26.12.2009
Péguy
Le cadavre de Péguy MORT AU CHAMP D'HONNEUR sentit tout de suite bon. Qu'il était désormais commode, avantageux, d'enrégimenter le lieutenant Péguy, de l'engranger tout chaud au bénéfice de la propagande patriotique ! Et vichyste ! (“Et sa voix crie toujours : Tirez ! Tirez ! Nom de nom!” - “Un admirable exemple – la Mort du poète” - imagerie d'Epinal) - les témoignages s'accordent: Péguy mourut debout, refusant de s'abriter malgré les cris, les injonctions de ses soldats. Non, Péguy n'est pas mort d'avoir été boudé par l'Académie. Péguy est mort en héros. Cependant on meurt toujours de quelque(s) atteinte(s). (Notre Jeunesse). Pas un volume de Péguy à la Bibliothèque “Il a mauvaise presse, non ? Il est de droite ?” (“il n'y a pas qu'à Orange", diront quelques mauvais esprits...) - à étudier (sujet de thèse) : “De l'utilisation – de l'abus ! - de Péguy par le régime de Vichy” (comment ont-ils fait pour se tirer de l'engagement dans l'affaire Dreyfus ? “l'exception qui confirme la règle ? - aussi sournois, aussi imparable, irrattrapable, que l'exploitation de Nietzsche, de Wagner, par les nazis – celle de Péguy – édité en Pléiade en 1941 – putain c'était toujours plus mérité qu'Aragon...
En vérité (“Péguy et Vichy”), rien ne comblerait autant ma curiosité que de lire (il doit bien y en avoir) les articles nécessairement dithyrambiques, voire les feutrées polémiques ayant pu agrémenter cette sacralisation. Il est vrai que l'indépendance de la presse, en 41...
Emergence de Péguy
En 1911, Barrès tenta de faire attribuer à Péguy le prix de littérature de l'Académie ; Lavisse, Directeur de l'Ecole Normale Supérieure, “pape de l'histoire officielle”, patriote, clérical, laïque et colonialiste (je cite le Larousse) - le lui fit manquer, soutenant contre toute attente la candidature de Romain Rolland, jusqu'ici meilleur ami de Péguy. Romain Rolland, qui maintint sa candidature, le récompensait bien mal d'avoir publié Jean-Christophe. (il n'aurait pas apprécié, paraît-il, que les Cahiers se réservassent la pleine et entière propriété de ses œuvres à lui (Seizième Cahier). Mais Laudet, Le Grix, Lavisse (“Pétrole et eau bénite : c'est très porté”, dit ce dernier) - autant d'ennemis douceureux qui blackboulèrent sa “Jeanne d'Arc”.
Péguy comptait sur une reconnaissance publique ; que vingt années de carrière épuisante, éreintante, besogneuse, aux “Cahiers” lui rapporteraient tant soit peu de reconnaissance ; Péguy ne pardonna pas. Car il connaissait son propre mérite. Il savait qu'il avait écrit un chef-d'œuvre, qui serait peut-être exclus de nos programmes – protestations des parents d'élèves laïques!)....Barrès ne lui avait-il pas laissé entrevoir qu'il pourrait “être de l'Académie Française d'ici trois ou quatre ans”. C'est aussi un article de Barrès qui l'a fait connaître du grand public. Après sa mort : c'est un grand écrivain, disait-il en substance, un grand poète, peut-être un saint, qui vient de mourir...
Mais ni Maurras, ni l'Action française, ni plus tard Vichy - n'ont jamais pu le récupérer. “Race", "Nation", "Peuple", chez Péguy – ce sont tout de même de tout autres choses que dans la bouche de JMLP. D'autres l'ont démontré bien mieux que je ne saurais faire. Certains lui ont même reproché son estime pour un Henri Massis (“c'est un fort honnête homme”) ; mais ce dernier n'adhéra à l'Action Française qu'après la mort de Péguy. Ne mélangeons pas tout. “C'est l'attitude prise par Pierre Massis vis-à-vis de la Sorbonne qui devait surtout le rapprocher de Péguy” - Pléiade, note p. 1603 du tome II. Ce que fût devenu Péguy s'il eût survécu appartient au domaine de la vaine spéculation et du procès d'intention.
L'affaire Dreyfus
Péguy fut dreyfusard, de la première heure, viscéral, ce qui servit peut-être de bonne conscience au pétainisme anti-juif ? ...Dreyfusard donc Charles P. mais refusant d'exploiter Dreyfus à des fins politiques, dreyfusard mais refusant d'entrer en anticléricalisme, aussi bien qu'en cléricature absolue, béni Péguy, mais jamais cul-béni. Rien de plus exaspérant d'entendre parler de Péguy (et c'est presque à toutes les fois) comme d'une grenouille de bénitier, comme d'un cafard de sacristie. Encore maintenant. Même et je me demande parfois si ce n'est pas surtout parmi les “spécialistes”. “Mon Dieu, si vous existez, sauvez mon âme, si j'en ai une” (c'est la plus belle prière que je connaisse ; elle serait d'un rabbin espagnol).
Péguy dut beaucoup aux juifs, "qu'il a beaucoup fréquentés" - "ils ont la religion dans le sang" – mais il est bien moins facile de justifier une accusation, que de répéter une calomnie ( “il en restera toujours quelque chose”) ; l'exergue de cet ouvrage se réfère précisément à certains malveillants l'accusant de ne pas avoir su “prendre le virage”, du dreyfusisme mystique au dreyfusisme politique soit combiste, anticlérical (illustration a contrario : avant Lech Walesa, le catéchisme était interdit ; après son accession au pouvoir, obligatoire ; où est le gain de liberté ?) - soit antimilitariste. Péguy, par exemple, ne sombra jamais ni dans l'un, ni dans l'autre. Ni dans la naïveté de croire, avec Jaurès, que les syndicalistes allemands sauveraient la paix... Péguy devint obsédé par la dégradation de son capital de mystique, à l'utilisation de son idéal dreyfusiste en machine de guerre politique, pire : gouvernementale, contre les clercs, contre les guerriers. Péguy n'en était pas, n'en était plus. Ce n'était donc pas lui qu'il fallait défendre, mais tous ces meneurs d'hommes qui, sciemment, politiquement, cyniquement, s'étaient engouffrés dans la brèche de la plus vile démagogie.
