20.11.2009

Céder

 

C'était avant le mariage. Mon seul ami habitait à Saint-Front-de-Pradoux - “Prolétaires de Saint-Front-de-Pradoux”, disait-il, “unissez-vous !”. Ses grands-parents y possédaient une maisonnette ; ils sont morts à six mois d'intervalle. Jean-Flin, son frère et moi, partagions les mêmes après-midis étouffantes d'ennui, où je leur faisais reprendre syllabiquement les mots de ma langue afin de les retransformer, phonétiquement, en expressions françaises, et réciproquement. Je vous dis ça pour situer. Parfois nous traînons à vélo avec deux trois autres feignards contemporains, dont l'un, ou l'autre, sauf moi - proposait une destination, où nous nous rendions plus ou moins, le sport cycliste n'étant pas notre affaire.

C'est bien lui pourtant, le même Jean-Flin, l'anti-pédé, qui m'abandonne à la vindicte d'un chauffeur qu'il vient personnellement de traiter de connard. Le conducteur me coince sur un talus pour m'engueuler, pour m'humilier jusqu'au trognon, tandis qu'il s'est esquivé, lui, Jean-Flin, d'un viril coup de guidon. J'ai continué à le fréquenter, par peur de la solitude. Parlez-moi de l'amitié. J'ai revu Jean-Flin dix ans plus tard, sortant d'une pièce d'Ionesco. Il m'a dit que je lui semblais sur la mauvaise pente, usant de l'imparfait du subjonctif et reprenant les expressions de ma femme. Puis il a disparu.

Je hais, du fond du cœur, l'humanité entière. Je reprends. S'il est vrai que l'amour de ma vie soit Sylvie Nerval, reste à résoudre l'énigme des scènes de ménage. De ce qui revient à elle, à moi. Je suis un homme, c'est marqué sur ma fiche d'Etat-civil ; donc c'est à moi de raison garder, de former ma femme, et de ne pas donner dans les chiffons rouges - or il n'en est aucun où je ne me soie point rué ; même devant témoins. Mais pourquoi vouloir aussi, et de façon obstinée, me traîner à l'encontre de ma volonté explicitement exprimée. Le féminisme, sans doute : l'homme doit céder.

Deuxième cause de scène : se voir soudain repris, tout à trac, brutalement, comme lait sur le feu, pour un mot décrété de travers, une plaisanterie prétendue de trop d'un coup, telle attitude parfaitement involontaire - ne pas lui avoir laissé placer un mot de toute une soirée par exemple ; avoir désobligé négligemment telle ou telle connaissance dont je me contrefous – bref c'est toute une typologie de la scène de ménage qui serait à établir. Est-il vraiment indispensable de préciser que tout s'achève immanquablement par ma défaite. Je cède aux criailleries : c'est ma foi bien vrai que je suis un homme. Pas tapette, non, ni lopette, mais lavette (“homme mou, veule, sans énergie”). Ce n'est que ces jours-ci que je me suis avisé de la jouissance que j'éprouvais à céder : volupté de l'apaisement ; d'avoir fait le bonheur de l'autre, de m'être sacrifié

05.11.2009

Sové l'hallangue francs seize

 

Chaque fois qu'un esprit parle de la vulnérabilité de la langue française, une voix lénifiante et démissionnaire s'est toujours élevée pour déclarer qu'il « y avait des problèmes plus graves ». A mes observations sur l'horrible prononciation d'Eûûûûdipe, un de ces abrutis m'écrivit que mieux valait encore, somme toute, mal le prononcer que de ne plus savoir qui il était. Oui-da, Messire, et la prochaine étape sera de trouver mieux qu'on parle de lui en anglais, que de ne plus le connaître - va pour Youdaïpe ! Non, non, soyons intégristes, comme des Québécois, comme des Flamands. Avec 200 millions de francophones, elle a de quoi se ressourcer, se vivifier : voilà bien encore de l'optimisme niais ! Que m'importe à moi que des Maliens ou des Norvégiens défendent encore ma langue, si mon propre pays ne la pratique plus !

