Fronfron55

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Dieu et moâ

  • Le nouvel an juif

    COUTUMES

    Le tachlik : ce mot signifie “tu jetteras” (...”tes péchés dans la profondeur de la mer”, Michée, 7, 19). Symboliquement, l'après-midi du premier jour de Roch Hachana, les fidèles retournent leurs poches et jettent dans une eau courante les déchets, miettes et poussières qui s'y sont accumulés, en signe de purification des péchés de l'année ! Les femmes ne sont pas tenues à cette obligation, et doivent se tenir séparées des hommes pendant qu'ils accomplissent ce rite...Certains secouent leur mouchoir, ou jettent une pierre dans l'eau, ou bien y crachent (en Tunisie), ou bien y sautent (au Kurdistan). Si Roch Hachana tombe un chabbat, ces coutumes s'observent le deuxième jour – et certains rabbins rejettent de telles superstitions...

    Les autres coutumes se manifestent en général dans le cadre familial, et varient comme nous l'avons vu d'une région à l'autre. Tout le monde s'habille de blanc. Même la nappe qui recouvre le lutrin de la Torah est blanche.

     

    REJOUISSANCES ET CADEAUX Au ras des Sanguinaires P.JPG

    Toute fête est l'occasion de somptueux repas : nappe blanche, les petits plats dans les grands, les fleurs ! Le benjamin dépose sur la table les mets de l'espérance : grains de riz, feuilles de menthe et fleurs de lavande. Le repas n'utilisera pas de sel, mais proposera uniquement des plats à base de fruits, de miel, de sucre. Ajoutez à cela le pain brioché, le vin doux ; les fruits du grenadier, du palmier-dattier ; certains, rapportant le nom de tous ces aliments à des passages de l'Ecriture, peuvent ainsi affirmer qu'ils “mangent le Livre” ! On apporte ensuite la tête (roch) d'agneau, ou, à défaut, de poisson, offerte au chef de famille en lui souhaitant de rester “à la tête”, et non “à la queue”...

    Se consomme ensuite, avec un minimum de sel tout de même, le potage aux sept légumes, rappel de la bénédiction du pays d'Israël, qui produit le froment et l'orge, le raisin, la figue et la grenade (cette dernière contiendrait 613 graines, nombre de nos mérites ! ...ou des obligations appelées “mitzvoth”, qui sont autant de mérites...) - enfin l'olive et le miel.

    Et au dessert, on croque des pommes trempées dans du miel en se souhaitant “une année douce comme la pomme trempée dans le miel”. Certaines communautés confectionnent des boules de pain sur lesquelles on a gravé par exemple une échelle, symbole de l'ascension de l'âme vers Dieu.

    Dans certaines communautés sépharades, on observe un jeûne le troisième jour.

     

    SIGNIFICATION DE ROCH HACHANA

    Deux métaphores peuvent être employées : celle de la plante, dont Roch Hachana est la graine : l'année à venir se rapportera à cette graine ; ou celle, plus moderniste – du “programme” d'ordinateur, qui se déroulera comme il a été programmé !

    Mais c'est aussi Yom Tarona, “le jour de la clameur (du chofar)”, ou “Kissé” (“le Trône”, où Dieu s'installe ce jour-là” ( "Notre Dieu et Dieu de nos pères, règne sur le monde entier dans Ta gloire, et préside au monde dans Ta chèreté, et révèle dans la gloire ta puissance sur toutes les créatures terrestres, et il sera connu à toute œuvre que Tu l'as œuvrée , et toute créature comprendra que Tu es son créateur, et chacun dira en son âme, Hachem est Dieu d'Israël, Roi, et Son règne surpasse tout [autre] règne.") - voire, disent les rabbins, “Yom Hadin”, le Jour du jugement” : “A Roch Hachana tous les habitants de la terre passent devant Lui comme le troupeau du berger, ainsi qu'il est dit : “Celui qui a façonné ensemble leur cœur, distingue tous leurs actes.” Et c'est en fonction des actes de l'année qui vient de s'écouler que Dieu ordonnera les évènements pour celle qui vient.”