Il imaginait encore moins qu'ensuite, pour s'être détaché des opportunistes, parmi lesquels il plaça Jaurès (“il y aura, je l'ai promis, de nombreux cahiers qui s'intituleront Mémoires d'un âne, ou peut-être, plus platement, mémoires d'un imbécile. Il n'y en aura aucun qui s'intitulera mémoires d'un lâche, ou d'un pleutre (nous laisserons ceux-ci à faire à M. Jaurès et ils ne seront certainement pas mal faits.). (Il est si bon maquignon)”, et Combes, seuls désormais auto-estampillés “de gauche”, il lui serait reproché d'avoir fait le lit de la droite, voire pire (cette manie d'employer sans cesse le mot “race”, voir plus haut).
Pourquoi Sollers a-t-il cité Péguy en le jetant “dans la fosse commune de la France moisie” ? A-t-il oublié l'Affaire Dreyfus ? Pourquoi aussi Péguy, dans De l'Argent, suite, s'est-il laissé aller à vouloir supprimer l'ennemi intérieur, comme en temps de guerre et de révolution, quand cet ennemi s'appelait Jaurès ? “Tu sais quel respect, écrivait-il en 1900 dans sa Lettre du Provincial, quelle amitié, quelle estime j'ai pour la robustesse et la droiture de Jaurès". Mesura-t-il plus tard ce qu'il en coûta de mêler sa voix aux aboiements, aux chienneries assassines d'un Lucien Daudet ? ...il est tout de même gênant, exaspérant, de ne jamais, jamais ! pouvoir admirer quelqu'un proprement, sans réserve, inconditionnellement, jusqu'au bout - pourquoi parle-t-il, à propos de Jaurès, de guillotine, et d'une “grande voix” qu'il s'agirait de couvrir d'un “roulement de tambour”, comme l'on fit pour exécuter Louis XVI, traître à sa patrie ?
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18.12.2009
Brève
MA DECLARATION
Père instituteur condamné à mort par les FFI pour collaboration, requalifié en droit commun, gracié par les Américains.
Né le 13 10 1944. Adolf est toujours vivant.
Etudes brillantes, puis lycée mixte, études moyennes
UNE FEMME, UNE VOCATION, UN BOULOT - EINE FRAU, EIN RUF, EIN BERUF
Tu seras professeur, mon fils.
1969, Monségur 47, premier roman ou “les enfants pédophiles,”. Refusé.
[...]
1974, Jehan de Tours, “la pédale douce” - croyant mais pas pratiquant – Refusé.
1976, Le Jeu des Parallèles – Refusé.
1987, Khyrs et Tzaghîrs, fresque grandiose – Refusé.
Brillantes prestations radiophoniques avec l'émission Lumières, Lumières (en hommage à Gérard Manset), 18 ans d'existence et autant d'auditeurs.
1996, Omma (“L'Île maudite”, aux éditions du Bord de l'Eau) – 123 ventes en librairie, un triomphe.
1998, 2000 joue Le Banquier anarchiste de Pessoa, Compagnie du Pont-Tournant à Bordeaux.
2005,Pourquoi ont-ils tué Péguy, à paraître en avril ( si Dieu veut)(même édition)
Petit livre des grandes fêtes religieuses monothéistes (juives, chrétiennes, musulmanes) au Bord de l'Eau
Sans compter une quantité impressionnante d'avortons (Paziols, Roswitha, etc.) sauvagement entassés dans l'armoire, comme tout lecteur d' Ecrire et Editer qui se respecte.
Et tout le reste est de l'anecdote.
21:48 Publié dans Grattages de tête... | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : écriture; guerre; biographie
14.12.2009
Péguy n'était pas nazi
En vérité (“Péguy et Vichy”), rien ne comblerait autant ma curiosité que de lire (il doit bien y en avoir) les articles nécessairement dithyrambiques, voire les feutrées polémiques ayant pu agrémenter cette sacralisation. Il est vrai que l'indépendance de la presse, en 41...
Emergence de Péguy
En 1911, Barrès tenta de faire attribuer à Péguy le prix de littérature de l'Académie ; Lavisse, Directeur de l'Ecole Normale Supérieure, “pape de l'histoire officielle”, patriote, clérical, laïque et colonialiste (je cite le Larousse) - le lui fit manquer, soutenant contre toute attente la candidature de Romain Rolland, jusqu'ici meilleur ami de Péguy. Romain Rolland, qui maintint sa candidature, le récompensait bien mal d'avoir publié Jean-Christophe. (il n'aurait pas apprécié, paraît-il, que les Cahiers se réservassent la pleine et entière propriété de ses œuvres à lui (Seizième Cahier). Mais Laudet, Le Grix, Lavisse (“Pétrole et eau bénite : c'est très porté”, dit ce dernier) - autant d'ennemis douceureux qui blackboulèrent sa “Jeanne d'Arc”.
Péguy comptait sur une reconnaissance publique ; que vingt années de carrière épuisante, éreintante, besogneuse, aux “Cahiers” lui rapporteraient tant soit peu de reconnaissance ; Péguy ne pardonna pas. Car il connaissait son propre mérite. Il savait qu'il avait écrit un chef-d'œuvre, qui serait peut-être exclus de nos programmes – protestations des parents d'élèves laïques!)....Barrès ne lui avait-il pas laissé entrevoir qu'il pourrait “être de l'Académie Française d'ici trois ou quatre ans”. C'est aussi un article de Barrès qui l'a fait connaître du grand public. Après sa mort : c'est un grand écrivain, disait-il en substance, un grand poète, peut-être un saint, qui vient de mourir...
