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  • Les lâchetés

    Vous savez, tous ces petits Zorros de quartier, ces Salomons de chef-lieu de canton ! ...faudra-t-il vraiment les envoyer chier sans relâche, vivre en permanence dans la polémique et l'engueulade ? Les fameux Autres. Les encensé Autres. Les sacrosaints Autres. “Comment se faire des amis” : rendez-vous compte, il y a même des ouvrages pour cela ! Dire que le rapport au conjoint représente une application particulière du rapport avec l'autre ! Hélas ! Céder pour être aimé !

    ...Qu'est-il d'ailleurs besoin d'être aimé. Incommensurable faiblesse, ignoble défaite, révoltante prédestination - en être réduit à réclamer des amis, des amours, comme un chien qui lèche sa gamelle vide, qui pourlèche la main qui le bat ? J'ai cédé sur tout. J'ai fréquenté des blaireaux, et j'y ai pris goût (quarante ans de batailles tout de même) ; crêché d'avril 68 à juillet 78 au-dessus de chez ma belle-mère précisément parce que je n'offrais pas, pour Sylvie, ou de quelque nom qu'il vous plaira de la nommer, les garanties suffisantes de l'amour. Je prenais donc les autres à témoin. J'ai toujours pris les autres à témoin. C'est pour cela qu'ils venaient toujours me baver leur avis en pleine gueule

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    Seulement voilà : tes malheurs conjugaux... tout le monde s'en fout. Tout juste si tu rencontres, une fois tous les dix ans, une femelle compatissante qui t'arracherait, ô combien volontiers ! à cet enfer de servitude conjugale - à condition que tu passes, bien entendu ! sous sa domination à elle. La chose est évidente, elle va de soi ! tout est de la faute d'Eve. Je soupçonne même les premiers rédacteurs de la Genèse de n'avoir inventé la femme que pour enfin rejeter sur elle toutes ces funestes responsabilités qui nous tuent depuis le fond des âges. Et les Autres de répéter : “Tu confonds l'accessoire avec l'essentiel” - c'était déjà beaucoup, qu'ils me fournissent cette indication ; puisqu'ils s'en foutaient - fallait-il mon Dieu que je les bassinasse...

    Sylvie Nerval m'a dit récemment : “Tu me reproches d'avoir façonné ta vie – mais c'est que tu ne m'as jamais rien proposé rien d'autre.” Rien de plus exact. Ce qu'a prédit Jean-Flin s'est révélé inexact : je ne suis pas devenu pédé ; mais par une absolue dépréciation de ma personne, sans imaginer un seul instant qu'une imagination de moi pût avoir la moindre valeur ou légitimité, je me suis mis, de mon propre chef, sous la coupe, sous le joug bien-aimé d'une femme, la mienne. Assurément, ce que je proposais, dans un premier temps, n'était rien : déménager sans trêve, voyager, changer de femme, traîner les putes après la sodomie, et boire.

    Vous voyez bien que j'en avais un, de programme. C'est mon cousin qui l'a rempli : gaspillage de ses deux pensions à pinter, fumer, régaler des clodos finalement trop soûls pour assister à son enterrement à 57 ans : cancer de l'œsophage. Mon grief essentiel ? l'immobilisme. Un immobilisme féroce. A ne jamais avoir coupé le cordon ombilical. Se retrouver dans la même ville, dans les mêmes rues qu'à dix-neuf ans. A se demander vraiment à quoi ça sert d'avoir vécu. Puis qu'on est toujours là. Puisqu'on en est toujours là. Ma mère donnait toujours le signal du départ : “Je ne veux pas rester dans une maison où je mourrai”.

    Sylvie Nerval a toujours eu beau jeu de prétexter que je voulais imiter ma mère, ce qui prouvait mon manque de maturité. Je lui rétorquais “tu nous forces à demeurer juste au-dessus de ta mère à toi.” Une fois par jour; en dix ans, 3560 fois. Ping, pong. Ping, pong. Renvoi d'arguments, d'ascenseurs. Efficacité néant. Douze ans de banlieue, même barre, même appartement. Dix à Mérignac, banlieue, cette fois bordelaise. En attendant plus. Rien n'y a fait de représenter l'horrible, la funèbre, la gluante et engloutissante chose que ce sera de se sentir vieillir et décrépir dans ces mêmes espaces étroits où déjà nous nous heurtons : rien ne nous décollera plus.