    “Nous voulons relater la puissance de cette journée : elle est redoutable. En elle, Ta royauté s'élèvera et Ton trône sera fondé sur la justice. En vérité Tu es le juge et Tu as souvenir des choses tombées dans l'oubli. […] Pareil aux moutons dénombrés par leurs bergers, les hommes et leurs actes sont scrutés par toi ; Tu fixes le délai pour chaque être vivant et Tu décides de son sort. A Roch Hachana, Tu l'inscris et à Kippour tu apposes ton sceau : combien quitteront ce monde et combien y entreront. Qui vivra et qui mourra, qui à la fin de ses jours, qui prématurément, qui par le feu, qui par l'eau, qui par la guerre, qui par l'épidémie. […] Qui sera élevé et qui sera abaissé. Qui sera tourmenté. Qui sera fortuné et qui sera indigent. Mais le retour : téchouva, la prière : téfila, et la justice : tsédaka, peuvent faire revenir Dieu sur sa décision.”

    La téfila (prière) n'implique pas de supplication, mais exprime le “rattachement” à Dieu, par un mouvement de bas en haut. La tsédaka est aussi “charité”, sans trace de condescendance ; une attitude de “droiture”

    Il inscrit dans le livre de vie , en effet, ceux qui se sont distingués par leur mérite, et dans le livre de mort ceux qui ont effroyablement péché. Or, la plupart des hommes n'étant ni bons ni mauvais, il est besoin d'attendre huit jours, jusqu'au Yom Kippour (“Jour du pardon”) pour connaître le verdict du Père Suprême. Il ne resterait qu'à trembler et prier en ces “jours terribles”, tout en comptant bien, malgré tout, sur la miséricorde infinie de Dieu. Roch Hachana est l'occasion de “faire téchouva” (“retour sur soi”), où l'on réfléchit lucidement, sans culpabilité, sur le sens de sa vie, de ses relations avec autrui et avec Dieu. Observons que la récompense ou la punition ne s'attribuent que pour la durée d'une année. Bien entendu, au jour de sa mort, chacun recevra sa sentence définitive.

     

    LE CHOFAR

    Il s'agit d'une corne de bélier. Si Roch Hachana tombe un chabbat, on ne souffle pas dans le chofar. On distingue la teki'ah ( תקיעה, sonnerie longue et ininterrompue), les shbarim (שברים, “brisés”, trois petits sons brefs, la terou'a (תרועה, clameur), série de sept sonneries rapides. C'est, à l'exception des percussions, l'instrument le plus ancien encore en usage : une sonnerie grêle, rauque et râpeuse, nullement triomphale, mais renvoyant, par son caractère archaïque et rudimentaire, à l'origine même des Temps... Certains commentateurs sont même allés jusqu'à le rapprocher des plaintes de la femme en travail ou des premiers cris douloureux du nouveau-né : comme si en vérité surgissait du néant, s'accouchait, le monde entier.

    C'est un langage d'avant le langage, celui du cœur lorsqu'il est encore pur, celui qui vous rapproche le plus de la voix informulée de Dieu : voix céleste, “pur vagissement de l'âme” ; rappel de l'origine en même temps que de la fin, cycle inéluctable ici ramassé en un seul instant. A cette interprétation métaphysique se joint le sens plus accessible de la considération morale : de même qu'Israël sonnait le chofar pour entrer en campagne militaire, de même il s'agit pour chaque croyant d'entrer en guerre contre son mauvais penchant, le “yetser hara”. C'est bien sûr la période des “bonnes résolutions”, du ressourcement, de la “table rase”, où l'on reprend en main son intériorité : nous devons changer notre mode de vie, et, partant, le monde. Le son du chofar nous éveille à l'existence, mais aussi nous réveille, car nous avions négligé de lutter : examinons notre conscience, remettons-nous en question au plus profond de nous-mêmes, revenons à notre nature première ! Car le son du chofar, ayant retenti le jour de la création du monde, sonnera aussi le réveil de tous les morts au jour du Jugement dernier.

  • Calendrier juif

    LE CALENDRIER JUIF    


    Le virage sur pont.JPG

    Mois            Durée            Equivalent grégorien

    Nissan            30 jours            Mars-avril
    Iyar            29    «             Avril-mai
    Sivan            30    «             Mai-juin
    Tammouz            29    «             Juin-juillet
    Av            30    «             Juillet-août
    Eloul            29    «             Août-septembre
    Tishri            30    «             Septembre-octobre
    H'eshvan            29 ou 30 jours        Octobre-novembre
    Kislév            30 ou 29    «         Novembre-décembre
    Tévét            29 jours            Décembre-janvier
    Shevat            30    «             Janvier-février
    Adar            29 ou 30 jours        Février-mars
    [Adar II            29 jours            Mars-avril]

        Les fêtes juives s'établissent à partir d'un calendrier lunaire, différent du calendrier occidental dit “grégorien” ; il existe donc un certain décalage (onze jours de retard environ par année) entre les dates juives et le calendrier devenu universel, décalage rectifié tous les deux ou trois ans par l'intercalation d'un mois supplémentaire appelé adar 2. On ajoute aussi parfois une journée à certains mois, pour éviter que Yom Kippour ne tombe un jour de shabbat, ce qui gênerait considérablement l'accomplissement des rites.