Mais ni Maurras, ni l'Action française, ni plus tard Vichy - n'ont jamais pu le récupérer. “Race", "Nation", "Peuple", chez Péguy – ce sont tout de même de tout autres choses que dans la bouche de JMLP. D'autres l'ont démontré bien mieux que je ne saurais faire. Certains lui ont même reproché son estime pour un Henri Massis (“c'est un fort honnête homme”) ; mais ce dernier n'adhéra à l'Action Française qu'après la mort de Péguy. Ne mélangeons pas tout. “C'est l'attitude prise par Pierre Massis vis-à-vis de la Sorbonne qui devait surtout le rapprocher de Péguy” - Pléiade, note p. 1603 du tome II. Ce que fût devenu Péguy, s'il eût survécu appartient au domaine de la vaine spéculation et du procès d'intention.
L'affaire Dreyfus
Péguy fut dreyfusard, de la première heure, viscéral, ce qui servit peut-être de bonne conscience au pétainisme anti-juif ? ...Dreyfusard donc Charles P. mais refusant d'exploiter Dreyfus à des fins politiques, dreyfusard mais refusant d'entrer en anticléricalisme, aussi bien qu'en cléricature absolue, béni Péguy, mais jamais cul-béni. Rien de plus exaspérant d'entendre parler de Péguy (et c'est presque à toutes les fois) comme d'une grenouille de bénitier, comme d'un cafard de sacristie. Encore maintenant. Même et je me demande parfois si ce n'est pas surtout parmi les “spécialistes”. “Mon Dieu, si vous existez, sauvez mon âme, si j'en ai une” (c'est la plus belle prière que je connaisse ; elle serait d'un rabbin espagnol).
Péguy dut beaucoup aux juifs, "qu'il a beaucoup fréquentés" - "ils ont la religion dans le sang" – mais il est bien moins facile de justifier une accusation, que de répéter une calomnie ( “il en restera toujours quelque chose”) ; l'exergue de cet ouvrage se réfère précisément à certains malveillants l'accusant de ne pas avoir su “prendre le virage”, du dreyfusisme mystique au dreyfusisme politique soit combiste, anticlérical (illustration a contrario : avant Lech Walesa, le catéchisme était interdit ; après son accession au pouvoir, obligatoire ; où est le gain de liberté ?) - soit antimilitariste. Péguy, par exemple, ne sombra jamais ni dans l'un, ni dans l'autre. Ni dans la naïveté de croire, avec Jaurès, que les syndicalistes allemands sauveraient la paix... Péguy devint obsédé par la dégradation de son capital de mystique, à l'utilisation de son idéal dreyfusiste en machine de guerre politique, pire : gouvernementale, contre les clercs, contre les guerriers. Péguy n'en était pas, n'en était plus. Ce n'était donc pas lui qu'il fallait défendre, mais tous ces meneurs d'hommes qui, sciemment, politiquement, cyniquement, s'étaient engouffrés dans la brèche de la plus vile démagogie.
Il imaginait encore moins qu'ensuite, pour s'être détaché des opportunistes, parmi lesquels il plaça Jaurès (“il y aura, je l'ai promis, de nombreux cahiers qui s'intituleront Mémoires d'un âne, ou peut-être, plus platement, mémoires d'un imbécile. Il n'y en aura aucun qui s'intitulera mémoires d'un lâche, ou d'un pleutre (nous laisserons ceux-ci à faire à M. Jaurès et ils ne seront certainement pas mal faits.). (Il est si bon maquignon)”, et Combes, seuls désormais auto-estampillés “de gauche”, il lui serait reproché d'avoir fait le lit de la droite, voire pire (cette manie d'employer sans cesse le mot “race”, voir plus haut).
Pourquoi Sollers a-t-il cité Péguy en le jetant “dans la fosse commune de la France moisie” ? A-t-il oublié l'Affaire Dreyfus ? Pourquoi aussi Péguy, dans De l'Argent, suite, s'est-il laissé aller à vouloir supprimer l'ennemi intérieur, comme en temps de guerre et de révolution, quand cet ennemi s'appelait Jaurès ? “Tu sais quel respect, écrivait-il en 1900 dans sa Lettre du Provincial, quelle amitié, quelle estime j'ai pour la robustesse et la droiture de Jaurès". Mesura-t-il plus tard ce qu'il en coûta de mêler sa voix aux aboiements, aux chienneries assassines d'un Lucien Daudet ? ...il est tout de même gênant, exaspérant, de ne jamais, jamais ! pouvoir admirer quelqu'un proprement, sans réserve, inconditionnellement, jusqu'au bout - pourquoi parle-t-il, à propos de Jaurès, de guillotine, et d'une “grande voix” qu'il s'agirait de couvrir d'un “roulement de tambour”, comme l'on fit pour exécuter Louis XVI, traître à sa patrie ?
Juifs (encore...!)
Combien au contraire Péguy réserve-t-il son admiration pour son ami Bernard-Lazare, celui qui a déclenché l' “Affaire Dreyfus” (“Je ferai le portrait de Bernard-Lazare. Il avait, indéniablement, des parties de saint, de sainteté. Et quand je parle de saint, je ne suis pas suspect de parler par métaphore”) ; ...un cœur qui battait à tous les échos du monde, un homme qui sautait sur un journal, et qui sur les quatre pages, sur les six, huit, sur les douze pages d'un seul regard comme la foudre saisissait une ligne et dans cette ligne il y avait le mot Juif, un être qui rougissait, qui pâlissait, un vieux journaliste, un routier du journal(isme), qui blêmissait sur un écho, qu'il trouvait dans ce journal, sur un morceau d'article, sur un filet, sur une dépêche, et dans cet écho, dans ce journal, dans ce morceau d'article, dans ce filet, dans cette dépêche il y avait le mot Juif ; un cœur qui saignait dans tous les ghettos du monde...”) - la France pourrie, Péguy ? Lui, l'ami de Bernard-Lazare? Souviens-toi Péguy de ce que tu as écrit sur Jaurès. Les paroles s'envolent, scripta manent – les écrits restent...
