01.08.2009

On tire sur l'ambulance

 Composition particulière, debout sous l'éclairage parcimonieux d'une cage d'escalier, en l'école V. qui coûte la peau des fesses. Je commente un article sur les évêques américains couvreurs de pédophiles, dont certains abrutis condamnent moins les hétéros que les homos, avec l'argument qu'une femme détestant (de toute façon) les hommes - s'adaptera, tandis qu'un pédé souffrirait toute sa vie. Ça c'est du raisonnement. Le monde me semble à présent plus lointain, plus brumeux, atteint de sexagénarisme à son tour. Je fus fort gêné lorsqu'à C. l'abbé B. poursuivit la conversation à travers la cloison de chiottes.

Dieu merci ce fut bref, et j'avalai stoïquement les endives cuites préparées par Dieu sait quelle vieille fille ; après tout, le sexe n'occupe qu'un faible volume, et comme il est facile hélas de s'en (de le ?) détacher. Sur ce palier d'école c'est tout un autre monde, très laid, poétique, hors du temps depuis 55. Je n'entends pas le violon de ma fille, juste deux pianos et une guitare, qui se recouvrent. A cette heure habituellement j'écoute les infos. Des ombres passent dans l'ombre, trop d'ombres en vérité dans le bus, les magasins, les rues...

Ma lecture énumère et dénonce les abus catholiques. Pourquoi ne dénoncent-elle pas les châtiments inhumains des écoles coraniques ? il règne dans ces colonnes une atmosphère de règlements de comptes anti-sacristie assez déplaisante, un ton ricano-persifleur d'yeux en coin, de sourires entendus... Voici des enfants sortant de leurs salles, nous sommes le mercredi soir, tout sent la sincérité sous-payée... si je pouvais trouver pour lire une salle vide, éclairée ! Un an après le début de cette expérience, [les] résultats scolaires (de cette école religieuse incompétente) sont navrants. Ainsi, c'est en raison des mauvais résultats qu'ils se sont fait virer, et non pour leur appartenance à la race punitive des corbeaux.

 Et que veut dire école à la maison ? En restant chez eux, ou suivant ce que l'on appelait « répétitions » ? Devant moi c'est un va-et-vient lâche et perpétuel ; impossible de bouger, de chercher une salle. Aucune sympathie pour moi ce soir ne se dégage de tous ces gens puant la modestie, l'insignifiance, la vie sans perspective et le, pour finir, cercueil... Aujourd'hui, beaucoup se demandent si on a agit [sic, faute et hiatus compris] dans le meilleur intérêt des enfants.

...Le niveau de ces braves religieux serait-il donc insuffisant ? Une torpeur me prend. Parfois un train passe de l'autre côté. Depuis vingt ans j'entends parler de ces enfants qu'on embrigade. Ici des filles et des garçons s'emmerdent jusqu'à plus de 20h pour développer leurs sensibilités musicale et gymnique. Il paraît que c'est pour leur bien. Dès demain il leur faudra rentasser dans leurs têtes ce long apprentissage indispensable. Ne cesseront-ils donc jamais de défiler devant moi, en compagnie de papa-maman ? et je ne suis qu'un père parmi eux...

Le directeur s'en va, ferme son bureau à clef, j'entends partout jouer, sauter, du piano, des recommandations, peut-être ma fille dans le lointain. Mes notes serviront-elles à ceux qui survivront à mon cadavre ?

