Fronfron55

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Il a dit des gros mots le monsieur

     

     

    “Va te faire enculer - Qui dit ça ? C'est pas moi crie l'enfant pas moi nimoinimoi crient les autres - poil au Nîmois - “vos noms !” Térence insiste “carnets scolaires ! - on les a pas zapazapa - Ton sac ! tu donnes ! vos noms ! - on les dit pas dipadipa Vie quotidienne de prof ô salonnards - ô salonnards “Je vois le Proviseur.” Le Proviseur mange (“Il est midi, Monsieur Elliott”), un mois de congé UN. On ne va pas se laisser conchier. Il a tort d'avoir une langue de charretier {dit l'Administration) “Il ne faut pas vous étonner après cela...” (“que...”) ...Souvenez-vous du jour où Térence Elliott descendit dans la cour avec un plein porte-manteaux à la main comme une lance “gourou-gourou” faisait-il “gourou-gourou” en brandissant le porte-manteaux c'était pour rire les élèves s'écartaient ça fait tièp Monsieur l'Inspecteur, je me serai bien marré tout de même pense-t-il (autre incident “Page 140 - On n'a pas la même édition. - Le-cours-est-commencé-depuis-vingt-minutes” et ta trousse dans la gueule ) - je voudrais voir dit-il je voudrais voir (les salonnards) - la scène repasse en boucle en mieux en plus posé (souffle harmonieux, regard ferme, dos droit - l'angoisse dissimulée plus la grâce du clown, la boutade, à point nommé, cassant l'Agresseur.

    Lettre reçue : “Monsieur J'étais un garçon craintif, vous m'aurez oublié je viens de voir au cinéma Le Cercle des Poètes vous étiez ce prof éveillant j'ai voulu vous exprimer ma reconnaissance” - voici un entretien avec le PROVISEUR : “Monsieur Terence, je vous convoque pour vous avertir. Les parents ne sont pas contents. Du tout du tout. Vous ne vous habillez pas comme il faut. Votre braguette est ouverte. Vous ne parlez pas comme il faut.” ...Mes Gros Mots, bon titre ; à étoffer. Deuxième entretien : “Monsieur Terence Elliott, Je vous ai convoqué pour vous engueuler. Vous ne prenez pas mes avertissements au sérieux. Vous parlez toujours de cul.” Tout petit mon oncle me faisait répéter TROU DU CUL répète après tonton TROU DU CUL. (A dix ans, le plus mal embouché du village.)

    Le couloir et le lavabo.JPG


    Voici la lettre que me remet le supérieur du proviseur (voie hiérarchique) : “(...) vous avez dit bitte et couille. Vous connaissez mon sentiment à ce sujet.” JE DELIVRE MES ELEVES DE LEURS TENSIONS ! VOUS VOUS FOUTEZ DE MA GUEULE ? dit le Supérieur du Principal. Il n'y a pas que des plaintes écrites. Toute la colonie française bruit de vos exploits.Vous faites perdre de l'argent à l'établissement. Mettez-vous à ma place ! (air connu) – prenez un congé, Monsieur Elliott, cela vaudra mieux pour tout le monde, prenez du Normisson, prenez du Lexomil, vous repartirez d'un bon pied, HOP-HOP ! (Hop Hop...) - il y a tout de même des choses, Monsieur Elliott, qu'on ne dit pas devant les jeunes filles - même si elles le font, et avec usure – mais il n'empêche, Monsieur Elliott, à cet âge incertain où l'on s'interroge sur son corps - elles en parlent à leurs parents comprenez-vous – pourquoi se mettent-elles à rire ?

  • Les mémoires de Narcisse Nombril

     

    Que celle que j'aime puisse me retenir sur la pente des petits abîmes. Femme-nounours, petite fille, juste le petit chagrin, gonflable et dégonflable à volonté. Sylvie m'est tombée dans les bras pleurant sur elle-même, et j'ai fait de même. Victoire ! Défaite ! Consolation mutuelle. Persuasion de la femme désirée (dont on désire l'amour) sur la base malsaine de sa faiblesse. Pitié réciproque dont on dit tant de mal, qui paraît-il rabaisse qui l'éprouve et qui la reçoit.

