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Bozarts

  • Faykod


    Hôtel.JPG
        Prospectus en version bilingue, dithyrambiques louanges de statues Faykod, ici reproduites sur papier glacé, fend ma statue de marbre d'une page l'autre tel un méridien vertical chinois, statue terrible cause mon recul.  Monument funèbre, forme blanche et drapée (immonde) sur un corps d'enfant qui lutte, plaquant sa main sur le mufle engloutissant, dont la débordante capuche (…) un instant je crois à cette clémence mais l'ébauche d'esprit ne laisse aucun sursis ; le groin que l'on devine un instant arrêté reprendra sa reptation, la tête immaculée de l'enfant garçon dépourvue de tout pli ou ride n'offre qu'un deux tiers arrière sans traits précis, malgré ses longs cheveux sur les épaules et la jambe arc-boutée forme obstacle aux drapés de la bête.
        Jambe droite et bras gauche avec le cambrement dissimulé du ventre forment un trapèze irrégulier de 60% mais le flanc déjà coule dans l'indistinct, retourne à la matière, au ventre digérant de la mort blanche ; à peine sorti sans force ni musculature avec la seule arme d'enfance et de conviction que tout s'émouvra, détournant l'inéluctablemais déjà la jambre d'appui s'enfonce dans le sol sableux. Force anonyme et trop bien identifiée tirant du sol au contraire sa force de tornade – effet de surprise, et proximité du corps à saisir. Nul ne l'a vue venir car procédant de la pierre même – ainsi le mal s'incarna-t-il en immobile tourbillon, fatale étreinte bien noter au niveau du ventre et du sexe incertain, à demi engagé dans la pierre meurtrie comme on rentre au ventre natal. Justement
    (...) l'étreinte est fatale. Nous noterons au niveau du ventre et du sexe incertain de l'enfant, du genou à demi-engagé dans la pierre qu'il blesse et où ce faisant justement il s'enfonce et se perd, des aspérités aux contours paradoxalement arrondis, comme des os où tiendraient encore des boudins de chairs décomposées mais robustes et dures encore. Ce sont des côtes de carcasse suspendue, des dents qui déjà engloutissent tout en pétrifiant. Il court sur toute cette fantasmagorie un réseau terrible d'ombres et de lumières, l'ombre concentrée de préférence dans les parties hautes, telles ce dessous de capuchon monacal et tellurique, s'atténuant vers le bas, reprenant sous le pied dressé de l'enfant où se hausse l'arête du sable.
        Le dessus de la coiffe est blanc, de pureté, de froideur qui de nouveau s'épandra sur ce drame une fois digéré. Le blanc s'élève tout au long de la courbe du bras repoussant, aux doigts finement détaillés – l'un d'entre eux s'enfonçant déjà dans le hideux magma pseudofacial. Puis les cheveux, l'épaule, captent une blancheur éblouissante jusqu'au creux des reins, cambrure extrême, souple et fragile, sur le point de céder, et la hanche prolongée de précoce musculature féminine. Sur le cliché qui m'est présenté la jambe est mi-claire mi-sombre, ce qui diminue, afrêlit encore la résistance, l'élan vital de la prime adolescence engloutie avant d'être pleinement née. Ces sculptures figurent en plein air, dans un parc, où les variations diurnes de la lumière les animent sous le grand luminaire du jour, en Provence.
        Chacun peut l'acheter.

  • Description laborieuse de la Bave

     

    005.JPGComment regarder cette photo ? À l'endroit ou à l'envers ? Tant je suis attiré par le thème du reflet. Reflet dans l'eau, ici, de la Bave, à St-Céré, lieu de naissance du populiste Poujade. Mais aussi de Lagarouste, inventeur du levier à rocher ; le précédent n'est pas mentionné : sans doute en eut-on de la honte. Ce cliché fut réalisé pendant un séjour de ma femme au lit. Nous avions vu le défilé d'une noce en voiture années 30, avec maintes casseroles et gamelles accrochées au cul. Ce lieu fut aussi celui de mon accueil en salle de cybercafé, où l'o,n, vint à ma rencontre en raison de ma tenue fort peu orthodoxe, mais je venais internetter, non casser. Dans la rue, je fonçai en droite ligne et les yeux fixes sur deux autochtones qui s'écartèrent en devisant, par prudence.