09.05.2009

Eclats de Péguy

Péguy contre la prédestination
Péguy se prononçait contre toute prédestination individuelle.
1. Considérons ceci en effet : - ou bien, tout étant néant, tout reposant sur le diviseur zéro, le Diviseur Absurde (car multiplier par zéro, c'est encore quelque chose, c'est “zéro”, ce n'est pas rien ; tandis que diviser par zéro, ce n'est pas zéro, ce n'est même pas rien, c'est proprement, à la lettre, inconcevable) - en ce point d'intersection (soyons plus net) où nous nous trouvons, nous les hommes, broyés entre l'horizontale du plan temporel, humain, et la verticale, couperet de Dieu – c'est ce que pense le rabbin Loew – contemporain de Rodolphe II de Habsbourg - ne serait-ce pas précisément de là que naît la rage de l'acte et de la parole. (Una salus victis nullam sperare salutem, le seul salut des vaincus est de n'espérer point de salut) 
- ou bien “Dieu a tellement aimé l'homme” (dixit “un prêtre des Cévennes” d'après Jules Romain – qu'il l'a créé LIBRE”) - et dans cet espace de liberté et d'amour laissé par Dieu (posons Dieu comme “x”(Léon Morin, prêtre) - Péguy fait le pari fou de la reproduction – nul de ses fils ne sera baptisé - “ce qu'il y a d'embêtant, écrit-il à Lotte, c'est qu'il faut se méfier des curés. Ils n'ont pas la foi, ou si peu.” - dans cet espace nous sommes libres, exactement comme la fourmi est libre de son itinéraire affolé entre les graviers que la botte de Dieu ne parvient pas à écraser... En cette course éperdue... 


Généalogie, ou retour à l’obscur 
Toute généalogie est nécessairement, avant tout, cosmologie. Mon père à moi s'appelle Roland, Noubrozi ; son père, Eugène, ou Evgueni ; le père de ce dernier, Louis, ou Ludwig, fils de Jean-Nicolas (« Hans-Niklaus Kohn-Liliom ») ; saint Roland ("Hruot-Land, Sauveur du pays") n'apparut que tardivement sur le calendrier. Noubrozi ("mon père", en djungo) tient beaucoup à ce que je lui souhaite sa fête, le seize septembre ; ainsi que la Fête des Pères, à ne manquer sous aucun prétexte ; je suis fils unique, comme Péguy – la ressemblance s'arrête là (on a sa petite fierté) (son père est mort dès sa petite enfance). 
Mon père à moi n'a rien de russe, ni de juif. Mettons qu'il eût pu l'être. A supposer qu'il eût été mon père (vous savez ce que c'est, le “roman familial”, etc.) Mettons que d'autres ancêtres avant lui exercent leurs droits sur mon âme (mais tous ces morts (syndrome de Barrès) qui parleraient par ma bouche, par mon âme, je n'y crois pas. Je ne saurais y croire. Je ne veux pas descendre de toutes ces générations de bornés. Cadavre dans le placard des Péguy, « le grand-père Jean-Louis, vigneron qui travaillait la terre (...) grand buveur, il roula sous un train à l’âge de quatre-vingt un ans, et son petit fils n’en parlait pas » (Simone Fraisse, Péguy, aux Ecrivains de toujours, éditions du Seuil).  
Et puis c'est un peu facile ; toutes ces histoires d'ancêtres ; à moi qui ai rompu avec toute ma famille, cousins/cousines, qui déjà détestais mes parents ; alors vous pensez ; mes grands-parents (deux ivrognes sur quatre) – mes arrière, (arrière-) grands-parents - je suis comme les peuples légendaires : descendu des dieux, de nulle part – ex nihilo.

07.03.2009

Après Bernanos, la Bible - ç a ne s'arrange pas...

Allons bon. La Bible. Samuel I, 7. Je ne suis pas croyant. Je déteste la Bible, ramassis de poussière. Tous ces gens me semblent sales et bornés, confits dans la crainte, que dis-je, dans la terreur. L'arche va de ville en ville et déclenche des hémorroïdes chez les ennemis. Il faut fondre des hémorroïdes en or. Non, même pas de l'humour. Les gens de Kirjath-Jeraim vinrent, et firent monter l'arche de l'Eternel. Juste la musique des noms. Pour le reste, de l'étroitesse. Tout tourne en rond dans un tout petit pays. Ça n'a pas changé. Qu'est-ce que ce peuple qui trimballe son Dieu dans une boîte. Et notre tabernacle donc. Les religions m'étouffent. Faut-il se sentir mal pour en avoir recours à ça. Et ce style. Mon Dieu (justement) ces redondances. Ces pesanteurs. Ils la conduisirent dans la maison d'Abinadab. Nous voilà frais. Quel point commun entre nous et « Abinadab ».

