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Propos irréfléchis sur un sujet bien grave

On recrute dans l'Education Nationale ! Baisse des vocations ! Bande de cons, c'est bien fait pour vos gueules. Et vu la caporalisation à marches forcées de la profession, avec des directeurs-recruteurs et des profs kapos pour emmerder les collègues, ça n'est pas près de s'arrêter ! Crevez donc tous dans vos casernes. Et vous qui voulez vous instruire, engagez donc des précepteurs, ou bien surfez sur internet. La profession de prof est morte. Suicidée.

Vous avez dit "euthanasie" ? Voilà bien l'un de ces titres bidon, qui emble vous allécher, vous apporter toute satisfaction, "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'euthanasie sans jamais avoir osé le demander". Remplacez "euthanasie" par "sexe", "amour", "Dieu", ou tout ce que vous voulez : c'est faux, ici. L'euthanasie est un sujet si vaste, plongeant ses racines si profondément dans la mâchoire, qu'on n'en peut l'extirper tout à fait sans tout démolir. Or, comme nous pouvions nous y attendre, le fascicule dont l'auteur consiste en toute une liste de collaborateurs, se révèle bien incapable, non par incapacité mais par la nature du sujet, d'épuiser tous les points de vue, toutes les situations.

Les seuls passages intéressants jusqu'ici sont les exemples concrets, une demi-douzaine, auxquels n'est apportée aucune solution, du moins écrite dans ce petit livre, qui veut se borner aux problèmes sans révéler la façon dont on les a résolus même tant bien que mal. Il ne faut pas légiférer, ni se perdre dans l'abstrait ; très courageux d'y avoir pensé, mais un peu vain aussi. Les auteurs se mettent à deux pour chaque petit chapitre, qui ne fait que répéter en rond, que ressasser, les évidentes apories de telles situations, reprenant cependant les progrès accomplis dans les mentalités : le fait d'écouter le malade, même s'il ne s'exprime plus que par onomatopées plus ou moins raisonnées ; de lui parler, même si l'on a l'impression qu'il n'y comprend plus rien.

L'affirmation de principes de bases, soit (recours à un tiers, en confiance totale avec l'équipe médicale); mais une impression de survol, de répétitions, de progression en cercle, de déjà-lu. Il ne peut y avoir de droit, mais une surabondante jurisprudence. Et la conscience individuelle de chacun. Coup d'épée dans l'eau, mais qu'il est courageux d'avoir donné. Sans rien ôter aux froncements de sourcils devant un titre faussement plaisantin, démagogique en tout cas : non, nous n'apprenons pas tout sur l'euthanasie, et ce n'est pas un sujet dont on peut traiter à la légère, fût-ce dans son exposition en couverture. Mais lisons quelque peu : "La dépendance psychique n'exclut pas que la personne âgée puisse exprimer des orientations de vie et doive toujours être informée des actes effectués en son nom" (Fondation nationale de Gérontologie)." La chose indiffère totalement tant que l'on n'est pas soi-même confronté, directement ou indirectement, à ces situations.

La conscience que l'on doive mourir est un approfondissement banal et terrible, passant par un relâchement des muscles des épaules, une plongée du souffle au fond des poumons, une inclinaison de tête et un grand vide cérébral, qui cherche à recréer, en l'anticipant, l'effacement de la conscience. Elle vient quand un amour s'achève, lorsqu'il est le dernier, lorsque la chair ne se réveillera plus. Mais c'est encore une vieillesse tranquille et consciente qui se révèle. Je refuse d'envisager (la première personne est ici la seule adaptée) qu'un jour à venir je puisse devenir un vieillard grabataire à peine compréhensible. Des faiblesses passagères m'envahissent, comme il est indiqué dans La vieillesse de Simone de Beauvoir ; mais si j'attends, ces affaiblissements s'évanouissent. Or bientôt, peut-être, ces taches d'huile se rejoindront. Et je serai très heureux que des théoriciens se soient penchés sur la déshérence des personnes âgées dépendantes : car il y a peu, en 1970 par exemple, on les traitait comme des mineures méprisables, incapables d'émettre le moindre avis sensé que ce soit.

"Le dément est encore souvent disqualifié." Le gâteux. Mais de l'intérieur, il ne l'est pas. Il revit sa vie. Peut-être qu'il dialogue avec son père. Qu'il comprend enfin pourquoi ses amours sont mortes. Peut-être est-il réellement végétatif. A-t-on déjà effectué des électro-encéphalo sur des alzheimer ? Sans doute. Qu'est-ce qu'on y a trouvé ? Le dément sait-il qu'il va mourir ? Par éclairs, en permanence, ou jamais ? Ou confusément, comme le reste ? "C'est sa capacité à consentir qui est en question". A mon avis, à mon avis à moi personnel, en l'absence de souffrance insupportable, tout malade de ce type doit être maintenu en vie. Le seul critère devient alors économique : d'autres malades attendent son lit, et il faut faire place nette.

"Si les personnes âgées utilisent largement leur liberté, en ne consultant pas, en n'appliquant qu'une partie des traitements ou en changeant de médecin quand le traitement ne leur convient pas, pour le patient dément, le contrat est biaisé dès le départ". Soit. J'estime en effet (toujours la première personne) que la médecine essaye toujours de tuer les moustiques à coups de marteau sur la gueule du patient. Si je mets le doigt dans l'engrenage, les toubibs me broieront jusqu'à l'os, et je mourrai dans les règles (cf. Alain, cousin de M., qui s'est fait radiothéraper la gorge au point de la transformer en carton-pâte, pour avoir suivi les conseils de son équipe soignante) ; Le malade imaginaire a repris de sa pertinence à notre époque.

C'est à moi de me débrouiller de mes arthroses ou de mes douleurs stomacales. Mais si je deviens faible d'esprit ? Si toute ma science antique et littéraire s'effrite au cours des années ou des mois, et que je redevienne d'abord un ignorant, puis un de ces prolos que je méprisais tant, comment vais-je réagir ? Déjà je ne suis plus certains textes, et disserter autrement que par à-coups me devient impossible et pesant. Comprendra-t-on alors que je désire poursuivre ma vie animale ou nourrissonnière ? "Il n'y a que très rarement, à l'origine de l'acte médical, un mouvement actif de demande venant du patient dément vers le médecin". Ou alors, avant qu'il ne sombre. Mais une fois sombré, rot. Mais alors, qui demande ? Et demande quoi ? "Supprimez en douceur ce tas de viande inutile et qui coûte bon, à sa famille, à sa clinique, à l'Etat" – le grand mot est lâch

La maison du médecin.JPG

é. Un jour on voudra se débarrasser de moi. "Le plus souvent, il est amené en consultation ou en hospitalisation par ses proches." Bon, il n'en est qu'à cette étape-là. Il est encore loin de l'élimination physique. Et souvent il a résisté à cette visite médicale....*

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