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  • Fantasmes de clôture

     

    Ne pas s'attendrir ou s'aigrir - depuis toujours je m'abandonne aux deux - m'endors à l'horizontale très raide sauf ce soir, dans un coin de drap gorge stricte j'ignore ce qui coule sur mon visage - cruelle nature - dans huit semaines mes gars voguent à la voile au large de Valdivia (République Argentine). La rééducation par la marine en bois, pas de femme à bord, ils gueuleront des couplets de tempêtes, la pureté du large et tout le bataclan, loin d'ici galère en pleine terre. Ils escaladeront les mâts et s'enculeront dans les hamacs à la quête de l'équilibre.

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    ...La nuit qui suit j'explore la cour intérieure de l'établissement, quatre étages aveugles au-dessus de moi. J'ouvre la porte de la chapelle désaffectée avec mon passe - tandis que sous la lune dans mon dos mes prisonniers rapprochent à grand fracas leurs putains de lits dans leur putain de dortoir. Je referme sur moi le battant. Je me revois en rêve à l'harmonium à l'angle du transept où rôde l'écho des ogives ; tremblant d'être démasqué, viré, tout autour de moi la pierre creuse emplie d'harmonie comme un grand ventricule. Quand je gagne au jugé la porte de la sacristie, en vérité Dieu m'agrippa l'épaule, mon dos pourrit d'horreur, mon cri buta en fond de gorge, ni le rêve ni Dieu ne s'achèvent jamais.

    Je ne me souviens plus si dans le rêve je fermais ou non les portes en prévision d'une retraite – jamais je ne l'ai poursuivi jusqu'à ce point où me voici ce soir, bien éveillé avant le dénouement ; une ouverture dans le mur du fond donne sur la sacristie aux grandes penderies bâillantes où l'on suspend les aubes empesées, sans tête, avec en haut les blafardes impostes rectangulaires – je pousse d'autres portes encore, entre dans d'autres pièces, le vide me poussant le dos – je vois dans celle-ci au sol des amas sombres de tissus froissés ; j'entends de loin une conversation très floue de femmes, et dans l'ultime chambre où je me suis glissé ce sont distinctement les voix des sœurs juste derrière cette porte même dont l'ouverture inopinée au moindre froissement me piègerait en vêtements de nuit - les sœurs ce soir ont omis de s'enfermer, négligeant leur clôture, mais j'en ai abusé, compromis, enfoncé comme je suis en leurs murs, en possibilité de tout subir en mes humiliations.

    Elles s'entretiennent de lessives ou d'oraisons, parlant comme on prie en ces lieux où nulle ne s'exprime plus qu'en langage de Dieu Je répète prenez pitié de moi tandis que je décrois, frémissant de m'être imaginé Dieu sait quelle débauche de ces femmes, posées sereines au cœur des nuits, sans plus de séparation de mon Enfer que cette mince porte ; et quatre pièces vides ouvertes dans mon dos, je me paralyse, hagard, priant.

     

    Et dans mon rêve, à reculons, je me souviens d'avoir franchi au jugé portes et vantaux jusqu'à la chapelle obscure que j'ai refermée, devant moi, sans un bruit. Le parfum progressif de la cire m'eût guidé jusqu'à l'atelier où frémissait le bruissement de la potence à mèches trempée dans la cire, le doux écoulement de la louche d'arrosage. Ou bien je surprendrais derrière une cloison les échos d'une prise de voile : des bouffées d'orgues, les répons en latin. (j'entendis un jour à Civray, dans un hôtel où je logeais à 6 heures en été, le gémissement sourd, guttural et glaçant d'un assouvissement solitaire de femme : la serveuse sortie au petit matin de sa chambre, si souriante et pure, galamment penchée garnissant les sous-plats d'argent, le liséré du slip sur la peau blanche ; je la surprendrais agenouillé près d'elle et baisant sa main retombée, n'ayant rien su dire que je vous aime - extase suffisant à sceller une vie tout entière - mon agonie hantée de l'absence des femmes. Puis sans me séparer du moindre vêtement je me serais enfoui la face entière en elle à m'en coller les yeux, m'en ciller les paupières. Nous aurions fui vers l'Italie, Stamboul, elle eût rabattu pour moi toutes les filles, ça n'existe pas, ça n'existe pas. Dit-on. Prétendent-elles. Nulle douleur jamais n'est plus irrémédiable que de sonder la femme en son origine, seule de nous autres à ne rien vivement désirer que soi-même.)