Religion d'importation. Mieux valait rester gaulois. Un contexte à nous. Dieu dans notre nature à nous, avec des noms bien de chez nous. Ça va bien un peu, l'exotisme. Je pense à du cul. Sur la Bible. Je vais avoir l'air fin, quand d'innombrables reporters m'interrogeront sur mes convictions religieuses, à propos de ce livre qui doit sortir et dont je suis l' « auteur » - simple compilation paraphrasée d'internet – ne le répétez pas. Cela s'appelle « Le petit livres des grandes fêtes religieuses monothéistes » - ...sur la colline, et ils consacrèrent son fils Eléazar pour garder l'arche de l'Eternel. Ah, ce que je m'en fous. Pauvre Eléazar. Que c'est stupide de vivre ainsi sous le regard constant de Dieu, dans son carcan, non pas pour soi (je consacre souvent ma journée à Dieu), mais devant tous, officiellement, avec prêtre, costume, garantie, et tout le tremblement. Jamais je ne parviendrai à garder mon sérieux.

Pour le livre appelé Pourquoi ont-ils tué Péguy, aussi, « j'me voyais déjà » (« tout en haut de l'affiche ») - je t'en fous...  Juste un vieil instit, très intelligent, qui m'a tiré le meilleur au micro de Casteljaloux. Il s'était passé bien du temps depuis le jour où l'arche avait été déposée à Kirjath-Jearim. Et je ne parviens pas à écrire mieux. Il est vrai que je sors d'une révision sur Pamuk, auteur turc ; et là, je m'y étais laissé glisser à fond, dans mon fond à moi. Triste. Interminable. Des pages en janvier (les 21, 24, 26). Vingt année s'étaient écoulées. Sans progrès techniques, sans journaux du matin et du soir, sans rien qui puisse donner du goût au temps écoulé. Directement de la vie à la mort, comme ça, avec juste les peines et les joies d'un petit village dans la poussière et les 40° à l'ombre : mariages, morts, naissances, juste de quoi sentir passer le temps sans le sentir passer, Dieu en direct... « Tu fixes un détail du mur de ta prison, et d'un seul coup cinq ans ont passé. » Dans « Au nom du fils » je crois.

C'était ça la vie dans le désert, même si palmes et moutons. Alors toute la maison d'Israël poussa des gémissements vers l'Eternel. Déjà. Toujours à gémir. Ils aimaient ça, la malédiction, les menaces, l'atmosphère où tu serres les fesses sur ta diarrhée en te demandant de quel côté le coup va tomber. Je transcris une conférence sur « la concurrence des victimes ». Les juifs sont comme les femmes. Ils aiment ça, la souffrance. Ils ont été servis. Ils vont en reprendre, d'ailleurs.
Samuel dit à toute la maison d'Israël : Si c'est de tout votre cœur que vous revenez à l'Eternel – ouah pardon mon Dieu, ouah je le ferai plus promis arrête de frapper putain, pardon pardon pardon. Saletés de religions. Toujours dans les textes fondateurs, ce qu'il y a de plus ras du sol. Seulement ensuite, par déduction, longtemps plus tard, les textes apaisants, si l'on peut dire, car tu te fonds en Dieu, tu n'existes plus, tu es Dieu, tu es mort.

La vie éternelle, c'est la mort, l'être suprême, c'est le néant, etc – ôtez du milieu de vous les dieux étrangers et les Astartés toujours, toujours, la même chose, les mêmes choses, non pas éternellement mais sempiternellement, « c'est moi le bon et pas les autres », l'impression d'étouffer dans un couloir étroit, dans la pyramide, 40 degrés, et plus d'air – dirigez votre cœur vers l'Eternel et que j'aille à la poste, un peu d'extérieur...

05.03.2009

Bernanos

(...) aux prises avec les soubresauts de la Grâce, que Dieu merci personne n'assimilait encore à de la névrose. Pourquoi toute une partie de notre âme serait-elle vouée aux gémonies ? Quant à nous, qui croyons vivre libres et débarrassés des préjugés, que pensera-t-on de notre asservissement à la télévision au lieu de Dieu, aux lois du marché au lieu de la censure, aux joies de la bagnole au lieu des préjugés contre le sexe libre ? Nous aurions pu vivre heureux et nous croyant à la pointe du progrès au milieu même des répressions royales et papales, nous aurions pu nous rengorger des pouvoirs de notre intelligence parmi les derniers feux de bûchers, nous aurions pu envisager de mourir à 48 ans comme notre héros avec la perspective de la vie éternelle que nous avons perdue. Il n'y a pas de progrès, mais il y a progrès tout de même, car nul n'aimerait revenir en arrière. Permettez-moi de vous apporter la lecture de quelques extraits, c'est toujours ainsi que nous terminons : (…) Voyons les tâtonnements de l'homme d'observation, qui hésite encore à distinguer entre la maladie et la punition de Dieu.

