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  • Confidences encombrantes

    Puis-je ignorer d'autre part la nature atrocement néo-ombilicale de ce véritable ligotage conjugal ?... Considérer ces dix premières années, coincés entre une belle-mère envahissante et une rue littéralement hurlante de circulation reste encore une épreuve qui me couvre de honte et de transpiration. La mort ne se peut regarder en face : ma vie non plus. Mon ami Jean-Flin désormais perdu à l'autre bout de nos vies allait répétant : “Tu finiras pédé ! tu ne proposes jamais rien, tu suis.” J'ignorais que le suivisme constituât un indice, voire une preuve d'homosexualité ! Mais je me souviens de ce que m'avait dit bien en face un de ces petits bellâtres de village : “Tu n'serais pas pédé, toi ? on ne te voit jamais avec une fille.” ...Comment lui expliquer qu'elles me fuyaient toutes ?

    C'était avant le mariage. Mon seul ami habitait à Saint-Front-de-Pradoux - “Prolétaires de Saint-Front-de-Pradoux”, disait-il, “unissez-vous !”. Ses grands-parents y possédaient une maisonnette ; ils sont morts à six mois d'intervalle. Jean-Flin, son frère et moi, partagions les mêmes après-midis étouffantes d'ennui, où je leur faisais reprendre syllabiquement les mots de ma langue afin de les retransformer, phonétiquement, en expressions françaises, et réciproquement. Je vous dis ça pour situer. Parfois nous traînons à vélo avec deux trois autres feignards contemporains, dont l'un, ou l'autre, sauf moi - proposait une destination, où nous nous rendions plus ou moins, le sport cycliste n'étant pas notre affaire.

    C'est bien lui pourtant, le même Jean-Flin, l'anti-pédé, qui m'abandonne à la vindicte d'un chauffeur qu'il vient personnellement de traiter de connard. Le conducteur me coince sur un talus pour m'engueuler, pour m'humilier jusqu'au trognon, tandis qu'il s'est esquivé, lui, Jean-Flin, d'un viril coup de guidon. J'ai continué à le fréquenter, par peur de la solitude. Parlez-moi de l'amitié. J'ai revu Jean-Flin dix ans plus tard, sortant d'une pièce d'Ionesco. Il m'a dit que je lui semblais sur la mauvaise pente, usant de l'imparfait du subjonctif et reprenant les expressions de ma femme. Puis il a disparu.

    Je hais, du fond du cœur, l'humanité entière. Je reprends. S'il est vrai que l'amour de ma vie soit Sylvie Nerval, reste à résoudre l'énigme des scènes de ménage. De ce qui revient à elle, à moi. Je suis un homme, c'est marqué sur ma fiche d'Etat-civil ; donc c'est à moi de raison garder, de former ma femme, et de ne pas donner dans les chiffons rouges - or il n'en est aucun où je ne me sois point rué ; même devant témoins. Mais pourquoi vouloir aussi, et de façon obstinée, me traîner à l'encontre de ma volonté explicitement exprimée. Le féminisme, sans doute : l'homme doit céder. Deuxième cause de scène : se voir soudain repris, tout à trac, brutalement, comme lait sur le feu, pour un mot décrété de travers, une plaisanterie prétendue de trop d'un coup, telle attitude parfaitement involontaire - ne pas lui avoir laissé placer un mot de toute une soirée par exemple ; avoir désobligé négligemment telle ou telle connaissance dont je me contrefous – bref c'est toute une typologie de la scène de ménage qui serait à établir. Est-il vraiment indispensable de préciser que tout s'achève immanquablement par ma défaite. Je cède aux criailleries : c'est ma foi bien vrai que je suis un homme. Pas tapette, non, ni lopette, mais lavette (“homme mou, veule, sans énergie”). Ce n'est que ces jours-ci que je me suis avisé de la jouissance que j'éprouvais à céder : volupté de l'apaisement ; d'avoir fait le bonheur de l'autre, de m'être sacrifié fût-ce au prix de mes propres moëlles et de ma dignité.

