24.11.2009
La mort du grand frère
Mon frère, mon frère !
ELIAS saute à bas, ELIPHAS gît contre un arbre, buste droit reins cassés, sourit péniblement, sa sueur luit sous la lune. Sa main tombant a rencontré son sang : la lûte brisée dans les chairs du bas-ventre ; la main retombe paume ouverte. "Je suis sûr demourir" dit-il. ELIAS ne pleura pas. Il était trop jeune. Cette prétention à mourir lui sembla une solennité incongrue.
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Veux-tu un médecin ?
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Le blessé secoue la tête.
La forêt, les étoiles : le monde autour de soi, mourir ? "Prédis-moi l'avenir, dit Elias, par bravade. Les mourants savent l'avenir. C'est dans Homère. - Tu as toujours rêvé de m'égaler, ELIAS; prends garde." Elias ne voit que son œil dans l'ombre, mais il comprend que c'est lui, le vivant, que le mort regrette. Il en éprouve un peu de honte.
- Pourrai-je entrer dans l'orchestre ?" "Je travaillerai, ajoute-t-il aussitôt (par exemple, il ne tombera jamais amoureux). Les deux frères demeurent un instant dans le silence. Elias sent que la paix s'agrandit, comme avant la première mesure. De lointains frémissements passèrent dans l'espace. L'air s'emplit de sabots, de cris et de rafales ; puis ce fut de nouveau le silence.
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- Les portes du ciel tournent sur leurs gonds de bronze.
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Non répond ELIPHAS. C'est un combat qui s'éloigne.
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Ce sont les funérailles du Roi. La rumeur reprit avec le vent. Le mourant parla des cohortes célestes. Elias répondit Tu n'as jamais été fervent chrétien. - Place-le sur ma tombe répliqua son frère. - Bientôt tu ne parleras plus (Elias). (Eliphas) Toute ma vie je te parlerai. Peut-être ne savaient-ils plus quoi se dire, comme il arrive dans les circonstances cruelles. Eliphas haletait faiblement."Je voudrais mourir avant que la douleur ne devienne trop forte." Il y eut encore un silence.
"N'est-ce pas le canon que j'entends ? - C'est le sang dans ta nuque, mon frère. - Tu ne me trompes pas." Un temps. "Je t'aimais, Elias ; je t'en voudrai toujours de ne me l'avoir fait dire que maintenant.
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Souffres-tu ?
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Oui.
Il y eut cette fois un très long silence. Cela n'en finissait donc pas ? Qu'attendait-on
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pour remonter en selle ? Le canon s'est tu. Eliphas vit encore. Elias demeure accroupi près de lui; il se sent dans la jambe de forts élancements, et l'autre, tendue sous la botte, s'accrampit à son tour. Souos les voûtes irrégulières des arbres passe de loin en loin quelque souffle égaré, comme si l'âme d'Eliphas, comme le sang, peu à peu se fût épanchée sous les branches.
Par un trou du bois dans le ciel c'est la lune à présent qui bosselle des nuages d'étain. Comme un jeu, comme une superstition d'enfant : tant que je veillerai mon frère vivra – n'eût-il pas été dommage, tant Elias vivait avec intensité, qu'il manquât pour quelques instants de sommeil ce moment suprême, la mort du frère ? Elias ne s'impatiente plus. Sous un élancement plus ort de la jambe il soupira, "qu'as-tu donc" dit le blessé en souriant, "je veux soufrir avec toi" dit le cadet, "je parie" répondit Eliphas "que tu as envie de pisser. - Mais toi ?"
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Je fais sous moi, Elias.
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Elias se leva d'un bond sous l'effet de la crampe, il éprouva uen grande honte ; Eliphas, brûlant de fièvre, continuait à sourire sous la lune avec une expression étrange que son frère crut anticipée, car on ne la voyait, pensait-il, que sur la bouche des morts. "Il ne faut pas que tu dormes, Elias ; tu dois voir la mort jusqu'au bout." Elias se force à le fixer. Il compta, dans la bouche entrouverte, au souffle court, les reflets allumés sur les dents maladives Elias songea aussi aux arbres, à la nuit, aux chevaux qui broutaient doucement le talus. Soudain une pensée lui vint : "Eliphas, je ne pensais pas revenir à la cour." - Tu le dois, répondit le mourant. La musique te consolera.
La mort
Elias fut déçu. Il attendait un dernier mot qui fût plus solennel. Mon frère emporte mon avenir avec lui ; il ne m'en institue pas l'héritier. "Prends ma main" dit le blessé. Elle était gluante. Elias baissa les yeux en frissonnant, vit pour la première fois la blessure de l'aine et se mit à pleurer. "Il faut pleurer, Elias. Mais il faut aussi que ce soient tes dernières larmes." Le canon retentit nettement. ELIPHAS se rejeta soudain en arrière. Le sang hésita sur ses lèvres. Son frère le saisit par la taille. "Je veux faire connaissance !" criait-il, "je veux faire connaissance !" Le corps d'ELIPHAS roula au sol.