  • Achoura ("tamkharit")

    ACHOURA  (au Sénégal, Tamkharit)
    GENERALITES

        Les sunnites (musulmans orthodoxes pour lesquels les quatre premiers califes sont les successeurs de Mahomet) considèrent cette célébration comme mineure ; certains organisent des festivités. En 680 – 61 de l'Hégire – Hussein, 4e calife de l'islam, lève une armée  à La Mecque et marche sur l'Irak, pour faire valoir ses droits à la succession  califale après l'assassinat de son père Ali, gendre de Mahomet. Après un siège de dix jours de la ville appelée Koufa, Hussein et son armée sont défaits par les troupes du calife Yazid 1er. La tradition rapporte que Hussein fut décapité et son corps mutilé à Kerbala, où se trouve son tombeau, lieu saint des chiites. Les têtes de Hussein et des membres de sa famille furent exposées sur des lances. En revanche, les chiites (fidèles aux descendants d'Ali mort en 661) célèbrent en ce jour cet assassinat des deux petits-fils du Prophète, Hassan et Hussein, et de 72 de leurs disciples, en l'an 61 de l'Hégire (680).

    DATE
        Le 10e jour du mois de Mouharram («achara » signifie « dix »), il se mène un grand deuil. Mais selon les haddiths pris en compte, ce jour-là commémore aussi bien l'échouage de l'arche de Noé, Moïse dans le feu, Adam quittant le paradis terrestre.
        En 622, Mahomet trouvait à Yathrib (la future Médine) une tribu juive. Le jour de son arrivée, elle célébrait le Yom Kippour. Mahomet reprit ce jeûne rituel. Or, deux ans plus tard, l'obligation du jeûne de Ramadan lui était révélée : Achoura devient alors simplement recommandé, mais non plus obligatoire, à condition de jeûner deux jours pour se différencier du judaïsme. Ce serait donc à l'origine une fête juive. Le Prophète, interrogé par ses disciples sur la nécessité d'observer un jeûne ce jour-là, répondit que Moïse était « plus proche » d'eux que les autres.  « Dieu remet les péchés d'une année passée à quiconque jeûne le jour d'Achoura. » Cette fête marque la liaison entre deux religions, le Judaïsme et l’Islam. C’est un « lien naturel et historique entre deux communautés fraternelles » que tout semble opposer de nos jours, expliquent unanimement M Rais et Merrun Khalil

    PELERINAGE DE KERBALA
         C'est à Kerbala qu'a lieu, en Irak, le pèlerinage principal. On y célèbre le martyre du second et dernier fils de l'imam Ali, Sidna al Hosseïn. En Iran se donnent des représentations théâtrales (les tazieh, « Passions d'Al-Hosseïn »), et des centaines de milliers de pèlerins procèdent à des cérémonies expiatoires (flagellation, coups que l'on s'inflige sur la tête et sur tout le corps, jusqu'au sang). C'est pour les chiites un grand jour de deuil, et non pas une fête. Le blanc, couleur du deuil, était aussi la couleur des Omeyyades (qui ont régné à Damas de  661 à 750) ; le noir fut celle des Abbassides, alliés, au moins au début, des chiites contre les Ommeyyades.


    COUTUMES
        Elles ne figurent pas dans le Coran, ne sont donc pas « recommandées », mais demeurent très populaires.
        En Tunisie, on visite les morts. On allume des bougies autour de la tombe du saint patron du cimetière. « Que Dieu entende les plaintes des vivants. Que Dieu exauce les vœux des démunis. Puisse Dieu alléger les souffrances des plus faibles. En ce jour toutes nos pensées se tournent vers eux. » On saute au-dessus des feux pour se purifier. Les enfants récoltent de maison en maison des bonbons et des pièces de monnaie, dans un roseau qu'on appelle, à Gabès, « achoura ».
        Habillés de neuf, les enfants marocains reçoivent des cadeaux, tambours, trompettes, s pétards – et pistolets à eau. Cela peut ressembler à un carnaval ou à un quatorze juillet... On mange un couscous au « gueddid », viande séchée depuis la Fête du mouton, des noix, des amandes, des dattes. Le lendemain de l'Achoura, c'est « Zem-Zem », allusion au puits du même nom en Arabie Séoudite, où se désaltéra la caravane de Mahomet. Les enfants aspergent les passants avec leurs pistolets, ou des bombes à eau (sacs et ballons de plastique), des seaux... tout est bon ! Le soir, la fête continue avec a « chouâla » (feu rituel) au-dessus duquel on saute. Fête de l'enfance donc, et des traditions familiales.
        Au Sénégal, un « carnaval » est organisé.

