autrement. Un retraité, n'est-ce pas, n'a que ça à faire : devenir taxi, et si possible déménageur. Oui, humour. Mais quant à me « tourner vers le monde », j'y fus obligé, passant ma vie au milieu d'une foule d'élèves, moi qui aime temps la solitude, ou sans cesse au même endroit, Bordeaux pour ne pas le nommer, parce que ma femme est recordwoman de sédentarisme et de casaniérisme.
Et on ne change pas de femme « comme ça », sur un coup de tête. Le monde ne m'apporte qu'un métier de con, prof, et maintes avanies : pas de gloire, pas d'argent, pas de femmes. Et ce n'est pas à 64 ans que ça va s'arranger. D'autres ont réussi, comme ce personnage de Quelle est la différence entre un pigeon ? qui proclame - comme je l'ai si souvent ouï proclamer : « Moi je me suis toujours fixé des buts et j'y suis toujours parvenu » - à quoi j'opposerais volontiers cette formule claque-gueule de Jules Renard : « Celui qui se croit arrivé, c'est qu'il ne voulait pas aller bien loin ». Bref, Misrahi nous refait le coup du « si tout allait bien, tout irait pour le mieux ». Tenez, on m'appelle pour le repas, interrompant cette remarquable dissertation pour cinq minutes qui lui restaient : suis-je libre de n'y pas aller ?
J'apprends au cours de ce repas que je devrai me farcir la compagnie de M. et de sa cousine : qu'est-ce que j'en ai à foutre, de M. et de sa cousine ? Je suis autant méprisé par la seconde que je méprise la première... Misrahi, redescends un peu sur terre. Les “possibilités” de ce vaste monde sont tout simplement offertes à ceux qui se prennent pour des sujets, et qui réussissent, et refusées à ceux qui se voient tels qu'ils sont, des jouets, et qui échouent dans les quatre cinquièmes de ce qu'ils entreprennent. Et c'est tout ! Pas la peine d'avoir philosophé toute une vie, et de publier ce torchon pour “mettre en ordre”, à 83 ans, ce que les lecteurs pourraient n'avoir point compris ! Dans la vie, c'est la loi du plus fort, ou du plus adroit. Faire accroire aux perdants qu'ils peuvent acquérir par leur volonté la force de devenir des vainqueurs est une imposture, appuyée par les forts, c'est-à-dire ceux qui ont toujours su se relever... grâce à leur constitution spirituelle !...
Merde alors !...
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18.09.2009
Horreur et putréfaction...
Un jour me fut donné l'expérience unique de me voir tel que les autres m'avaient vu. Tel qu'en moi-même. Et je fus effrayé. De ce jour il me fut impossible de le rester. Tout cela croyez-le sans effort ni le moindre mérite. En particulier sans volonté aucune : je ne suis pas de ces impudents qui se glorifient. Je ressentais déjà depuis quatre ou cinq semaines les prémices d'un tel avènement, sans en avoir vraiment conscience, ni pouvoir en jurer. Mais je me suis un jour souvenu, dans une nette confrontation, de la succession de mon âme : voyant ce que j'étais naguère, sans autre peine que celle de l'éveil où l'on attrape au vol ces bribes de songes qui les ramènent en leur entier, et je le rapportai à ce que je commençais d'être, depuis si peu. Mais ce songe, ô injustice ! avait duré soixante années, presque toute ma vie. C'était la branche surgie au-dessus de l'abîme, sans rétablissement possible désormais sur le plateau de mon passé.
A vingt mètres, à vingt années du fond. Or je me rappelais parfaitement le moi précédent, susceptible, aigre et caustique, plutôt disposé à charger l'univers qu'à remettre en cause la moindre de mes dispositions. Et j'en portais tout l'air hargneux sur le visage. Cela m'était venu depuis l'enfance, ayant compris très tôt que la vie n'était pas faite pour moi, ni moi pour elle. Et que ce jour ne viendrait pas. Et que je ne saurais jamais à qui m'en prendre. De telles constructions ne sont pas rares.. Ne serait jamais faite pour moi. Je m'expliquais désormais, vingt, trente ans plus tard, pourquoi telle inconnue croisée à 16 ans le long de mon lycée m'avait dit “non” en se foutant de ma gueule ; pourquoi Mme Telle, au lycée où j'enseignais, m'avait crié d'un coup “Je ne veux pas coucher avec toi !” - une spécialité qu'elles ont - sans que je l'eusse même regardée. Je lui ai rétorqué direct que “les bonnes femmes n'étaient jamais en retard d'une banalité”.