FIN DE LA RELATION TRAGIQUE
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22.11.2009
Tristan et Yseut
VERS 1774 à 2132
Les amants découverts et épargnés
Un jour, au début de l'été" – un paragraphe traite de l'importance de la Saint-Jean dans le calendrier de Tristan et Yseut, voir le héros Gauvain, dont la force croît jusqu'à midi, puis décroît (héros solaire !) "les deux amants épuisés par leur dure vie dans la forêt, se couchent et s'endorment en plein midi. Un garde forestier qui a repéré leur cachette va révéler celle-ci au roi Marc. Il est sur le point de les transpercer de son épée mais se ravise lorsqu'il remarque que Tristan et Yseut sont entièrement habillés et que l'épée de Tristan est placée entre leurs deux corps endormis." Poil à la sodomie. "Marc leur laisse la vie sauve mais veut laisser une trace de son passage. Pour montrer qu'il a eu pitié d'eux, il échange son épée contre celle de Tristan et sa bague contre celle d'Yseut" – que n'a-t-on pas glosé sur cette extraordinaire circonstance : le roi prenant sur lui la symbolique de l'un et l'autre sexe, autorisant la dissociation sexuée à condition qu'elle se résolve et s'accomplisse en lui-même...
Une véritable gnôse kabbalistique ! "Durant son sommeil, la reine fait un cauchemar ; deux lions s'approchent d'elle et veulent la dévorer. Elle pousse un cri. Les amants se réveillent, et, remarquant les signes laissés par le roi Marc, craignent pour leur vie." Eh oui. Dernier avertissement sans frais, cela peut s'entendre aussi de cette façon-là.
VERS 2133 A 2764
Fin des effets du philtre. Tentative de réconciliation avec Marc
Le lendemain de la Saint-Jean, le philtre perd tous ses effets et les amants retrouvent leur conscience. Tristan et Yseut décident de retourner chez l'ermite Ogrin" – dont le nom ressemble à celui de l'ogre, personnage forestier par excellence – "pour lui demander de l'aide. Comme les amants se repenent sincèrement, Ogrin accepte de les aider à se réconcilier avec le roi Marc. Il écrit une belle lettre" – les clercs savaient à peu près seuls lire et écrire – "présentant les faits de manière avantageuse pour les amants, et atténue leur culpabilité tout en proposant des compromis acceptables pour les deux parties. Assisté de ses barons, Marc écoute la lecture de la lettre et répond à Tristan : il accepte que la reine reprenne sa place à la cour, mais il exige l'exil de Tristan."
Et ce résumé, ce récit, pourraient se prolonger à l'infini, l'essentiel, mais les auteurs et les auditeurs n'en étaient pas conscients, consistant à entasser les obstacles afin que l'amour se poursuive, philtre ou pas. Vous aurez appris ou remémoré bon nombre d'épisodes, vous aurez écouté le texte du professeur Philippe Walter, devant le travail duquel je m'incline sincèrement, ne trouvant hélas dans ma flemme et mon recours à l'autorité aucun commentaire supplémentaire. Vous lirez cela dans l'excellent volume Tristan et Yseut, collection "Profil Bac".
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20.11.2009
Céder
C'était avant le mariage. Mon seul ami habitait à Saint-Front-de-Pradoux - “Prolétaires de Saint-Front-de-Pradoux”, disait-il, “unissez-vous !”. Ses grands-parents y possédaient une maisonnette ; ils sont morts à six mois d'intervalle. Jean-Flin, son frère et moi, partagions les mêmes après-midis étouffantes d'ennui, où je leur faisais reprendre syllabiquement les mots de ma langue afin de les retransformer, phonétiquement, en expressions françaises, et réciproquement. Je vous dis ça pour situer. Parfois nous traînons à vélo avec deux trois autres feignards contemporains, dont l'un, ou l'autre, sauf moi - proposait une destination, où nous nous rendions plus ou moins, le sport cycliste n'étant pas notre affaire.
C'est bien lui pourtant, le même Jean-Flin, l'anti-pédé, qui m'abandonne à la vindicte d'un chauffeur qu'il vient personnellement de traiter de connard. Le conducteur me coince sur un talus pour m'engueuler, pour m'humilier jusqu'au trognon, tandis qu'il s'est esquivé, lui, Jean-Flin, d'un viril coup de guidon. J'ai continué à le fréquenter, par peur de la solitude. Parlez-moi de l'amitié. J'ai revu Jean-Flin dix ans plus tard, sortant d'une pièce d'Ionesco. Il m'a dit que je lui semblais sur la mauvaise pente, usant de l'imparfait du subjonctif et reprenant les expressions de ma femme. Puis il a disparu.
Je hais, du fond du cœur, l'humanité entière. Je reprends. S'il est vrai que l'amour de ma vie soit Sylvie Nerval, reste à résoudre l'énigme des scènes de ménage. De ce qui revient à elle, à moi. Je suis un homme, c'est marqué sur ma fiche d'Etat-civil ; donc c'est à moi de raison garder, de former ma femme, et de ne pas donner dans les chiffons rouges - or il n'en est aucun où je ne me soie point rué ; même devant témoins. Mais pourquoi vouloir aussi, et de façon obstinée, me traîner à l'encontre de ma volonté explicitement exprimée. Le féminisme, sans doute : l'homme doit céder.
