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Péguy, Péguy... comme la cochonne ?

 

Pendant la Guerre Quatorze, on ne verra pas l'assassin. Ou on lui plongeait aussi bien (c'est vrai) sa baïonnette dans le corps). Sans volupté particulière, mais qui peut le dire ? Ici se condensent, s'affrontent de façon vertigineuse deux idéologies, deux relents plus exactement, deux hésitations idéologiques, aussi étrangères l'une à l'autre que deux ordres pascaliens, aussi imperméables que deux castes indiennes ; ici se révèle quelque chose d'enfoui depuis les gladiateurs étrusques ; quelque chose que les bêlants, que les Amis des Animaux et autres antivivisectionnistes ne peuvent pas comprendre, ne peuvent plus concevoir, à notre époque où même les curés osent déclamer en chaire (à Limoges...) que la souffrance humaine est devenue désormais intolérable, vidant ainsi la religion de toute essence et justification - Seigneur à deux genoux je vous en supplie, délivrez-nous des curés cons, des lycéennes sensibles, aussi bien, au même titre que des culottes de peau et autres bouchers héroïques...

 

NOUS SAVONS A PRESENT QUE LA GUERRE EST MAUVAISE, QUE LA SOUFFRANCE EST MAUVAISE – nous voilà bien avancés (Cocteau)(qu'est-ce qu'il vient faire là) (il est vrai qu'il s'est engagé dans les fusiliers marins, pour tâter un peu de la gloire) (Thomas l''Imposteur). ...Ça t'apprendra, lieutenant Péguy, à avoir glorifié le fait d'armes, l'épopée napoléonienne, après Hugo, après Balzac, après Musset... Ils ne savaient pas, ces braves gens (“Les braves gens !” exclamation admirative de Guillaume Ier devant l'admirable charge des cuirassés de Reichshoffen-Frœschwiller [6 août 1870] ).

 

Il ne savait pas, Péguy, que tel serait le destin des soldats en pantalon rouge de 14. Ce grand assaut, ce grand sursaut de 1914, des compagnies entières envoyées au casse-pipe contre des balles, vous avez bien lu, à même des projectiles dont on ne voyait même pas les expéditeurs parce que leur portée excédait celle des nôtres - charge héroïque, stupide, criminelle (et le crime provient des généraux) contre des bouts de métal lancés à (200?) km/h. Voilà où mènent, mon (brave !) Péguy, les exaltations de la bravoure, des héros de l'An II, bravoure napoléonienne, révolutionnaire, voilà où mène la croyance que de temps en temps il faut que la Terre saigne (“La Terre est une femme, les guerres sont ses règles” : de qui est ce hideux alexandrin ?) - que le peuple, “la race” comme vous dites, par démangeaisons croissantes ou subites ou toute autre cause cosmique se soulève et saigne pour une prétendue grande cause par irrépressible prurit de gloire militaire. La bataille de Waterloo, où les chevaux s'emmêlaient les pattes dans leurs entrailles en tressautant d'agonie, préfigure ces blessés qui s'exclamaient pendant des heures au fond des trous d'obus jusqu'à la dernière goutte de leur sang. Que s'est-il passé, Monsieur Péguy ? Quelles furent les causes, profondes, j'entends psychologiques, névrotiques, inconscientes, de la guerre 14 ?

 

Car celle-là à coup sûr fut engagée pLe coup de vent.JPGour rien ; autant l'on a eu raison de combattre Hitler (bien que les pacifistes extrêmes, un Marcel Martinet, un Giono, en doutassent) - autant l'on n'en avait aucune, objectivement aucune, de combattre en 14-18, sinon ce sentiment de la menace, sur la culture, nous dit Péguy (les Allemands n'étaient-ils donc pas le peuple le plus cultivé de la terre ?) - et de peur, et de l'obligation surtout (à mon avis) de détendre une tension nerveuse montée à ce niveau d'insupportabilité qui ne put mener qu'à l'éventration de l'Europe ; déjà Flaubert ne disait pas autre chose de la guerre de 1870 : On se bat sans savoir pourquoi, parce que ça doit éclater.

 

Une démangeaison. Giraudoux le dit aussi dans La Guerre de Troie n'aura pas lieu. Une démangeaison fraternelle. Nous sommes devenus tellement raisonnables. Nous croyons que les frères sont faits pour s'aimer. Nous ne voulons plus nous battre, nous ne voulons plus mourir pour rien. Et comme on meurt toujours pour rien, tant qu'à faire (“quant à faire”), nous ne voulons plus mourir du tout. Nous ne voulons plus être des mortels. Nous ne voulons plus être des hommes. Au double sens du terme (je vais vous en faire, moi, de la philosophie de comptoir en zinc.) A présent nous savons la couleur et le prix des tripes.

 

Leur odeur. Au moindre bruit de bottes, les pacifistes se lèvent : “Négociation !”. Nous ne savons plus nous défendre ou frapper, nous prêchons l'amour, nous préférons “un chien vivant à un philosophe mort” - la vie (la survie) serait donc le bien suprême ? - rester vivant est-il lle devoir du Croyant ? Voir plus haut ? “Il ne nous reste plus”, disait Philippe Noiret, “que le courage d'être lâche”. Infiniment plus débilitant. Mais il nous est, à nous, rigoureusement et à tout jamais interdit de jeter l'opprobre ou le dédain sur ceux qui ont mené la guerre, de revisiter le passé, de révisionner le passé. (Je voudrais bien savoir ce qu'il aurait pensé, Péguy, d'Israël, des Arabes, des Tchétchènes et de tout – c'est idiot, n'est-ce pas ? ) Je n'exalte pas la guerre.

 

Commentaires

  • Je suis passé au pas de course entre deux trous d'obus au fort de Condé. Mon père était tout de même vachement inquiet.

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