  • Les vers de Voltaire, ou jamais trois sans quatre (ça marche aussi)

     

    Tous ces vers ont des relents de salon et pourraient s'accompagner, à intervalles réguliers, ponctuant les heurts de cuillère sur les bords de tasses, de quelques “prout ma chère” judicieusement répartis. Je sortais du berceau ; ces images sanglantes / Dans vos tristes récits me sont encor présentes - Dieu merci, Messer Commentateur nous fait grâce ici de son incessant renvoi au mot “triste”, dont il tient à nous faire savoir à chaque fois sans en omettre aucune – sauf ici - à quel point le sens classique de ce mot diffère de l'actuel. Rien non plus sur encor : ouf ! Mais berceau ! Ô tendre guerrier ! images sanglantes ! ne manquent plus que les “mamelles” de même couleur ! Cachez, couvrez cette hémoglobine “que je ne saurais voir” ! mes sels, ô Céphise ! Nérestan s'exprime comme un gonzesse, ressent et s'alanguit comme une gonzesse et nous fait chier comme telle ! napperons, gâteaux de Reims et tasse de thé !

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    Au milieu des chrétiens dans un temple immolés,

    Quelques enfants, seigneur, avec moi rassemblés - nous voici derechef conviés à partager des larmes, par cette évocation du massacre des Innocents : les sauvages musulmans, adeptes de sacrifices humains pour le moins (immolés) se déchaînent sur des petits chrétiens nécessairement attendrissants. Tâbleau, dirait Flaubert : chairs rubescentes, frimousses chialardes pressées l'une contre l'autre excitantes en diable – sauvées par quelque intervention nécessairement surnaturelle je suppose. Quant au seigneur, il est là visiblement pour faire nombre dans l'alexandrin, avec le prétexte toujours disponible d'entrecouper la voix par une exclamation de prise à témoin.

    ...Arrachés par des mains de carnage fumantes

    Aux bras ensanglantés de nos mères tremblantes – que d'adjectifs - Nous fûmes (c'est du belge)

    transportés dans ce palais des rois - reprenons : seuls les hommes auraient été massacrés ? les mères évidemment tremblantes auraient été épargnées ? ainsi que les enfants ? est-ce vraiment le moment, au sein de nos sanglots, de nous asséner en note 409 (page 83) qu'il s'agit d'une construction libre du participe héritée du participe absolu latin ? - alors que nous en sommes encore, stylistes sensibles, à nous désoler que le carnage cette fois encore soit perpétré par des “mains” “fumantes”, car bien entendu le sang fume, et que les mères, une fois de plus, déploient leur immémorial entassement tressautant de mamelles gélatineuses...

  • Voltaire, jamais 203

     

    Phèdre parle de son “trouble” à la pensée d'Hipppolyte. Elle souhaite aller “vers lui”, reprenant “de lui” (voilà qui se décline : “vers lui”, “de lui”) ; elle évoque “ses malheurs” (ceux d'Hippolyte sans doute) et souhaite les partager, trouvant une communauté de destin entre elle et lui ; la voici à présent évoquant son “trouble”, celui d'une poitrine qui se soulève dans le désir naissant (il paraît que cela se produit ainsi chez la femme) – femmelette que ce Nérestan. Votre prison, la sienne, et Césarée en cendres, voilà de l'Andromaque à ce coup, décrivant à sa suivante le sac de la ville de Troie. Les plus beaux vers de Racine sont proférés par des femmes. Etrange chose que de retrouver chez ces guerriers enarmurés les accents langoureux des héroïnes enamourées, Phèdre, Andromaque, par bouffées, par réminiscences vaguement identifiables. Les hommes devenaient sensibles, il était de bon ton qu'ils s'abandonnassent aux larmes ; de tels semi-épanchements, à l'égard qui plus est d'autres guerriers, en deviennent deux fois plus exotiques et anachroniques : une première fois comme inadéquation au contexte médiéval, une seconde fois comme indécollables du goût de ce temps-là, du XVIIIe siècle cette fois. ...Sont les premiers objets, sont les premiers revers - nous voici pataugeant jusqu'au haut des cothurnes (jusqu'aux chevilles...) : les objets sont ici du dernier superflu (je fais aussi de beaux alexandrins !) (décasyllabe...) - la reprise sont les introduisant les balancements rebattus de ces élégances-là ; je pense irrésistiblement aux diaphanes hésitations de La Fontaine évoquant les bosquets “honorés par les pas, éclairés par les yeux” (“de la jeune et aimable bergère...”) - et cette affèterie d'élégance surannée, bouleversante – chez La Fontaine... - me semble ici le pas suspendu d'un menuet hors de saison - mais tout ici décidément fleurit hors saison... Qui frappèrent mes yeux à peine encore ouverts – et la note précise “encore”: “à ce moment-là”, voir Corneille, Le Menteur, vers 1072. La note même qui me met hors de moi. J'avais compris, ô cher indispensable commentateur : “encore” est synonyme de “à ce moment-là”. Je ne m'en fusse jamais douté. 