Deuxième cause de scène : se voir soudain repris, tout à trac, brutalement, comme lait sur le feu, pour un mot décrété de travers, une plaisanterie prétendue de trop d'un coup, telle attitude parfaitement involontaire - ne pas lui avoir laissé placer un mot de toute une soirée par exemple ; avoir désobligé négligemment telle ou telle connaissance dont je me contrefous – bref c'est toute une typologie de la scène de ménage qui serait à établir. Est-il vraiment indispensable de préciser que tout s'achève immanquablement par ma défaite. Je cède aux criailleries : c'est ma foi bien vrai que je suis un homme. Pas tapette, non, ni lopette, mais lavette (“homme mou, veule, sans énergie”). Ce n'est que ces jours-ci que je me suis avisé de la jouissance que j'éprouvais à céder : volupté de l'apaisement ; d'avoir fait le bonheur de l'autre, de m'être sacrifié
10:54 Publié dans Grattages de tête... | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
18.11.2009
Je crois que ce texte est de Peter Handke
"Vous avez l'air fascinant. Vous avez l'air captivant. Vous avez l'air éblouissant. Vous avez l'air palpitant. Vous êtes unique.
"Mais vous ne faites pas le poids. Vous n'êtes pas une riche idée. Vous êtes plutôt lassants. Vous n'êtes pas un sujet en or. En vous choisissant, l'auteur était mal inspiré. Ce n'est pas ça la vie. Vous n'avez pas de talent. Vous ne nous transportez pas dans un autre monde. Vous ne nous fascinez vraiment pas. Vous ne nous éblouissez vraiment pas. On peut dire que vous ne nous amusez pas. Vous n'aimez pas jouer. Vous n'avez pas le don. Vous ne savez pas ce qu'est le théâtre. Vous n'avez donc rien à dire. " D'ailleurs en effet le spectateur, partagé entre le rire et l'interloquade, ne dit rien ! Il demeure dans la convention théâtrale ! Il se raccroche à ce dernier débris de convention, que le spectateur doit se taire, et le comédien parler ! C'est donc très différent d'un happening, ou d'un théâtre participatif : le spectateur subit sans broncher ! Comme paralysé ! Et la troupe de poursuivre :
"Vous n'êtes pas convaincants. Vous n'êtes pas là. " C'est ce que m'avait dit une fois mon partenaire de scène : "Tu n'y es pas, ce soir..." Et j'avais dit : "Non..." - sur le plateau ! Evidemment que les spectateurs ne savent pas ce que c'est que le théâtre ! Eh bien cette fois ils voient l'effet que ça fait d'être sur le gril, jugé comme un objet, comme un automate dont le rôle est de dire un rôle ! "Vous n'arrivez pas", poursuit Handke, "à nous faire oublier le temps. Vous n'arrivez pas à nous intéresser. Vous nous ennuyez. "
Ici une pose. Car c'est bien cela qu'on vient chercher au théâtre n'est-ce pas, messieurs les bachoteux : de quoi se distraire ! De quoi oublier que nous sommes mortels, assujettis au temps et à l'espace ! Or que nous dit-on ?
"Nous ne voulons pas jouer un drame. Nous ne cherchons pas à évoquer une histoire qui se serait passée dans le temps. Ce qui nous intéresse c'est aujourd'hui et toujours aujourd'hui. Nous ne cherchons pas à faire couleur locale en jouant de façon réaliste une histoire qui aurait vraiment existé. Pour nous, le temps n'a aucune réalité. Nous refusons de jouer une action ; donc, nous refusons l'idée de temps. Le temps pour nous, c'est le passage d'un mot à l'autre. Le temps s'écoule avec les mots. Nous nions le fait que le temps écoulé puisse être retrouvé. On ne peut pas refaire un acte exactement de la même manière. Pour nous, le temps est votre temps. Notre mesure de temps est votre mesure de temps. Vous pouvez régler votre temps sur le nôtre. Le temps n'est pas un nœud ayant deux extrémités. Ce n'est pas un élément de couleur locale. Nous professons que le temps écoulé ne se retrouve pas. Entre nous le cordon ombilical n'a pas été tranché. Nous ne jouons pas avecle temps. Pour nous, le temps est une affaire très sérieuse. Il s'écoule mot après mot pendant que nous parlons. Nous disons que cette portion de temps vous appartient. Vous pouvez la mesurer sur les aiguilles de votre montre. Il n'y a pas d'autre temps que celui-là. Le temps est réglé
sur votre respiration. Vous êtes la mesure du temps. Nous mesurons le temps sur votre souffle, sur le battement de vos paupières, sur les pulsations de votre cœur, sur la croissance de vos cellules. Ici, le temps s'écoule seconde par seconde. Le temps est réglé sur vous. Il passe par vos lombes. Non, le temps écoulé ne peut se retrouver. Ce n'est pas un élément de couleur locale. Ce n'est pas un spectacle." (Cruauté de tels commentaires, affouillage de la plaie au couteau, et en même temps, réaffirmation de la hauteur de vues du spectacle, qui est de confronter justement à l'angoisse, d'être éminemment supérieur, au moment même où s'abolit toute la convention théâtrale : le théâtre se trouve dans la négation du fait théâtral ; bon, je la referme. La parenthèse).