  • La Condition Humaine de Malraux

    Je ne suis pas chargé vous le savez de vous faire part des dernières parutions littéraires, ni de vous faire découvrir les beautés secrètes d'un classique. Cela peut arriver, mais si un chef-d'œuvre ou catalogué tel me fèche, eh bien je le dis : Pierrot le fou de Godard m' a fait caguer d'un bout à l'autre, c'est parfaitement inepte, le moyen entre autres de croire à ce personnage d'intellectuel interprété par Belmondo – je vous demande un peu – qui en lisant ses classiques bute sur chaque mot en prenant des yeux de maquereau en faïence... Imbitable. De même, et sans aucun rapport, La condition humaine de Malraux, bien que j'en aie tout de même relu quelques pages pour me remettre dans le coup, m'a semblé indigeste, pesante, écrite à la truelle et dégoulinante de grandes intentions et de beaux sentiments.

    Alors, ne pouvant tout de même pas me borner à cet entérinement de la doxa (cherchez sur votre dictionnaire, bande d'arriérés), je me suis farci pendant mon travail ce qui traînait sur le net à propos de ce prix Goncourt 1932. J'ai lu des plans, ce qui m'a permis de comprendre à peu près l'intrigue, située en l'an de grâce 1927. Tchang-Kai-Tchek marche sur Changhaï, et compte si j'ai bien compris sur un soulèvement de la classe ouvrière pour conquérir le pouvoir. Mais il se trouve qu'il a fait massacrer auparavant (chinois bien entendu) plusieurs milliers desdits ouvriers dans les provinces de l'intérieur. Pendant ce temps-là, tous les Européens, trafiquants en tout genre, style Clappique, à présent marchand d'armes, essayent de tirer leur épingle et leur portefeuille du jeu, tandis que Moscou, prudemment, se tient en expectative face aux forces du Kuomintang, dont le chef est Tchang-Kai-Tchek.

    Il ne pouvait pas le dire plus tôt, le Malraux, pour qu'on se rende mieux compte de la situation? Parce que le distributeur de courrier, le mailereau, nous embrouille dans une multiplicité de personnages et de destinées entrecroisées, avec un beau talent de narrateur, hérité de Jules Romains et de son unanimisme, un gros zeste de gauche révolutionnaire en plus : un vieux savant, Gisors, métis ; son fils, Kyo, et sa belle-fille, May je crois ; un certain Tcheng, partisan de la bombe à lancer sur la voiture du général en chef. C'est d'ailleurs par l'assassinat d'un riche marchand sous sa moustiquaire nocturne que commence le roman La condition humaine, ce qui témoigne d'un riche sens du suspens et de la composition. Zola faisait ainsi, également.

    Les méchants ou les futiles, Clappique le bouffon, Ferral le négociant, se tireront du guêpier. Mais les autres morfleront plus ou moins, et chacun se souvient du fameux explicit, et non pas excipit, bande de faux latinistes, où la chaudière d'une locomotive à l'arrêt brûle les corps vivants de ceux que l'on a arrêtés. Je crois que c'est Katow, le révolutionnaire, qui offre ses capsules de cyanure à deux jeunes Chinois terrorisés, afin qu'il meurent sans souffrance. Je me souviens aussi de cet épisode où le révolutionnaire terroriste Tchang ne parvient pas à lancer la bombe sur la voiture du général qui passe, vous en aurez la suite en lecture tout à l'heure. Il m'était dit aussi sur internet (qui ne contient pas plus de conneries que les livres) que tous ces personnages, souvent métis, réagissaient avec une humanité émouvante, chacun témoignant à sa manière, avec ses réactions individuelles, de la terrible condition humaine. Il y a même un pasteur qui se contente de contempler la misère humaine, y voyant une marque de Dieu, tandis que l'auteur de l'attentat raté voudrait, lui, diminuer tout au moins la part de cette misère humaine, en assassinant un tyran.

    Tout cela est bel et bon, admirable, digne d'intérêt, digne de bouleverser la vie de certains altruistes. Mais j'ai bien plus ressenti les personnages du Diable et le Bon Dieu de Sartre, datant de 1950, ou de Lorenzaccio, Musset, XIXe siècle. Et je vous dis pourquoi. Les personnages de Malraux sont absolument convaincus du bien-fondé de leur révolte, de leur révolution. Ou bien, s'ils hésitent, ils le font avec mauvaise conscience. Et l'on sent trop que Malraux a inventé ses personnages afin de nous faire éprouver le plus clair de notre sympathie à l'égard des lutteurs, des révolutionnaires marxistes et anarchistes. Mon préféré, c'était Clappique, parce qu'il ne se sent jamais responsable de rien, et surtout pas de lui-même. Certains esprits chagrins ne s'en étonneront pas, me prenant pour un con. Mais je n'en ai rien à foutre.