    Il faut vivre comme tu penses, mon fils, ou tu finiras par penser comme tu vis. Rien qui se vérifie plus épouvantablement que cet aphorisme rebattu (Rudyard Kipling). Je me suis trois fois trahi. Ces bassesses où je me suis vautré constituaient d'ailleurs, jadis ! - les aliments indispensables de mon énergie à tromper ma femme. “Après tout ce qu'elle m'a fait ?” pensais-je, et j'enfonçais ma queue. ...Si j'avais tout accepté tout de suite ? Si je n'avais pas lutté ? (puisque c'était pour rien...) (je m'évadais par l'excellence de mon œuvre, sans rire !) - si j'avais cédé sur tout - n'en aurais-je pas tiré malgré tout quelque bénéfice ? Tout m'eût-il été accordé, et plus encore ? ...en compensation à ma soumission, à mon amour extrême ?

    J'en doute - à voir ce qui se passe lorsqu'on renonce – partout - toujours... mais ... alors... c'est que j'ai bien agi. Protestant, ergotant, souffrant sans cesse. Fût-ce puérilement. Sinon je n'eusse été que l'ombre de la reine ! ce sont plutôt les femmes, paraît-il, qui souffrent de cela.

  • Tribunal

    Escalade sur un mur.JPGJe fuis  jusqu'à l'idée du tribunal. Une grosse bonne femme prétendait que la connaissance de la jurisprudence serait d'une grande utilité pour des élèves... Je lui ai dit que non. L'infect Dubédat nous a fait taire. J'aurais dû le frapper. ...qu'il ne trouvait aucun plaisir à ce qui est permis par la nature ou autorisé par les lois ? Une telle affirmation outrancière ne susciterait plus de nos jours que vastes haussements d'épaules. Nous savons bien aujourd'hui que l'homme est complexe, et qu'il ne suffit pas de le démolir à l'aide d'une belle consécutive (“à ce point d'audace (de folie) que...”).

    Mais à quoi bon raisonner, à quoi bon discuter davantage ? Assurément. L'avocat plaide. On l'appelle “le baveux”. Je me suis forcé après le repas à construire des phrases dans ma tête. La sérénité m'est impossible tant qu'il subsiste une construction en l'air. David disait : “A quoi bon parler ? Qu'est-ce qu'on veut que je dise ? Qu'il y a un nuage, là, dans le ciel ?” Il blague. Mais c'est exact. Ce qui est étonnant, c'est qu'il reste encore tant de pages, tant de §§, et que Cicéron ait encore tant de choses à dire : C'est à toi, Quintus Petilius, que je m'adresse, comme à un citoyen vertueux, à un homme de cœur – cependant j'entends bramer la Callas, qui ne chante pas si juste. Elle s'arrêta fin 65, sentant sa voix lâcher.

    Vanité du bruit humain. Anne monte le son. C'est aussi fort que chez Mme M. C'est toi, M(arcus) Caton, que j'appelle en témoignage - “Arte” à bloc, dissolution, chaleur extrême – vous qu'une providence divine m'a donnés pour juges – et de loin, les informations. J'abandonne.


    Retour à moi, retour au texte. Nous sommes le 17 au matin. Temps gris et lourd. Quand je danse, je danse. Que cette belle lourde phrase de Montaigne me serve de perspective et de garant ces jours-ci où j'entreprends une fois de plus de me justifier. Il est dit dans le manuel de Guérison de la timidité qu'il ne faut pas rêver : “Dès que vous en avez envie, faites quelque chose, immédiatement, n'importe quoi ; au besoin, tirrez votre carte d'identité de votre poche et lisez-la.” Cette formulation m'avait rebuté. Si les auteurs avaient simplement écrit “ruminer” au lieu de “rêver”, j'y aurais plus volontiers adhéré. De fait, si je rumine, ce sera toujours douloureux. Au pis, parano-yack. Mais se remettre en cause sans cesse, voilà qui épuise et ruine. Je me construis dans mon cerveau des phrases afin de conserver la maîtrise des penséesi. Ou bien je me concentre, détaillant mes gestes. Et je répète :”Ma vie fut très unie, très cohérente, fidèle à moi-même” ; que j'ai été fidèle à une seule femme, que je suis resté, car l'amour n'existe pas

    Monsieur Barthes, “il n'y a que des gestes d'amour”. Ces gestes, je les ai faits. Hier j'ai vu Le péril jeune. Après maintes frivolités le film décape jusqu'au poignant. C'était donc cela les amours étudiantes, auxquelles j'ai échappé : on n'ose rien, on ne se touche pas, la barrière des sexes est terrible, les succès ne sont pas exploités. Nous nous sommes revus deux ans après, mais nous avions changé, nous ne savions plus quoi nous dire – mais demeurés ensemble, c'eût été dit pour la vie.