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    Il se trouve qu' “à peine encore” a toujours eu, et aura toujours, jusqu'à la consomption de la langue française, le même sens parfaitement décelable à tout enfant de sept ans normalement constitué, de “à ce moment-là”, et point n'est besoin d'extirper Dieu sait quel précédent tant jurisprudentiel que cornélien, avec référence du vers s'il vous plaît, au cas où prendrait fantaisie à quelque cuistre d'aller vérifier chez Amyot ou chez Chrétien de Troyes que, oui, ma fois, “la main” par exemple ou “le pied” signifie bien le pied ou la main (chiasme). Il s'agit assurément d'un rappel historique à l'intrigue, Nérestan lui aussi témoin donc cet emprisonnement, l'ayant partagé peut-être, mais encore une fois, s'exprimant dans les vapeurs d'une femme prisonnière et maltraitée, bousculée, froissée, décoiffée, par le destin si contraire à son petit con pas très fort.

  • Les élégances du Sieur de Voltaire...

     

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    Voltaire enverrait déféquer toute épouse qui l'inviterait à déjeuner chez d'autres personnes “dans cinq minutes “ : moi non, j'y vais (Ardennes). A tout à l'heure, ô postérité ! ...reprise de ce texte, après une bouffe de tradition... Nérestan parle :

    Ce bonheur, il est vrai, serait d'un cœur barbare.

    Voilà encore bien du remplissage. Il signifie : “Si l'on se réjouissait alors que Lusignan est dans les fers, ce serait être bien barbare.” Désolé : la barbarie, c'est autre chose. Nérestan ne fait que renchérir, dans un vocabulaire affadi par l'usage des précieux, qui traitaient aussi de “barbares” les belles qui les repoussaient d'un doigt.... Nérestan parle : c'est pour parler. De la cheville pure. Je reviens sur ces Précieuses : quelle mystérieuse terreur ce doit être de se livrer aux assauts d'un sexe qui prend son plaisir en soi, de façon mystérieuse, alors qu'on n'en prend pas soi-même, ou si peu, ou par des voies si différentes ? “voies” au sens figuré... Quelle responsabilité de se sentir cause d'un déchaînement si hors de proportion avec le mépris que l'on a pous certaines parties de son propre corps... Que je hais le destin qui de lui nous sépare ! - encore un vers faux, faux de sentiment, faux d'expression : le destin n'est pas, ne saurait être dans la bouche d'un chevalier du Moyen Age.

    D'un héros de Sophocle à la rigueur. D'un chrétien certainement pas, d'un Grec antique encore moins : comment pourrait-on “haïr” le destin ? Le Grec s'y soumet, le combat, mais le “haïr”! Nous avons l'impression depuis plusieurs vers d'assister à un échange, à un défilé de formules à la fois outrancières et affadies par l'usage immodéré qu'en ont fait les touilleurs de café sur soucoupe, le petit doigt en l'air. Voir nos péplums américains où le héros, invariablement épris de la seule chrétienne à cinq lieues à la ronde, se soucie de la liberté des peuples ou de la condition des esclaves ! Que vers lui vos discours m'ont sans peine entraîné ! - pourquoi donc? N'y aurait-on pas songé sans cela ? Comment regretter un bretteur ? Un manieur d'épée à deux poings ? Ces soupirs sont-ils bien à leur place chez un guerrier de saint Louis ? Je m'ennuie, je digère. Je connais ses malheurs, avec eux je suis né : ce vers et le précédent semblent lointainement décalqués sur “Phèdre” : par le rythme, 4 x 3, par l'idée : de nostalgie, d'amour pour le premier, plus à sa place semble-t-il dans un contexte érotique, dit par une femme à l'adresse d'un homme - ce chevalier s'exprime en vérité comme une femme amoureuse. Fausses notes et falbalas. Sans un trouble nouveau je n'ai pu les entendre : cela se confirme ; ou comme on dit, “ça ne s'arrange pas”.