Les Juifs (encore )
Pour la première fois en terminale, j'ai su, j'ai appréhendé ce que pouvait bien étre "un Juif". Je fréquentais une certaine Véra B. "Méfie-toi", me dit ma mère, "ces gens-là peuvent te coincer avec leur fille, le revolver à la main - tout passait par le ton, les accents de ma mère, - et te forcer à l'épouser" - combien n'eussè-je pas béni celui qui, revolver au poing, m'eût contraint d'épouser Véra B., juive marocaine !
Péguy écrivit sur les juifs des pages qui aujourd'hui encore seraient d'utilité publique. Son meilleur ami Lazare Bernard (de son vrai nom) mourut de toutes sortes d'épuisements cérébraux et cardiaques. Il représentait l'incarnation si l'on peut dire de la mystique d'Israël, non pas la “politique juive”, ni l'Etat Juif (Péguy ne fait même pas une allusion à Theodor Herzl dans son œuvre) mais l'Israël de la Bible, qui n'est pas non plus celui de saint Paul (étendant la notion à tous ceux que le Christ a élus). Péguy trouve aux juifs des particularités, des spécificités, il dit “cette race”, mais suffit-il d'employer ce mot, de vouloir définir le juif pour aussitôt se faire taxer d' “antisémitisme” ? c'est tout au contraire afin de mieux souligner ce qu'ils ont de commun avec tous les peuples (nous préférons à présent “ethnies” - existe-t-il une ”ethnie française” ? ...cessons de tout voir avec nos gros yeux de 2005, nos bons grands yeux tout embués de certitudes et de vertus.) Il existe donc chez les juifs, dit Péguy, comme chez tout homme du peuple, un désir éperdu de ne surtout pas, à aucun prix, passer d'une “période”, où Dieu merci rien n'arrive, à une “époque”, où se réactivent les forces de l'Histoire.
Comme disaient certains juifs pleins d'humour : “Ne vous préocupez donc pas de l'Affaire, laissez-nous plutôt faire des affaires” (Péguy : “On lui en voulait surtout” (à Bernard-Lazare), “les juifs lui en voulaient surtout, le méprisaient surtout parce qu'il n'était pas riche.”) Péguy relève donc, chez Bernard-Lazare, qu'il ne fallait ni territoire, ni autorité d'Etat – juif, ou autre. Il se livre disions-nous, il se laisse aller à un éloge, à une considération forcément “datée” du peuple juif d'avant Auschwitz (par la force des choses) : ”Ils savent ce que ça coûte que de porter Dieu et ses agents les prophètes. Ses prophètes les prophètes. Alors, obscurément, ils aimeraient mieux qu'on ne recommence pas. Ils ont peur des coups. Ils en ont tant reçu. Ils aimeraient mieux qu'on n'en parle pas. Ils ont tant de fois payé pour eux-mêmes et pour les autres.” Plus loin (Notre Jeunesse) :”Je connais bien ce peuple. Il n'a pas sur la peau un point qui ne soit pas douloureux, où il n'y ait un ancien bleu, une ancienne contusion, une douleur sourde, la mémoire d'une douleur sourde, une cicatrice, une blessure, une meurtrissure d'Orient ou d'Occident.” Et enfin :”Ils reconnaissent l'épreuve avec un instinct admirable, avec un instinct de cinquante siècles. Ils reconnaissent, ils saluent le coup. C'est encore un coup de Dieu. La ville sera encore prise, le Temple détruit, les femmes emmenées. Une captivité vient, après tant de captivités. De longs convois traîneront dans le désert. Leurs cadavres jalonneront les routes d'Asie. Très bien, ils savent ce que c'est. Ils ceignent leurs reins pour ce nouveau départ. Puisqu'il faut y passer ils y passeront encore. Dieu est dur, mais il est Dieu.”
...Le désir donc que rien ne se passe. Que les “prophètes” justement, n'aient pas à intervenir, à retentir. Et Péguy nous dit cette chose terrible, que l'on eût bien acheté la paix pour tous les Autres Juifs par un bon sacrifice de bon bouc émissaire, à savoir Dreyfus, parfaitement, lui-même. Et cet auto-stoppeur juif, à qui je demandai sottement, impudemment, un jour, pour meubler, “l'effet que cela fai[sai]t d'être juif”, me répondit “cela fait l'effet d'être un homme” ; à savoir toujours inquiet, sur le qui-vive, menacé par la mort et le sarcasme, qui est peut-être pire que la mort ; les juifs seraient-ils plus hommes que les autres ?
Et uniquement lorsqu'ils sont persécutés? Bernard-Lazare, instigateur donc de l'Affaire .Dreyfus, mort de l'indifférence des autres juifs, qui se fussent bien aussi, après coup – et la famille Dreyfus en premier lieu, et les jauressistes avec elle, après tout, accommodés de l'amnistie – mourut à 37 ans, tué par la conspiration du silence. A rapprocher de Péguy, futur mort par excès d'idéalisme. Que puis-je dire. Laisser la parole à Péguy, voilà ce qu'il faudrait. Le lire en public avec le ton, le poids, la masse et la subtilité d'un Cuny, d'un Trintignant. Pouvoir se dire que l'on a ce poids, qu'on l'a acquis, mérité de l'acquérir: juste lire Péguy en public, dans un théâtre, comme on a lu Céline.
Je fais un rapprochement, juste comme ça. Et ce n'est peut-être pas le moment. S'il y a un moment. “Israël une fois de plus” (dit Péguy) ( à propos de ce silence imposé par les juifs eux-mêmes à la Justice) “Israël poursuivait ses destinées temporellement éternelles” (il ne s'agit pas de l'Etat, évidemment, mais de l'ensemble des juifs). Péguy exalte l'affaire Dreyfus à la façon d'une guerre, la seule qu'il ait pu véritablement mener – avant sa mort - une guerre sans victime corporelle. Affaire Dreyfus mal menée, malmenée, “des lions menés par des ânes” - c'est ce que l'on a pu dire au début de la Guerre 14 - mais déjà donc, forcément, pour l'Affaire Dreyfus.