     

    Le pont d'une arche est repris dans l'eau. Il forme un arc-de-cercle aboutissant (je le sais) non pas à une rue mais à une porte qu'il me plaît d'imaginer désaffecter : du pur Venise. Le reflet montre deux poutres minérales parallèles : entre lesquelles apparaît cependant la Bave, curieux cours d'eau qui ne mérite pas son nom. Comment cela se fait-il ? Ce pont serait-il sans tablier, devenu impraticable ? J'y vois le fond d'une barque, avec ses planches parallèles, enserrant le reflet vague de constructions lointaines, et un moignon de clocheton dans l'eau. A l'air libre en effet, et au-dessus de ce reflet, une longue abbaye d'ardoises, un toit rond religieux plus un clocheton très Centre-France.

     

    Trois toits de tuiles, l'un en longueur, l'autre en largeur, le dernier en hauteur. Partout de la construction, à l'ancienne : un autre corps de bâtiment, plus proche, sur la rive gauche, balafré d'une ombre claire, ponctuée de volets blancs, ouverts, entr'ouverts "en tuile", fermés au rez-de-chaussée. Les deux rebords d'un parapet pare-crues, d'inévitables interdictions de tourner à droite ou à gauche, un tas de sable de travaux. Plus bas sur la berge raide, des jaillissements de rameaux revêches, vert bouteille, et le reflet à l'ombre cette fois de ces masses et constructions, formant l'oblique d'un point de fuite. Le pont donc aux deux tiers de hauteur comme il se doit, les constructions que l'illusion de perspective place sur lui, et enfin, à égalité de la longueur (mais l'eau semble repousser le tout vers la droite), une oblique assez nette à 80° : un toit, un balcon saillant sur l'eau avec ses croisillons de bois à l'air libre, une petite ogive, un étai à 45° style "descente en rappel", et jusqu'à nous la coulée verte, au soleil, qui s'élargit en base de triangle.

     

    C'est la rive droite, où derrière le parapet s'alignent mal dissimulés nos hudeux mufles d'automobiles qui foutraient tout en l'air question ambiance, avec leurs tôles de sauvages. Le pire est qu'elles font pendant, pour la masse, aux maisons balafrées de la rive gauche, de même que l'ombre végétale de la même rive renvoie aux constructions claires, à poutres incluses, d'un vaste et lourd ensemble dont le cadrage nous dérobe le toit. Ce qui donne, de part et d'autre du pont et de son reflet : rive gauche, masse oblique des constructions, sur la berge assombrie ; rive droite, en haut la construction magistrale et très claire, en bas, l'ensemble compact, de haut en bas, d'une haie noire, des trois capots hideux et adoucis, de la végétation cette fois éclaircie, au soleil. A présent, errons un peu. Le grand côté d'immeuble, à droite, se fait grimper par du lierre. Il cache et bloque un premier volet fermé. Il enserre et menace ou protège un second couple de volets également fermé.

     

    Plus loin sur la droite, vers le rebord de l'illustration, mon œil inhabile ne saurait dire s'il y a rebond, pliure, ou poursuite de surface plane : je vois encore deux volets, l'un au-dessus de l'autre, aux battants fermés. Un petit rectangle très pur. Un dépouillement contrastant. Le pan de mur bouffé au lierre présente deux niveaux, séparés par une poutre incluse brun foncé, soutachée en parallèle d'une autre poutre plus mince. Le lierre ébauche ici la forme d'un ours vert, dont la tête aveugle et le mufle surgit au-dessus d'un vaste demi-torse, flanqué de pattes avant monstrueuses, levées pour assaillir. Geste protecteur, défensif, ou pour le moins affirmatif. Et l'angle droit, invraisemblable anatomiquement parlant, enserre un de ces volets aux battants clos déjà mentionnés.