P. 188 : « Et ce flot de paroles chez un homme naturellement silencieux trahissait presque le délire.
« - Je vous arrête, dit froidement l'abbé Menou-Segrais. Je vous ordonne de m'entendre. »

Or, si la personne croyait en Dieu et en ses châtiments, elle en devenait trois fois plus malade, et dans un sens, elle avait raison ; il s'agit de la pensée magique, n'est-ce pas, Messieurs les homéopathes ?... P. 235 : « Au-dehors, derrière les persiennes closes, le jardin flambe et siffle sous le soleil, comme un fagot de bois vert dans le feu. Au-dedans, l'air est lourd du parfum des lilas, de la cire chaude, et d'une autre odeur solennelle. Le silence, qui n'est plus celui de la terre, que les bruits extérieurs traversent sans le rompre, monte autour d'eux, de la terre profonde. » «La cuisinière » ou : comment empêcher un ecclésiastique de ses subordonnés (car il est devenu évêque) de copuler dans la joie ? ce personnage est à rapprocher de l'abbé Donissan dans Sous le soleil de Satan, à condition qu'il ne soit pas interprété par mon cul sur la commode alias Depardieu, bonjour Zulawski. Sous le soleil de Satan de Bernanos, à lire absolument.

23.11.2008

Affirmations péremptoires

TRAITE DU PECHE DE CHAIR DANS LA CONNAISSANCE DE DIEU

L'expression roman mort prête à rire - en 2050 pourtant la chose est avérée.
"La forme narrative est en pleine puissance" - mais roman = mort. Sauf pour quelques femmes ? Le lecteur ne veut plus de fiction mais de l'information. Nous autres romanciers gonflés de nos romans comme Balzac de tragédies classiques ne trouvant plus preneur crevons d'acné rentré - alors on va donner de l'information, de la réflexion philosophique. Vous n'entrez pas dans n'importe quoi mes Connivents : j'ai fabriqué de petits pantins qui ne résoudront rien,  
Le livre dont vous serez l'anti-héros.

Des deux façons de connaître Dieu

I ou "orgueil mathématique"
----> science exacte dont notre infirmité nous rend incapable (quoique tel de mes amis pût affirmer, de surcroît franc-maçon, que les hauts initiés mathématicolâtres parfois entrevoient, aux bouts de leurs spirales, Dieu sait quel visage de Dieu).

II ou personnes d'extase, qui soit 
a) ne mangent ni ne chient
soit

b) considèrent chaque partie de leur corps, l'une après l'autre, puis rendent grâce - "telle est la seule et unique prière", ce prêtre exagérait, la prêtrise est une exagération. 
...Cette voie ne sera pas non plus empruntée, à moins que l'on ne considère une danseuse, une strip-teaseuse, du monde du stupre - quel mystère. Faudra-t-il qu'elle ressemble à nous. Plus deux hommes. Assez langui mes Connivents. Voici l'homme grand A nom : MATZ prénom Pascal né le 23 août 1966 à rapprocher de vous à mesure que vous vieillirez, car il importe qu'il demeure à jamais à l'âge de 36 ans (trente-six), lieu de naissance, mettez, le vôtre. 
Notez : nationalité française, car il m'est difficile d'accorder le moindre réalisme tant soit peu plausible à un contexte  
_ colombien
_ péruvien
_ bolivien
Taille : la vôtre, signes particuliers les vôtres ou l'absence de vôtre. Cependant j'aimerais bien une petite barbe, pour voir - domicile : voir plus loin. "Confer infra".
Fait le 23 mai 2047 - "Vous n'auriez rien de plus récent?" - perle d'incompétence entendue 
_ dans un salon de peinture
_ dans un salon de poésie
_ dans une "officine éditoriale" (il n'y a plus d'éditeurs ; pognon m'a tuer)(politique m'a tuer ; sociologie m'a tuer ; bons sentiments m'ont tuer)