Même après que Dreyfus eut été réhabilité, on ne pouvait nier qu'il se fût hélas développé, incarné - une telle vague d'antisémitisme !... de l'affaire Dreyfus à Auschwitz, il n'y a qu'un pas, qu'une avenue, un boulevard ! VICTOIRE A LA PYRRHUS. Je dirais bien (par proverbe) “on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs” – mais je me méfie... On l'a tellement utilisé, ce proverbe... "Je n'ai jamais beaucoup vu d'omelette..."Méfie-toi de tes amis, Péguy.
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02.12.2009
Péguy, et Papa
De la guerre
Mon père naquit trop tard pour conserver de la Première Guerre Mondiale (et Dieu merci...) autre chose que le souvenir d'un joyeux branle-bas, où surnageaient les images d'un régiment d'Annamites, qui touillaient le riz dans un immense chaudron, et de Russes qui dansaient à la façon de leur pays devant le petit Noubrozi émerveillé. Le jour de l'armistice, il y eut grand carillon, et Noubrozi, huit ans moins cinq jours, tira comme les autres la corde qui serpentait derrière les sonneurs sur le dallage du narthex ; quand ils lâchèrent d'un coup la corde, mon père, qu'ils n'avaient pas vu, passa entre les jambes d'un géant américain – ils étaient donc déjà là, ces cons ? - et fut plaqué aspiré tout hurlant contre le trou de la croisée d'ogives.
Noubrozi traversera la France en de tout autres circonstances, lorsqu'au printemps 40, à l'aide d'une carte Michelin, il fit éviter à la camionnette du capitaine les grands axes sillonnés par la Wehrmacht, des bords de la Seine à Meulan jusqu'au fin fond du Lot-et-Garonne, à Marcellus, ce qui lui valut, ainsi qu'au capiston, de ne pas passer cinq ans dans les camps de prisonniers d'Allemagne. Septembre 1892 : Péguy devance l'appel et s'engage à la 2e compagnie du 3e bataillon du 131e d'infanterie à Orléans.1895, 20 août - 21 septembre : période d'instruction militaire (Orléans, Couillommiers[sic]) - promu sergent le 22 ; nouvelle période d'instruction militaire à Couillommiers [re-sic].
27 août - 20 septembre 1900 : instruction militaire, et manœuvres en Beauce. Du 10 au 20 septembre, manœuvres d'armée, en Beauce (puis sous-lieutenant, lieutenant, mort...) Je fus réformé le 14 avril 1971, pour les 60 ans de Peggy Dark - "débilité légére - menace de déstructuration des mécanismes névrotiques compensatoires". Je lui fis cadeau – ne sachant qu'offrir - d'une poubelle de cuisine à pédale pour lui éviter de se baisser. Vive la France . Quant au patriotisme de Noubrozi, je l'ai entendu se manifester au moindre de nos déplacements, où mon père ne manquait jamais de se récrier : "Comme elle est belle, la France !" Peut-être partageait-il avec Gaston-Dragon, son beau-père, cette réaction de patriotisme exacerbé, typique de ceux qui ont moins risqué leur vie que d'autres : l'un, mon grand-père, aux cuisines (aux "roulantes"), l'autre collabo, comme son gendre, mon père.
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Le cadavre de Péguy MORT AU CHAMP D'HONNEUR sentit tout de suite bon. Qu'il était désormais commode, avantageux, d'enrégimenter le lieutenant Péguy, de l'engranger tout chaud au bénéfice de la propagande patriotique ! Et vichyste ! (“Et sa voix crie toujours : Tirez ! Tirez ! Nom de nom!” - “Un admirable exemple – la Mort du poète” - imagerie d'Epinal) - les témoignages s'accordent: Péguy mourut debout, refusant de s'abriter malgré les cris, les injonctions de ses soldats. Non, Péguy n'est pas mort d'avoir été boudé par l'Académie. Péguy est mort en héros. Cependant on meurt toujours de quelque(s) atteinte(s). (Notre Jeunesse). Pas un volume de Péguy à la Bibliothèque “Il a mauvaise presse, non ? Il est de droite ?” (“il n'y a pas qu'à Orange", diront quelques mauvais esprits...) - à étudier (sujet de thèse) : “De l'utilisation – de l'abus ! - de Péguy par le régime de Vichy” (comment ont-ils fait pour se tirer de l'engagement dans l'affaire Dreyfus ? “l'exception qui confirme la règle ? - aussi sournois, aussi imparable, irrattrapable, que l'exploitation de Nietzsche, de Wagner, par les nazis – celle de Péguy – édité en Pléiade en 1941 – putain c'était toujours plus mérité qu'Aragon...
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20.11.2009
Céder
C'était avant le mariage. Mon seul ami habitait à Saint-Front-de-Pradoux - “Prolétaires de Saint-Front-de-Pradoux”, disait-il, “unissez-vous !”. Ses grands-parents y possédaient une maisonnette ; ils sont morts à six mois d'intervalle. Jean-Flin, son frère et moi, partagions les mêmes après-midis étouffantes d'ennui, où je leur faisais reprendre syllabiquement les mots de ma langue afin de les retransformer, phonétiquement, en expressions françaises, et réciproquement. Je vous dis ça pour situer. Parfois nous traînons à vélo avec deux trois autres feignards contemporains, dont l'un, ou l'autre, sauf moi - proposait une destination, où nous nous rendions plus ou moins, le sport cycliste n'étant pas notre affaire.