    Il n'y a qu'un amour dans la vie.


  • Le Fanu : quelle surprise !

    Non sans mal très cher : 21 mn pour ouvrir ce dossier. ceci pour servir de témoignage à ceux qui après nous viendront, et mesureront

    avec ironie les progrès du progrès. Mais j'écris en latin... Le Fanu, Invitation au crime. Grande admiration d'Oscar Wilde. Action située en 1841. Ambiance de manoir anglais. Carrément Wuthering Heights. Avec tous ces "h" inspirant l'aspiration d'air. Une sombre ambiance, des soupçons, une atmosphère sordide où traînent les indices, aucun probant. Hélas, un interrogatoire, qui fera tomber la tension je le crains. Mais on ne disait pas alors "un roman policier". La devinette, très peu pour moi. Mais la littérature, si. Avec Le Fanu, jusqu'à présent, le ton reste éminemment soutenu : it's Oxfordian. De lourdes ambiances, oui. De la déduction, non : c'est là une intrusion des mathématiques dans le domaine littéraire spéculatif pur. La littérature est descriptive, ou narrative, mais non dialectique. De plus, il m'est une fois de plus mortifiant d'apercevoir, en un endroit très précis, une ou deux imprécisions qui me font douter d'une chose : le fils du protagoniste entre-t-il chez lui, ou fait-il un détour par l'intérieur du parc de son voisin ? Ce voisin possède-t-il un fils ?

    De quel droit ce voisin pose-t-il des questions à la domesticité du protagoniste ?

    Il s'agit d'un meurtre. Les ressorts d'une inrigue sont passés de "qui couche avec qui" à "découvrez le coupable". Chez Balzac et Dostoïevski (la vieille école), il s'agissait même presque uniquement de stratégie matrimoniale : "L'idiot", à ce sujet, m'avait fort désappointé. Peut-on réduire de la sorte une destinée ? - après tout, pourquoi pas... Marié, que reste-t-il à vivre... Coincé dans un amour, de même. Les vies se nouent et se dénouent là. Pour le policier, il s'agit d'un assassinat, qui clôt la destinée, soubresaut des ciseaux d'Atropos... Mais rien ne vaut la description et la suspension... Le temps en suspens... Toujours est-il que Wynston, hôte désagréable, vient d'être tué dans des circonstances comme il se doit mystérieuses et atroces. "Si vous ne trouvez pas cela bizarre, je ne sais comment vous convaincre". Grand style et passion couvant sous la glace, assurément ; et je préfère ces afféteries aux grossièretés et trivialités dont on se croit à présent obligé de joncher le texte policier. Tout reste vif. "Tout cela est, selon votre propre expression, bizarre, dit Marston d'un air menaçant, mais je ne vois d'autre raison à votre acharnement que de provoque run scandale chez moi en faisant planer un vague et hideux soupçon sur les membres de ma maisonnée." Où l'on voit que la langue la plus châtiée suffit amplement à exprimer la plus forte hostilité.

    Le meurtre s'est produit chez ce même Marston, lui-même soupçonné par le lecteur, puisque l'auteur a pris soin de nous le montrer en proie aux envies bouchères, et se refrénant de justesse : il déteste ce Wynston, qui s'est invité avec un extrême sans-gêne, cousin ou pas. Quant au voisin, il est en procès avec lui depuis des années pour de sombres histoires de droits de pêche. Mais je ne vois pas pourquoi il se trouve là, chez sa partie adverse. Je ne parviens pas à dire quoi que ce soit de plus profond. je devrais être pensif et le poing sur les lèvres, je ne suis qu'un bouffon. "Ce n'est qu'un moyen déloyal, monsieur, d'assouvir une vengeance mesquine". Ce qu'il y a de bien chez ces anciens auteurs, c'est leur dilution. Ils expriment toute leur colère au moyen de phrases bien tournées, insistant sur la nuance. Chez les comiques latins et grecs, cela devient d'une telle lourdeur que plus personne n'a envie de rire devant ces téléphonages anachroniques. "Fourrant les mains dans ses poches, Mervyn se dressa sur ses ergots." Il s'agit du voisin.