<!-- @page { size: 21cm 29.7cm; margin: 2cm } P { margin-bottom: 0.21cm } --> Libération d'Ingrid Bétancourt. Bref, ne désespérons pas de la langue française ! Pas du tout M. Imbert. Tout revient. Nous assistons à l' Histoire, et tout ce que nous pouvons faire est de nous tortiller artistement tout en tombant, seule liberté que nous ayons. J'ignore ce qu'il adviendra. Nous avons regardé les Zoé de l'Amazonie, derniers vestiges de la vie primitive. Il lui faut des défenseurs, des militants. Cet homme parle d'or. Je suis d'accord. Mais sans intégrisme ! Ma foi si. Les Flamands le furent bien, intégristes. Ce sont eux qui, par leur susceptibilité, empêchèrent les Français de donner leur langue à l'Europe, et que l'anglais s'imposa. Je déteste cette langue avec intégrisme. A l'orée du siècle passé, 10% de nos compatriotes ne la lisaient ni ne l'écrivaient. Ce n'est pas une raison.

Une araignée remonte son fil vers ma bougie. J'espère qu'elle ne s'enflammera pas. 200 millions de francophones peuvent se dissoudre à la flamme anglaise. Combien de francophones seraient prêts à ne plus l'être ! Les paladins que vous êtes de la langue française ne vivent pas dans une forteresse assiégée : mais si ! Mais trêve d' alarmisme pour ce soir. Lecteur, que veux-tu lire ? J'écrivais au rebours de tout ce qui s'est fait. Je me suis soucié de tout ce qu'il ne fallait pas. Comme la vie, comme la mer, la langue française est toujours recommencée ! Belle envolée... M. Imbert frise l'octantaine... L'optimisme me débecte... La joie me plaît, me submerge, le bonheur en éclair, mais, par pitié, pas d'optimisme...

Or, Claude Imbert (je le vois sur les vignettes) a écrit : Ce que je crois, Par bonheur, et je ne sais quel autre titre indiscernable aux seules lueurs de bougies, dans une couillection de poche. Les affirmations de foi genre d'Ormesson demeurent nécessaires, mais ne me touchent pas. Il y faut de la démonstration, de l'angoisse, une certaine précipitation, le sentiment haletant que nous n'avons à nous, avant la mort, que les mots, et les mille façon de les tresser. Tant que nous n'aurons pas la preuve de notre éternité, ce qui ne saurait manquer dans la suite des siècles. Claude Imbert, journaliste, est né e, 1929 à Quins (Aveyron) – quel coin ? St- Affrique ? Séverac ? Bozouls ? Il existe en Argentine des arrière-petits-fils d'Aveyronnais. Ils connaissent toujours leur département grâce aux traditions de leurs instituteurs. Ils tentent d'apprendre le français. Ils savent situer Entraygues et Montpaon...

 

01.10.2009

Musique et laïcité

Composition particulière, debout sous l'éclairage parcimonieux d'une cage d'escalier, en l'école V. qui coûte la peau des fesses. Je commente un article sur les évêques américains couvreurs de pédophiles, dont certains abrutis condamnent moins les hétéros que les homos, avec l'argument qu'une femme détestant les hommes s'adaptera, tandis qu'un pédé souffrirait toute sa vie. Ça c'est du raisonnement. Le monde me semble à présent plus lointain, plus brumeux, atteint de sexagénarisme à son tour. Je fus fort gêné lorsqu'à C. l'abbé B. poursuivit la conversation à travers la cloison de chiottes. Dieu merci ce fut bref, et j'avalai stoïquement les endives cuites préparées par Dieu sait quelle vieille fille ; après tout, le sexe n'occupe qu'un faible volume, et comme il est facile hélas de s'en (de le ?) détacher.

Sur ce palier d'école c'est tout un autre monde, très laid, poétique, hors du temps depuis 55. Je n'entends pas le violon de ma fille, juste deux pianos et une guitare, qui se recouvrent. A cette heure habituellement j'écoute les infos. Des ombres passent dans l'ombre, trop d'ombres en vérité dans le bus, les magasins, les rues... Ma lecture énumère et dénonce les abus catholiques. Pourquoi ne dénoncent-elle pas les châtiments inhumains des écoles coraniques ? il règne dans ces colonnes une atmosphère de règlements de comptes anti-sacristie assez déplaisante, un ton ricano-persifleur d'yeux en coin, de sourires entendus... Voici des enfants sortant de leurs salles, nous sommes le mercredi soir, tout sent la sincérité sous-payée... si je pouvais trouver pour lire une salle vide, éclairée !