C'est bien lui pourtant, le même Jean-Flin, l'anti-pédé, qui m'abandonne à la vindicte d'un chauffeur qu'il vient personnellement de traiter de connard. Le conducteur me coince sur un talus pour m'engueuler, pour m'humilier jusqu'au trognon, tandis qu'il s'est esquivé, lui, Jean-Flin, d'un viril coup de guidon. J'ai continué à le fréquenter, par peur de la solitude. Parlez-moi de l'amitié. J'ai revu Jean-Flin dix ans plus tard, sortant d'une pièce d'Ionesco. Il m'a dit que je lui semblais sur la mauvaise pente, usant de l'imparfait du subjonctif et reprenant les expressions de ma femme. Puis il a disparu.
Je hais, du fond du cœur, l'humanité entière. Je reprends. S'il est vrai que l'amour de ma vie soit Sylvie Nerval, reste à résoudre l'énigme des scènes de ménage. De ce qui revient à elle, à moi. Je suis un homme, c'est marqué sur ma fiche d'Etat-civil ; donc c'est à moi de raison garder, de former ma femme, et de ne pas donner dans les chiffons rouges - or il n'en est aucun où je ne me soie point rué ; même devant témoins. Mais pourquoi vouloir aussi, et de façon obstinée, me traîner à l'encontre de ma volonté explicitement exprimée. Le féminisme, sans doute : l'homme doit céder.
Deuxième cause de scène : se voir soudain repris, tout à trac, brutalement, comme lait sur le feu, pour un mot décrété de travers, une plaisanterie prétendue de trop d'un coup, telle attitude parfaitement involontaire - ne pas lui avoir laissé placer un mot de toute une soirée par exemple ; avoir désobligé négligemment telle ou telle connaissance dont je me contrefous – bref c'est toute une typologie de la scène de ménage qui serait à établir. Est-il vraiment indispensable de préciser que tout s'achève immanquablement par ma défaite. Je cède aux criailleries : c'est ma foi bien vrai que je suis un homme. Pas tapette, non, ni lopette, mais lavette (“homme mou, veule, sans énergie”). Ce n'est que ces jours-ci que je me suis avisé de la jouissance que j'éprouvais à céder : volupté de l'apaisement ; d'avoir fait le bonheur de l'autre, de m'être sacrifié
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05.11.2009
Sové l'hallangue francs seize
Chaque fois qu'un esprit parle de la vulnérabilité de la langue française, une voix lénifiante et démissionnaire s'est toujours élevée pour déclarer qu'il « y avait des problèmes plus graves ». A mes observations sur l'horrible prononciation d'Eûûûûdipe, un de ces abrutis m'écrivit que mieux valait encore, somme toute, mal le prononcer que de ne plus savoir qui il était. Oui-da, Messire, et la prochaine étape sera de trouver mieux qu'on parle de lui en anglais, que de ne plus le connaître - va pour Youdaïpe ! Non, non, soyons intégristes, comme des Québécois, comme des Flamands. Avec 200 millions de francophones, elle a de quoi se ressourcer, se vivifier : voilà bien encore de l'optimisme niais ! Que m'importe à moi que des Maliens ou des Norvégiens défendent encore ma langue, si mon propre pays ne la pratique plus !
<!-- @page { size: 21cm 29.7cm; margin: 2cm } P { margin-bottom: 0.21cm } --> Libération d'Ingrid Bétancourt. Bref, ne désespérons pas de la langue française ! Pas du tout M. Imbert. Tout revient. Nous assistons à l' Histoire, et tout ce que nous pouvons faire est de nous tortiller artistement tout en tombant, seule liberté que nous ayons. J'ignore ce qu'il adviendra. Nous avons regardé les Zoé de l'Amazonie, derniers vestiges de la vie primitive. Il lui faut des défenseurs, des militants. Cet homme parle d'or. Je suis d'accord. Mais sans intégrisme ! Ma foi si. Les Flamands le furent bien, intégristes. Ce sont eux qui, par leur susceptibilité, empêchèrent les Français de donner leur langue à l'Europe, et que l'anglais s'imposa. Je déteste cette langue avec intégrisme. A l'orée du siècle passé, 10% de nos compatriotes ne la lisaient ni ne l'écrivaient. Ce n'est pas une raison.Une araignée remonte son fil vers ma bougie. J'espère qu'elle ne s'enflammera pas. 200 millions de francophones peuvent se dissoudre à la flamme anglaise. Combien de francophones seraient prêts à ne plus l'être ! Les paladins que vous êtes de la langue française ne vivent pas dans une forteresse assiégée : mais si ! Mais trêve d' alarmisme pour ce soir. Lecteur, que veux-tu lire ? J'écrivais au rebours de tout ce qui s'est fait. Je me suis soucié de tout ce qu'il ne fallait pas. Comme la vie, comme la mer, la langue française est toujours recommencée ! Belle envolée... M. Imbert frise l'octantaine... L'optimisme me débecte... La joie me plaît, me submerge, le bonheur en éclair, mais, par pitié, pas d'optimisme...
Or, Claude Imbert (je le vois sur les vignettes) a écrit : Ce que je crois, Par bonheur, et je ne sais quel autre titre indiscernable aux seules lueurs de bougies, dans une couillection de poche. Les affirmations de foi genre d'Ormesson demeurent nécessaires, mais ne me touchent pas. Il y faut de la démonstration, de l'angoisse, une certaine précipitation, le sentiment haletant que nous n'avons à nous, avant la mort, que les mots, et les mille façon de les tresser. Tant que nous n'aurons pas la preuve de notre éternité, ce qui ne saurait manquer dans la suite des siècles. Claude Imbert, journaliste, est né e, 1929 à Quins (Aveyron) – quel coin ? St- Affrique ? Séverac ? Bozouls ? Il existe en Argentine des arrière-petits-fils d'Aveyronnais. Ils connaissent toujours leur département grâce aux traditions de leurs instituteurs. Ils tentent d'apprendre le français. Ils savent situer Entraygues et Montpaon...