     

    Les feuillages de la patte plus proche de l'eau s'effilochent au-dessus de la double poutre de soutènement, plus haute, prête à frapper ou à se fondre. La poutre est la double base d'un triangle équilatéral, se complétant hors de notre vue. Il est rayé de sept poutrelles verticales, avec deux volets clos, entre la deux et la trois, entre la cinq et la six. Un troisième, tout proche e ce rectangle pur déjà décrit, s'entrouvre, on voit son ombre sur le mur. Il est à supposer qu'on a voulu partout, à St-Céré, se protéger des rayons d'une canicule à venir, et nous serions au matin, lorsque l'ombre subsiste encore. Ou bien le soir, si le soleil provient d'au fond à gauche, en direction de l'ouest. Tout est calme.

     

  • Château de Baugé

     

     Le château de Baugé (Maine-et-Loire) porte un bien humble nom, la bauge étant ce lieu où le sanglier se vautre à l'abri des buissons. Il dégage aussi un puissant parfum de vieille et fauve féodalité. La carte postale qui le représente offre peu de place à la correspondance au verso. Il s'agit plutôt d'une fiche explicative, destinée au classeur d'un très ancien élève. La Collection de la Solution Pautauberge proposait aux médecins des séries (ici la 6e) que les enfants desdits docteurs s'empressaient (ou non) de compléter. Autant dire que la photographie est ancienne, austère, fanée. Que le château d'ailleurs se présente comme une construction massive, un corps de logis gris coiffé d'ardoise aux deux mansardes bien de face, deux autres se nichant dans la gorge de deux tourelles symétriques.

     

    La tourelle de gauche, engagée dans la ligne de front, est surmontée d'une flèche à girouette, elle même entamée d'un pignon. Celle de droite n'est plus qu'un mur percé de quatre fenêtres superposées, la plus haute séparée des autres par un espace nu plus large. Elle est déjà sous le toit, en vaste pignon, reposant sur deux contreforts de façade. Le château n'est pas accueillant, toutes ses ouvertures sont closes, ce qui en fait des fermetures. Quatre portes en bas au ras du gravier, surmontées d'autant de fenêtres, étroites, volets fermés. Entre la deuxième et la troisième, un fenestron carré près du sol, une ouverture à grain tâchant de ressembler à une meurtrière avec son lineau, plus un ultime fenestron sous la gouttière. Ampoule.JPG

     

    Partout règne une symétrie chaque fois rompue par une délicate différence, rompant la monotonie : le pan coupé de la tour de gauche recèle une tourelle engagée, toiturée d'ardoise avec sa girouette personnelle. Le pan de mur sous le pignon très large, à droite, montre une porte fourragère à voûte, en hauteur, soigneusement fermée elle aussi. Nous accédons à ce château par ce pan de mur, comme coupé, au momyen d'une large allée bordée de bornes que relient des feston de grosses chaînes, dans l'herbe d'une pelouse. A droite un caniveau médiocrement entretenu, un trottoir, un buisson vert qui empiète. Un mur de gros bloc, au deuxième plan, voudrait accentuer une profondeur que l'aplatissement général ne permet pas.

     

    Derrière lui l'allée se poursuit sur la droite, et sur la gauche aussi, devant tout le corps de bâtiment. Il n'y a pas de soleil. Les châtelains doivent bien s'ennuyer, s'ils occupent toutefois le bâtiment, qui semble bien plutôt abandonné aux équipes d'entretien. La pierre est grise et fanée, les toitures d'ardoise délavées, le ciel crayonné de nuages blanchâtres et plat, au-dessus desquels règne un ciel bleu pâle ennuyé. Nous avons compté cinq grandes cheminées, toutes à droite, la première soulignant l'exacte moitié du cliché. En arrière et de part et d'autre du corps principal se tiennent d'autres masses pierreuses, laissant présager une longue visite guidée. 

     

  • Colonne St-Marc à Venise

     

    Depuis 2036, une éternité ! cette épaisse revue gît dans la une salle de la clinique Zaviéti réservée à l'accueil des familles, lorsqu'elles doivent apprendre que le choix se réduit à deux options: débrancher, ou laisser vivre, si l'on appelle cela "vivre". Aussi les revues, les quinze ou vingt œuvres imprimées sur leurs étagères de contreplaqué ne suscitent-elles qu'une indifférence fébrile, toutes dépenaillées qu'elles sont à présent. L'une d'elle à mieux résisté : c'est un numéro de "Géo", mieux broché que les autres, affichant un dossier sur Venise ; plus de trente ans sont passés, mais la cité des doges agonise encore, en attendant qu'on la ferme aux touristes ; après tout, LascauxII ne désemplit pas – preuve s'il en fallait que le gros du touriste sait se contenter de peu, pourvu que les distributeurs et autres cafeterias abondent.