  • Logeuses, vieilles, coriaces

     

    Moi c’est l’ordre que j’aime. La logique. Pas la physique, les maths, toutes ces conneries (“moins par moins donne plus”, n’importe quoi ; pas besoin de ça pour mon poste de gardien - centième et dernier sur trois cent trente.) Le motard s’arrête en plein lacet, de là dégringole un zigzag de chemin blanc dans le crépuscule. “J’irai demain tronçonner de l’autre côté”, d’ailleurs j’avais sa tronçonneuse au cul attachée de biais : “Ce qui tombe ici ne remonte pas.” Il me dit qu’il couchera chez des amis ; que moi je dois attendre le bus ici. Il s’engage sur la pente frein moteur à bloc (autre absurdité) puis je me recule sous la falaise et à mi-gouffre à gauche il met plein phare : à droite, à gauche, à droite, vers le fond. Moi le bus je l’ai attendu quarante minutes.

    C’est long quarante minutes quand la nuit tombe. Il ne s’est arrêté que pour moi: “Pourquoi vous n’êtes pas juste à l’arrêt ?” (cinquante mètres plus haut 10 m² de gravier pouvais pas savoir…) - la route se creuse, quatre vieilles sur les banquettes de flanc se grommellent des conneries de vieilles dans la ferraille, ma mère et ma vioque m’auront snobé d’un bout à l’autre. Alors je me lève, m’assois, titube d’un bras de fauteuil à l’autre en mimant le barbouillage d’estomac puis je me laisse tomber sur le siège dans le dos du chauffeur. Les vieilles dures à cuire me regardent à peine. Elles disent entre elles “ça ne vit pas vieux un homme, allez ; ça ne tient pas la route” (70 à l'heure en montée) – ou bien “on devrait arriver pour la soupe ; faudrait qu’il accélère.” Je dégueule - ES PROHIBIDO – “défense de parler au chauffeur” - je me retourne en m’essuyant les lèvres : “Quand est-ce qu’on arrive à Hemmes” - je prononce [émès] - alors une vieille en noir me demande - “quelle langue parlez-vous à la fin ?” - sabir de catalan, avec une bonne macédoine d’italo-portugais – je ne connais pas de langues à proprement parler : juste quatre ou cinq dialectes pour épater la galerie.

    Mon Portos à huit heures demain matin sera sur l’autre versant à tronçonner ses arbres. Je replace ma main sur l'estomac, refais le geste de boire, toutes les vieilles me regardent et haussent les épaules, le car continue de virer - c'est un clown ès un original - para la paella riz safran crevettes y màs de gambas. Ma vieille me fait une proposition : Tengo una habitación para alquilar – chambre à louer : micro-ondes plaques électriques mini-four cafetière lave et sèche-linge vaisselle et ustensiles – génial je dis ès genial ça n'est pas très idiomatique son prix me convient elle ne parle plus repliée sur son loyer calculé au plus juste gagnant/gagnant meilleur rapport qualité prix "Cherche étudiant type européen, posé, aisé, visites non admises". “Il ne faudra pas faire de bruit j'habite avec ma sœur vous serez juste au-dessus de chez nous” ça promet J'espère me farcir les sœurs on m'a déjà fait le coup (la mère la fille effacées chat coupé, vieilles peaux tavelées) mais je n'escompte rien c'est ça qui fout tout par terre le calcul, ne pas calculer - juste le tant par mois.

    Mon motocycliste à cette heure-ci bouffe du riz Andalùs avant d'aller se coucher tronçonneuse dans l'allée du lit nez dans l'oreiller chacun son métier y las vacas et les vaches - ça ne se dit pas (“seront bien gardées”) surtout espagnoles, je ne reverrai plus la tronçonneuse. La logeuse apprécie mon métier, mes revenus, la garantie de l'ordre public. “Dames 65 ans réputation intacte ch. Messieurs âge en rapport pas sérieux s'abstenir” - où dormir ? il n'y a pas d'hôtel à Hemnes, je devrais bien me couper les cheveux (brushing, extension, coloration) j'ai tout oublié c'est ma vie qui s'avance voilà GARDIEN STAGIAIRE.

