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Leçon de littérature

 

 

A présent, passons aux choses frivoles : id est, chez Bordas, La littérature en France depuis 1968, sachant que le livre (à l'usage d'on ne sait quels bacheliers ou postbacheliers) fut imprimé en 1982. Fallait-il que le besoin s'en fût fait sentir pour que déjà parût un tel ouvrage, fallait-il qu'un tel recul existât déjà ? Toujours est-il que ces quelques centaines de page brochées présentent avec intelligence et toutes sortes de défauts ce qu'il faut bien présenter comme un éparpillement, comme un éclatement, d'aucuns diront une effloraison, un épanouissement subit. Première observation : il ne semble pas que l'explosion idéologique de 68 ait directement concerné la littérature ou l'ait directement influencée ; il me paraît même que la figure de l'artiste et celle de l'intellectuel se soient trouvées en opposition.

 

L'art, c'est le bourgeois. L'intellectuel, c'est l'engagé : en dehors de cela, point de salut. Je me souviens de cette phrase rageuse sur un livre d'or d'exposition : « Le monde sera sauvé » (ou « libre », ou quelque chose d'approchant) « lorsqu'on aura p

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endu le dernier artiste avec les tripes du dernier bourgeois » (ou le contraire) (charmant pour l'exposante, c'était ma femme). C'est bien plutôt à présent, avec l'explosion des blogs internet, l'effondrement du disque et celui des éditeurs, qui menace, que les idéaux, que les pulsions démocratiques, égalitaires, de 68 – semblent se réaliser, de même que la république, proclamée en 1792, n'a vu sa survie définitive qu'à partir de 1873.

 

Seconde observation : toutes les époques, regardées à la loupe comme ici, peuvent s'interpréter comme des époques de bouleversement, que ce soit à la suite de 1968, de la guerre d'Algérie, de la Guerre 14, and so on en remontant. Ces deux réserves établies (le relativisme une fois de plus, et la poursuite du classicisme en dépit des remous), passons à une troisième observation, concernant le livre lui-même, La littérature en France depuis 1968 : la conception scolaire, d'abord. Nous avons à notre disposition une grande quantité de textes représentatifs. Pourquoi faut-il qu'ils soient corsetés par un apparat comptable de 5 en 5 lignes dans la marge, comme dans le Lagarde et Michard que l'on veut imiter, dont on veut, sciemment, perpétuer la tradition, et par un autre apparat, interrogateur : en effet, nous voici invités à considérer l'aspect de tel ou tel texte à la lumière de constatations, d'axes de lecture, de pistes d'interprétation. Ce ne sont plus les questions naïves d'antan : « Montrez que les personnages sont » (ceci, cela) ou bien « Ce paysage ne présente-t-il pas des aspects symboliques ? » - je veux, mon neveu. Plus subtilement, plus conformément aux instructions pédagogiques d'alors, l'auteur des notes veut orienter mine de rien nos réflexions : ici, la dérision (ll. 24, 37, 48), là, du pathétique (ll. 12, 16 et 74, etc. cela corsète, cela gêne. Entre deux textes, les commentaires vont bon train, comme il est de règle. Et c'est en même temps fort utile, au milieu d'un tel foisonnement.

 

Disons pendant que j'y pense qu'une telle foultitude de textes laisse sur sa faim. On vous passe le plat, puis on le retire. Sans doute a-t-on craint de décevoir tel ou tel qui se fût cherché dans la liste. Et puis, comment ne pas penser au défaut inhérent à de tels catalogues : l'impossibilité de l'exhaustivité (certains sont restés sur le bord de la route), le risque aussi du trop-plein (certains écrivains ont été surévalués, notamment par leurs excellentes ventes... ) Pourtant, dans la mesure du possible, les textes uniques (pour les estimés secondaires) ou les groupes de textes (3 ou 4 maximum) se voient regroupés dans des articles substantiels qui mettent en relief leurs points communs : le néoclassicisme, l'histoire, le journal intime, les inventeurs (Queneau, Leiris, Malraux, Beckett, Genet), cela pour les auteurs ; puis, concernant les formes : le récit, subdivisé en « histoire », « roman d'éducation », « récits de voyages », « autobiographies ».

 

Chapitre « Le récit II : l'expérimentation – Nouveau roman bien sûr, Sarraute, Robbe-Grillet, Claude Simon, Butor). La poésie, Saint-John Perse, René Char hélas, Roubaud trois fois hélas. Puis l'essai (Michel Foucault), la critique (Julia Kristeva). L'Actualité, avec « les écritures féminines » (Ernaux, Cardinal, Cixous). La « paralittérature » ou littérature de gare : les Policiers (il y en a d'excellents et de mauvais, très exactement dans les mêmes proportions que chez les écrivains dûment reconnus), La science-fiction. L'écriture fragmentaire (Blanchot, hélas, qui va répétant sur 400 pages qu'il n'y a rien et qu'il n'y a rien à dire), et Cioran. Pour finir, un chapitre à lui seul pour Barthes et Yourcenar, un autre sur Modiano, Le Clézio, Perec ; ensuite, plus rien, c'est-à-dire nous.

 

Commentaires

  • Les Allemands comprennent le verbe "imitieren", mais utilisent plutôt "nachahmen".

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