Un an après le début de cette expérience, [les] résultats scolaires (de cette école religieuse incompétente) sont navrants. Ainsi, c'est en raison des mauvais résultats qu'ils se sont fait virer, et non pour leur appartenance à la race punitive des corbeaux. Et que veut dire école à la maison ? En restant chez eux, ou suivant ce que l'on appelait « répétitions » ? Devant moi c'est un va-et-vient lâche et perpétuel ; impossible de bouger, de chercher une salle. Aucune sympathie pour moi ce soir ne se dégage de tous ces gens puant la modestie, l'insignifiance, la vie sans perspective et le, pour finir, cercueil... Aujourd'hui, beaucoup se demandent si on a agit [sic, faute et hiatus compris] dans le meilleur intérêt des enfants. ...Le niveau de ces braves religieux serait-il donc insuffisant ?

Une torpeur me prend. Parfois un train passe de l'autre côté. Depuis vingt ans j'entends parler de ces enfants qu'on embrigade. Ici des filles et des garçons s'emmerdent jusqu'à plus de 20h pour développer leurs sensibilités musicale et gymnique. Il paraît que c'est pour leur bien. Dès demain il leur faudra rentasser dans leurs têtes ce long apprentissage indispensable. Ne cesseront-ils donc jamais de défiler devant moi, en compagnie de papa-maman ? et je ne suis qu'un père parmi eux... Le directeur s'en va, ferme son bureau à clef, j'entends partout jouer, sauter, du piano, des recommandations, peut-être ma fille dans le lointain. Mes notes survivront-elles à mes survivants ?

20.09.2009

Dedikodu

 SALM ("SAUMON" ; ou "BAVARDAGE")

Le tracteur passe, le nuage fraîchit. (...) ...crois pas. Comment peut-on s'isoler lorsqu'on est in estren [sic] évêque. A moins qu'il ne s'agisse d'un isolement à la Marquise de Sévigné, 6 servantes par-devant, 6 louvetiers par-derrière : "Quel bonheur ma fille que cette solitude !" La solitude ne me vaut rien. Lâché en 2012 en plein Paris sans possibilité de contact (vivant dans un appartement prêté), j'avais vite perdu pied, apostrophant les passants dans ma langue, sans qu'ils y prêtassent (pour l'instant) attention, téléphonant même à G. sans savoir que lui dire, m'abstenant de visiter tel ami dont il m'avait donné l'adresse, crainte de devoir parler.

Ou de passer pour un con. Ou pis encore de l'ennuyer. Je voudrais vivre à la campagne "dans ma villa d'été". Mais jamais je n'aurai de villa de campagne, il n'y a plus que vingt étés. Trente si Dieu veut. Attachement de soi à soi. Désolé. (...) Il n'y aurait pas de fin à mon errance. J'aurais avec moi mon ordinateur portable. Je parcourrais la France, l'Espagne et l'Allemagne. Le Portugal et la Suisse, assurément. Je téléphonerais aux êtres cher. Puis plus rarement. Nous nous estomperions tous. On se passerait bien de moi. Je me demande sans cesse ce qu' « on » me trouve. Jamais je n'ai pu éprouver l'efficacité de telles errances, n'ayant jamais dépassé la semaine. Qui de mes ancêtres a été colporteur ?

Ou roulier ? Un de mes grands-oncles fut facteur. Chercher vers Lahaimeix (55). D'autres ancêtres paternels transportaient de grosses meules de comté, ou d'énormes grumes sur des lits de chaînes. Mais je ne veux ni clients, ni autres contacts humains. Je ne tolère que les fournisseurs : pompistes, hôteliers, restaurateurs. Assurément les gens sont très aimables. Pourvu seulement qu'ils soient payés.


HOTEL DE TIQUETONNE

31 03 2052

Silence d'hôtel. Perdre pied d'avec le monde. Echappé à tous. Ce que j'aurais pu devenir. Mort-né ? J'ai préféré la vie à la schizophrénie. Gagner ma vie. D'autres inventent des langues, des mondes - "Avez-vous acheté le dernier Atlas ?" - Blétébéléland. Je m'engourdis. Je dors (il faudrait des photos de cela).



01 04 2052

Déstructurer le langage, parler par langues, dessiner des cartes : perte ou menace, de l'espace, de la pensée ? A 14 ans j'eus le réflexe salutaire d'aligner le temps de ma planète sur celui de la terre elle-même et ne puis donc présumer de ce qui se fût passé par la suite. Asile ? Douloureux épisodes de confision mentale ? Au lieu de me documenter (...)