  • Logeuses, vieilles, coriaces

     

    Moi c’est l’ordre que j’aime. La logique. Pas la physique, les maths, toutes ces conneries (“moins par moins donne plus”, n’importe quoi ; pas besoin de ça pour mon poste de gardien - centième et dernier sur trois cent trente.) Le motard s’arrête en plein lacet, de là dégringole un zigzag de chemin blanc dans le crépuscule. “J’irai demain tronçonner de l’autre côté”, d’ailleurs j’avais sa tronçonneuse au cul attachée de biais : “Ce qui tombe ici ne remonte pas.” Il me dit qu’il couchera chez des amis ; que moi je dois attendre le bus ici. Il s’engage sur la pente frein moteur à bloc (autre absurdité) puis je me recule sous la falaise et à mi-gouffre à gauche il met plein phare : à droite, à gauche, à droite, vers le fond. Moi le bus je l’ai attendu quarante minutes.

    C’est long quarante minutes quand la nuit tombe. Il ne s’est arrêté que pour moi: “Pourquoi vous n’êtes pas juste à l’arrêt ?” (cinquante mètres plus haut 10 m² de gravier pouvais pas savoir…) - la route se creuse, quatre vieilles sur les banquettes de flanc se grommellent des conneries de vieilles dans la ferraille, ma mère et ma vioque m’auront snobé d’un bout à l’autre. Alors je me lève, m’assois, titube d’un bras de fauteuil à l’autre en mimant le barbouillage d’estomac puis je me laisse tomber sur le siège dans le dos du chauffeur. Les vieilles dures à cuire me regardent à peine. Elles disent entre elles “ça ne vit pas vieux un homme, allez ; ça ne tient pas la route” (70 à l'heure en montée) – ou bien “on devrait arriver pour la soupe ; faudrait qu’il accélère.” Je dégueule - ES PROHIBIDO – “défense de parler au chauffeur” - je me retourne en m’essuyant les lèvres : “Quand est-ce qu’on arrive à Hemmes” - je prononce [émès] - alors une vieille en noir me demande - “quelle langue parlez-vous à la fin ?” - sabir de catalan, avec une bonne macédoine d’italo-portugais – je ne connais pas de langues à proprement parler : juste quatre ou cinq dialectes pour épater la galerie.

    Mon Portos à huit heures demain matin sera sur l’autre versant à tronçonner ses arbres. Je replace ma main sur l'estomac, refais le geste de boire, toutes les vieilles me regardent et haussent les épaules, le car continue de virer - c'est un clown ès un original - para la paella riz safran crevettes y màs de gambas. Ma vieille me fait une proposition : Tengo una habitación para alquilar – chambre à louer : micro-ondes plaques électriques mini-four cafetière lave et sèche-linge vaisselle et ustensiles – génial je dis ès genial ça n'est pas très idiomatique son prix me convient elle ne parle plus repliée sur son loyer calculé au plus juste gagnant/gagnant meilleur rapport qualité prix "Cherche étudiant type européen, posé, aisé, visites non admises". “Il ne faudra pas faire de bruit j'habite avec ma sœur vous serez juste au-dessus de chez nous” ça promet J'espère me farcir les sœurs on m'a déjà fait le coup (la mère la fille effacées chat coupé, vieilles peaux tavelées) mais je n'escompte rien c'est ça qui fout tout par terre le calcul, ne pas calculer - juste le tant par mois.

    Cancéra  - Cancellarius.JPGMon motocycliste à cette heure-ci bouffe du riz Andalùs avant d'aller se coucher tronçonneuse dans l'allée du lit nez dans l'oreiller chacun son métier y las vacas et les vaches - ça ne se dit pas (“seront bien gardées”) surtout espagnoles, je ne reverrai plus la tronçonneuse. La logeuse apprécie mon métier, mes revenus, la garantie de l'ordre public. “Dames 65 ans réputation intacte ch. Messieurs âge en rapport pas sérieux s'abstenir” - où dormir ? il n'y a pas d'hôtel à Hemnes, je devrais bien me couper les cheveux (brushing, extension, coloration) j'ai tout oublié c'est ma vie qui s'avance voilà GARDIEN STAGIAIRE.