  • De bonnes résolutions

    De la tiédeur


    Curieusement les sentiments que nous nous portons l'un à l'autre Sylvie Nerval et moi en cette année 66 (de Gaulle regnante) ne se manifestent que par nos défiances, tant nous sommes inadéquats à la vie commune, le mariage, que nous venons de perpétrer ; Sylvie réclame de rester seule une heure avant que je la rejoigne au lit, pour jouir à l'aise ; la violence de ma réaction la dissuade ; mais comme elle n'a jamais connu d'autre homme avant moi, elle obtient que je la confie deux défonceurs asiatiques, tandis que je me fais plumer (sans passage au plumard) par deux entraîneuses suédoises. Sylvie Nerval est ensuite revenue me rapporter, au petit matin, comment cela s'était passé : mal. Puis nous achevons notre séjour nuptial au-dessus de l'église russe de Nice ; hantons le Centre Hightower de Cannes, fréquentons Michel, danseur à l'Opéra, mort en 93 sans nous faire avertir. Michel accepte de se faire tirer le portrait, sur un balcon dominant la mer.

    Il dit “Vous ne ressemblez pas aux amoureux ; jamais un baiser dans le cou, jamais un mot gentil, toujours des piques.” Je ne me rappelle plus comment nous vivions cela. Crevant de malsaine honte mais épris sans doute - quarante années passées en compagnie par pure névrose ? simplicité – naïveté! - de la psychanalyse ! Force nous est d'appeler cela “amour”, car nos parents sont morts, bien morts ; je revois cet angle sombre du Jardin Public, ce banc sous l'arbre d'où l'intense circulation du Cours de Verdun tout proche dissuade les flâneurs.

    Je ne pense pas que Sylvie s'en souvienne ; nous nous tenions assis tout raides sous le grand mélèze. J'ai dit alors que nous nous aimions peu ; que nous nous unirions pour échapper à nos familles, en un mariage de convention consenti par nous-mêmes. Sylvie Nerval ne m'a pas contredit. Peut-être a-t-elle acquiescé. J'ignorais à quel point je serais trahi : dans sa logique à elle, nous sommes restés dix ans chez sa mère, dont l'amour était plus assuré sans doute... Jamais ma propre mère ne comprit pourquoi je suis demeuré là, au deuxième étage du n° 21. Nous les détestions pourtant toutes les deux.

    Il ne s'est pas passé jour, plus de quatre mille fois vingt-quatre heures, je le jure, que je n'aie fait reproche à Sylvie Nerval d'une pareille promiscuité, sans que jamais notre budget plus que restreint nous autorisât d'envisager la moindre solution. J'ai relu sur un vieux carnet cette note incroyable :“Je sens que notre amour tiédit DONC mariage à envisager”. L'urgence consiste donc en tout premier lieu à démontrer à mes parents, à leur opposer, à leur imposer l'idée, le fait, que je ne dépends plus d'eux, mais de ma femme. Vous voyez bien dirai-je désormais à tout un chacun que j'ai pris femme, que j'en ai été capable.

  • Texte paru dans le "Phare de Frazé"

    LE JEU DU SPLASH, par Gérouf Renard


    Une équipe était arrivée de bonne heure sur le parvis de la Tour Montparnasse. Des soldats avaient exécuté sans sommation une bande de jeunes gens qui manifestaient contre la pratique officielle du "splatch".

    Le capitaine Duval donna l'ordre au bulldozer de dégager le parvis. Les peintres attendaient.

    Duval se réjouissait à l'avance des bénéfices que le "splatch" allait lui laisser. Il alluma une cigarette et il jeta un œil afin de vérifier si le chauffeur du bull manœuvrait correctement son engin. Le chef peintre s'approcha de Duval et lui fit remarquer qu'il était impossible de commencer les travaux à cause des flaques de sang. Il fallait nettoyer tout ça et attendre que ça sèche.

    - Démerdez-vous, mon vieux. A dix-sept heures je veux que tout soit prêt. J'attends un millier de parieurs ce soir.

    A seize heures la peinture était sèche. On avait joliment peint à même le sol une sorte de damier gigantesque, dont chaque case mesurait deux mètres sur deux. A l'intérieur de chaque case se trouvait un numéro, il y en avait 36 plus le zéro, comme à la roulette.

