Fronfron55

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  • Ben voilà voilà voilà

    Toujours la vieille panne, il faut rassembler les éléments d'un nouvel ordi, dont l'un vient de se vider dans ses stocks, il faut en recommander un autre, je me marre ! en attendant, merci à ceux qui me lisent encore. Ca fait drôle vous savez d'être déconnecté...

  • Voltaire, lui, avait de l'esprit

    Premiers jets, heurts de syllabes ; aucune idée, ni raisonnement. “Je ne sais pas penser”, dit mon ami B. (ami : avec lequel on ne cesse de s'engueuler ; Flaubert et Du Camp). Face à mon impuissance, penchons-nous obstinément sur deux vers de “Zaïre” de Voltaire :

    Tel est son sort affreux : qui pourrait aujourd'hui,

    Quand il souffre pour nous, se voir heureux sans lui ?

    Vers de bonne facture. Concernant la captivité de Lusignan, roi de Jérusalem vers les 1185 et prisonnier des Sarrasins. Tel est figure un présentatif, en conclusion d'une tirade narrative, proférée par Châtillon. Je me fous totalement du sort affreux de Lusignan. Il a tué, il se retrouve prisonnier, je n'en ai rien à cirer. Sort affreux : cheville, indiquant “ici, larmes”. Ces mots sont si polis, entendez par l'usage, qu'ils ont perdu toute possibilité de nous toucher ; ils pourraient aussi bien s'appliquer à une maîtresse délaissée qu'à un moineau pris au piège. Je me sens aujourd'hui acerbe comme un croate, venant de lire une tripotée de textes dits poétiques parfaitement insignifiants, y compris des pastiches de La Fontaine, alors que celui-ci se pastiche si admirablement lui-même.

    Bref ! qui pourrait aujourd'hui est une apostrophe, un défi, sans sel ni muscle. Les vers de Voltaire veulent rivaliser de limpidité avec Racine. Ils sont clairs en effet, mais façon soupe à l'eau. Qu'on me laisse encore préférer, avec Sévigné, les aspérités du rocailleux Corneille. Quand il souffre pour nous rappelle évidemment le “Christ” qui “saigne pour toi” de toute éternité, si j'en crois ma mémoire pascalienne - on sait combien Pascal obséda Voltaire, qui malgré tout le bourdonnement mousticatif de son petit talent ne parvint jamais à percer, à entrapercevoir, le mystère de la planète Pascal. C'est un peu de la même veine que ces artistes staliniens prétendant que Hamlet avait des hallucinations ; ou que la blonde Ophélie n'était tombée à l'eau que par excès de vinasse...

    Voltaire est étranger à la grandeur, au grondement des “abîmes” qui effraient. Quant à comparer Lusignan, barbare moulinant de l'épée, avec le Christ, à d'autres ! Le Christ a dit : “Que périsse par l'épée quiconque s'est servi de l'épée”. Il n'a jamais tué du musulman, lui. Ce soudard peut très bien étouffer dans sa prison, il ne me fera pas pitié. L'intégrisme chrétien ou musulman, fût-il moyenâgeux, ne saurait me toucher. Je n'aurais pu en aucun cas survivre dans une civilisation où le moindre écart de conduite ou de pensée se fût soldé par une mise à l'écart voire un supplice approuvé par l'opinion publique. Et comme je ne sais plus quoi dire sur ces vers de convention, je poursuis.

    VOLTAIRE “ZAÏRE” vers 423 sqq.

     

     

     

    Ici bien sûr (“bien sûr “ est de moi) j'introduirai les réflexions éternelles sur Voltaire, qui se crut célèbre par ses tragédies, alors que seuls ses contes, méprisés par lui-même, ont franchi la barrière des siècles. Vous ne vous imaginez tout de même pas que je vais retenir les innombrables indications de ce verbeux avant-propos, où l'on me signale à l'avance les numéros (les numéros !) des vers intéressants, classés sous les rubriques “amour”, “Dieu”, “religion”, par ordre alphabétique ! “Amour” renvoyant à “Religion”, qui renvoie à “Christianisme”, lequel renvoie à “Croisade” et à “Musulman” ! Nérestan (“nez restant” ? Le calembour, cet excrément de l'esprit disait Voltaire), comme Nestor, serait un vieillard...