    SIGNIFICATION

         Cette manifestation revêt une signification spirituelle et sociale indéniable. C'est aussi un jour de partage et de charité. Il rappelle l'obligation de faire l'aumône, contribution matérielle (zakat), destinée à assister les plus démunis.  Elle revêt toutefois différentes significations : pour les sunnites, elle marque le début de festivités, pour les chiites, c’est une journée de deuil  C'est aussi un jour de partage et de charité.

  • Mosquées

    Allah saisit son Prophète à la mosquée Al-Haram (à La Mecque) pour le conduire à la mosquée Al-Aqsa. Il y aurait donc deux mosquée, la première étant Al-Haram. Mais en Palestine, à cette époque, il n'en existait aucune susceptible de représenter cette mosquée « la plus éloignée » ; nul ne croyait encore en Mahomet dans cette région ; l'édification de la mosquée de Jérusalem, « Al-Aqsa », n'a débuté qu'en l'an 66 de l'Hégire (è.c. 692), c'est-à-dire à l'époque de l'Etat ommeyade, et non à celle du Prophète ou des califes.
        Quant au terme « isra », il signifie « se déplacer secrètement d'un lieu de danger à un lieu sûr ». L'expression coranique « Il a emporté son serviteur de nuit » signifie que ce dernier a reçu l'ordre de s'éloigner en secret de ses ennemis pour se rendre en un lieu sûr pour lui et sa mission. En d'autres termes, le texte parlerait de l'Hégire même du Prophète de La Mecque à  Médine, et non d'une visite en Palestine ; en effet, l'Hégire fut un succès à l'insu de ses ennemis.
        Pour ce qui est de l'expression « afin de lui montrer certains de Nos signes » : Mahomet aurait été enlevé aux cieux, aurait vu  le paradis et l'enfer, les prophètes, et les règles de conduite terrestre lui auraient été prescrites. Les signes divins concerneraient donc « la délivrance  du Prophète de ses ennemis, lesquels complotaient de l'assassiner ou de le capturer, ainsi que la création par Mahomet de l'Etat [islamique] à Médine, sa victoire lors de la bataille de Badr, puis la conquête de La Mecque et la propagation de son appel (dawa). Il s'agit là de signes tangibles placés dans le monde des hommes, qui résultaient tous du Voyage nocturne du Prophète de La Mecque à Médine ».
        Les signes cités par les exégètes devraient donc se comprendre en termes de métaphores, à moins que la nature physique du Prophète n'ait subi un changement lui ayant permis de véritablement voir ce ont il a témoigné. Le voyage de nuit, selon cette recherche, aurait donc eu lieu à Médine, et non à Jérusalem ; le voyage du Prophète à Jérusalem n'était pas une condition préalable pour qu'il voie les prophètes qui l'avaient précédé. Quant à la monture de Mahomet, qui l'a accompagné jusqu'au bout, elle symboliserait les nombreux actes de piété qui permettent de s'élever vers Allah.

    LA MOSQUEE DE MEDINE
       

    Vaste horizon.JPG

    Une tradition relate : « Il a alors poursuivi sa route jusqu'à Médine et y est entré après que se furent écoulées douze nuits depuis le mois de Rabi' Al-Awwal. L'Ansar (ensemble de ses défenseurs à Médine) se rassembla autour de lui, chacun d'eux essayant de saisir le mors de sa chamelle et l'invitant chez lui. Mais le Prophète a dit : «Laissez-la tranquille, car elle a des ordres. » Sa chamelle continua de cheminer par les rues étroites et les allées de Médine jusqu'à ce qu'elle ait atteint un marbid (endroit où l'on met les figues à sécher), qui appartenait à deux jeunes orphelines du clan des Banu Al-Najjar, devant la maison d'Abu Ayyub Al-Ansari. Alors le Prophète dit : « Voici le lieu de la halte, par la volonté d'Allah. »

     