"Ne laissez pas vagabonder votre imagination. Le temps n'est pas un nœud à deux extrémités. Le temps n'est pas extérieur au monde. Il ne s'étend pas sur deux plans différents. Il n'y a pas deux mondes. La terre ne cesse pas de tourner pendant que nous sommes ici ensemble. Notre temps à nous sur cette scène est aussi votre temps à vous qui êtes dans la salle. Il s'écoule pendant que nous respirons, pendant que nos cheveux poussent, pendant que nos corps secrètent la sueur ; il s'écoule pendant que nous flairons les mêmes odeurs et entendons les mêmes bruits. On ne retrouve pas le temps écoulé, même en répétant les mêmes paroles, en répétant encore une fois que notre temps est votre temps, qu'il s'écoule pendant que nous respirons, pendant que nos cheveux poussent, pendant que nos corps secrètent la sueur, pendant que nous flairons et que nous écoutons. "
Bon ! Nous allons vous laisser là en pleine nausée sartrienne..."Outrages au public", je crois...
19:18 Publié dans la parano qui galope | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16.11.2009
Fantoches, dommages...
CHAPTER THE FIRST
J'écris par erreur et par obstination.
Description
Un trottoir crénelé sur un caniveau sale – un bout de pantoufle en surplomb : Ripa, placide, à trois pas de sa porte, chat gris sur l'épaule. Une ville en forme de cœur serrée sur l'Eperon Planès. En bas la Bide affluent de l'Allier, qui déborda l'an passé. Une sous-préfecture du Massif Central : huit mille habitants, quatre écrivains. La vie s'effondre comme un fleuve, tout contre nous, obstinés, têtes basses.
Identité
Ripa, la rive. Il se débarrasse des prospectus : "La Course aux ânes", "Balfour dynamique" – "Bal au Naïte : séquence mousse" – "Je ne veux pas que ça vive" - tels sont ses premiers mots.
Température. Date.
6 degrés. Dix avril 2049. 800 mètres d'altitude.
Description (le personnage)
Un nez, dont le bord inférieur (de profil) évoque la courbe d'un canif ou ganivet à écaler les noix. C'est emmerdant les descriptions. Toutes les filles de mes classes me l'ont dit. Elles qui passent bien vingt minutes par jour à se branler ne vont tout de même pas en perdre dix à lire une description ; la civilisation s'effondre, oui ou merde ?
Age-Domicile
53 ans. A toujours habité mettons rue St-Jean, n° 43, Balfour, quartier Banclou, sur le plateau. Pas de conflit à Balfour. Juste une petite envie de meurtre sur la tante, quatre-vingt six ans, sur son lit. Tous félicitent Ripa de son dévouement, il ne lui reste qu'elle, grabataire, soins constants ; il a obtenu de l'Hôpital Montieux (Clermont) un lit médicalisé qui se monte, s'abaisse, s'incline, comme chez le dentiste. Il aime bien sa tante : rien que du matériel de pro. Il compte bien qu'elle durera le plus possible (indépendamment de sa pension, qui passe toute en frai) ; il ne chauffe que la pièce, à gauche, où elle végète, avec le feu dans l'âtre - et comme il a bien refermé dans son dos, le voici qui prend l'air, en pantoufles, sur le pas de sa porte.
Menu
Ses menus ne varient pas. Longtemps un employé apporta de petits repas tout cuits. A soulever successivement les couvercles l'odeur s'élevait, délectable : "On en a bien assez pour deux." Le plateau vide était repris le soir, sans vaisselle à faire. Mais Ripa s'est vexé. Il a fini par refuser "la charité". Il a fait la cuisine. La tante en sera peut-être bien morte (adhésions intestinales ? ...ravioli à tous les repas).
21:45 Publié dans Petites démangeaisons littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.11.2009
Théâtre au coin de l'âtre
MARCIAU, d'un coup
Les mots croisés c'est bien. Consonnes, voyelles, hiéroglyphes. Labyrinthe et conquête!
Exemples de définitions, pour "désir" : (elle récite) Inconstant. Ferme. Fugitif. Momentané, ardent.
JEANNE
Avivé.
FITZELLE
Avide.
SOUPOV
Aveugle.
Une pause.
MARCIAU, FITZELLE, ensemble
- Déréglé.
-
Extrême.
SOUPOV
Exaspéré.
JEANNE
Exclusif.
Une pause.
SOUPOV, JEANNE, FITZELLE, ensemble
- Immodéré.
- Impétueux.
- Irraisonné !
Une pause.
SOUPOV
Physique.
FITZELLE
Pressant !
SOUPOV
Refoulé.