30.08.2009

La spontanéité

La notion de texte libre présente un danger permanent de folie. S'il se réfère en effet à la notion abstruse d'écriture (plus ou moins) automatique, il aboutit à l'excrétion de diverses syllabes selon une certaine succession de rythmes, lesquels, insuffisamment explicites, dégénèreraient en gestes, mimiques et gesticulations ; cela deviendrait un spectacle dangereux pour l'équilibre psychique du représentateur, de moi-même. Il faut donc, en toute logique, ayant répudié le corps, que le seul Verbe m'inspire, et devienne, par légitime substitution, mon propre corps et ses mouvements mêmes. M'apercevant donc que ces « textes libres » ne sont en fait que des ùjsàgat, des journaux, je récuse cette appellation, et dois me forger d'autres points de départ.

Si ces derniers ne sont ni un mot ni un événement, que sera-ce ? Reprenons : hier vendredi à onze heures, je ne sais pas ce que je faisais, et ma femme sans doute était au lit. Le plus vraisemblable était que j'usais mon temps ici même, à communiquer avec d'autres ombres, mes correspondants. J'ai mangé, puis nous nous sommes rendus, ma femme et moi, dans un lieu où se trouvaient la petite voiture noire et une exposition, située à l'étage d'une association d'entraide à la jeunesse en désarroi. Il y avait là en haut des marches maintes réalisations picturales de mauvais aloi, toutes en bariolages, joyeuses mais artistiquement ineptes.

Pendaient du plafond bas, au bout de ficelles, des feuilles volantes occupées de poèmes naïfs, fort estimables d'un point de vue thérapeutique, mais de valeur nulle quant aux qualités littéraires. J'écrivis cependant sur le livre d'or « Bon courage à mes Frères Humains, et merci pour vos dons ». La mode en effet, qui tantôt cesse et tantôt reprend, est d'estimer le phénomène écrit à l'aune de ses résonances éthiques, ce qui est une absurdité. Qu'un texte corresponde à sa propre logique, bien sûr, mais qu'il ne s'y mêle aucune composante de morale, encore moins de politique. On ne sait pas « à quoi sert » un texte ; on ignore de quelle « utilité » il deviendra, comment il sera perçu.

Après avoir repris chacun nos véhicules, nous nous sommes retrouvés en route, l'un suivant l'autre, et je faisais des grimaces à ma femme qui me suivait, car nous sommes puérils. Frères humains qui écrivez, qui ne m'avez pas atteint, où sont allées vos paroles et vos livres d'heures ? Arrivés en notre bicoque, nos avons joué aux cartes, ce qiu fut vite accompli, l'un de nous ayant remporté la victoire. Ensuite ce fut encore l'écran, cet écran où je me regarde, et ce fut l'heure de repartir vers mon studio d'émission. Depuis près de treize ans en effet je sévis sur La Clef des Ondes, personne n'osant m'employer. Je prétends assumer une émission littéraire ; c'étaient les peintres espagnols qui faisaient l'objet de mon exposé. Parfois j'ai envie de m'assoir, en pleine rue ou dans la prairie, et d'écouter le jour ou les autos passer.

Je mourrais là sur place. Alors, mon émission fut très sage, étant donné mon avancement d'âge, et à quelques jeux de mots près, peu de surprises émaillèrent mon discours. Je me suis moqué des peintres obscurs, Bayeu, Meléndez, prédécesseurs convenus de Goya. Le livre ne présentait que des vignettes en noir et blanc...

03.08.2009

Racines

Mes sources (Quellenforschung : recherche des sources) sont les textes mêmes de Péguy, aux éditions de la Pléiade. Textes en prose essentiellement. Et le “Lagarde et Michard” du XXe siècle, celui où Claudel et Péguy, à eux seuls (édition Ier Trimestre 1962) font, occupent à eux seuls 79 (soixante dix-neuf) pages, respectivement 37 et 41) (Céline : une page (“un auteur bien noir”), Artaud, pas même un nom - Lagarde et Michard n'ont pourtant pas tant manqué de flair, eux qui mentionnent en dernière page Beckett, Ionesco (théâtre) ; Bataille et Blanchot (“théoriciens”), et Robbe-Grillet, Sarraute, Butor pour le roman.