14.10.2008

Thé au logis

Les Essais de théodicée par Leibniz aux éditions Garnier-Flammarion se terminent, en dernière page, sur la mention suivante : Ouf ! enfin fini de cette merde, insulte à l'intelligence et à la philosophie humaines. Ce jugement furibard et démontrant peut-être avant tout la stupidité de son émetteur se justifie par le fait que ce dernier n'a rien compris et qu'il s'est ainsi bassement vengé d'une lecture laborieuse, à raison de trois à quatre pages, maximum, toutes les semaines. Comme il s'agit de moi-même, je puis vous affirmer qu'il s'agissait d'un véritable pensum. Cependant je lisais en second, et mon prédécesseur, que je connaissais bien, avait consciencieusement et du mieux qu'il pouvait souligné de rouge les phrases et expressions lui semblant les plus saillantes. Des passages entiers se trouvaient ainsi mis en relief, annotés en marge d'une écriture aussi véhémente qu'illisible, où je ne distinguais que des points d'exclamation indignés.

A un moment donné, ces soulignements s'arrêtent net : mon prédécesseur philosophe, enseignant de philosophie, a jeté l'éponge. Il a nié l'avoir fait, mais je sais bien comment il procède pour lire. Il n'a pas voulu dire qu'il avait abandonné. De quoi s'agit-il ? D'une Théodicée, qui est grosso modo un examen de Dieu, de ses attributs, de ses apparentes contradictions et de sa perfection. D'aucuns avancent même la signification de « jugement de Dieu », au sens de « comparution devant notre propre raison ». Nous savons à quelles contradictions sans fin l'on se heurte si l'on postule l'existence de Dieu : où il se trouve, si le temps existe pour lui et comment cela se fait s'il n'existe pas, s'il y a eu un « avant » la création, s'il y aura un « après », pourquoi d'ailleurs la création est intervenue, quel besoin il en avait, ou quelle extension cela représente, et surtout, comment il se fait que le mal existe, si l'homme en est responsable ou si ce n'est pas plutôt Dieu qui l'a prévu de toute éternité donc voulu, s'il pourrait faire que tout soit parfait.

Dieu nous a chassés du paradis terrestre, nous aurions bien aimé le détrôner à son tour : tout est-il prédéterminé, n'avons nous pas été victimes de l'arbitraire, d'une terrible injustice ? La question préalable est de savoir si cet examen philosophique est légitime : la philosophie en effet a été récusée par maints théologiens, certains étant hérétiques, ou bien affirmant que notre raison devait s'incliner devant les mystères de la révélation et de la foi. Puisque nous possédons dans notre crâne cette étincelle divine de l'intelligence, était-il juste, rétorquait-on, de laisser humilier cette parcelle de Dieu qui permettait de comprendre l'univers ? Certains disaient même qu'il était impossible de démontrer l'immortalité de l'âme ou l'existence de Dieu par le seul raisonnement, et qu'il fallait s'en remettre à son cœur, à son sentiment. Très bien ! Mais alors, celui qui ne sentait pas Dieu dans son cœur pouvait aussi bien dire « Je ne le sens pas, donc il n'y est pas, donc il n'est pas» ; halte-là !

Dieu ne s'atteint pas par le raisonnement seul, autrement il serait démontrable, mais il faut que l'entendement humain puisse toutefois marcher à sa rencontre jusqu'au point le plus élevé possible, pour que la foi soit autre chose que transe ou illumination ! Leibniz développe donc ce point de vue. Pour cela, il ne craint pas de passer en revue, avec une érudition absolument pharamineuse, tous les théologiens qu'il connaît, convoquant toutes les hérésies depuis les premiers temps. Et qu'est-ce que c'est chiant...