LE REPRESENTANT
Satisfait.
Toutes le regardent avec intensité.
JEANNE
On en est dévoré, miné, éperdu !
MARCIAU
Minet est perdu ?
FITZELLE
Ta gueule.
JEANNE
Affamé, rempli !
FITZELLE
Ivre !
SOUPOV
On en meurt, on en brûle, on en crie.
Accelerando
MARCIAU
On l'allume.
FITZELLE
On l'attise.
JEANNE
On l'avive.
SOUPOV
On le fouette.
MARCIAU, ralentissant progressivement son débir
On le borne, on le réfrène, on l'éteint.
LE REPRESENTANT, pensif
Il naît.
JEANNE
Se déclenche.
FITZELLE
Croît.
JEANNE
Meuh...
FIZELLE
Ta gueule. Monte, s'exaspère.
MARCIAU
S'attiédit.
SOUPOV
Il s'éteint.
Accelerando
MARCIAU
Désir du gain.
JEANNE
Des richesses.
FITZELLE
Du confort.
JEANNE
De la gloire, des honneurs.
SOUPOV
De l'im-mor-ta-li-té.
Les quatre vieilles sont attentives, SOUPOV tient sa louche, JEANNE pince les lèvres,
FITZELLE darde ses yeux ivres.
MARCIAU serre à la main ses lunettes de fer. Elle tend une grille incomplète.
Deux verticalement, Monsieur le Représentant. "On s'essouffle à sa poursuite", en sept
lettres.
SOUPOV
"Orgasme".
MARCIAU
Ça colle pas.
SOUPOV
Ben si, justement.
LE REPRESENTANT
Vous pourriez trouver tout cela dans notre Ency...
JEANNE
"Culotte" ?
LE REPRESENTANT
...clopédie, qui résume sous le format le plus...
FITZELLE
Mais vous, qu'est-ce que vous en pensez ?
LE REPRESENTANT
Moi ? de quoi ?
MARCIAU
Jeanne ! si je te dis "poisson gadidé", qu'est-ce que tu réponds ?
LE REPRESENTANT
En sept lettres, "bonheur" ?
FITZELLE, froidement
Monsieur retarde. (Elle chipe le volume, LE REPRESENTANT essaie de le récupérer)
MARCIAU
Vous avez dit combien, pour les mensualités ?
LE REPRESENTANT
Vingt euros..
JEANNE
Hymen, gland, cul, ça y est, dedans ?
LE REPRESENTANT
Certainement – vou-lez-vous-lâ-cher-mon-doigt ?
JEANNE
C'est trop !
LE REPRESENTANT
Comment, trop ?
SOUPOV
Les vingt euros...
MARCIAU
"Oseille" ! Eurêka !
LE REPRESENTANT siffle cul sec le fond d'une bouteille
Parfait Mesdames, parfait ! La langue française n'a plus de secrets pour vous.
JEANNE
Das mag sein. ("Ça se peut bien")(Les traductions apparaissent sur un prompteur, au-
dessus de la scène)
FITZELLE
¡ Està cómico ! ("Il est amusant !")
MARCIAU
I'd rather say : ridiculous !
16:12 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
11.11.2009
Le Onze Novembre à Venise
Commenter ainsi tout de go le guide Storti de Venise, en italien, se présente sous la forme d'une gageure, les imbéciles prononcent gajœure. Je gage cependant que vous y trouverez votre beurre et votre huile d'olives. Venise eut l'honneur de ma visite quatre ou cinq fois : une plaque bilingue marque mon passage quelque part, où j'allais plusieurs fois par jour. Et la première fois que je vins, pensant que ce serait un petit quartier plus ou moins préservé, je m'aperçus, passé tel tournant du Canal Grande, qu'il s'agissait de toute une vaste ville, infiniment plus étendue et superbe que je ne me l'étais figuré, et qui me sautait littéralement à la face.
Alors aussi je m'aperçus de la véracité de l'expression « une beauté à couper le souffle », car cela faisait bien sur ce bateau trente à quarante secondes, à la lettre, que j'en oubliais de respirer. Aussi je me suis indigné quand un éphémère collègue eut le crétinisme d'affirmer que Venise lui avait paru « surfaite », bref surestimée,sans le moindre intérêt. Un professeur de chimie bien entendu, ça ne pouvait pas être un prof de lettres. C'est tout ce que j'aurais à vous dire, tout compte fait, Monsieur Collignon et Venise, Monsieur Perrichon et le Mont-Blanc. Donc ce guide, intitulé « Venezia » bien entendu ?
Eh bien il présente bien sûr toutes les qualités et les défauts d'un guide, c'est-à-dire qu'il montre une quantité d'illustrations, datant de 1980, désuètes, mais pas assez pour qu'on s'en émeuve ; palais après palais, lieux de culte après lieux de culte, tableaux surabondants du Titien, de Canaletto, d'autres inconnus qui mériteraient tellement la gloire, mais tel sentier pittoresque dans le Pas-de-Calais n'est qu'un passage à vaches au cœur du Pays Basque, et l'abondance ici nuit à la renommée individuelle. Les photos datent je l'ai dit de l'année 1980, après laquelle je ne vis plus et ne verrai plus Venise à moins de gains au loto. Nostalgie d'un lieu certes, et nostalgie aussi d'un portefeuille mieux garni.