Plus d'autres propos pour diluer ma pointe, car mon défaut est de ne pas vouloir vexer. Mais nul n'avait pris garde à l'incident. Ce qui permet aux autres, aux petits champions de la tronche enfarinée du bonheur de vivre, de nier l'offense et la réplique, “Tu inventes, disent-ils, ce n'est pas possible, tu te fais du mal..” Je m'expliquais aussi du coup l'atroce réflexion d'un connard oublié : “Avec la gueule que t'as, même avant que tu aies ouvert la bouche, on a envie de te dire non.” C'est souvent que j'emploie le mot “gueule”, n'est-ce pas ? même que le clavier il me fait toujours la faute “la gugule”. Une “gugule”, comme ridicule, comme gugusse. Et tout ainsi s'éclairait, toute ma vie, tous les incidents, tout. Cette soirée de la vie antérieure par exemple, où nous traînions entre jeunes notre “mal de vivre” - mais où vont-ils chercher tout ça ? - d'un troquet l'autre, puis chez Ben Muche, l'un d'entre nous pour l'instant.
J'étais vautré sur un vieux pouf au pied d'une fenêtre entrouverte dont le rideau palpitait sur mon dos. Soudain mon hôte se rue vers moi : “Ecoute, je te mets du rock, tu fais la gueule ; je te mets du jazz, tu fais la gueule ; je te mets du classique, tu fais la gueule. Alors qu'est-ce qu'il te faut ?” Moi j'ignorais totalement que je faisais la gueule.
Je ne me savais pas observé, servant de référence à Monsieur. Je voulais juste passer inaperçu, et je pensais l'être. Je me suis donc dressé sur les pieds, et puisqu'on me demandait mon petit numéro, je lui ai braillé en pleine poire : “Où sont les toilettes ?” Au sursaut d'effroi général je sentis que cette fois, j'étais allé trop loin, frôlant carrément le cassage de gueule. Avec une courtoisie glaciale, il m'indiqua le lieu en m'assénant ”Il faudra qu'on se parle.” L'assistance dispersée, nous nous installâmes de part et d'autre d'une table basse, il me servit le thé, et je lui racontai le numéro suivant, d'un père collaborateur ayant mené par ses dénonciations sa propre femme, ma mère, dans un camp d'extermination tchèque ; j'étais seul désormais à parler ma langue maternelle, avec trente mille autres locateurs dispersés désormais sur toute la surface de la terre, et autres fariboles.
Je lui ai complaisamment livré quelques phrases tirées d'un code de ma composition. L'hôte, désarçonné, se trouvait désormais à ma merci. Décontenancé, tenu à un minimum d'attention et de compassion, il me conseilla vivement et à plusieurs reprises d' “oublier tout ce passé”, de “vivre maintenant”. Ca alors ! quelle perspicacité !
11:54 Publié dans la parano qui galope | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
12.09.2009
L'inélégance des blaireaux
Evelyne, à dix ans, fut mon premier amour. Blonde et pâle. Comme nous discutions à petit bruit sur le perron, à trois ou quatre, elle s'est tournée vers moi pour me tendre un coquillage de la taille d'un ongle : “Tiens, je ne t'ai encore jamais rien donné". Je répondis que si ; qu'elle m'avait déjà beaucoup donné. Ce fut la seule fois que j'eus de l'à propos avec une fille. Nous nous sommes promenés main dans la main derrière l'immeuble. Je me souviens – cela n'est-il pas étrange – d'avoir convenu avec elle, en cas de mariage, que je commanderais les jours pairs, et elle les jours impairs. “Tu auras l'avantage, grâce aux mois de 31 jours.” Cela nous faisait rire.
Cela se passait chez mon oncle, qui m'hébergeait pour les vacances. Il écrivit sur-le-champ à mes parents que “c'[était] une honte”, qu' “à dix ans [leur] fils a[vait] déjà une poule” . Il m'inventait des exercices d'algèbre – voilà bien pour aimer les maths ! - afin de m'empêcher de rejoindre Evelyne, et je répétais à mi-voix en pissant dans la cuvette de H.L.M. (un luxe à l'époque) : “Je t'aime, et rien ne pourra nous séparer”, juste pour m'en souvenir plus tard. Et je m'en souviens. Retors, non ?