    Lire la suite

  • Enfer et limbes

    ...Comment peut-il se faire qu'un Dieu infiniment bon, infiniment cruel, ait pu laisser subsister, non loin de Guantanamo (j'plaisante !), un endroit matériel où les âmes, mêmes celles des Anglais, ne cessent de hurler avec "le feu partout, le feu dessus, le feu dessous, le feu à droite, le feu à gauche, le feu devant, le feu derrière" – et Dieu sait comment les séminaristes montherlantistes pouvaient bien interpréter cette pantalonnade – l'auteur s'empresse d'ajouter que les paroles exaltées du prédicateur jésuite suscitaient sous cape de sacrilèges ricanements). Mais ces flammes n'ont jamais pu se définir de façon éclairée,  humaine, logique :
    Les théologiens s'accordent aujour'hui à conférer à ces flammes une valeur métaphorique, symbolisant les sentiments d'abandon, de soliltude totale, de désespori et d'abandon par dieu: la Déréliction. Ces âmes se desespèrent d'avoir été elles-mêmes pleinement responsables de cet ^te mise à l'écart définitive et infinie de l'Esprit d'Amour :
        Et s'il faut, pour sauver de l'Absence éternelle
        Les âmes des damnés s'affolant de l'Absence,
        Abandonner mon âme à l'Absence éternelle,
        Que mon ême s'en aille en l'absence éternelle.
        L'enfer est l'ultime aliénation, le vide à soi-même, ce "qui suis-je" voire ce "suis-je" pour lequel fut interné Nicolas Bouvier, dont la recherche de l'autre à tout prix au cœur de ses voyages l'avait privé du sentiment de soi-même, car on ne cherche les autres que pour se trouver...  
         D'après les termes mêmes du Credo, le Christ "est descendu aux enfers" : il conffirme ainsi aux saintes âmes n'ayant pas connu la Rédemption qu'elles seront sauvées, au jour du Jugement Dernier ; finalement, tout le  monde sera sauvé, depuis Adam, qui signifie "l'Homme", jusqu'à Noé, dont tous les cotemporains futent noyés, jusqu'aux immenses sages antiques, Platon, Sénèque, Plotin : ils ne ne sauraient avoir été voué à la souffrance juste en raison de leur ignorance. On ne parle plus d'enfer, dans notre religion d'à présent. Il ne faudrait plus parler d'enfer, maid il faut faire croire que Dieu n'est qu'Amour, "c'est que du bonheur" et autres fadaises, alors qu'il est aussi Justice et Equilibre.
        Mais cette imagination, cette représentation, cet article de dogme, relayés de siècle en siècle peuvent-ils ainsi s'être évanouis, peut-on les rayer d'un trait de plume ou d'un compte rendu de concile, alors qu'elle a visiblement dirigée, maintenu sous sa férule, voire structuré des peuples entiers, femmes terrorisées, pères de famille se battant la coulpe, mea culpa, mea maxima culpa ? Ces flammes ou ces glaces, ces fers rouges et ces tenailles, ont hanté l'imagination de millions de nos ancêtres, ont servi d'instruments de domination, instruments d'un clergé indigne amateur de pouvoir lâchement extorqué. Or, nous rappelle Luz Amparo Cuevas, à qui la sainte Vierge apparut, "l'enfer existe. Nous voudrions tous qu’il n’existe pas, mais il existe bel et bien, tout comme le Ciel existe." Et chacun sait que la plus grande ruse du Diable est de faire croire qu'il n'existe pas.
        Mais, "si [l'enfer] était vide ?" Peut-être venons-nous juste de laisser derrière nous les  siècles les plus cruels de la superstition théologique, et ne sommes-nous qu'au tout début de notre interminable ascension vers la nature de Dieu... Nous pourrions toujours espérer que l'enfer soit vide... Mais cela contredit l'Evangile : « Luttez pour entrer par la porte étroite, car beaucoup, je vous le dis, chercheront à entrer et ne pourront pas. » (Luc 13, 23-24) A moins de mettre en doute les paroles du Christ – donc le christianisme lui-même : prétendre qu'à la fin des temps Dieu et le Diable se réconcilieront est une hérésie. Nous conclurons provisoirement par cet aphorisme peut-être d'Ambrose Bierce : "Si Dieu et le Diable existent, ils doivent bien se frotter les mains ensemble"...
    En Madrid,
    Seis meses de invierno
    Seis meses de infierno.