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01.10.2009
Musique et laïcité
Composition particulière, debout sous l'éclairage parcimonieux d'une cage d'escalier, en l'école V. qui coûte la peau des fesses. Je commente un article sur les évêques américains couvreurs de pédophiles, dont certains abrutis condamnent moins les hétéros que les homos, avec l'argument qu'une femme détestant les hommes s'adaptera, tandis qu'un pédé souffrirait toute sa vie. Ça c'est du raisonnement. Le monde me semble à présent plus lointain, plus brumeux, atteint de sexagénarisme à son tour. Je fus fort gêné lorsqu'à C. l'abbé B. poursuivit la conversation à travers la cloison de chiottes. Dieu merci ce fut bref, et j'avalai stoïquement les endives cuites préparées par Dieu sait quelle vieille fille ; après tout, le sexe n'occupe qu'un faible volume, et comme il est facile hélas de s'en (de le ?) détacher.
Sur ce palier d'école c'est tout un autre monde, très laid, poétique, hors du temps depuis 55. Je n'entends pas le violon de ma fille, juste deux pianos et une guitare, qui se recouvrent. A cette heure habituellement j'écoute les infos. Des ombres passent dans l'ombre, trop d'ombres en vérité dans le bus, les magasins, les rues... Ma lecture énumère et dénonce les abus catholiques. Pourquoi ne dénoncent-elle pas les châtiments inhumains des écoles coraniques ? il règne dans ces colonnes une atmosphère de règlements de comptes anti-sacristie assez déplaisante, un ton ricano-persifleur d'yeux en coin, de sourires entendus... Voici des enfants sortant de leurs salles, nous sommes le mercredi soir, tout sent la sincérité sous-payée... si je pouvais trouver pour lire une salle vide, éclairée !
Un an après le début de cette expérience, [les] résultats scolaires (de cette école religieuse incompétente) sont navrants. Ainsi, c'est en raison des mauvais résultats qu'ils se sont fait virer, et non pour leur appartenance à la race punitive des corbeaux. Et que veut dire école à la maison ? En restant chez eux, ou suivant ce que l'on appelait « répétitions » ? Devant moi c'est un va-et-vient lâche et perpétuel ; impossible de bouger, de chercher une salle. Aucune sympathie pour moi ce soir ne se dégage de tous ces gens puant la modestie, l'insignifiance, la vie sans perspective et le, pour finir, cercueil... Aujourd'hui, beaucoup se demandent si on a agit [sic, faute et hiatus compris] dans le meilleur intérêt des enfants. ...Le niveau de ces braves religieux serait-il donc insuffisant ?
Une torpeur me prend. Parfois un train passe de l'autre côté. Depuis vingt ans j'entends parler de ces enfants qu'on embrigade. Ici des filles et des garçons s'emmerdent jusqu'à plus de 20h pour développer leurs sensibilités musicale et gymnique. Il paraît que c'est pour leur bien. Dès demain il leur faudra rentasser dans leurs têtes ce long apprentissage indispensable. Ne cesseront-ils donc jamais de défiler devant moi, en compagnie de papa-maman ? et je ne suis qu'un père parmi eux... Le directeur s'en va, ferme son bureau à clef, j'entends partout jouer, sauter, du piano, des recommandations, peut-être ma fille dans le lointain. Mes notes survivront-elles à mes survivants ?
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20.09.2009
Dedikodu
SALM ("SAUMON" ; ou "BAVARDAGE")
Le tracteur passe, le nuage fraîchit. (...) ...crois pas. Comment peut-on s'isoler lorsqu'on est in estren [sic] évêque. A moins qu'il ne s'agisse d'un isolement à la Marquise de Sévigné, 6 servantes par-devant, 6 louvetiers par-derrière : "Quel bonheur ma fille que cette solitude !" La solitude ne me vaut rien. Lâché en 2012 en plein Paris sans possibilité de contact (vivant dans un appartement prêté), j'avais vite perdu pied, apostrophant les passants dans ma langue, sans qu'ils y prêtassent (pour l'instant) attention, téléphonant même à G. sans savoir que lui dire, m'abstenant de visiter tel ami dont il m'avait donné l'adresse, crainte de devoir parler.
Ou de passer pour un con. Ou pis encore de l'ennuyer. Je voudrais vivre à la campagne "dans ma villa d'été". Mais jamais je n'aurai de villa de campagne, il n'y a plus que vingt étés. Trente si Dieu veut. Attachement de soi à soi. Désolé. (...) Il n'y aurait pas de fin à mon errance. J'aurais avec moi mon ordinateur portable. Je parcourrais la France, l'Espagne et l'Allemagne. Le Portugal et la Suisse, assurément. Je téléphonerais aux êtres cher. Puis plus rarement. Nous nous estomperions tous. On se passerait bien de moi. Je me demande sans cesse ce qu' « on » me trouve. Jamais je n'ai pu éprouver l'efficacité de telles errances, n'ayant jamais dépassé la semaine. Qui de mes ancêtres a été colporteur ?
Ou roulier ? Un de mes grands-oncles fut facteur. Chercher vers Lahaimeix (55). D'autres ancêtres paternels transportaient de grosses meules de comté, ou d'énormes grumes sur des lits de chaînes. Mais je ne veux ni clients, ni autres contacts humains. Je ne tolère que les fournisseurs : pompistes, hôteliers, restaurateurs. Assurément les gens sont très aimables. Pourvu seulement qu'ils soient payés.
HOTEL DE TIQUETONNE
31 03 2052
Silence d'hôtel. Perdre pied d'avec le monde. Echappé à tous. Ce que j'aurais pu devenir. Mort-né ? J'ai préféré la vie à la schizophrénie. Gagner ma vie. D'autres inventent des langues, des mondes - "Avez-vous acheté le dernier Atlas ?" - Blétébéléland. Je m'engourdis. Je dors (il faudrait des photos de cela).
01 04 2052
Déstructurer le langage, parler par langues, dessiner des cartes : perte ou menace, de l'espace, de la pensée ? A 14 ans j'eus le réflexe salutaire d'aligner le temps de ma planète sur celui de la terre elle-même et ne puis donc présumer de ce qui se fût passé par la suite. Asile ? Douloureux épisodes de confision mentale ? Au lieu de me documenter (...)