    Adrien posait pour la première fois de son existence le pied sur le sol de la Capitale. Il ressentit une vague d'émotion en apercevant la tour Eiffel. Comme la plupart des gens il n'avait pas de but précis, ce qui lui importait le plus c'était de ne pas rater l'heure de la distribution du repas quotidien gratuit dont bénéficiait chaque Français depuis le "JOUR". Adrien essaya de penser à autre chose, car il était formellement interdit d'évoquer ou même de penser au "JOUR".

    Ses pas conduisirent Adrien en direction de la tour Montparnasse. Il repéra un restaurant agréé et alla se renseigner au sujet d'un éventuel plan pour trouver du boulot. Le distributeur de nourriture lui demanda s'il était venu pour parier au "splatch".

    - Je ne sais pas ce que c'est...

    LE SINGE VERT THE GREEN MONKEY DER GRÜNE AFFE LA SCIAMMA VERDE

    EL MONO VERDE Nr 39 39 – 88




    - Ça remplace le loto, les gratte-gratte et les courses de chevaux.

    Et le type du restaurant lui explique la règle.

    - C'est très simple, on balance un mec ou une fille du haut de la tour...

    - Mais c'est affreux...

    - Rassure-toi petit, ils ne se servent que de tarés, ou de colorés, tu vois le genre ? Des fois y prennent des pédés ou des écrivains... Et à partir de ce soir, c'est officiel... T'as pigé ? Il suffit de miser sur la bonne case !

    - Je crois que oui.

    - Bonne chance petit...

    Adrien quitta l'établissement sans prendre son sac-repas. Bouleversé par la pratique barbare du nouveau jeu de la très officielle Française des Jeux, il songea un instant à mettre fin à ses jours en allant se jeter dans la Seine. Puis il prit la sage résolution de retourner vers son village.

    Un petit écriteau mal imprimé, sur lequel voyait inscrit en très gros caractères : 1000 FRANCS, se trouvait plaqué sur le mur de la gare désaffectée. Il s'approcha et lut à haute voix : ON DEMANDE LANCEURS POUR LE JEU DU SPLATCH - 1000 FRANCS LE JET.

    Mille francs, mille francs, ne cessait de se répéter Adrien... Avec cette somme il pourrait s'acheter une femme, une épouse plutôt. Faire l'amour tous les jours en toute légalité... Sans compter qu'un couple officiel a droit à quatre repas par jour... Bon, à propos de l'épouse il se doutait que celle qu'on lui fournirait ne serait peut-être pas à son goût. Mais comme il n'avait jamais goûté il s'en foutait, il prendrait ce qu'on lui donnerait.

    Adrien alla se présenter au capitaine Duval.

    - C'est pour l'annonce, mon capitaine...

    - J'imagine que c'est pour le fric que tu veux faire ça ?

    Il planta son regard dans celui du militaire, sans exprimer la moindre émotion.


    C'était une belle fin de journée. Dans le ciel immaculé, volaient lourdement quelques corbeaux mutants. On présenta à Adrien son collègue de lancée, un jeune type au visage émacié, vraisemblablement un junkie en sursis. Sous le regard méprisant du sergent Maurin, les futurs bourreaux s'exerçaient en lançant des mannequins. Au bout de quelques essais, Adrien exigea de tenir le supplié par les jambes. L'autre ne voulait rien savoir et les deux hommes décidèrent de tirer à pile ou face. Adrien perdit, il serait obligé de tenir le "splatché" par les bras et il aurait son visage plus près de lui.

    L'heure du lancement approchait, le capitaine Duval téléphona en haut pour savoir si tout allait bien.

    Le "splatché" du jour était un jeune homme d'une vingtaine d'année, il pesait précisément 62kg300, c'est ce que venaient d'annoncer les haut-parleurs.

    On lui proposa une injection d'héroïne. Pour mieux planer, plaisanta le sergent Maurin. Il refusa. On lui ôta les menottes, car le règlement stipulait que les "splatchés" devaient être libres de leurs mouvements car ils sont importants lors de la chute, ils engendrent un suspense que tout parieur est en droit d'attendre.

    Plus de mille personnes s'étaient regroupées sur la partie du parvis réservée au jeu du "splatch". La voix déchira le haut-parleur : FAITES VOS JEUX MESSIEURS... FAITES VOS JEUX... ATTENTION... LES JEUX SONT FAITS... RIEEEEN NE VA PLUS...

    Le jeune homme ne chercha pas à se débattre, il avait l'air presque heureux de son sort.