Le dernier texte [(in)volontairement ?] pathétique est tiré d' Un Balcon en forêt de Gracq – qu'ils intitulent : “Peut-être qu'il n'y a plus rien ?”) - et c'est Péguy là encore qui nous apporte les paroles qu'obscurément nous attendions, que nous avons mis un siècle à attendre : que nul ne connaît les secrets de l'histoire, que tous ceux qui ont cru se pénétrer de ses arcanes se sont le plus lourdement trompés sur l'avenir, que quels que soient nos espoirs ou nos malédictions, l'histoire enfantera des milliers de choses inconnues, imprévisibles, sans que nous puissions jamais Dieu merci rien pénétrer. Il n'y a pas de sens de l'Histoire.


Péguy contre la prédestination

Péguy se prononçait contre toute prédestination individuelle.Considérons ceci en effet : - ou bien, tout étant néant, tout reposant sur le diviseur zéro, le Diviseur Absurde (car multiplier par zéro, c'est encore quelque chose, c'est “zéro”, ce n'est pas rien ; tandis que diviser par zéro, ce n'est pas zéro, ce n'est même pas rien, c'est proprement, à la lettre, inconcevable) - en ce point d'intersection (soyons plus net) où nous nous trouvons, nous les hommes, broyés entre l'horizontale du plan temporel, humain, et la verticale, couperet de Dieu – c'est ce que pense le rabbin Loew – contemporain de Rodolphe II de Habsbourg - ne serait-ce pas précisément de là que naît la rage de l'acte et de la parole. (Una salus victis nullam sperare salutem, le seul salut des vaincus est de n'espérer point de salut)

    - ou bien “Dieu a tellement aimé l'homme” (dixit “un prêtre des Cévennes” d'après Jules Romains – qu'il l'a créé LIBRE”) - et dans cet espace de liberté et d'amour laissé par Dieu (posons Dieu comme “x”(Léon Morin, prêtre) - Péguy fait le pari fou de la reproduction – nul de ses fils ne sera baptisé - “ce qu'il y a d'embêtant, écrit-il à Lotte, c'est qu'il faut se méfier des curés. Ils n'ont pas la foi, ou si peu.” - dans cet espace nous sommes libres, exactement comme la fourmi est libre de son itinéraire affolé entre les graviers que la botte de Dieu ne parvient pas à écraser... En cette course éperdue...

    30.07.2009

    Chiant de chez Chiant

     ...plutôt à court-circuiter les mécanismes d'une économie de marché traditionnelle. Je m'en fous. Ces choses ne me concernent pas. L'économie de marché (« redistributrice ») me fait chier. Que certains parviennent à en détourner les lois, pour augmenter leurs profits, grand bien leur fasse. Il paraît qu'on a retrouvé les tablettes d'un marchand babylonien. Je n'y entends rien ; tout fut toujours trop cher à toute époque. Slichkom darogoïé. Moi je suis pour des prix fixés par l'Etat, à cherge pour tous de les respecter. Union Soviétique, parfaitement. « Ça ne marche pas » ? Quelque système que ce soit, s'il trouve en face de lui des bornés idéologiques fermement décidés à vous mettre toutes les branches tordues possibles dans les roues pour que ça ne marche pas, il est bien évident que de toute façon ça va échouer.

    Argument nul. Iddin Mardouk ne se contente pas en effet d'acheter des matières premières en se soumettant au libre jeu de l'offre et de la demande. Ah bon. Ce que je m'en tape. Quel astucieux cet Iddin Mardouk. Et quel roublard, hein ! En Mésopotamie, si peu de littérature ! et tant de comptes ! J'ai toujours profondément méprisé tout le matériel, que je suis bien content d'avoir, certes, mais comme on est heureux d'aller chier tous les jours, sinon on crève ; mais la merde n'est pas ma tasse de thé. Cela remonte à mes années de catéchisme, quand on me parlait de Dieu qui n'existe pas comme chacun sait. Mais qui élève, tout de même. Un Claude m'écrasera toujours de ses considérations économistes fumeuses.

    Mais qu'est-ce que je ne donnerais pas pour ne pas être Claude, pour ne jamais ressembler de près ou de loin à cet individu vide. Se passionner pour l'imbroglio économique : comment peut-on être assez commun. Il aurait alors à subir tous les imprévus des variations de prix ou des ruptures de stock. Ben oui. Fallait y penser. C'est évidenenenent... Pour ce que ça me fout... Bien sûr qu'il y a des imprévus dans la vie de marchand. Il faut un fromage bien juteux, avec stabilité, directivité politique. Plutôt que de laisser jouer la concurrence, il préfère se lier de manière privilégiée avec certains producteurs en leur prêtant de l'argentqui sera ensuite remboursé en nature au moment de la récolte. Eh oui ! How astucious. Mais ces débiteurs ne vont-ils pas modifier après coup la quantité convenue ?