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30.08.2009
La spontanéité
Si ces derniers ne sont ni un mot ni un événement, que sera-ce ? Reprenons : hier vendredi à onze heures, je ne sais pas ce que je faisais, et ma femme sans doute était au lit. Le plus vraisemblable était que j'usais mon temps ici même, à communiquer avec d'autres ombres, mes correspondants. J'ai mangé, puis nous nous sommes rendus, ma femme et moi, dans un lieu où se trouvaient la petite voiture noire et une exposition, située à l'étage d'une association d'entraide à la jeunesse en désarroi. Il y avait là en haut des marches maintes réalisations picturales de mauvais aloi, toutes en bariolages, joyeuses mais artistiquement ineptes.
Pendaient du plafond bas, au bout de ficelles, des feuilles volantes occupées de poèmes naïfs, fort estimables d'un point de vue thérapeutique, mais de valeur nulle quant aux qualités littéraires. J'écrivis cependant sur le livre d'or « Bon courage à mes Frères Humains, et merci pour vos dons ». La mode en effet, qui tantôt cesse et tantôt reprend, est d'estimer le phénomène écrit à l'aune de ses résonances éthiques, ce qui est une absurdité. Qu'un texte corresponde à sa propre logique, bien sûr, mais qu'il ne s'y mêle aucune composante de morale, encore moins de politique. On ne sait pas « à quoi sert » un texte ; on ignore de quelle « utilité » il deviendra, comment il sera perçu.
Après avoir repris chacun nos véhicules, nous nous sommes retrouvés en route, l'un suivant l'autre, et je faisais des grimaces à ma femme qui me suivait, car nous sommes puérils. Frères humains qui écrivez, qui ne m'avez pas atteint, où sont allées vos paroles et vos livres d'heures ? Arrivés en notre bicoque, nos avons joué aux cartes, ce qiu fut vite accompli, l'un de nous ayant remporté la victoire. Ensuite ce fut encore l'écran, cet écran où je me regarde, et ce fut l'heure de repartir vers mon studio d'émission. Depuis près de treize ans en effet je sévis sur La Clef des Ondes, personne n'osant m'employer. Je prétends assumer une émission littéraire ; c'étaient les peintres espagnols qui faisaient l'objet de mon exposé. Parfois j'ai envie de m'assoir, en pleine rue ou dans la prairie, et d'écouter le jour ou les autos passer.
Je mourrais là sur place. Alors, mon émission fut très sage, étant donné mon avancement d'âge, et à quelques jeux de mots près, peu de surprises émaillèrent mon discours. Je me suis moqué des peintres obscurs, Bayeu, Meléndez, prédécesseurs convenus de Goya. Le livre ne présentait que des vignettes en noir et blanc...
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03.08.2009
Racines
Mes sources (Quellenforschung : recherche des sources) sont les textes mêmes de Péguy, aux éditions de la Pléiade. Textes en prose essentiellement. Et le “Lagarde et Michard” du XXe siècle, celui où Claudel et Péguy, à eux seuls (édition Ier Trimestre 1962) font, occupent à eux seuls 79 (soixante dix-neuf) pages, respectivement 37 et 41) (Céline : une page (“un auteur bien noir”), Artaud, pas même un nom - Lagarde et Michard n'ont pourtant pas tant manqué de flair, eux qui mentionnent en dernière page Beckett, Ionesco (théâtre) ; Bataille et Blanchot (“théoriciens”), et Robbe-Grillet, Sarraute, Butor pour le roman.
Le dernier texte [(in)volontairement ?] pathétique est tiré d' Un Balcon en forêt de Gracq – qu'ils intitulent : “Peut-être qu'il n'y a plus rien ?”) - et c'est Péguy là encore qui nous apporte les paroles qu'obscurément nous attendions, que nous avons mis un siècle à attendre : que nul ne connaît les secrets de l'histoire, que tous ceux qui ont cru se pénétrer de ses arcanes se sont le plus lourdement trompés sur l'avenir, que quels que soient nos espoirs ou nos malédictions, l'histoire enfantera des milliers de choses inconnues, imprévisibles, sans que nous puissions jamais Dieu merci rien pénétrer. Il n'y a pas de sens de l'Histoire.
Péguy contre la prédestination
Péguy se prononçait contre toute prédestination individuelle.Considérons ceci en effet : - ou bien, tout étant néant, tout reposant sur le diviseur zéro, le Diviseur Absurde (car multiplier par zéro, c'est encore quelque chose, c'est “zéro”, ce n'est pas rien ; tandis que diviser par zéro, ce n'est pas zéro, ce n'est même pas rien, c'est proprement, à la lettre, inconcevable) - en ce point d'intersection (soyons plus net) où nous nous trouvons, nous les hommes, broyés entre l'horizontale du plan temporel, humain, et la verticale, couperet de Dieu – c'est ce que pense le rabbin Loew – contemporain de Rodolphe II de Habsbourg - ne serait-ce pas précisément de là que naît la rage de l'acte et de la parole. (Una salus victis nullam sperare salutem, le seul salut des vaincus est de n'espérer point de salut)
- ou bien “Dieu a tellement aimé l'homme” (dixit “un prêtre des Cévennes” d'après Jules Romains – qu'il l'a créé LIBRE”) - et dans cet espace de liberté et d'amour laissé par Dieu (posons Dieu comme “x”(Léon Morin, prêtre) - Péguy fait le pari fou de la reproduction – nul de ses fils ne sera baptisé - “ce qu'il y a d'embêtant, écrit-il à Lotte, c'est qu'il faut se méfier des curés. Ils n'ont pas la foi, ou si peu.” - dans cet espace nous sommes libres, exactement comme la fourmi est libre de son itinéraire affolé entre les graviers que la botte de Dieu ne parvient pas à écraser... En cette course éperdue...
10:53 Publié dans Grattages de tête... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : péguy