    Que fait-il là... Qui l'a fait venir... Il faut bien faire un roman, certes, mais... J'ai sans doute omis un détail, quelque caillou de Petit Poucet, ce qui égare ma comprenette. Mervyn est tout petit, ventripotent ou ramassé comme un coq derrière son camail...

    "- Le comte sait bien dans le coeur de qui loge la rancune, dit-il."Ah, l'heureux temps, où l'on écrivait "monsieur" sans majuscule en temps qu'interpellation mineure dans une phrase. Où le lecteur était guidé par les "dit-il". Où la mode, ou bien l'extrême sensibilité à l'ellipse n'avait pas substitué aux lourdeurs cette précipitation que l'on observe à présent dans les intrigues. Pourtant, dès que l'on accélère, ma compéhension s'embrouille. Je ne suis plus capable que de lire de l'antique... "Je n'ai aucune amitié pour vous, monsieur, mais je ne vous veux aucun mal." Chapeau bas. Voilà ce que nous appelons du "fair play", en anglais dans le texte. La loyauté, face au sombre Marston, tourmenté par l'envie de meurtre - mais est-il passé à l'acte ? Qui a exécuté sa démangeaison ? "Et je ne profiterai pas d'une accusation comme celle-ci pour torturer quiconque, fût-il mon pire ennemi, sous prétexte de faire mon devoir." Noter l'emploi du mot "accusation", indirectement dirigé contre Marston, car jusqu'ici ce ne sont que des valets que l'on soupçonne.

    Lire du "distinguished" incite à l'être, mais je serais si peu naturel... Cessons de jouer à "Monsieur Perrichon devant le Mont Blanc". "Marston était sur le point de répondre, mais le coroner s'interposa en les adjurant de s'en tenir aux faits." Disons toujours, puisque nous avons seulement l'esprit clair ce matin, qu'il s'agit en effet de dépasser les passions personnelles : dès qu'un témoignage contrariait les staliniens ou tant d'autres, ils préféraient en effet suspecter d'office le témoin... Maison d'Alain Dorelon (Espinasses).JPG








  • Télérata

    ...Du "Singe Vert" ? du "Collignon" ? pas un mot mon vieux, pas un mot, c'est un con, il n'a pas pris de risques phynanciers !

    Mis à part son redressement fiscal de 6000 balles pour ne pas avoir déclaré sa locataire au fond du jardin, mais c'est rien du tout ça 6000 balles mon vieux - eh Ducon c'est pas toi qui a passé des vacances épouvantables à deux dans une Cocotte-Minute (trade mark) parce qu'il te manquait 6000 balles t'avais qu'à regarder la télé OK, sur gazon (celle-là elle est difficile mon pote) - nous disions donc toute la liste des films sur le réseau hertzien, avec Jean Némarre, Quitterie Pottmoncul, François des Sables-d'Olonnes Ben Savonnette à Foiegras, Mauricette Atoidjwé "au charme inoubliable", Omar En-Salad, Christine Deripipi, Actéon Bragé, Louise Lamouise la racleuse de planche à laver de Lafayette (Louisiane), Pierrette Frouin ben Lefrouin, Jean Passe et Desmayeurs comme disait San-A.

    ...Mais le Singe Vert ? vous n'y pensez pas mon vieux ! Francine Kirikan-Tonlapine pousse la porte de chez Ponzini le Cééééélèbre Eéééditeur sans compromission, "comme ça en passant", et aussi sec elle se fait recevoir par le directeur littéraire, d'ailleurs elle a décidé de passer toutes ses fins de semaine (ça se dit plus week-end poor bell ) à Paris pour promouvoir son livre, ni mari ni enfants pas d'attaches une souffrance que tu ne voudrais pas eh tu peux pas avoir le beurre et l'argent du beurre - tandis que le Singe Vert, il est plutôt du genre à se faire accueillir par une secrétaire narquoise qui le traite (le traitait hélas !) de petit jeune débarqué de sa province ou par un connard qui cherchait son manuscrit en pestant dans les sous-sol en gueulant bien fort pour que j'entende bien du rez-de-chaussée AH BEN SI Y FALLAIT LIRE EN PLUS TOUS LES MANUSCRITS QU'ON REÇOIT BEN MERDE ALORS - bref, toujours pas mon nom dans Boum-Boum Magazine - j'ai qu'à pousser la porte de chez Ponzini, oui ben tu me passes le fric pour aller à Paris tous les vendredis OK? sur glace...