    Voltaire enverrait déféquer toute épouse qui l'inviterait à déjeuner chez d'autres personnes “dans cinq minutes “ : moi non, j'y vais (Ardennes).

  • Pas de répit pour les braves

    Chers et adorables bambins et bines, copains et pines, pingouins et gouines, Mon ordi vient de chanter son dernier de profundis. Mais le petit-fils David, sur la Torah ! va me réparer ça mahhir mahhir, on commande le matos (pas l'avion, le matériel) et il me  monte ça. Il y en a pour deux semaines de silence, au plus. En attendant, révisez mes archives, indispensables à la marche du monde. Attention Allah marche ! Chalom ou brakha.

  • Miscellanea regalia

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    Février 2055 : C'est tout ce que j'ai apporté. Peu de choses à faire. Ne plus venir que l'après-midi ? Charles VII est un ouvrage palpitant. De 1413 à 1416, émeutes à Paris, situation royale en difficulté. Il semble que jamais le roi Charles VI n'ait assis son autorité. Le futur Charles VII à 16 ans n'est pas respecté. Ses deux frères sont morts à 18 et 19 ans. Des rumeurs circulent également (on parle de Louis de Boisredon) sur ses relations avec la reine – comment ? onze enfants, et couraillant encore ? La politique était si agitée. Pourquoi ne parle-t-on plus de ces périodes ? Pourquoi ne pas considérer comme vraiment peu de choses les tribulations de nos vies politico-journalistiques d'aujourd'hui ?

    Peut-on tuer le Prince ? Peut-on commettre des attentats ? Problème insoluble. C'est une pièce de théâtre. J'entends des conversations téléphoniques. Des gens qui remuent. Mon chat à récupérer à 18h 45. Ma femme enfin levée (...)

    Salut mon pote. Ça fait longtemps qu'on ne s'était pas vu pour se dire des conneries. Genre « cher journal » « Charles VII, qui pète sec », disait mon père. Et ça me faisait beuacoup rire. Je lis des choses sur le roi, maintenant. Et mon chat vient de sauter sur la table. J'ai décidé de vivre puérilement, de faire nécessité vertu. De ma timidité mépris. Tous les rouages sont nus. Je l'ai fait exprès, par impuissance. Le livre lu-même sur notre souverain me plaît beaucoup, comme toutes les monographise bien épaisses. Et il ne s'agit pas ici de faire une critique destinée à la radiophonie. Parmi les évènements de ce long règne (Jeanne d'Arc y est présentée comme une paysanne épaisse et prétentieuse, sans grand intérêt), la bataille de Castillon en est à ses prodromes.

    Il est expliqué que les envoyés du roi se conduisent en Guyenne comme en pays conquis; et que les marchands, vignerons et autres, aimeraient bien que fussent respectées les conventions : pas de taxe. Le pognon, le pognon ! Les envoyés d'iceux échouent dans leurs négociations : Charles VII veut du pognon, encore et toujours du pognon. Beau patriotisme de part et d'autre ! le refus du roi de leur prêter l'oreille va mettre le feu aux poudres. Encore aujourd'hui, non loin d'ici, les autorités locales reconstituent la bataille de Castillon, hors de prix, devant gradine et en musique. Total une blessée par chute de cheval, dans le coma (puis sauvée). Une année plus tôt, j'entendais un père qui dépoétisait la reconstitution : «Tu vois, les chevaux, là, ils  ne chargent pas vraiment ; ils vont aller au bout du champ et revenir – voilà, qu'est-ce que j'avaisdit ? » - et le gosse, tout fier d'être initié aux secrets de sécheresse du père.

    Et « la fois du coma » : « Ils ont choisi de la musique moderne » - pas très fameuse en effet, « Le grand Talbot est mort » en façon de complainte 1960 - « alors qu'il y a tant de musiques médiévales » - mais pauvre con, profite, profite du spectacle au lieu de nous le gâcher ! L'entrée de je ne sais quelles troupes à Montpazier : « Ah mais je l'ai déjà vu à Foix, c'était exactement la même mise en scène, et ça ne rapportait pas le même évènement» (« tout ça c'est de la blague et de l'inexactitude, pas de la vraie reconstitution » - va te faire reconstituer le cerveau pauvre tache). Bref, nos Aquitains voulaient jouir en paix de leur pognon. Personne ne leur donne tort. Et si je méditais avant d'écrire ?