    Sonia peint la neige.JPG

    Puis jouer le consolateur afin de récolter le fruit. Faire à son tour la victime, profondément lésée par une protection si coûteuse. De ce double système de bascule entre protecteur et obligé déduire un double système de culpabilités mutuelles. Indissoluble et sans recours. Une femme plaintive et consolatrice à qui j'aie pu me plaindre, tels furent notre pain béni et nos abandons (rouler dans la boue, jouir de la boue). Malsainement hululer de concert, s'engloutir dans nos trous ; ainsi jouissent les enfants insuffisamment consolés. Dont la mère fut la plus à plaindre de toutes soit chez sa propre mère la plus grande obscénité. Alternons par conséquent l'admiration, la protection, la soumission - l'attendrissement sur les sots gâchis, le plaisir des doubles faiblesses et des éternels inaccomplissements.

    Or nous avons bien lu, distinctement, chez Goncourt, que la conscience de sa supériorité jointe à l'attendrissement que l'on éprouve face à l'injustice ouvre une voie royale à la folie. S'ensuivent en effet de lancinantes lamentations, renforcées car mutuelles, sur soi, sur l'autre, la première injustice ou folie consistant bien sûr en cette liaison que nous avons eue avec celle, ou celui, qui ne saurait s'approcher de la perfection. D'où tentation pérenne de désigner l'autre ou soi-même à l'accusation de bouc émissaire. La promiscuité, le fusionnisme, aiguisant chaque trait.

     

  • Sylvie Nerval, artiste

     

    Sylvie Nerval est une artiste. Sans péjoratisme, tous éléments de charme confondus et surpassés. C'est le Bateleur du Tarot. Inextinguible argument d'amour. Artiste non pas débraillée, virago d'atelier à plâtre, mais soignée, peignée, avec simples pinceaux et toiles, et technique accessible à tous : des traits réguliers dans des faces de cauchemar. Juste le doute, un détachement du monde sans mignardises – la blouse modérément maculée, la palette aux piles de couleurs séchées, une tache dans les cheveux (pas maçonne, pas plâtrière). A vingt-huit ans tous deux nous habitions, jadis, la maison de famile ; sous les combles s'étendait le paradis de l'Atelier où nous devions mûrir et grisonner, destin tracé.

    Ne pas grandir, sous la mesure (à présent je le sais) de nos rêves (pas à la hauteur disent-ils). Toute une vie : pas à la hauteur. Sept mètres sur quatre, plus réserve et point d'eau. J'étouffais. Je donnerais tout pour y retourner. Avec ce que je sais maintenant. Si j'étais resté ; si je n'avais pas plus de dix ans lutté à toute force pour m'enfuir. Je serais devenu moi, moi et cadavre. Vrai, authentique, unitaire, fort et mort. Avec mes tristes souvenirs d'enfance, qui ne m'ont pas quitté mais sont allés survivre ailleurs. Sylvie Nerval au comble du bonheur et de l'angoisse sans issue peignait, nous écoutions des 33 tours rayés tachés de cadmium sous les soupirs puants et répétés du radiateur à gaz – nous vivions, nous rêvions, nous lisions, nul ne nous soupçonnait, nous les meilleurs du monde, nous paraîtrons et le monde s'étonnera.

    Je ne puis sans un pincement rappeler tant de soirs surchauffés sous ces combles mansardées, les adorations éprouvées devant l'Artiste Officiante, ivres tous deux des effluves conjoints de gaz et de siccatif, l'ouïe engluée dans les relents musicaux d'un faux orient de soixante-dix... Nous ne revivrons plus cela, ces meilleures années de jeunesse amère et d'amour, sachant, que c'étaient là selon toute logique nos meilleurs instants mais ne le sentant pas, déplorant, pauvre fou que j'étais, que ces moments me fussent imposés. Partir... Mets-toi en garde, insinue-toi en toi tout vieux que tu sois dans ton propre corps et ne bouge sous aucun prétexte - n'esquisse plus le moindre geste et coule-toi dans le limon, la vie en vérité n'est jamais digne qu'on l'affronte, nous aurions moins payé, moins dégusté, pour une fin exactement la même, puisque nous sommes revenus, jouissant d'un bonheur infâme, car il ne sert à rien d'avoir vécu, vautrés que nous sommes à présent dans la plus lisse adéquation à l'existence, tels Bouvard et Pécuchet, copistes...

     

    X   La vieille maison.JPG

     

    Artiste ai-je dit. Sylvie Nerval ouvrait mon univers à l'infini. J'avais jusqu'ici vécu dans le cul-de-basse-fosse culturel de ma petite famille, où l'on allait se figurant que peinture et ballet n'étaient plus que des activités disparues, dont seules les planches sépias du Petit Larousse, reproduisant les pompiers du XIXe (Proudhon, La Justice poursuivant le Crime) attestaient la préhistorique existence pour la première - la seconde, le ballet, ne laissant même pas trace de son existence, à plus forte raison de sa survivance (mon père instituteur n'ayant possédé pour tout bagage culturel que ce qu'il avait appris à l'Ecole Normale, soigneusement expurgée de tout enseignement artistique).