Tonton m'a dit : “Elle est cloche, ton Evelyne ; attends que Marion revienne de colonie, tu verras !” Une petite brune en effet, piquante, jamais à court de répartie, qui se savait déjà admirée, et qui commençait à se foutre de ma gueule ; je suis retourné auprès de ma blonde. Je n'ai plus revu personne, vous pensez. Curieux tout de même. Qui va commander dans le ménage. Que ç'ait été là ma première préoccupation. Ce qui fait surtout enrager, d'après Roland Barthes, c'est quand l'être aimé prétend devoir obéir à d'autres, alors qu'il ne vous obéit pas à vous, qu'il ne tient pas compte de votre souffrance à vous, qui valez donc moins que l'autre.
J'ai vérifié à maintes reprises en effet que la façon la plus efficace, la plus cloue-le-bec, de se soumettre un partenaire récalcitrant est de se prétendre soi-même ligoté, garotté, par un engagement, de préférence professionnel, une promesse antérieure, auprès d'une autre personne, qu'il importe bien plus de ne pas vexer que vous - est-ce ainsi vraiment que l'on aime ? auprès d'une belle-mère par exemple, bien efficace ; je la hais à mort ; puis lorsqu'elle est morte, la pauvre - rien n'est arrangé. Dix ans de perdus. Et toujours la faute des autres. La personne aimée se réclamera toujours de sa propre soumission, de “l'impossibilité de faire autrement”, pour vous soumettre à ce que vous détestez le plus. Je connais un couple de cons, dont l'épouse a su convaincre le mari de fréquenter sa sœur (à elle) (il faut suivre).
Depuis plus de quarante ans (c'est irrémédiable désormais) le Mari Con (en espagnol : maricón ) se trouve contraint de fréquenter le couple type de blaireaux : la belle-sœur en l'occurrence - chef-d'œuvre de ternitude dépourvue de toute conversation dépassant les liens de famille – car ils se reproduisent ! - et le beauf, concentré de machisme, de racisme et d'homophobie - anti-chômeurs, antifonctionnaires, rien ne manque à la panoplie. ...Quarante ans à se cogner ces spécimens d'humanité de remplissage et leur tribu, à tâcher de ne pas entendre les conversations de réveillon (quarante réveillons !) sur la flemme comparée des Viets et des Bédouins - je n'invente rien.
12:35 Publié dans la parano qui galope | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
14.08.2009
Père et fils
...J'ai engendré un fanatique. J'ai observé de mon abri par la fenêtre (une meurtrière, matelassée de sacs de sable) ces jeunes gens, de son âge, dont les opinions simples se défendent à coup de fusils. Se résumant parfois à leur utilisation. La Caserne Jaune leur sert de cible. Le second jour, comme des grands, il se battent (je les obseerve toujours) et incendient la Bibliothèque Aleth ben Adli. Les livres ont brûlé trois jours mais j'ignorais encore que mon fils en fût l'instigateur. Dans mon abri, logé, nourri, planqué, j'ai tout le temps de lire. Un magazine périmé relate encore sous mes yeux ce fait divers de St-Rupt dans les Vosges : Dominique Paziols dans sa folie disent-ils a massacré quinze personnes : sa mère et sa sœur, son beau-frère le jour de leurs noces - plus – inexorable rumination – treize personnes – une goutte de sang comparé à ce qui se tue ici quotidiennement
Du jour au lendemain plus une ligne dans les journaux. C'est si loin. Je me demande combien de meurtres civils bénéficient du statut militaire. Paziols a trente-un-ans, et c'est cet homme, cet évadé, que j'ai recruté pour mon compte. Je remercie mon père, tout impotent, d'avoir lancé les coups de téléphone décisifs. Il sait ce qui s'est passé, là-bas, en France. Mon père est toujours quelqu'un. Ses services fonctionnent encore admirablement. Je lui baise la main sous sa perfusion. Il me dit : « Tu devras te défier de cet homme. De tous les hommes de son âge et en-deçà. Ton fils lui-même, Mechdi Abdesselam, pose des bombes et te recherche personnellement. »
Mon père s'assoupit.