    La Princesse mauve par Anne Jalevski.JPG

     

    Sous nos yeux se recroqueville une chromophotographie représentant le lion de Venise en haut de sa colonne, déployant sur un soleil de feu d'artifice le profil découpé de son aile apostolique. Juste au-dessus de sa tête silhouettée s'explose le temps d'une seconde un magnifique éclatement d'hostie, tout rond avec sa douzaine d'épais rayons de longueurs variables, ocre foncé sur la nuit noire. Deux autres fusées l'accompagnent en même temps, plus petites, l'une sur notre gauche, l'autre à droite à distance double. Le lion dressé tout noir sur son chapiteau tronque et absorbe les jaillissements lumineux, tandis qu'au fond du ciel en arrière plan retombent les filaments d'autres explosions invisibles.

     

    Les quatre pattes plus trapues sur la contre-plongée foulent une architrave et la pyramide tronquée formant base, ornée d'une palme. Et sous le bourrelet circulaire, le sommet de la colonne masque en plein milieu la détonation d'une autre fusée, ce qui lui confère l'aspect d'un fût cylindrique explosant sous la pression symétrique d'une liqueur étincelante. C'est très beau, cela plaît aux peuples.

     

  • Portrait présumé de Plotin

     

    Mal m'en prit, j'achetai un jour pour moins de 10€ ce volume sous jaquette consacré à des extraits du grand néo-platonicien Plotin. C'est la plupart du temps rigoureusement incompréhensible à tout non spécialiste. Une femme a tracé le portrait de couverture et le dos du livre, et cela se voit : ligne claire, absence totale de vigueur. Mais il s'agit peut-être d'une recommandation de l'édition du Monde, "Le Monde de la philosophie", et de mon sexisme. Bref, le front vaste et direct se trouve envahi par le nom du philosophe, "Plotin". Le cou porte le titre général, "Sur le beau" et autres traités. Nous traiterons en d'autres lieux de la matière de ces écrits. Aujourd'hui, c'est le portrait qui nous préoccupe.

     

    Un homme jeune, quarante ans selon nos critères, à fine barbe en pointe, avec moustaches claire et lèvre inférieure imberbe, dégageant une clairière ovale au-dessus du menton. La pilosité remonte au-devant des oreilles bien plaquées, pour faire pont avec une chevelure juste esquissée par la mise en page. Le bouche est droite et moyenne, la lèvre supérieure légèrement saillante, les coins juste un peu abaissés, réfléchis mais point sévères. Le nez, de face, très difficile à dessiner pour qui ne sait pas la technique d'ombrage, se dispense peut-être de l'adjectif "grec" ; il présente, exactement comme il le faut, deux plis inclinés latéraux symétriques, et la fameuse souple ondulation qui mène au centre de l'arc labial. Pommettes hautes, sourcils harmonieux, regard perdu dans les lointains de la philosphie, qui n'empêchent pas la rectitude ni l'amabilité latente.

     

    Le col est dégagé, la pomme d'Adam se signale par un subtil jeu d'ombre, et le bas des pommettes, les joues, se relèvent par un beau travail d'estompe au crayon. Le parfait jeune homme, propre sur lui, bien abstrait, perdu dans la gravité à demi-souriante, expression plastique de l'harmonie hellénique, avec un je ne sais quoi de latin dans la barbiche en feuille d'artichaut, juste à la dimension du poing qui va la tirer. Cet homme dégage une impression de forte banalité, de fiche anthropométrique, de conformisme, de froideur voire d'inhumanité, à cause de son crayon maigre et de l'académisme de ses formes. Il n'est certes pas exclus qu'il s'anime, dans la chaleur d'un exposé ou la détente d'un entretien privé.