    Au lieu d'anecdoter comme un blogueur ?

    La baie des Anges.JPG
  • Libidinosités ferroviaire

    Ma vie ne sera plus qu'une errance, que je voyage ou non. C'est ainsi qu'il convient de la concevoir. Le six juin deux mille cinquante-deux, je suis parti le matin. Une ligne de bus conduit directement de chez moi à la gare. Je ne me souviens plus de cetrajet. Il n'y avait en moi aucune exaltation. Avant de prendre le train, j'ai acheté « Marianne », qui portait en titre « Rébellion », en grosses lettres rouges. C'est la triomphe des adversaires à la constitution européenne. J'ai voté oui, mais je ne sombre pas dans le défaitisme. Dans mon wagon, une jeune fille à petite poitrine occupe le siège à côté du mien, contre la vitre.

    Le nombre de jeunes filles que je rencontre dans mes déplacements tient du prodige. Celle-ci s'est enfoncé un écouteur dans l'oreille et ne me prête nulle attention. Vers Périgueux, arrivée d'une jeune femme, ving-cinq ans à peu près, dépucelée celle-là. Elle semble tout à fait décidée à s'asseoir à la place de ma voisine, qui occupe le numéro 13 au lieu du 23. Cette dernière émigre juste en face, et je lui succède, sur l'empreinte de son cul. La vieille jeune déclare en effet : « Je vais encore être désagréable, mais le côté fenêtre, je ne peux pas. » Qu'à cela ne tienne, je me colle à la fenêtre.

    (Ci-desous : Nice)

     

    Au pied de la tour de Nice.JPG

    Ma nouvelle voisine se plonge dans des articles de revue, sur le chômage peut-être, ou quelque frivolité de ce genre. Les deux antagonistes descendront à Limoges. Toutes deux feront l'obket de mes interrogations sans relâche : à quoi elles pensent ; de quoi ont l'air leurs corps respectifs, que j'aperçois par les échancrures des manches, à la taille lorsqu'elles se penchent, révélant l'élastique du slip. Je m'imagine découvrant progressivement dans le déroulement des blanches étendues de chair la survenue du cratère aplati qui leur tient lieu de sexe. Savent-elles à quoi je pense ? Je ne suis plus qu'un vieux, j'apprends à ne plus regarder personne dans les yeux. Ou plutôt je poursuis cette excellente habitude.

    Plus tard, sur le long trajet ponctué d'arrêts qui me mène à Clermont, je m'occuperai. Je n'aurai nullement détrompé ceux qui pensent que tout est réservé. Restons seul. Sortons de nos bagages ce petit jeu d'échecs à pièces magnétiques, qui intrigue une autre jeune fille. Elle racontera cela le soir en arrivant ; et comme j'attire son attention, la voilà qui se pose du vernis à ongle, une âcre odeur se répand. Elle n'a pas été en reste. Il paraît que tout le monde veut faire l'intéressant en train. Je l'aurais bien fait en 1958, lorsque nous partions tous pour Tanger. Hélas, une bande d'excités se répandait en propos bruyants :ils s'installaient encore plus loin, à Fez ; je n'avais plus qu'à fermer ma gueule, et à la faire. Ils s'en sont aperçus. Que je la faisais.

    A présent je monte dans la navette St-Germain-Clermont. Il y a encore une femme, de cinquante ans, portant à la fois sur son visage l'angulosité des cinquante ans et la sportivité des   quarante engloutis. Je crois que je sais m'y prendre avec les femmes : il suffit, après leur en avoir demandé la permission, de les prendre par les épaules et de les serrer très fort. Ensuite, elles vous emmènent chez elles et leurs étreintes sont torrides. Même à Clermont-Ferrand. Mais que diable, mon billet porte "Brioude". Il serait hors de question que je remisse en cause mon évasion pour un risque. Et me voici à Clermont. La petite ligne de Brioude est super-équipée, un véritale petit bijou de navette.