24.09.2008

Thé au logis

Nous écoutons Herr Leibniz (il s'agit du discours préliminaire sur la philosophie, précédant la Théodicée proprement dite : « On voit par là que le dogme de la participation réelle et substantielle se peut soutenir »  - il doit s'agir de la présence réelle du Christ dans l'hostie -  (sans recourir aux opinions étranges de quelques scholastiques) par une analogie bien sentie entre l'opération immédiate et la présence. » - toujours cet art, chez les philosophes, de diviser un raisonnement impossible en plusieurs raisonnements possibles, puis à tenter de nous persuader que la résolutiondu tout sera nécessairement formée par la résolution additionnée de toutes les résolutions partielles... C'est ainsi que l'un d'eux est parvenu à nous démontrer, la tortue étant à peu près immobile dans une fraction de seconde, et que le lièvre est immobile, dans une fraction de seconde, que, parole de Zénon ! jamais le lièvre ne rattrapera la tortue : ingénieux n'est-ce pas ? ou n'est-ce pas plutôt parfaitement con ?

Je n'ai pas l'esprit philosophique dites-vous, et c'est celui qui le dit qui l'est ? ben voyons...). Leibniz : « Et comme plusieurs philosophes ont jugé que, même dans l'ordre de la nature, un corps peut opérer immédiatement en distance sur plusieurs corps éloignés tout à la fois, ils croient, à plus forte raison » - et à partir de là mon consciencieux collègue a souligné en rouge - « que rien ne peut empêcher la toute-puissance divine de faire qu'un corps soit présent à plusieurs corps ensemble » - je ne vois pas le rapport - « n'y ayant pas un grand trajet de l'opération immédiate à la présence, et peut-être l'une dépendant de l'autre » - proximité du Christ et de la pâte à tarte ? je m'interroge. « Il est vrai que, depuis quelque temps, les philosophes modernes ont rejeté l'opération naturelle immédiate d'un corps sur un autre corps éloigné, et j'avoue que je suis de leur sentiment. Cependant l'opération en distance vient d'être réhabilitée en Angleterre par l'excellent M. Newton, qui soutient qu'il est de la nature des corps de s'attirer et de peser les uns sur les autres, à proportion de la masse d'un chacun et des rayons d'attraction qu'il reçoit ; sur quoi le célèbre M. Locke a déclaré, en répondant à M. l'évêque Stillingfleet » note "71"  :

« 71 : Sur cette polémique entre Locke et l'évêque Stillingfleet, voir les Nouveaux Essais, Préface (éd. Garnier-Flammarion, p. 44) - « qu'après avoir vu le livre de M. Newton, il rétracte ce qu'il avait dit lui-même, suivant l'opinion des modernes, dans son Essai sur l'entendement, savoir qu'un corps ne peut opérer immédiatement sur un autre qu'en le touchant par sa superficie et en le poussant par son mouvement, et il reconnaît » - souligné - « que Dieu peut mettre telles propriétés dans la matière qui la fasse opérer dans l'éloignement. C'est ainsi que les théologiens de la confession d'Augsbourg » - les protestants - « soutiennent qu'il dépend de Dieu, non seulement qu'un corps opère immédiatement sur plusieurs autres éloignés entre eux, mais qu'il existe même auprès d'eux et en soit reçu d'une manière dans laquelle les intervalles des lieux et les dimensions des espaces n'aient point de part. “ Tout cela ne nous dit pas comment du pain peut se transformer en chair à la fois humaine et divine...

Il faut tenir compte d'une façon de raisonner propre à cette époque-là sûrement, héritée de la scholastique médiévale, mais comme dirait Eltsine, “c'est bien compliqué”. Leibniz, Théodicée.

30.05.2008

Avec le socialisme, comme avec Dieu, faites-vous bien chier


« Le sentiment remplace donc chez l'homme l'instinct ». Disons : « le ressenti ». Cette phrase vient en conclusion d'un raisonnement chiadé, d'où il appert que nous sommes à la fois nous-mêmes, le monde extérieur, et notre relation au monde extérieur. Il existe donc une solution socialiste par époque et par pays. Chose que les théoriciens secs et sectaires ne sauraient entrevoir, bloqués qu'ils sont par les modèles chinois, russe, etc. Ce Leroux vécut avent les révolutions précédentes, et mourut au temps de George Sand dont il fut l'ami. Les assertions de ce monsieur devraient faire de lui l'un des tout premiers et très grands pré-socialistes français, à l'égal des Saint-Simon et autres Fourier.
Pourtant c'est un pensum que de le lire, parce qu'il a raison ent tout, et qu'il applique son raisonnement à tout ce qui passe, en particulier les psychologues et les physiciens. Bon, il a raison, répandons-le partout, tirons-en les applications politiques pratiques, et passons à autre chose.