    Ah que c'est passionnant. Quelles choses sèches. Les passions humaines, Monsieur Serge, sont bien diverses, et infiniment éloignées des miennes. Ce sont des créances de ce type qui constituent l'essentiel de l'archive. J'aurais aimé archéologiser. Finalement non : que de restrictions ne m'eût-on pas imposées. Que de calculs, que de fins brossages à la brosse à dents. Que de soumissions aux grands patrons : “C'est moi qui ai découvert, non pas vous. Ce tombeau restera fermé, il attend depuis 4000 ans, et vous prétendriez ne pas vouloir patienter ? Pensez à Ma Carrière!” Sans oublier les éternels “on ne peut conclure – on ne peut conclure”. L'Assyrie ? La Syrie, la Mésopotamie ?

     Elles ne m'ont jamais conquis. Je me serais spécialisé plus bas : IIIe - Xe s. après J.C. J'aurais enseigné tout

    cela – avec passion. Ma passionnante personnalité eût propulsé ma science au premier rang des actualités. Mais il

    y a dans notre texte une note 76 – les notes, surtout multipliées à ce point, ouvrent la porte aux

    plus délicieuses cuistreries : Un demi-sicle d'argent (créance) d'Iddin Marduk, filis d'I. fils de N. sur M., fils de A. Des noms, Messieurs, des noms, et non les initiales de ces mauvais payeurs !

    Combien eussions-nous préféré que tant d'exotiques syllabes nous eussent trituré la glotte interne plutôt que ces poussiéreuses considérations dont vous nous ennoyez, méthode inductive de l'économisme, méthode déductive historiciste ! et tant de redondances ! “Au mois de Simâm il paiera ½ sicle d'argent.” “Sinon il payera 45 pitu d'oignons au mois de Nisan. C'est de l'argent (qui a été payé) à N.” Très vivant, très vivant en vérité. Déjà ces hommes si industrieux, si totalement disparus ! Je ne puis décidément dépasser les propos de comptoir. Montaigne, Jeanson, font mieux que moi. J'ai désappris à penser, si tant est que je l'aie jamais su. En devenant créancier de ses fournisseurs, 77 ! C'est là l'infernal de l'affaire : les notes interruptrices.

    Multipliées comme des maringouins. Aujourd'hui je n'ai rien foutu. Juste aussi con que Christine Angot. Je ne saurai pas la fin de la phrase. Quel astucieux ce Marduk...

     

    28.07.2009

    S'il y en a que ça intéresse...

     

    « Très dur. D'autant qu'il n'y a aucune faille dans cette démarche conduite more geometrico, à la manière des géomètres, c'est-à-dire avec axiomes, théorèmes, démonstrations et corollaires. On pourrait peut-être refuser les axiomes de départ, mais à quel titre ? Car, justement, le système de Spinoza est le moins « cher », celui qui obéit parfaitement au principe d'économie préconisé par Leibniz » (je suppose que Dieu aurait créé le monde en suivant la voie la plus simple). « Son principe premier », reprend M. Galand, « est une définition de la substance, définition réduite à sa plus simple expression. Par exemple, à l'inverse de Descartes et de Leibniz, il n'a pas besoin de faire le détour par un Dieu créateur pour donner une cohérence à son système.

     Oh, Dieu, il en parle ! Mais pour dire que ce que les autres appellent Dieu (infini et cause de soi), ce n'est rien d'autre que la Nature elle-même. Bref, qu'il n'est pas de Dieu transcendant à la Nature, tout juste un Dieu (si on veut l'appeler comme ça) immanent à la Nature. Cet immanentisme aurait pu le conduire au bûcher et il eut bien raison de ne rien publier de son vivant » (il n'a pas eu à poireauter longtemps : mort à 45 ans). « Car, après sa mort, quand on a commencé à le lire, tout le monde a compris. » (on l'avait excommunié, par le hérem, parce que les rabbins avaient bien dû tout de même flairer quelque chose). « L'homme qui avait osé écrire « Deus sive Natura », Dieu c'est-à-dire la Nature, était le premier philosophe en Occident à proclamer que Dieu n'existait pas.