    De toute façon qu'est-ce que ça peut te foutre d'aller rejoindre les Zizi Kakaouoka et Florine Bertolux-Marsinkoze fille de Marsinkoze-Bertolux et de sa mère si c'est pour se faire oublier oui mais y'aurait mon nom, y'aurait une trace, ON m'a demandé à moi aussi la collection complète du Singe Vert qui va devenir mythique vous verrez mais moi je passe trois quarts d'heure à refaire UN EXEMPLAIRE je n'ai pas pris de risques financiers pour le faire imprimer mais vu les tarifs ils sont fous les imprimeurs eh c'est pas des fonctionnaires eux - attends, attends que je te fasse un numéro sur la défense des fonctionnaires ça va saigner pire que pour la ménopause de ta grand-tante connard...

    Je le sais bien que je ne poursuis que de la fumée, ON, MACHIN, me l'a suffisamment démontré (ça sert à quoi de démolir les petits camarades en lui démontrant qu'il n'est qu'une future merde dans son cercueil hein ça sert à quoi ?), mais cette fumée m'est chère, j'aimerais avoir mon nom dans le journal, dans Boum-Boum Magazine avant le faire-part de décès dans Sud-Ouest en face des lettres de lecteurs sur la chasse dans le Médoc c'est mon droit non ?

    C'est humain (sur la gueule) oui ou non ? Pourquoi les autres ont le droit de respirer l'odeur de leur pet et pas moi ? Je veux être dans le journal ! je veux être dans le journal ! surtout que ceux qui me dénigrent parce que je veux être illustre inconnu - un con nu - ouah, I am surpassing - ne se gênent pas pour faire les faux modestes chaque fois qu'ils se retrouvent dans les feuilles de chou nationales et inter-na-tio-na-a-a-a-les ah oui mais moi c'est pas la même chose je suis sérieux moâ. Les Hautes-Alpes.JPG

    Allez au revoir Michel Serrault, Martin Geuedefroid, Edouard Baer, Martine Kalrôle, Hanny Tchelley, Sulpice Danlabouche, Anne Brochet, Théophile Auxchiottes-Envitesse, Omero Antonutti, tous célèbres, tous inconnus, bye bye Eddie Cochrane, Brian Jones, Janis Joplin, Bob

    Marley, Jane Birkin always alive God merci, Gainsbourg, y a une petite place pour moi ? bon d'accord j'ai pas pété bien haut mais moi aussi j'ai peur de la mort peur de l'oubli non ?

    Va p't'êt falloir que je flingue 80 personnes ?

    Pffff....

  • Arcachonnades à sa mémère

    Animé d’une résolution farouche, j’entreprends mon travail de sous-Sainte-Beuve, à propos d’un dictionnaire bien plaisant et bien mou, offert à l’occasion de ma retraite de l’Educaion nationale. J’ai dû improviser un petit discours. J’ai appris plus tard que ma collègue du collège Machin s’était désisté en apprenant ma participation. J’éprouvais du mépris pour les professeurs de collège, et j’étais un con. Je le suis resté. Une fois j’ai exploré le bassin de Certes. Le plus impressionnant fut le vol d’un couple d’oiseaux à larges ailes, qui me rasa la tête à longs bruissements de toile. J’apprends ici que la propriété du captal de Buch couvrait 120 000 hectares entre Cassy, Saint-Jean-d’Illac et Le Barp. S’il n’y avait pas eu ces indications, j’eusse été incapable de me représenter ce que c’est qu’un hectare.

    Je sais que le cimetière de la Chartreuse en fait 39. Mais les incendies détruisant tant ou tant d’hectares ne disent rien à l’imagination ; il faudrait parler, Messieurs les reporters, de km² ; voilà qui parlerait aux téléspectateurs. Tous les paysages ici évoqués, illustrés, me semblent d’une fadeur et d’une mollesse de pédé. Je n’ai jamais aimé ce pays d’adoption. J’aurais aimé habiter l’Est : Lorraine, Bourgogne, Jura. Ici c’est mou. L’art de vivre sans rien foutre, en regardant se coucher le soleil sur le Bassin. Montaigne, Horace, le bavardage, les huîtres. Un art de vivre qui m’est totalement étranger.