    Adrien saisit les mains du "splatché" et le junkie les pieds.

    Maurin hurla : ENVOYEZ...

    Les deux hommes donnèrent au corps un mouvement de balancier et ils lâchèrent.

    Le jeune supplicié ferma les yeux un bref instant, puis il se concentra sur sa mission : Le numéro 17... Le numéro 17... Toute sa famille, tous ses amis avaient misé leur ridicule fortune sur ce numéro. Il dirigea son vol tant bien que mal à l'aide de ses bras.

    - OUAIS... SUPER... LE 17... EN PLEI...

    En bas, le capitaine Duval surveillait les comptes, Adrien lui demanda son cachet.

    - Dis-moi, petit... Tu ne voudrais pas devenir lanceur officiel. Lanceur civil ?

    - Non merci. Pas le temps... Je vais acheter une femme... J'ai jamais tiré un coup, moi.

    - Je vois, petit... Bonne chance et bonne baise.

    Le capitaine Duval partit d'un rire guttural.

    - Et surtout te trompe pas de trou.

    TEXTE PARU LE 10 9 2001

    Copyright 2001 du regretté MICHEL DELTHEIL 44 rue de Frazé 28160 Brou

    Tél. 02 37 47 01 06 Fax 02 37 47 07 53

  • Extrait de l' "Ephémérité durable du blog", de Michèle delaunay, paru au Bord de l'Eau (éd.)

    La parabole des trois sauvages

    Un forum mondial a lieu à Paris. Scientifiques, politiques, écologues, sociologues, étho-ethnologues, » (il est question de l'éthique bien sûr) , arrivent du monde entier. Les caméras sont braquées sur les entrées, CNN, France 24 émettent en direct sans interruption. Le service d'ordre a été doublé après l'annonce de la visite d'une star du football. Organisateurs, intervenants, tout le monde vit depuis des jours le téléphone portable vissé à l'oreille. Le public admis se déverse par tous les modes de communication imaginables. La ville est bloquée, les télés en alerte. Deux pédégés qui viennent d'être élus par world capital « plus gros revenu horaire du monde » sont attendus...

    « L'effervescence est à son comble » comme dirait Mansard. «Dans les rues bloquées, les klaxons hurlent, des hélicoptères survolent la ville...

    « Tout à coup, sortis d'une bouche de métro, apparaissent trois sauvages, habillés de peaux d'animaux, des colliers autour du cou comme dans les histoires de notre enfance, mais chacun avec un gros carnet et un crayon à la main...

    «  - Mais qu'est-ce que vous venez faire là ? Enfin, ça n'est pas possible, est-ce que vous vous rendez compte ?

    “ - Ben, à vrai dire, c'est pas tellement qu'on y tenait. Déjà que c'est pas marrant tous les jours chez vous... Mais on a pensé qu'il fallait qu'on se dépêche si on ne voulait pas qu'il soit trop tard. Parce qu'avec la manière dont vous vivez, vous allez pas tarder à disparaître ! Alors on est venus pour prendre des notes, garder une trace...”

    Bien sûr que j'ai une arrière-pensée en vous racontant cette histoire...


    Lundi 29 janvier 2007


    Suffisants et communiants


    Messe du souvenir de l'abbé Pierre. D'où j'arrive, gelée jusqu'aux moëlles, ce qui n'est rien au regard de l'hiver 54” - sans parler de celui de 56, encore plus froid, note de l'animateur. “Et il n'est pas mauvais que les faits bousculent jusqu'aux expressions toutes faites : le froid de la cathédrale de Bordeaux, après une longue journée et à l'issue du Conseil municipal, n'avait rien à voir avec celui qui a fait dire à l'Abbé : “Mes amis, au secours, une femme est morte gelée cette nuit...”

    Cette phrase a été citée de multiples fois ces derniers jours. Elle a été redite ce soir et je la trouve exemplaire. Seule une sincérité totale peut trouver des mots aussi justes : “Mes amis...” C'est à la communauté des humains qu'il est fait appel, personne n'est culpabilisé d'avoir chaud, d'être chez soi. “Mes amis...”

    “Plusieurs textes de l'abbé Pierre ont été lus par des compagnons d'Emmaüs. L'un de ces textes m'a frappée, que je cite de mémoire et donc très imparfaitement : “Le monde n'est pas séparé entre croyants et incroyants, mais entre “suffisants” et “communiants” “. “Suffisants”, ceux qui se suffisent d'eux-mêmes, qui ne s'intéressent et ne croient qu'à eux mêmes, ceux qui détournent le regard du malheur des autres. Il y a des suffisants parmi ceux qui croient, et des communiants parmi ceux qui ne croient pas.”