L'infirmière engagée pour lui seul, dans un domicile que je tiens secret – remonte dans son dos ses oreillers, me fait signe de partir : « Il dort. » Mon abri n'est plus sûr. Zoubeïd transporte mon sac de voyage à l'Hôtel de Touled : un quartier calme, un portail à deux battants reliés par trois rangs de chaînes, un pa-ti-o garni de plantes vertes, un balcon intérieur en véranda – la vasque s'écoule derrière les fauteuils en rotin, quelques balles murmurent vers le nord-ouest. A ce que dit l'hôtelier, Mechdi Abdesselem (ben Jourji ben Kréüz) prend pour cibles tous les signes de Culture et d'Autorité pour en faire des cibles.
Mon fils est devenu fou. Je ne m'en sens pas amoindri. La roquette heurte la vasque et pète. Un certain Halis, client de l'hôtel, dit « L'Espagnol », retient soudain à la main sa mâchoire, et partout comme de juste retentissent les cris, s'épaissit la poussière, et Zoubeïd est indemne, le standardiste a éclaté, les poutres de la véranda se sont tordues. Les pots de fleurs sont ravagés. Les vitres au pied du mezzanine forment une pyramide, entourée par des corps saupoudrés d'éclats de verre. La rampe en faux bois présente de profonds éclatements, et des veines de pierre grosses comme un poignet, tandis que les marches, sur trois mètres, ont sauté. La vasque enfin, creusée en entonnoir jusqu'au centre de la cave, où saigne à gros bouillons la conduite d'eau.
Je suis évacué. Je sens tout le pourtour de mes paupières moucheté de particules de verre. Serai-je en lieu sûr à l'hôpital ? Le troisième jour, au premier étage, un infirmier m'a remis un message, « de la part de [mon] fils ». « Comment est-il ? - Calmez-vous, l'œil n'est pas atteint. - Mon fils viendra m'achever. - N'ôtez pas le bandeau ; je vous lis sa lettre. - A qui est-elle adressée ? - L'adresse est en blanc. » Il lit en souriant : « Article Premier : Mort aux Pères. » Suivent d'autres paradoxes, habituels aux adolescents. « D'habitude, me dit l'infirmier, il porte autour de la tête un foulard gris, enroulé trois fois – ce sont d'autres qui me l'ont dit ajoute-t-il précipitamment. Et tout recommence, puisqu'un obus éclate dans la cour, que j''entends aussitôt les sirènes, il fait beau, ma seule inquiétude après tout est d'être achevé sur mon lit.
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06.07.2009
Bave-la-Haine
Est-ce que ce n'est pas cela "le but du jeu" comme disent les branchés ? Empêcher l'homme de se suicider ? “ Il ne faut pas désespérer Billancourt ? ” Pourquoi est-ce que ce sont toujours les autres qui occupent le sommet de l'affiche et pas moi ? Pourquoi de toute façon même au sommet de l'affiche ils trouvent encore le moyen de se plaindre que les caractères ne sont pas assez gros ? On n'entend que Hugo Reyne à France-MusiqueSSSS et il se plaint que c'est Jordi Saval qui tient toute la place, pourquoi tu fais de la musique sublime si c'est pour rester aussi con que les autres ?
Un jour on dira France-Cultures avec un s, et on entendra un Papou se brosser les dents au lieu d'entendre sa musique et on te dira :"Oh mais attention c'est de la culture ! Tu es raciste ! Tu méprises le peuple, papou, français, norvégien !" Je m'en fous des Papous, je m'en fous des Norvégiens, je me fous de tout, je manque de courage pour m'intéresser à tout, à vous, pourquoi est-ce que tout le monde me dit de fermer ma gueule alors que tout le monde veut gueuler plus fort que moi, il y a quelque chose qui m'échappe, il y a trop de choses, il y a trop de gens, trop de tout trop de notes dans l' "Auschwitz" de Penderecki, trop de notes dans la symphonie de Mozart - c'est qui Mozart ta gueule va faire du rap.
Onze heures dix du matin et je ferais mieux d'aller me laver avant de dire des conneries. Je reviens de me laver sans alinéa toujours aussi énervé. Je me demande pourquoi l'Eglise couvre toujours les dictateurs. Pourquoi ma femme met tant de temps à s'éveiller. Pourquoi dès que j'ouvre la bouche il en sort des conneries ou des méchancetés. "T'es méchant, gnangnangnan..."