  • Mouloud

    (« MOULOUD ») (naissance du Prophète)

    En 7 j'étais encore à peu près présentable.JPG



    DATE
         Pas plus que pour le Christ, nous ne possédons de traces précises de la date de naissance de Mahomet. Il serait venu au monde le lundi 12 du troisième mois, Rabia al Awal, en 570, « année de l'éléphant ». Cette naissance n'est pas célébrée (sauf sans doute, jusqu'à l'avènement du vizir   Al-Malik al-Afdhal, ainsi que les anniversaires d'Ali et de Fatima (1095), dans  la dynastie fatimide), car elle ne serait pas conforme à l'enseignement du Coran.

    RESTRICTIONS 
         Il existe, disent certains religieux, deux catégories d'innovations : les nuisibles, et les tolérables. En 1207, au VIIe siècle de l'Hégire, le roi Irbil exprima le souhait que l'on se réjouît publiquement pour cette noble naissance.  Il n'y aurait donc pas à blâmer cette innovation, digne d'être nommée une bonne tradition (sounna haçanah). En Arabie séoudite, cette célébration n'est pas interdite par le ministère des affaires religieuses. Ce sont les salafistes qui mettent en relief l'interdiction formelle de célébrer ce jour-là : « Le Prophète a dit : « Ne me louez pas comme les chrétiens ont loué le fils de Marie. Je ne suis qu'un serviteur et dites plutôt « serviteur et messager de Dieu » ; ils assimileraient donc la célébration de l'anniversaire de Mahomet à une manifestation d'idolâtrie – ce à quoi se livreraient les chrétiens le jour de Noël. Cette fête, non plus que le Jour de l'an ou le carnaval, ne présente évidemment aucun caractère sacré pour le musulman.
         Rappelons que la stricte obédience islamique admettrait seulement deux fêtes : l'Aïd el Adha (Fête du sacrifice) et l'AId el Fitr (Fête de rupture du jeûne). Le Prophète n'a jamais fêté son anniversaire, non plus que ses compagnons. Tout musulman est tenu de suivre ce que le Prophète et ses compagnons faisaient, sans innover, ainsi le jeûne du ramadan et le sacrifice du mouton. Il est inutile, comme le suggère le démon (ce que disent les salafistes) de gaspiller son temps et son argent à de telles occasion : tous deux seraient mieux employés à faire l'aumône et à prier. « Les dépensiers sont les frères des diables et le Diable est vis-à-vis de son Seigneur un très grand négateur » (Allah Taâla, sur le verset 27/17). Que dire alors de ceux qui adressent des prières au Prophète en lui demandant d'exaucer tel ou tel vœu, comme le feraient les chrétiens avec leurs saints, ou bien pensent que Dieu créa le monde pour Mahomet. Mais d'autres musulmans ont RELIGIEUSES MUSULMANES                    119
    AL MAWLID (« MOULOUD »)



    rétorqué :  « Comment les «Salafi» peuvent-ils déclarer quelque chose de haram (interdit) alors que le plus strict de leurs savants, Ibn Taymiyya, permit de célébrer sous certaines conditions, et que ibn al-Jawzi et ibn Kathir encouragèrent chacun en rédigeant un livret intitulé Mawlid et composé de poèmes et de passages tirés de leur sira ? » Cette fête, en marge de la pratique religieuse, relèverait donc de la tradition populaire.

    COUTUMES
        Or, les mêmes coutumes se retrouvent pour cette fête : sacrifices de chameaux, de vaches, de moutons, festivités, cadeaux, consommation de pâtisseries et de confiseries – les petits enfants arborent leurs plus beaux costumes. En Algérie, grand repas à la tombée de la nuit, fusées, pétards.  Offrandes d'aumônes aussi bien sûr. En 2007, le sultan  Mohammed VI accorda sa grâce  à 710 personnes. Des soirées de danse et de poésie célèbrent la vie du Prophète et divers aspects de la vie religieuse musulmane. A Salé, en face de Rabat, se tient la veille une grande procession des cierges, et plusieurs soirées musicales sont organisées.  A Meknès, les Aïssaoua se rendent en pèlerinage sur la tombe de Cheïkh El Kamel, El Hadi Ben Aïssa,  « saint de la délivrance ».  Au Sénégal, c'est le Gamu, nom du mois de Muharram en ouolof : on ne travaille pas ce jour-là. Cette fête est célébrée d'un bout à l'autre du monde musulman, de l'Egypte à Singapour, en public aussi bien qu'en privé.
        Ni le jour de l'Hégire, ni celui du Voyage et de l'Ascension nocturne (voir infra)  ne sont cependant fêtés dans le cadre d'un rituel.