Lassitude. Je lis pour avoir un livre de plus de côté, dans ma collection accumulative. Mais je me calomnie. D'après les « Conversations avec Dieu » ou quelque chose d'approchant, je dois immédiatement chasser les pensées autodestructrices et me valoriser, afin de devenir Ce Que Je Suis Vraiment (les majuscules sont dans le texte original). Le pire est que ce livre de grande consommation m'intéresse et me transforme réellement.

Dans ma petite salle de bain, en me passant la serviette entre les cuisses, je me répète : « Je suis positif ! Toute mes erreurs ont été nécessaires afin que je me construisisse et devinsse ce que je suis ! » Et je me remonte. « Et de même que l'instinct se trouvait au début de la vie chez l'animal et au début de tout phénomène de cette vie, » (celle de l'animal), « de même l'innéité intellectuelle et morale, qui n'est autre chose que le sentiment né de la vie antérieure, se trouve au début de la vie de chaque homme et au début de tout phénomène de cette vide » - celle de l'homme. Comme un embryon par rapport au corps développé. C'est logique.

 

... L'égoïsme du péteux, qui se la joue Soljénitsine... En quoi importe-t-il à l'humanité, je me le demande, que j'achève ou non cette rubriquette. "Enfin, de même que l'instinct se retrouvait, comme résultat du phénomène, après toute manifestation de la vie animale" ( la suite de la phrase est aussi prévisible qu'une démonstration mathématique), "de même l'innéité se retrouve, comme résultat du phénomène, après toute manifestation de la vie de l'homme." Voilà Leroux tu l'as bien chié ton théorème. Sacré nom de Dieu, quel effet cela fait-il d'avoir les idées claires ? Comment est-ce qu'on voit le monde ? Comment se fait-il que par-dessus le marché l'on puisse conserver toutes les qualités affectives, tous les sentiments ? Ne pas me repentir surtout, ça esquinte l'entourage. Ne pas se laisser abattre. "De là notre progrès possible pendant cette vie, et la nécessité de nos perfectionner sans cesse." "Delà" était imprimé en un seul mot, car il s'agit d'un fac simile, bourré de fautes d'impression.


J'ai toujours détesté les sciences exactes, car elles réduisent l'homme au néant sans aucun espoir. La religion l'y réduit aussi, mais avec un espoir : cette imbécile de survie. Je ne vois pas de vie dans la chimie, alors que c'est là, justement, qu'elle se trouve. La scientologie réconcilie tout cela en faisant je suppose de Dieu un chimiste suprême. "De quoi donc se nourrit d'abord la vie humaine ?" Monsieur Leroux va me l'apprendre, eh merde... 

22.05.2008

Profondeurs - Profundidades

Je me souviens de ce bibliothécaire en chef, enfoui au bout d'un dédale de couloirs. Il était si pâle. J'aurais été stagiaire, sans traitement... Abîme, abîme, j'ai peur. Son premier fils. Nous étions dans la famille du bourreau, entre gens durs.
Voici que le suicide d'une mère nous emmène dans les parages des victimes, des bourreaux à leur tour victimes, fraternelles et sans espoir, sans la moindre excuse, puis sur celui-ci encore, quoi, un fils victime, et punir encore un second, d'exister, comme les dieux antiques avaient soif. Et maudit, dans son dernier souffle, le père meutrier de ses enfants. Dans Les Hauts de Hurlevent, même fatalité du parallélisme, ici sous le soleil de la Grève, si ce doit être cela devivre, pourquoi y a-t-il mêlées tant de douceurs et d'amertumes ? Encore pour l'homme ne s'agit-il pas de tuer pour survivre, simplement manger – nombre de pères anthropophages ? Si le suicide faisait moins mal.
S'il n'y avait ces espérances absurdes. Note 1 p. 99 : La mort d'Eurydice est racontée par de courtes répliques intercalées – la femme de Créon s'appelle Eurydice, et c'est elle qu'on envoie au tombeau... Je ne parviens plus à ordonner quoi que ce soit. A qui m'adresser ? J'ai vécu dans l'artifice. Nous sommes seuls. Message entre les phrases – entre des strophes chantées. Les mots ne me protègent plus, ceux que je fais moi-même, les plaintes de Créon sont exprimées en dochmiaques – je ne connais pas ces vers. "Le dramaturge passe à la scène suivante". Cela s'écrit en italiques : Strophe 2, rien n'est sur le manuscrit.