    J'arrivais donc à dix-neuf ans fermement persuadé que l'activité picturale avait sombré, comme la tragédie classique ou le vitrail, dans le gouffre des siècles. Quand à la danse, il n'en était même pas question. Je croupissais à ce sujet dans une ignorance absolue. Je me la figurais aussi insignifiante que le sont encore à ce jour pour moi les respectables activités de collectionneurs de sceaux notariés du XVIIIè s. ou de raffineurs d'aliments pour bétail. Quelle ne fut donc pas ma stupéfaction bientôt émerveillée de découvrir en Sylvie Nerval une adepte passionnée de la peinture, au point d'y avoir consacré sa vie !

    ...Et j'assistai pour la première fois de mon existence à mon premier ballet. Je m'attendais, tant cette activité m'avait été vantée, à des prouesses de technique et de légèreté. Or le danseur tremblait sur sa cuisse, les ballerines s'essoufflaient, et le plateau à chaque bond dégageait un nuage de poussière. Je persévérai cependant, admirant les magnifiques photographies des magazines sur papier glacé. Quant à l'art musical, ma amille l'avait un peu mieux traité. Dès ma quinzième année, ma mère me fit acheter des disques. Nous choisission ensemble nos microsillons chez le disquaire de la rue de Fez.

    Puis je fus abonné au Disque du Mois. Je connaissais déjà la Cinquième par Carl Schuricht, les Valses de Strauss et les ballets Moïsseïev. Vinrent s'y adjoindre les concertos pour orgue de Haydn, la Jupiter de Mozart et Le Sacre du Printemps, que j'ai spontanément dansé dans ma chambre, à grimper aux murs, dans une exaltation indescriptible. Cinq ans plus tard, dans une de ces distorsions que la destinée imprime à nos trajectoires, ce fut Sylvie Nerval qui assura sans le savoir l'extravagante continuité de ma pauvre mère, parachevant par correspondance, durant notre année de fiançailles, mon éducation musicale. Dans l'abondant programme de France Musique, recopié de Télérama, je choisissais chaque jour un morceau à écouter sur mon transistor. C'est elle encore, Sylvie Nerval, qui m'initia aux ballets de Béjart, alors dans toute la force de leur subversion. Plus tard de Carolyn Carlson, Pina Bausch, et tant d'autres jusqu'à aujourd'hui. A la Tétralogie de Wagner, grâce aux places gratuites procurées par son père. Sans compter les opérettes, que nous regardions de nos strapontins de service. Avignon. J'en passe.

    Je me plaignais qu'elle s'attribuât le droit régalien de décision pour toutes ces découvertes (et le cinéma, que j'oubliais !) - mais – je ne proposais jamais rien. Sauf des ilms comiques. Je vis aussi un nombre incalculable de musées, d'expositions. Ma dette est incommensurable. Je peux dire que tou mon paysage culturel interne est directement redevable à Sylvie Nerval. Sans elle j'en serais encore aux matches de foot (que je n'ai jamais vus), aux séances de stock-car (que je n'ai jamais vues), aux randonnées pédestres (que je n'ai jamais faites) (on est dictatorial ou on ne l'est pas).

  • Ars poetica

     

    FUIR LE STYLE DES QU'IL S'APPROCHE.

    Et non pas : "...FUIR, DES QU'IL S'APPROCHE, LE STYLE."

    Mes lecteurs - rectifieront d'eux-mêmes.

    Le livre d'Henry-François REY "Les Pianos mécaniques" m'aura du moins appris comment ne pas écrire. Opposer, de Rabelais :

    Peluches, et autres.JPG

    "Or cy trouverent des mots gelés ensemble, et syllabes aincy agglutinées, comme hin, hin, brededin, brededac, bou, bou, bou, trac, trac..."

    De moi in "Monségur [sic] 47"

    "Ça ne devrait pas s'appeler "cimetière" ; ça sonne trop clair, comme un clairon ; il faudrait plutôt le bruit de la terre qui glisse - fss... fss... - quelque chose comme "fossouère"..."

    ...Toujours d'Henry-François Rey :

    "Il but son café à petits coups

    " son whisky d'un grand trait" - prière : my friend,

    Débarrasse-toi de tous ces verres "qu'on tourne entre ses doigts", de tous ces cafés et cigarettes - quand je compose je me les touche, je me court-circuite. Pas de déperdition.