    “Ma citation est imparfaite et ne rend certainement pas la force du propos. Elle est exacte dans son sens, mais je serais heureuse que l'on m'apporte la version authentique, certainement beaucoup plus percutante. Le double sens du mot “suffisants”(“qui se suffit”, mais aussi “qui est imbu de soi”) est décisif ici. Cet abbé savait que “la langue ne ment pas”.


    Mardi 30 janvier 2007


    Une écologie Haute Qualité de Vie (H.Q.V.)

    Après des décennies de luttes sociales, de progrès médicaux, que constatons-nous ? Les hommes vivent plus longtemps et cela est un progrès considérable, social et médical, dont il nous reste à “transformer l'essai” et à faire que cette “espérance de vie” prolongée ne soit pas, pour une part non négligeable, une attente amoindrie de la mort.

    Ce n'est pas notre sujet de l'instant.

    En dehors de cela, deux versants : des maladies éradiquées, et quelles maladies (poliomyélite, diphtérie, croup, à un degré plus incomplet tuberculose, coqueluche...). Des traitements décisifs, en particulier dans le champ des maladies mentales, renvoyant aux oubliettes toutes les images de ce qu'étaient autrefois “les asiles de fous” ou, plus tard, “les asiles psychiatriques” - chère autrice, j'aimerais vous croire ; mais vous êtes mieux informée que moi.

    “Versant opposé : des maladies nouvelles ou des maladies en expansion “épidémique” alors que ce ne sont pas des maladies dues à des germes ou à des virus : dépression, drogue (addictions de tous ordres), troubles du comportement, obésité, hyperactivité...

    Le champ des maladies mentales, codifié précisément, s'élargit au lieu de se restreindre sous l'effet des traitements et des études génétiques. Il concerne de plus en plus les enfants, autrefois très majoritairement protégés de ces troubles.

    “Les troubles du comportement”, graves ou plus anodins, sont plus nombreux et plus fréquents qu'autrefois. La souffrance, ce mot si beau et terrible, gagne du terrain au lieu de le déserter.

    “Pourquoi ?

    “C'est notre responsabilité de nous interroger. De même que nous devons nous interroger sur le réchauffement de la planète, sur la disparition des espèces, nous devons nous poser une question simple : “Dans quel état rendrons-nous l'homme ?” Et pas seulement : “Dans quel état rendrons-nous la planète ?”

    “Comme Nicolas Hulot pour l'environnement, je veux porter cette question au jour. Pas pour être la mère fouettarde de comportements aberrants ou délétères, mais parce que, comme pour l'environnement, les citoyens sont responsables, doivent être informés, pour pouvoir comprendre et choisir.

    Car il y a des réponses. Identifier en particulier l'exploitation commerciale de la vulnérabilité des personnes “mal dans leur peau”, en difficulté, en crise, est un pas important. S'y opposer est un devoir politique.

    “L'évolution de l'attitude que nous avons à l'égard du tabagisme est exemplaire. La prise de conscience a lieu, des moyens législatifs sont mis en œuvre. Le tabac n'est pas un danger environnemental (rien de plus inoffensif qu'un champ de tabac !) mais un danger comportemental (le tabagisme). Nous avons compris, tardivement, qu'il faut agir.


    Février 2007


    Jeudi 1er février 2007


    Tabac, jour zéro.

    Aujourd'hui, premier jour de l'interdiction du tabac dans tous les lieux publics. Un sacré “encouragement” pour tous les fumeurs à tenter d'arrêter !

    “Plusieurs points. Cette interdiction est un mélange assez juste, quand sont en jeu des intérêts commerciaux considérables et des enjeux de santé qui le sont encore plus, entre l'incitation et la contrainte. Ce débat a eu lieu à plusieurs reprises dans le blog : “Faut-il interdire ? Faut-il informer, éduquer, conseiller ?”

    Une partie de la réponse est dans la prise en compte des “forces adverses” à l'information, à l'éducation, au conseil. Dans le cas du tabac, elles sont doubles :

    • la puissance des intérêts commerciaux, Etat y compris, qui a mis très longtemps à réaliser que les dégâts du tabagisme coûtaient beaucoup plus que ne rapporte l'impôt déguisé que constitue la vente des cigarettes ;

      • - la force de l'addiction.”