    Je sais en même temps combien je suis injuste, je sais ce que je manque. Toujours conscient de ma connerie, mais ne pouvant m’en dispenser. Non que j’y tienne, mais « c’et comme ça ». Le dictionnaire ici présent me permet de consolider du moins mes connaissances, chose que j’apprécie toujours. En 1818, François de Boissière acquit cette propriété qui avait appartenu à un captal de Buch avant d’être vendu comme bien national à la Révolution. Je me demande s’il n’y a pas un roman dont le titre serait « Le Captal de Buch ». Je viens d’apprendre, et le ressers avec délices, que les biens des captals, captaux ? avaient été confisqués par Charles VII après la récupération de la Gascogne sur l’Angleterre, puis restitués par Louis XI lorsque la province fit partie du domaine royal.

    Charles VII, Louis XI : voilà du terrain connu. 1818 me ramène aux dépaysements bien familiers. Autant de choses qui me réloignent de cette mollesse paysagère. Je ne tolère le Bassin que dans l’éloignement et la caution historiques. Je me souviens qu’un jour (meublons, meublons, soyons énergiques) un de mes élèves, aimable idiot, me demanda : « Cela ne vous fait rien d’avoir été nommé dans un trou comme Andernos ? » Je me suis récrié : « Comment, « un trou » ? L’un des plus beaux paysages du monde ! Vous ne pouvez pas savoir le nombre de collègues, de Calais à Belfort, qui m’envient une telle nomination. » Et plusieurs fois je me suis laissé aspirer par les étendues de marées basses en mâchant mes chips sur un banc de pierre, face au Bassin. Et, en 1843, son fils Ernest Valeton de Boissière hérita des 2000 hectares du domaine, qu’il modernisa en abandonnant les marais salants pour des réservoirs à poissons. Allons ! je suis sûr que je m’intéresserai à peupler ce territoire de toute son épaisseur historique. Autel obscur.JPG

    Il y avait une épaisseur en ce temps-là. Des chefs de famille, des entrepreneurs. Qui geignaient sur la décomposition des temps…

     

  • Cimetière de Limoges

     

    Sur une tombe plate le navrant portrait parmi toute sa famille de la Signora Dizzighelli, vulgaire, jeune et bouclée dans son cadre ovale, souriant de toutes ses dents, puis les s?urs Tripette et la Famille Taillefumier – j'aimais déambuler, je déambule encore dans les cimetières. "Stage de réinsertion en entreprise" : ça fait rire les enfants, parce qu'ils supposent que je mourrai avant eux. A Limoges le cimetière est loin du centre ville ; à Bordeaux il s'étale, en pleine agglomération) - ? C'est par-là ! répond une alerte sexagénaire, mais c'est loin, vous savez !" - repoussant de la main sa propre mort en de formidables lointains.

    J'ai mis trois quarts d'heure de marche à l'atteindre, en montée, sous le même vent, cherchant à telle heure précise un abri, à mi-chemin, quelque bistrot pour boire un chocolat

    Ce que j'appelle ma vie, mon tic : les heures. De pisser, de boire, de lire. Au bar deux ou trois clients. Le patron me torche une table, je m'installe, ? Méthode d'hébreu ?, comme prévu, devant moi, car où que j'aille je pratique assidûment l'apprentissage des langues, aussi peu loin que j'aille, de toutes langues : ? méthodes ?, ? initiation ?, juste les premiers mots sur le chemin (aujourd'hui) du cimetière. Au-dessus de moi la télé que suivent les hommes, arrivée de la Huitième à Maisons-Laffitte sur la chaîne ? Equidia ?, "il n'y a pas" en hébreu se dit "eïn". Personne ne s'aperçoit que je prends une leçon d'hébreu, mais je ne m'en suis pas dissimulé.