    "C'est là que, tout seul dans le vent, je récite "Hamlet"... Un très bon exercice. Notez bien que je tiens Shakespeare pour un idiot et "Hamlet" pour une pièce infantile. Mais cet infantilisme est comme une purge ; tout de suite après son ingestion, la rigueur vous paraît plus rigoureuse. Nous arrivons."

    Ca fait bien, de prendre Shakespeare pour un idiot. "Vous êtes un vieux croûton : aimer Shakespeare !

    - Ah mais non ! je le "tiens pour" un idiot.

    - Vous êtes un ignare : mépriser (to despite) Shakespeare !

    - Ah, mais non. Je maintiens que son infantilisme purge : d'une certaine façon donc, paradoxale, je rejoins votre admiration. Je l'estime, mais pas comme tout le monde."

    (Enfant = con = génie = con = pureté = nature, tou sles clichés sont au rendez-vous, l'idiot est le plus sage de tous, etc... - êtes-vous allé déjà faire un tour dans la tête de l'idiot du village ?)

    Quant à la "rigueur" qui devient "plus rigoureuse", c'est ce qui s'appelle le comparatif interne : la vie devient plus vivante, la profondeur devient plus profonde... t'en chies des pages...

    Mon cul devient plus enculé.

    Le fin du fin, après les points de suspension - le "coup de menton" - "nous arrivons".

    Brisons là.

    Gardons nos profondeurs.

    Cela s'appelle "poser un jalon".

    Vient ensuite le croquis du village vu de haut : "Vous avez vu un village sous la pluie - décrivez - au soleil - un couple qui baise - décrivez - " poursuivre sur ce ton - secouer le livre comme un vieux sac de patates poussiéreuses qu'il est, cependant, dès deux cents pages avant la fin, une irrésistible, une incoercible envie de poursuivre.

    X

    Se peut-il qu'un si grand cerveau - le mien - reste en friche.

  • Interview qui n'a pas eu lieu

     

    C'est aujourd'hui une émission particulière, puisque nous recevons Pascal Lafargue, président d'Emmaüs-Gironde si j'ai bien compris, devant nous parler de son livre “Rencontres d'automne” sous-titré “sur les chemins d'Emmaüs”, aux Editions du Bord de l'Eau. Domnique-Emmanuel Blanchard, l'éditeur, est là itou. Ceux qui attendent le feuilleton, et je sais qu'ils sont nombreux à ne pas l'attendre, parce qu'ils y comprenennt aussi peu que son auteur lui-même, s'en passeront. Le feuilleton, c'est la vie de Pascal Lafargue et l'aventure des Pélerins d'Emmaüs. Bonsoir, Pascal Lafargue, L-a-f-a-r-g-u-e.

    1. Nom, prénom, date de naissance, taille, poids.

    2. As-tu déjà été arrêté ? As-tu déjà séjourné dans les locaux de la police ?

      3) Aurais-tu pu l'être ? Le blogueur et son épouse.JPG

      3bis) Pourquoi (DEB) as-tu eu l'envie d'éditer cet ouvrage ? Comment les contacts se sont-ils établis ?

      3 ter) N'est-il pas le confirmateur d'une certaine orientation des Editions du Bord de l'Eau, dans le sens d'un engagement socio-politique accru ?

      4) Les compagnons d'Emmaüs sont-ils une association légale ? Quels sont leurs statuts ? 5) 5) Trois règles sont affichées dans les locaux à Parempuyre : quelles sont-elles ?

      6) Existe-t-il toujours un bureau rue Vauban ?

      7) Qu'est-ce que vous récupérez exactement ? Avec quelles organisations entrez-vous en concurrence, ou s'agit-il d'une complémentarité, d'une spécialisation ? Que sont tous ces conteneurs “relais” qui hantent les rues en ce moment ? Y a-t-il un lien avec la Croix-Rouge ?

      8) Comment s'effectue le financement des compagnons d'Emmaüs ?

      9) Certains mauvais esprits (j'ai rencontré un compagnon d'Emmaüs dans le train de Montpellier) insinuent que des responsables “s'en mettent plein les fouilles” (je cite) : qu'as-tu à leur dire ?

      10) Quels sont les obstacles rencontrés par l'association des Compagnons d'Emmaüs ? Comment fais-tu pour avoir le don de négocier ? Moi quand on me dit non, je retourne bouder dans mon coin, et je n'obtiens rien...

      11) N'y a-t-il pas eu dernièrement une tentative de récupération des Compagnons par les copains de Sarko, dernièrement ?