        Eh bien amis fumeurs ou non, il ne me reste plus qu'à vous recommander cet éclairage sur une période de notre histoire qui a vu les petits évènements, soit la réélection bien abstentionniste du Maire de Bordeaux, et les grands, soit la victoire d'un certain Nicolas, sous les yeux sincèrement navrés de Mme Michèle Delaunay, députée, conseillère municipale et autrice de L'éphémérité durable du blog, bien écrit, spirituel, documenté, vecteur de respect mutuel, paru au Bord de l'Eau. A pluche comme dit l'ours.

  • Lieux où crever

    La ville même de P. (ne plus indiquer de lieu, les cons (les gens) ayant tellement perdu le contact avec le livre qu'ils te foutent des procès sur le dos pour délit de réalité ) était défigurée par d'immenses panneaux indiquant que "les Cathares auraient pu" s'y réfugier, donc, qu'ils s'y étaient réfugiés. Non. Il ne fallait pas dépasser une zone très étroite, présentant d'autre part des solutions de continuité : Haute Corrèze (Ussel, Eygurande), sud de Clermont, nord du Cantal (éviter Zbrgnoumch) et centre jusqu'à St-Flour (x km. plus bas, déjà "Tourist Land", restaurants typiques). La Margeride, le Livradois, Brioude et La Chaise-Dieu, éviter Machin nid de camions, Yssingeaux à la rigueur, à ne pas dépasser pour tomber dans le Lyonnais - ici tout un département à éliminer pour cause de colonies de vacances – et M. - pourri de banlieue et de faune de banlieue depuis la fameuse "autoroute de désenclavement".

    Plus au sud très vite le Midi, l'accent "putaing-cong" qui tartine sa vulgarité sur tout ce qu'il touche. La sueur. Les shorts. A sa mort, tout sera recouvert d'aménagements touristiques, mais pour les vingts années qui viennent, il trouvera bien toujours quelques lieues carrées.

    « Je romps, parce que j'en ai marre des matins de morgue, où j'erre, seul levé, dans l'appartement. De cette vie sans autre avenir qu'une longue et inexorable dégradation des facultés corporelles, de la santé. Quitte à crever à petit feu, autant le faire seul, sans observer chez l'autre les signes de sa propre irrémédiable décrépitude, et en bougeant. Sans cesse changer de lieu. Je sais bien que « la mort m'attend, là-bas, à Samarcande ». Mais je préfère crever en mouvement, qu'au chevet d'une femme perpétuellement – éternellement - malade. »

    Et entre chaque chapitre, un paragraphe de la lettre de rupture (N.D.L.A. : la chose a tourné autrement).

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    « Du désir de voyager en train pour être bien bloqué. »

    En voiture ; c'est tricher ; tous ceux pour qui l'avion même est devenu banal. Ils ne se rendent plus compte qu'ils voyagent. Aux Antilles. A Ceylan. Au Bhoutan. Le vrai voyage au ras du sol. En fait à pied. « J'ai choisi le train ». Comme ils disent. Les pieds gelés, la crasse et l'effort physique, surtout l'effort physique, que je méprises de toute mon âme – pas question. Pas la volonté non plus du Grand dépaysement - «Je ne sais pas, moi ! » (votre interlocuteur ne « sait » jamais) ; si tu t'exiles, fais les choses en grand ! Les Andes, par exemple ! ») - je ne vois pas comment je pourrais m'exalter, découvrir en moi des horizons, des vertiges nouveaux et tout ce qui s'en suit, en chiant ma tourista avec 39 de fièvre à 4000 m. d'altitude.

    Chacun se fait sa petite retraite pépère. Celui qui veut se geler les couilles au Groënland, je ne vois pas de problème. Pour moi ce sera la formule « pas de risque », et je vous emmerde. Le risque de manquer d'argent à l'autre bout de la planète. De se faire sucer par les punaises ou dévaliser, sodomiser, égorger par des Philippins islamistes. Pas de risque. Pas de risque. Celui de la liberté par exemple. Par le train justement tu n'es pas libre. Tu as retenu ton hôtel, pas d'échappatoire. Dans le train tu n'es plus le maître. Plus responsable. Ça te plaît. Toute ta vie tu l'as construite là-dessus : "Pas responsable, pas ma faute".