Le guide propose plusieurs itinéraires, annonce les palais dans l'ordre de leur succession, dit ce qu'il faut en observer, en façades, avec leurs loggiette, leurs arcatures, leurs hôtes célèbres (ici le Vendramin où mourut Wagner), et leurs ameublements. Les musées se voient gratifiés de rubriques salle après salle mentionnant les capolavori ou chef-d'œuvres, de Giogione, Favretto mais oui, rien ne manque, même les trajets et horaires des vaporetti ou bateaux à vapeur. Se pose alors le dilemme éculé du touriste qui veut tout voir dans l'ordre où c'est indiqué, camescope en main, ou du flâneur qui préfère tout rater en se perdant de quartier en quartier.
Sur quoi tous les raisonnables vous parleront d'une harmonieuse combinazione des deux attitudes : je ne me suis pas consolé d'avoir raté le cimetière juif de Prague, et plus encore je crois le
temple rond d'Apollon à Delphes – j'étais resté fatigué dans le car, crétin ! Et je ne vous dis pas combien d'obligations touristiques je n'ai pas respectées à Venise, mais voici quelques repères : se perdre et aboutir à un cul-de-sac sur le canal ; errer sous les crénaux rougeoyants, sinistrement éclairés, de l'Arsenal ; passer de nuit entre lagune et palais semi-effondré, à l'intérieur duquel j'entends clapoter l'horrible flot destructeur et tranquille – à ce moment la dalle où je marche cède sous le pied ; visiter le cimetière San Michele et sentir Stravinsky m'attirer par le cou de sous sa tombe, juste à côté de Diaghilev.
Rien de cela n'a vocation à figurer dans un guide touristique, plein de bonne volonté prétendument exhaustive et d'essoufflements fascicule en main, à la japonaise. J'oubliais l'inoubliable Venise sous la neige, sans le moindre touriste, avec de vrais Vénitiens se parlant en pantoufles sur le pas de leur porte en vrai dialecte vénitien, celui dont je vous défie de comprendre un traître mot. Et tant que je fermais ma gueule, je pouvais me croire moi-même un Vénitien. Pourtant j'ai visité Saint-Marc et maintes autres merveilles. Mais chacun se fait son petit musée de remembrances à soi. Rien de ce que j'ai dit là ne méritait sans doute d'être dit, j'espère avoir éveillé en vous l'envie d'aller ou de retourner, car vous y avez tous plus ou moins traîné les pieds.
Pour compléter, ne pouvant tout de même citer l'ouvrage en sa langue originale plus de quelques secondes, je ne vous dirai qu'une phrase, caractéristique de ce style des guides touristique : « Giorgione di Castelfranco è, senza dubbio, il pittore che nel primo decennio del secolo XVI porta al più alto grado di perfezione le possibilità stilistiche insite nelle scuola veneziana » : « Giorgione de Castelfranco est sans doute le peintre qui, dans la première décennie du seizième siècle, porte au plus haut point de perfection les possibilités stylistiques innées de l'école vénitienne » - que veut dire « possibilités innées », là est la question.
Venise ne m'inspire aujourd'hui que cela. Mille excuses. Voyez-la, il ne reste plus que 25 000 habitants permanents, même pas la population de Bergerac. Evitez est-il besoin de le dire le flot touristique, évitez tout, marchez vous-mêmes, tâchez de vous abandonner à la sensation, à la méditation, à toute espèce de prière que vous pouvez concevoir, dormez, profitez de vos fulgurances intimes, ne croyez rien de ce que l'on vous a dit, de ce qu'il faudrait obligatoirement ressentir, même si vous êtes prof de physique. Vous vous apercevrez peut-être que l'on oublie merveilleusement toutes les obligations qui vous assaillent ailleurs, que l'on se passe d'une quantité de choses, sauf d'une quantité impressionnante de pognon, et vous vous demanderez pourquoi c'est Venise qui est considérée comme exceptionnelle, alors qu'elle est si naturelle, si exactement conforme à ce que devrait être la ville idéale, que toutes les villes devraient être comme celle-là, et que ce sont les nôtres, la plate Bordeaux, la hideuse, bruyante, frimeuse et agressive Paris, qui devraient constituer l'exception, à éviter par excellence.
Vous vous apercevrez que vous aurez toujours habité Venise, dans un coin secret et si familier de vous-mêmes, pour ne plus rien voir du réalisme de tous ces gens si lassants, si logiques, si revendicateurs, si pleins de statistiques et de déplorations sur les conditions éternellement économiques, économiques, économiques, de la vie à Venise – pour y faire des vers, ou votre livre nul, votre livre enfin, pour ne rien faire en fait, surtout pour ne rien faire, pour vivre.