     

    Fresques hongroises.JPG

    Mais il semble bien plutôt refléter le conformisme de la dessinatrice, bien belle et comme-il-faut, que les rêveries du profond penseur qui se perd dans ses lacets – peut-être en effet songe-t-il. Pour lui tout est clair, comme en témoigne l'assurance de son regard, dépourvue toutefois d'insolence, puisqu'il a découvert la vérité de Platon, tout en la complétant de façon personnelle : il en a tiré les conséquences logiques. La légère ombre de l'œil droit (par rapport à nous) ne provient pas d'un doute, mais de l'étourdissement de l'homme qui accède aux mystères de l'univers, voire de la vérité, dont la contemplation laisse des brumes dans le regard. J'ignore si nous avons des reproductions de Plotin contemporaines de son vivant

     

     

    . Nous aurions préféré cela sans doute, quoique l'art du portrait se bornât sans doute alors à quelques indications stéréotypées, barbe du sage ou nimbe du saint. Plotin me regarde d'un air engageant, prêt à débattre avec moi dans l'amitié et la sérénité, proche et lointain, propre et austère, sobre et joyeux si les circonstances y prêtent : c'est un homme libre, qui respire la droiture et la franchise.

     

    Un peu raide comme tous ceux qui ont la foi de ce qu'ils disent ou écrivent.

     

  • Guggenheim

     

     

     

     

    La carte postale du jour présente, suite à son long séjour dans un tiroir, une pliure irréversible dans son angle inférieur gauche : ce pli coupe en biais le reflet dans l'eau nocturne du musée Guggenheim à Bilbao. C'est une eau sombre et lisse, où se reproduisent avec minutie les structures merveilleusement foutraques d'un bâtiment révolutionnaire. À y regarder de plus près, s'élève à peine au-dessus du bassin une rambarde cimentée de route urbaine à grande circulation, surmontée d'une lisse sur poteaux métalliques ultracourts : le clair-obscur qui règne en cet endroit ne permet pas de décide si l'on y circule ou pas, à pied ou autrement, ou bien s'il ne s'agitr pas d'un soulignement continu, imperceptiblement bombé, de ce château des arts plastiques.

     

    Or c'est dans cette bande noire, entre la silhouette en haut et le reflet du bas, que nous devrions distinguer le rebord du miroir aquatique, lequel se dérobe au sein de cette symétrie voilée. Ce qui unit, autant qu'il les sépare, l'univers terrestre à l'univers liquide. Le double bombement de cette barrière descend en s'élargissant vers nous, de gauche à droite : une bande noire entre deux bandeaux gris, au-dessus de la moitié à gauche, au-dessous à droite : comme la diagonale d'un parallélogramme très étiré. Dans l'eau, le reflet perd très progressivement de sa netteté. L'inversion permet l'équilibre visuel d'une quille immobile, immergée dans la transparence. Se succèdent ainsi, en position antipodique, et dans une lumière gris bleu fantastique, une double tour oblique à son tour barrée (deux fois) d'une autre barrière où ne circule à cette heure aucun véhicule ; un bâtiment cuirassé au château central pesamment étagé, inversé dans l'eau ; un plan bleuâtre qui monte (ou qui descend) pareil à quelque immaculé plan de glisse, dominé ou souligné d'un ressaut lumineux.

     

    Petite égise.JPG

    Avant de poursuivre notre double panoramique, notons la naissance en ce névé nocturne d'une luminescence bleutée qui règne comme une écharpe symétrique, effet de lumière sans doute, voilant les bâtiments qui s'élèvent ou s'immergent, de part et d'autre d'un étincellement vitré transparent soutenu par une armature métallique interne ; ce bâtiment iluminé occupe la moitié de la succession de ces structures imaginatives. Le voile bleu semble descendu du ciel nocturne ici concrétisé en lave. C'est sur une nuit claire que se découpent les fortifications repliées de cette citadelle : donjons de papiers enroulés, de drapés d'acier, acérés en haut, émoussés dans l'eau du bas.

     

    Puis un autre élancement de lumière, un très haut toit qu'on dirait de chaume, une fenêtre à six carreaux traditionnels égarée là, et d'autres bâtiments illuminés, un très haut réverbère, la ville...