    Le contrôleur me dit quelque chose que je ne comprends pas. Je fais un signe circulaire autour de mon oreille. Il a dû me dire : "Vous occupez deux places et pourtant nous ne vous en faisons payer qu'une". Exact. Je me suis un peu étalé. Deux très jeunes filles devant moi. La ligne de leur nuque, cet espace infiniment doux sous l'angle de la mâchoire, où l'on voudrait déposer des baisers sans fin. Une autre, en face. Les deux qui sont devant moi se parlent en écoutant un portable où s'est enregistrée une de ces petites ritournelles en vogue. La plus jeune a douze ans. Elle montre à sa copine, à sa sœur ? Une carte d'anniversaire avec des dessins d'enfants, des petits cœurs. Elle croit encore que tout le monde est gentil, surtout ses parents.

    Elles descendent en cours de route, s'assoient sur un rebord de ciment au pied d'un transformateur. D'heureuses personnes viendront les chercher, pour les renfermer dans leurs jalouses familles. Je crois que je voyage pour admirer une immense quantité de jeunes filles avec lesquelles je m'invente une infinité d'histoires à la Nabokov. Pourtant je déteste Nabokov. Je le trouve surfait, niaisement diabolique, parfaitement plat.

  • Coup de sang français

    Ganesha niçois.JPGQuelle admirable invention du Diable que les rapports sociaux !

    FLAUBERT

    Lettre à Louise Colet du 22-7-1852

     

    Dans un lointain numéro Treize, en vente nulle part, j'émettais la vile hypothèse de tenir les conférences sur l'enseignement du latin – carrément – en anglais. Eh bien c'est presque fait . J'ai reçu une convocation en langue anglaise pour le concours général – du coup, d'indignation, j'en ai oublié d'inscrire ma championne de latin – trois fois de suite les mêmes références, toutes enrobées d'anglais par l'inévitable internet. Or, qui défend paraît-il le latin en France ? Un vieux club de vieilles filles geignardes qui vont bataillant dans leurs oripeaux déglingués – mais s'y prenant de façon tellement ringarde et revendicative qu'elles font chier tout le monde du haut en bas du ministère, et je retrouve là-dedans une espèce de faune vieillotte et plaintive, qui demande des rendez-vous chez des sous-fifres qui les leur refusent ou le leur repoussent sans cesse : « Quand serons-nous enfin débarrassés de ces vieilles peaux ? » Et face à toutes ces tronches de chiens battus, j'avais envie de crier d'une part qu'il faut se révolter au lieu de la jouer profil bas et légaliste, et que ça faisait belle lurette que je donnais des cours de grec clandestins sans passer par les fourches caudines de Dieu sait quelles administrations qui forcément se foutront de notre gueule à nous autres hellénistes et amants de la vieille Rome.

    J'avais été d'autre part sur le point de les traiter toutes et tous (quelques hommes égarés parmi ces bouilles d'obstruées de la chatte) de ringards et de croûtons moisis: « Vous ne voyez donc pas que pour faire moderne, up to date, vous devriez faire toute la conf' en anglais ? » Seulement comme l'humour n'est pas la première qualité de toutes ces vieilles, je suis sûr qu'elles se seraient toutes entreregardées d'un air navré en disant : « Ma foi it's true ! Qu'est-ce qu'on est con-connes! Let's begin ! » Promouvoir la culture latine à travers la langue qui y est la plus hostile, la plus imprononçable, la plus rebelle aux sons de la romanité.


    McDonald au secours du latin, help ! help ! Je me suis sali la glotte avec un Big Mac à la merde molle ! Ah bêêêrk ! Ces salauds nous confisqueront tout, de Blanche-Neige à Notre-Dame de Paris en passant par le Mardi-Gras halloweenized Unlimited ! Est-ce qu'il va falloir que tout passe par this fucking english moulinette ? Déjà, sans anglais, plis un seul ouvrage sérieux en médecine, en physique, en chimie, ni en biologie ! Mais my dear Monsieur Ducercueil, vous ne voudriez tout de même pas qu'on traduise ! Si vous voulez faire des études, apprenez l'anglais, l'anglais, l'anglais ! Même pour faire du latin, c'est dire ! Consultez voir la bibliographie de – je ne sais pas, moi - La Nature, De Natura rerum, par Lucrèce, vous ne trouvez plus que des ouvrages in english, des thèses in english, printed in Oxford, printed in Chicago ! Les Ricains nous rattrapent et ils nous retournent !