     Lui enlever sa transcendance, lui ôter son pouvoir créateur, c'était assurément lui dénier toute existence. C'était une révolution, une formidable révolution, même si on a cherché à l'occulter pendant des siècles. Mais le plus terrible, dans notre affaire, ce qui referme le piège » (et là je resouligne la marge, à la verticale), « c'est que le philosophe qui décrète la mort de Dieu est en même temps celui qui, en passant, déclare la mort du sujet. Il faut comprendre cela : le premier penseur véritablement libre est aussi celui qui affirme qu'il n'y a pas de pensée libre » (souligné par moi) (je dis cela par scrupule autant que par vanité). « Terrifiant paradoxe. Dès lors l'aporie est infernale. Ou bien je persiste à vouloir affirmer le Sujet et, dans ce cas, je me condamne à le fonder théologiquement et à épouser un idéalisme dont Leibniz m'a donné l'exemple. Ou bien je refuse l'hypothèse d'un Dieu créateur, je hausse les épaules devant les postulats exorbitants des idéalistes et, avec Spinoza, je jette le Sujet avec l'eau du bain. »

    « Disons-le tout de suite, ce dilemme est un faux dilemme » (« ah, bon... » - écris-je, fatigué, dans la marge, ce qui prouve que j'ai bien regardé le prof mais que je n'ai plus suivi, tandis qu'il continue à s'exciter avec son propre raisonnement) “comme nous le verrons dans la troisième partie. Pour autant, il a empoisonné la pensée occidentale pendant deux siècles et il est intéressant de faire l'état des lieux aujourd'hui. Des décombres, pour être plus précis. » Intervient alors une page blanche, et une autre portant le sous-titre : Deuxième partie – Les décombres. “Débarrassons-nous d'abord, nous dit l'auteur, “de ce qui ne sera plus notre propos : l'affirmation du Sujet au sein d'une métaphysique idéaliste.” Eh bien braves gens j'allais le dire. Et pour ceux qui s'intéressent à la véritable philosophie, qui est ontologie, et non pas babioles du style “différence entre l'amour et l'amitié”, comme le faisait si justement observer Michel Tournier, du grain est à moudre, et de façon bien plus intelligente, dans l'ouvrage de Bernard Galand avec un d, au Bord de l'Eau : Le Manifeste du Sujet, 12€.

    17.06.2009

    La quéquette et la zézette

    Lecture fut faite de ce compte rendu d'expérience : la femme choisirait l'homme le plus éloigné d'elle, même par son odeur. Cette différenciation faciliterait l'immunité microbienne. « Schématiquement les femmes non fécondées portent leur dévolu sur les odeurs d'hommes aux caractères HLA alors que cette tendance s'inverse durant la grossesse ou après. » Me voilà bien avancé. Réduit à nouveau à ces mécanisteries transformant inexorablement l'humain en assemblage de réflexes. Que la femme puisse flairer l'homme me semble incongru : il me semble que nous puons tous. <!-- @page { margin: 2cm } P { margin-bottom: 0.21cm } -->

    Je n'aime pas l'idée qu'une femme me flaire comme une éventuelle possession. « Tout se passe comme si la femme souhaitait un partenaire génétiquement éloigné pour la reproduction et un homme plus proche des caractère HLA paternels pour le rôle familial. » Ce qui signifie pour le profane que je suis que la femme changerait de partenaire pendant la grossesse pour mieux assurer la proximité du bébé avec un autre homme. C'est exactement ce qui s'est passé avec la grossesse de ma femme, enceinte d'un autre. Stupéfiant. J'apprends des choses renversantes : notre cerveau instinctif porte la marque du père, notre cerveau « intelligent », cortical, l'empreinte de la mère.

    Et s'il y a tant de mâles, alors qu'un seul suffirait pour engendrer des tas de femelles, c'est qu'il faut à la nature sans cesse renouveler le potentiel génétique pour que les humains survivent. J'ai très souvent eu l'impression de ne pas perdre mon temps à corriger les textes du Bord de l'Eau, quoique celui-ci ne m'ait pas été confié. «Ici nous retrouvons donc le terrain miné de l'inceste » : en effet, quoi de mieux que la belle-famille pour s'occuper de l'enfant. N'est-ce pas ma belle-mère qui s'est mieux soucié de ma fille que moi-même durant les trois premières années.Et n'est-ce pas le frère de la mère qui dans les sociétés germaniques l'emportait sur le père en ce qui concernait l'autorité sur l'enfant.