     

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    Parfois même je lis "Langages de l'humanité" : 600 mots de 400 langues. Cent quarante francs. C'est ma manière de voir. Les vedettes voyagent incognito, mais se mettent des lunettes noires ! ? Monsieur Cinéma ?, mon surnom à 18 ans, ce qui m'avait profondément mortifié. Je les ai plusieurs fois, les dix-huit ans, et je m'y suis maintenu, pas un pouce d'évolution je crois (? j'espère ? ? tout de même pas) – sur la montée du cimetière où je remarche, réchauffé, instruit, gravissant la pente sous les murailles : or dans un trou horizontal, profond et cylindrique, j'ai flashé à bout portant une canette de Pepsi (dans la montée de la Merveille à St-Michel j'ai cliqué, de même, sur trois boîtes à conserve à travers une meurtrière).

    Et j'ai fait mon entrée au Cimetière de Limoges. Non pas certes " le plus vaste d'Europe"? (que dire du Père Lachaise, comblé de sépultures jusqu'à l'horizon (la première fois que je l'ai visité, j'ai demandé au pas de course La sortie ! Au premier gardien) voire de la Chartreuse à Bordeaux où je reposerai un jour) – cependant : les étagements de la nécropole de Limoges rappellent à Lisbonne le Haut de Saint Jean (Cemiterio do Alto de Sao Joao), donnant vers le nord sur d'immenses et pouilleuses boîtes à peuple ou logements sociaux. Juste en face de la Secçâo Militare de la Grande Guerre, de l'autre côté des terrains vagues : la Picheleira, l'Alto do Pina.

    Même terrassements à Limoges, ou dans les rizières de Sumatra. Dans l'allée supérieure, où fut tournée une séquence avec Trintignant (il tient le rôle de jumeaux antagonistes, je n'ai pas bien compris) tout est bien net sous l'alignement des arbres : des sentiers spacieux, gravillonnés de frais, du solennel, du provincial. Puis je suis descendu par de larges degrés entaillés de perrons. Je n'ai rien vu de remarquable, me contentant de répéter à haute voix (prendre garde à ne pas se faire entendre) ("l'homme qui [parle] dans les cimetières"!) les noms de familles, d' individus, de fratries, hantant les lieux, faisant revivre cette antique croyance égyptienne, que toute personne reprononçant le nom du défunt le rappelle à l'existence.

    Je parle donc aux morts, épiciers, employés (curieusement absents des épitaphes), jeunes mères et anciens conscrits, me livrant avec conscience aux rites impassibles de la déploration. Mais je jette toujours un oeil par-dessus mon épaule, car il est moins facile encore de sortir d'un asile que d'un cimetière ; aussi les morts m'entendent avec reconnaisssance. Et la pire, la plus poignante chose que j'aie vue au cimetière de Limoges ne fut pas le tombeau d'une jeune fille (? Pourquoi à vingt ans ? ? lu sur une plaque blanche) - mais celle d'un dessinateur au trait, portant cette épitaphe éplorée : ? A mon mari - A son oeuvre". Sur la tombe on voyait un médiocre autoportrait, reproduit sur pierre blanche, avec talent mais sans génie ("Mention AB [douze sur vingt]) – par l'effrayante et digne voix de sa Veuve ; tandis que sur trois ou quatre caveaux voisins figuraient trois portraits d'amis, du même auteur, joints dans le même périmètre, n'ayant pu refuser ni de mourir peu après - ?un bon mouvement !" avait dit la veuve, les yeux rouges, muette peut-être sous sa cape noire – ni de faire placer sur soi les désespérés témoignages d'une camaraderie éternelle.

    Telle était désormais l'étendue de sa gloire, 25 métres carrés autour d'un tombeau. Et c'est cela que j'avais trouvé poignant, qui m'avait point, au vu de ce théâtre anticipé que je jouerai aussi, de ce déplorable mélo, dans le vrai jusqu'aux larmes. Que fera graver ma fille en effet, ou ma veuve, sinon cette mention "HOMME DE LETTRES", que j'avais si fort raillée à Queyrac (Cantal) – et dont à présent, plus vieux, plus mort, je ne ricanais plus. Car on ne pourrait plus même montrer un portrait de ma plume, ou deux pages que j'eusse écrites. Et remontant vers l'entrée supérieure, épuisé, résolu cette fois à prendre le bus, j'aperçus juste avant la sortie, entre deux tombes, un rouleau de biscuits fourrés pour enfant abandonné là, car de nos jours nous ne nourrissons plus nos morts ; en vérité, c'étaient les morts eux-mêmes qui me tendaient ce paquet cylindrique à demi-clos, à peine souillé, que les chiens n'auraient pu compisser, coincé comme il était, qu'au prix de bien grotesques et improbables contorsions.