Pourquoi on me dit que je veux me donner un genre. Si c'est un genre, alors pourquoi ce genre-là. Ca personne n'est foutu de me le dire. Où, quand, comment, pourquoi je suis devenu con. Pourquoi je suis comme tout le monde et pourquoi tout le monde n'est pas en train de sortir dans la rue en gueulant et en se foutant sur la gueule ça occupe ou bien en se tombant dans les bras gnagnagnèèèère selon le scénario, le bouddhisme a-t-il du bon, et si oui, pourquoi? Et pourquoi les moines de Séoul se cassent-ils la binette à grands coups de lattes de bambou pour le contrôle du marché des bandits manchots ?
Je ne fais pas de littérature. Je ne veux pas de petit a, petit b, petit c, je ne veux pas de "mais", "or", "donc", "c'est pourquoi", cependant", "pour conclure nous pouvons dire que", et "l'auteur alors là y dit que". "Et que pensez-vous de la musique dans Baudelaire ? - La quoi ? - La musique d'Apollinaire ? - La quoi ? - ça, au bac - qu'est-ce qu'ils foutent les collègues et pourquoi je mélange tout comme ça, des choses "qui n'ont rien à voir" ? Ben voyons ! Y a rien à voir !
Je n'écris pas un chef-d'oeuvre. Je n'écris que des conneries. Et toi tu t'es vu, conno, qui n'écris rien ? Et si je suis comme tout le monde, alors pourquoi ne pas me prendre pour porte-parole ? Alors comme ça on va reprendre son train-train, les réveils moustousses, les énervements, le stablon à tire-larigo ("tire la Rigault" est une fausse étymologie rouennaise), chercher sa fille pour partager le repas du dimanche, se calmer, surtout se calmer, éviter le vinaigre, bien respirer, reprendre ses occupations de Bouvard et Pécuchet, je suis comme tout le monde, bien se répéter ça devant sa glace, méthode Coué, "aujourd'hui et depuis plusieurs jours, tant physiquement que moralement, pour moi et pour tous les autres, cela va de mieux en mieux", devant son sourire et sa raie au milieu, en essayant de ne pas éclater de rire, "je te tiens tu me tiens par la barbichette", évidemment si on se montrait son propre cul dans sa propre glace au lieu de sa sale face on aurait du mal à être con vain cul, ha ha ! ha ha ! HAHAHA !
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24.06.2009
La p'tite provoc à sa mémère
Instaurer une Dictature du Parti Intellectuel, pour édifier l'humanité (Gogol) : élever "l'homme et ses oeuvres à la hauteur d'une religion" - ce qui ne serait qu'un bandeau sur les yeux.
Il y a des idées auxquelles je crois - hélas.
L'élitisme des âmes ne peut s'épanouir que sur le fumier de la friction des corps - croyais-je. Elitisme, certes, mais refus de toute prédestination. Force, mais refus de la force subie.
Le doute, le clown et le narcisse : Pamiers, 1er juin 2021.
Le narcissisme s'incarnera dans un seul homme. Les réflexions démolitrices, en un autre. Seul l'homme dans ses rapports avec l'homme. L'anecdote est le support à la philosophie : Le Diable et le Bon Dieu.
En ce temps-là le jeune homme imagina - sans rire ! de travailler deux heures par jour.
Fragment de nouvelle
"Il se dressa sur ses pieds :
- Je suis Abraham Ronsard ! et le tronc d'arbre s'abattit.
"Sa femme Albertine lui apporta en plein air une marmite, très lourde, dont elle avait enveloppé d'un linge les anses brûlantes :
- Cesse de brailler. Tu as fendu toutes les poutres de notre maison.
"Il pleura bruyamment, car c'était une fermette à poutres apparentes. Martine lui versa l'épais breuvage aux poireaux :
- Avale ça ; tu es fatigué.
"J'ai achevé ta mère. Tu trouveras des morceaux de cerveau dans la soupe.
"Jean-Pierre, alias Abraham Ronsard, recracha sa cuillerée. Puis, haussant les épaules, il termina son assiette.
Martine, assise sur le tronc abattu, le regardait faire. Puis elle tira de sa poche un miroir de vieil argent orné de deux sirènes ; Jean-Pierre caressa la pointe de leurs seins [caetera desunt]"
En gros caractères : MANGER L'ARTICHAUT D'URGENCE !
15:53 Publié dans la parano qui galope | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : soupe, cerveau