      12) Pourquoi est-il nécessaire qu'ils ne représentent aucun parti politique ou mouvement religieux ?

      13) Pour autant, tout est politique : si tu t'exprimes ici ce soir, le feras-tu à titre privé ou à titre représentatif ?

      14) Tu t'es exprimé dernièrement au Pont-Tournant de Stéphane Alvarez, en compagnie de ton éditeur Dominique Blanchard et de M. Dorthes – rappele-moi sa fonction - à Bacalan, d'où tu es originaire, apportant ton soutien à l'esprit “de gauche” : comment qualifierais-tu la gauche, sinon celle qui existe, du moins celle de tes aspirations ?

      15) N'es-tu pas engagé malgré tout dans une entreprise à connotation religieuse ? “Si vous donnez aux pauvres, c'est à moi que vous donnerez”, on le lit dans l'Evangile...

      16) Est-ce que tu n'as pas malgré tout la foi en une certaine ifée de l'homme ? Adhères-tu aux conceptions de Condorcet, qui estimait sans fin le progrès de l'esprit humain ? De Jaurès, qui croyait en une dimension spirituelle de l'homme ?

      17) As-tu eu une éducation religieuse ?

      18) As-tu adhéré à un syndicat ?

      19) Pourquoi as-tu appelé ton livre “Rencontres d'automne” ?

      20) Es-tu à l'automne de ta vie ?

      21) Le flambeau est-il pourvu d'héritiers ? Y a-t-il des jeunes pour le reprendre ?

      22) Quel passage de ton livre voudrais-tu lire, ou faire lire ?

       

  • Parties culières de Nerval

     

    Toto à Nice.JPGSylvie Nerval (ma femme) est une artiste. Sans péjoratisme, tous éléments de charme confondus et surpassés. C'est le Bateleur du Tarot. Inextinguible argument d'amour. Artiste non pas débraillée, virago d'atelier à plâtre, mais soignée, peignée, avec simples pinceaux et toiles, et technique accessible à tous : des traits réguliers dans des faces de cauchemar. Juste le doute, un détachement du monde sans mignardises – la blouse modérément maculée, la palette aux piles de couleurs séchées, une tache dans les cheveux (pas maçonne, pas plâtrière). A vingt-huit ans tous deux nous habitions, jadis, la maison de famile ; sous les combles s'étendait le paradis de l'Atelier où nous devions mûrir et grisonner, destin tracé.

    Ne pas grandir, sous la mesure (à présent je le sais) de nos rêves (pas à la hauteur disent-ils). Toute une vie : pas à la hauteur. Sept mètres sur quatre, plus réserve et point d'eau. J'étouffais. Je donnerais tout pour y retourner. Avec ce que je sais maintenant. Si j'étais resté ; si je n'avais pas plus de dix ans lutté à toute force pour m'enfuir. Je serais devenu moi, moi et cadavre. Vrai, authentique, unitaire, fort et mort. Avec mes tristes souvenirs d'enfance, qui ne m'ont pas quitté mais sont allés survivre ailleurs. Sylvie Nerval au comble du bonheur et de l'angoisse sans issue peignait, nous écoutions des 33 tours rayés tachés de cadmium sous les soupirs puants et répétés du radiateur à gaz – nous vivions, nous rêvions, nous lisions, nul ne nous soupçonnait, nous les meilleurs du monde, nous paraîtrons et le monde s'étonnera.

    Je ne puis sans un pincement rappeler tant de soirs surchauffés sous ces combles mansardées, les adorations éprouvées devant l'Artiste Officiante, ivres tous deux des effluves conjoints de gaz et de siccatif, l'ouïe engluée dans les relents musicaux d'un faux orient de soixante-dix... Nous ne revivrons plus cela, ces meilleures années de jeunesse amère et d'amour, sachant, que c'étaient là selon toute logique nos meilleurs instants mais ne le sentant pas, déplorant, pauvre fou que j'étais, que ces moments me fussent imposés. Partir... Mets-toi en garde, insinue-toi en toi tout vieux que tu sois dans ton propre corps et ne bouge sous aucun prétexte - n'esquisse plus le moindre geste et coule-toi dans le limon, la vie en vérité n'est jamais digne qu'on l'affronte, nous aurions moins payé, moins dégusté, pour une fin exactement la même, puisque nous sommes revenus, jouissant d'un bonheur infâme, car il ne sert à rien d'avoir vécu, vautrés que nous sommes à présent dans la plus lisse adéquation à l'existence, tels Bouvard et Pécuchet, copistes...