"Vivre ? dit Axël dans Villiers de l'Isle-Adam. Les esclaves feront cela pour nous." Car nous sommes tous des seigneurs, et nos serviteurs, pourvu qu'ils soient discrets, ne se plaindront pas de nous. Vite, du pognon, vite, à Venise. Respirez. Vous êtes à Venise. Fondez-vous. Mourez sans le sentir. Même mourir c'est vraiment vivre, à Venise (oui, bon, « aux Marquiiises »...)
10:29 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
09.11.2009
L'amour précieux, tiens.
Cela ravissait sans doute les femmes dites sensibles et les petits-maîtres qui les servaient avec de tendres zézaiements sans rien dans le calbar, le paysage amoureux s'en est trouvé renouvelé, bouleversé, tout ce que vous voudrez, c'étaient les femmes qui réglaient tout, échappant ainsi aux brutalités des érections inassouvies, mais comme il faut bien que ça dégouline, eh bien ça dégouline dans la pâte à tarte et le sirop d'orgeat. Encore l'édition “Folio classique” de L'Astrée se borne-t-elle à nous infliger des extraits représentant à peu près 40% du texte original, et, à lire les résumés qui interviennent çà et là, le lecteur lambda n'a guère envie d'en lire les développements originaux. C'est cela le drame des œuvres classiques : les commentaires, ouvrant sur de vastes perspectives littéraires et sociologiques, passionnent plus que l'original lui-même, et les étudiants désormais planchent au moins autant sur leurs polycops que sur les textes.
Le feraient-ils que le succès aux examens se verraient bien compromis, puisque les seuls commentaires vraiment personnels et sincères qu'ils pourraient faire ne seraient qu'une longue variation sur l'adjectif “chiant”, en six lettres. L'extrait que le hasard vous attribue parle d'une princesse anglaise passée sous habit masculin sur le continent afin de délivrer son bêlant soupirant, prisonnier d'un prince sans parole. Les noms appartiennent à la catégorie faux grec, section rhubarbe au sirop. On prend une grande inspiration, la petite pince sur les narines, et on plonge : le roi s'appelle Lypandas, poil à la chaudasse... La gonzesse vient de vaincre son adversaire, à la suite d'un combat dit “comique”. Lypandas lui-même a été vaincu par une gonzesse, et va donc remettre “Lydias” (c'est l'amant) “en liberté.” “Alors” poursuit ladite gonzesse à présent narratrice, “les juges” (du combat) “étant venus, et, Lypandas ayant ratifié sa promesse, ils m'accompagnèrent hors du champ comme victorieux” (n'oubliez pas qu'elle passe pour un homme, sous son armure).
“Mais craignant” (dit-elle ou dit-il) “que l'on ne me fît quelque outrage en ce lieu-là pour y avoir Lypandas toute puissance, après m'être armée, je m'approchai, la visière baissée, de Lydias” (qui assistait au combat) “et lui dis : “Seigneur Lydias,” (elle déguise sa voix) “remerciez Dieu de ma victoire, et si vous désirez que nous puissions plus longuement conférer ensemble, je m'en vais en la ville de Rigiaque” (note 45 : “Rigiacum est le nom latin d'Arras” - d'où “les Arrageois”) - “où j'attendrai de vos nouvelles quinze jours, car après ce terme je suis contraint de parachever quelque affaire, qui m'emmènera loin d'ici, et pourrez demander le Chevalier Triste, parce que c'est le nom que je porte pour les occasions que vous saurez de moi. - Ne connaîtrai-je point, dit-il, autrement celui à qui je suis tant obligé ? - Ni pour votre bien, lui dis-je, ni pour le mien il ne se peut. Et à ce mot je le laissai, et après m'être pourvue d'un autre cheval, je vins à Rigiaque où je demeurai depuis.”
Or ce traître de Lypandas, aussitôt que je fus partie..;" - "et ça continue, encore et encore..."
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07.11.2009
L'amour c'est chiant, surtout pour les autres.
Evelyne, à dix ans, fut mon premier amour. Blonde et pâle. Comme nous discutions à petit bruit sur le perron, à trois ou quatre, elle s'est tournée vers moi pour me tendre un coquillage de la taille d'un ongle : “Tiens, je ne t'ai encore jamais rien donné. Je répondis que si ; qu'elle m'avait déjà beaucoup donné. Ce fut la seule fois que j'eus de l'à propos avec une fille. Nous nous sommes promenés main dans la main derrière l'immeuble. Je me souviens – cela n'est-il pas étrange – d'avoir convenu avec elle, en cas de mariage, que je commanderais les jours pairs, et elle les jours impairs. “Tu auras l'avantage, grâce aux mois de 31 jours.” Cela nous faisait rire.
Cela se passait chez mon oncle, qui m'hébergeait pour les vacances. Il écrivit sur-le-champ à mes parents que “c'[était] une honte”, qu' “à dix ans [leur] fils a[vait] déjà une poule” . Il m'inventait des exercices d'algèbre – voilà bien pour aimer les maths ! - afin de m'empêcher de rejoindre Evelyne, et je répétais à mi-voix en pissant dans la cuvette de H.L.M. (un luxe à l'époque) : “Je t'aime, et rien ne pourra nous séparer”, juste pour m'en souvenir plus tard. Retors, non ?