    « ...Mais tous ceux qui adhéreront à la notion des racines biologiques de la nature humaine, aux liens que la biologie tisse entre l'évolution et le comportement, ceux-là noteront que le choix du partenaire guidé par le complexe majeur d'histocompatibilité s'accorde avec le refus de l'inceste. » Assurément. Mais pour protéger, élever l'enfant, le millieu de la belle-famille se révèle indispensable. Et d'autre part, l'inceste a des raisons biologiques. Mais alors, pourquoi les animaux le commettent-ils sans aucune conscience ni prescience, ni instinct ? « L'idée d'un substratum biologique aux comportements sociaux est loin d'être récente mais elle fut depuis fort longtemps combattue par Sigmund Freud.

    Notre brave Gualde va-t-il nous amuser longtemps avec Dieu sait quelle « ringardise » de Freud, va-t-il s'en tenir aux ronflants couplets sur la morale, passant sous silence le fait marquant déduit par moi de ses affirmations scientifiques : le père biologique ne saurait être le même, en toute efficacité, que le père nourricier ? Le père spermatozoïdique pourrait alors en toute bonne conscience prendre le largeune fois la fécondation assurée ? Quel bouleversement dans la morale des mœurs ! Quelles claques ! Quels romans à imaginer ! « En 1917, Edward Westermarck proposa la notion suivante : « Il y a une aversion innée pour les relations sexuelles entre les personnes vivant très près les unes des autres dès leur jeunesse, et si de telles personnes, et si de telles personnes ont des liens de sang, le sentiment devrait naturellement se manifester dans les coutumes et les lois comme une horreur des accouplements entre proches parents ».

    Qu'il me soit permis d'en douter, surtout eu égard à ce que je trouve dans Pourquoi j'ai mangé mon père : les fils couchent avec leurs sœurs, comme font les animaux, et ce n'est que sur l'injonction du père qu'ils se voient contraints d'aller chercher leurs épouses ailleurs, en exogamie. Les hommes ont donc eu conscience, à un certain momente de leur histoire, d'un instinct...

    26.05.2009

    Lee citations à son pépère

    Je tiens un petit carnet comme ça, depuis mes 18 ans, où je me suis arrêté de grandir. Celles-là furent collectées en 76. A présent, j'approche des 5000...

     

    2186 . - O parents compréhensifs qui rendez les foyers désirables, vous ne saurez jamais de quoi vous avez privé vos enfants !
    Robert MALLET
    Préface aux Poésies de A.O. Barnabooth de Valery LARBAUD (N.R.F. « Poésie » / Galllimard)

    2187 . - ...cette versification de l'impuissance avouée qui, précisément, crée le mystère de la sincérité dans ses difficiles rapports avec le Verbe.
    id. ibid. 

    2188 . - Je fais du genre humain deux parts, l'opprimante et l'opprimée ; je hais l'une et je méprise l'autre.
    D'ALEMBERT
    Lettre à Voltaire du 18-11-1771

    2189 . - Pour qu'une chose soit intéressante, il suffit de la regarder longtemps.
    Gustave FLAUBERT

    2190 . - Ah ! il faut que ces bruits et que ce mouvement
    Entrent dans mes poèmes et disent
    Pour moi ma vie indicible, ma vie
    D'enfant qui ne veut rien savoir, sinon
    Espérer éternellement des choses vagues.
    Valery LARBAUD 
    Les poésies de A.O. Barnabooth – Ode

    2191 . - En vérité, ses trente-six ans, il me semble qu'il les a toujours eus, depuis dis ans que je le connais, qu'il les avait sans doute déjà avant que je le connusse, et probablement de naissance. Simplement, il était jusqu'à présent trop jeune pour ses tren-six ans, comme il sera désormais et davantage d'année en année trop vieux pour ses trente-six ans. 
    Chaque homme doit ainsi avoir toute sa vie un « âge essentiel » auquel il aspire aussi longtemps qu'il ne l'a pas atteint, auquel il s'accroche quand il l 'a dépassé.
    Michel TOURNIER
    Le roi des aulnes
    I – Ecrits sinistres d'Abel Tiffauges
    30-10-1938

    2192 . - Personne n'avait autant que lui la conscience de son destin, un destin rectiligne, imperturbable, inflexible qui ordonnait à ses seules fins les évènements mondiaux les plus grandioses. Mais cette conscience impliquait également une lucidité sans indulgence à l'égard de l'accidentel, de l'anecdotique, de toutes ces menues babioles auxquelles le commun des mortsls s'attache et laisse des lambeaux de son cœur quand il faut partir.
    id. ibid. 
    III - Hyperborée  


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