    Je m'empiffrai de ce quatre heures échappé aux mains d'un gosse soûlé de pépés macchabes ; le bus m'emmena au centre ville, où après m'être sans nécessité abondamment réapprovisionné au Super U, je remarquai au pied d'un banc de pierre dans un square un sac à dos délaissé isolant du sol un second paquet de biscuits ! Quelle aventure ! Quelle ville nourricière que Limoges !


    X

    Puis j'ai lu, dans ma chambre, jambes ouvertes, sur le lit. Je suis reparti. Je suis revenu, j'ai repris mon livre. Ces choses si banales. Si empreintes, dans les moindres secondes de leur déroulement, de cette dimension de liberté que seuls les prisonniers de fraîche date, peut-être, doivent éprouver. Je n'étais plus obligé de rien. Imaginez cela : ne plus jamais devoir prouver à quiconque, ni à père ni à mère ni à maître, que je suis une vedette, que mon imaginaire surpasse le leur à supposer qu'ils en aient, que mon génie me place au-dessus de l'humanité - je suis ici chez moi, plus que chez moi, plus qu'avec mon épouse - rester au lit, ne plus faire le ménage, bouffer tout nu avec une serviette de toilette sur les genoux pour éviter les miettes, m'endormir nu à même la chaise dont le paillage s'imprime sur mes fesses - voilà ce que je fais, moi l'homme libre.

    Vous ne pouvez pas comprendre.

    Si j'étouffe – ici ce mot n'a qu'un sens physique : j'étouffe, simplement parce que le chauffage à travers la moquette monte à la tête ; il ne s'agit plus de cette sensation de mort à petit feu – dès que j'étouffe donc, je ressors dans les rues noires soufflant le gel – puis je reviens, je me renferme. J'obéis enfin à mes rythmes corporels, sans être obligé de justifier quoi que ce soit. Ma vie consiste à lire. Trois livres apportés au hasard, dont "Allah n'est pas obligé"- lui non plus- d'Ahmadou Kourouma ; une histoire amusante au début, grâce au  petit-nègre  employé par le narrateur, un enfant noir faussement couillon – puis très vite angoissante. Des soldats de douze ans, féroces, racketteurs, violeurs.

    Dans ce leivre il est dit que toutes les factions politiques ne sont en fait que des bandes de mercenaires qui s'affrontent pour la possession de mines d'or et de diamants : ce qu'on ne dit jamais à la télévision. Il y a aussi une fillette, qui se fait respecter, avec sa mitraillette. Les petits chefs sont à ses genoux, se trahissent, se massacrent. Elle s'envoie tout ce qui passe, se tripote frénétiquement le gnassou-gnassou (c'est dans le livre). J'aime bien qu'on insiste sur les branlettes de petites filles.?a m'a excité jusqu'à 50 ans. Puis c'est parti. Je ne me touche plus dès que je suis seul, dans une chambre d'hôtel.

    Avant, oui. Plus maintenant. Je ne sais plus ce qui se passe. ?a me semblerait déplacé. La masturbation fait aussi partie à présent de toutes ces choses que je ne suis plus obligé de me faire prouver que j'existe. Mes parents sont morts : ça aide ; plus tard à mon tour je soulagerai ma fille. Peut-être. Je ne compte plus retourner au cimetière. Celui de Limoges se rangera dans ma tête, avec les autres. Je visite tout de même la cathédrale. Toujours de même : l'âme des villes. Sur ce parvis, en 44, la foule s'est entassée après le massacre d'Oradour, malgré les rumeurs de minages. L'évêque a tonné en chaire. Les Alsaciens – pardon les Boches - étaient allés trop loin. Vers Bellac, vers Montmorillon...

    Sous le buffet d'orgue, dans la pénombre, je découvre des bas-reliefs païens : les Travaux d'Hercule. Je les photographie au flash rasant ; voilà qui n'est pas mentionné dans l'excellent guide du Père Bourghus ! Revenant de nuit rôder autour de la cathédrale illuminée‚ je surprends les confidences d'une Noire à une amie : "C'est encore lui ? disait-elle ? qui m'aura le plus aimée ; et, ajoutait-elle, même pas pour le plaisir" - la suite de la confidence se perdit dans le crissement des pas sur le gravier.