Nous n'avons donc plus que la danse et le chant. Et la peur, artificiellement provoquée bien entendu. J'aurais dû vivre au premier degré ; qui m'a donné cette conscience ? Ah... Ah... Je suis comme ivre d'horreur alors un bien intentionné te dis Voyons ce n'est pas grave, ce n'est pas si grave que cela, vous savez tous que se laisser aller correspond à la mort, à pire que la mort, la confusion mentale, mais je n'ai rien vécu, rien, la mort n'entraîne pas la lucidité, pas l'approfondissement, juste un peu plus crétin, je vois Terzieff éclaboussé de tartes, il en mourrait, personne ne le critique plus, mais on se rabat sur la pièce, mal choisie, je ne sais pas ce que c'est, je ne réagis plus que par sursauts, ils s'espacent, s'exprimer ferait advenir la chose, je dois m'éloigner, Ah, en plein cœur que ne m'a-t-on frappé, je crois que chaque homme porte en lui la totalité de la douleur humaine et qu'il faut qu'il y passe

09.05.2008

La clôture

Dans huit semaines mes gars voguent à la voile au large de Valdivia (République Argentine). La rééducation par la marine en bois, pas de femme à bord, ils gueuleront des couplets de tempêtes, la pureté du large et tout le bataclan, loin d'ici galère en pleine terre. Ils escaladeront les mâts et s'enculeront dans les hamacs à la quête de l'équilibre.

...La nuit qui suit j'explore la cour intérieure de l'établissement, quatre étages aveugles au-dessus de moi. J'ouvre la porte de la chapelle désaffectée avec mon passe - tandis que sous la lune dans mon dos mes prisonniers rapprochent à grand fracas leurs putains de lits dans leur putain de dortoir. Je referme sur moi le battant. Je me revois en rêve à l'harmonium à l'angle du transept où rôde l'écho des ogives ; tremblant d'être démasqué, viré, tout autour de moi la pierre creuse emplie d'harmonie comme un grand ventricule. Quand je gagne au jugé la porte de la sacristie, en vérité Dieu m'agrippa l'épaule, mon dos pourrit d'horreur, mon cri buta en fond de gorge, ni le rêve ni Dieu ne s'achèvent jamais.

Je ne me souviens plus si dans le rêve je fermais ou non les portes en prévision d'une retraite – jamais je ne l'ai poursuivi jusqu'à ce point où me voici ce soir, bien éveillé avant le dénouement ; une ouverture dans le mur du fond donne sur la sacristie aux grandes penderies bâillantes où l'on suspend les aubes empesées, sans tête, avec en haut les blafardes impostes rectangulaires – je pousse d'autres portes encore, entre dans d'autres pièces, le vide me poussant le dos – je vois dans celle-ci au sol des amas sombres de tissus froissés ; j'entends de loin une conversation très floue de femmes, et dans l'ultime chambre où je me suis glissé ce sont distinctement les voix des sœurs juste derrière cette porte même dont l'ouverture inopinée au moindre froissement me piègerait en vêtements de nuit - les sœurs ce soir ont omis de s'enfermer, négligeant leur clôture, mais j'en ai abusé, compromis, enfoncé comme je suis en leurs murs, en possibilité de tout subir en mes humiliations.
Elles s'entretiennent de lessives ou d'oraisons, parlant comme on prie en ces lieux où nulle ne s'exprime plus qu'en langage de Dieu Je répète prenez pitié de moi tandis que je décrois, frémissant de m'être imaginé Dieu sait quelle débauche de ces femmes, posées sereines au cœur des nuits, sans plus de séparation de mon Enfer que cette mince porte ; et quatre pièces vides ouvertes dans mon dos, je me paralyse, hagard, priant.