Et je m'en souviens encoe. Tonton m'a dit : “Elle est cloche, ton Evelyne ; attends que Marion revienne de colonie, tu verras !” Une petite brune en effet, piquante, jamais à court de répartie, qui se savait déjà admirée, et qui commençait à se foutre de ma gueule ; je suis retourné auprès de ma blonde. Je n'ai plus revu personne, vous pensez. Curieux tout de même. Qui va commander dans le ménage. Que ç'ait été là ma première préoccupation. Ce qui fait surtout enrager, d'après Roland Barthes, c'est quand l'être aimé prétend devoir obéir à d'autres, alors qu'il ne vous obéit pas à vous, qu'il ne tient pas compte de votre souffrance à vous, qui valez donc moins que l'autre.
J'ai vérifié à maintes reprises en effet que la façon la plus efficace, la plus cloue-le-bec, de se soumettre un partenaire récalcitrant est de se prétendre soi-même ligoté, garotté, par un engagement, de préférence professionnel, une promesse antérieure, auprès d'une autre personne, qu'il importe bien plus de ne pas vexer que vous - est-ce ainsi vraiment que l'on aime ? auprès d'une belle-mère par exemple, bien efficace ; je la hais à mort ; puis lorsqu'elle est morte, la pauvre - rien n'est arrangé. Dix ans de perdus. Et toujours la faute des autres. La personne aimée se réclamera toujours de sa propre soumission, de “l'impossibilité de faire autrement”, pour vous soumettre à ce que vous détestez le plus. Je connais un couple de cons, dont l'épouse a su convaincre le mari de fréquenter sa sœur (à elle) (il faut suivre).
Depuis plus de quarante ans (c'est irrémédiable désormais) le Mari Con (en espagnol : maricón ) se trouve contraint de fréquenter le couple type de blaireaux : la belle-sœur en l'occurrence - chef-d'œuvre de ternitude dépourvue de toute conversation dépassant les liens de famille – car ils se reproduisent, ces cons ! - et le beauf, concentré de machisme, de racisme et d'homophobie - anti-chômeurs, anti-fonctionnaires, rien ne manque à la panoplie. ...Quarante ans à se cogner ces spécimens d'humanité de remplissage et leur tribu, à tâcher de ne pas entendre les conversations de réveillon (quarante réveillons !) sur la flemme comparée des Viets et des Bédouins - je n'invente rien.
Déménager ? Rompre ? avec des gens si sots que le refus de l'un entraînerait nécessairement l'éloignement offusqué de l'autre ? et que ferait-il, ce fameux mari, d'une épouse dépressive, qui l'agoniserait de reproches muets à longueur de semaines, jusqu'à sombrer dans une de ces dépressions que l'on se fait à soi-même, et qui trouve toujours une brochette d'éminents psychiatres pour la confirmer ? Autant gagner quelques années de soins intensifs, et accepter, de guerre lasse, que dis-je, avant même la déclaration d'une de ces guerre où le plus malade est immanquablement vainqueur, d'habiter désormais à 150 mètres de distance du couple honni – qui n'est pas si mal, voyons ! voyons ! à la longue !
C'était bien la peine d'en faire toute une histoire ! - les invitations se sont raréfiées, le mari y a mis le holà. Mais le drame, voyez-vous, c'est qu'il a fini par se sentir à l'aise en compagnie de son ennemi, non pas tant en vertu du proverbe “à force de se faire enculer, on y prend goût” que, par des affinités secrètes. C'est pourquoi, ayant toujours devant les yeux cet exemple édifiant, j'aurai toujours à cœur de défendre, bec et ongle, le principe de ne jamais reprocher à quiconque sa faiblesse de caractère ; on est mou, comme on est noir, ou juif, ou asiatique. Si ma femme est attaquée la nuit, que je me sente tout soudain (à supposer) tout paralysé, sans aucune possibilité physique de casser la gueule à l'agresseur - quel tribunal, je vous le demande, osera me condamner pour non-assistance à personne en danger ? (réponse hélas : tous.) Je souhaite par conséquent ne jamais être dans une situation où je devrais faire preuve de sang-froid, de virilité, voire de simple esprit de décision. J'éprouve toujours la plus véhémente rancœur à l'égard de ces juges qui du haut de leur bitte en barre condamnent les timorés et les trouillards - et qu'auraient donc fait eux-mêmes, ces lâches ? ces diarrheux ? “Il faut prendre sur soi”. Connards. Commencez donc par cesser de fumer.
14:39 Publié dans la parano qui galope | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05.11.2009
Sové l'hallangue francs seize
Chaque fois qu'un esprit parle de la vulnérabilité de la langue française, une voix lénifiante et démissionnaire s'est toujours élevée pour déclarer qu'il « y avait des problèmes plus graves ». A mes observations sur l'horrible prononciation d'Eûûûûdipe, un de ces abrutis m'écrivit que mieux valait encore, somme toute, mal le prononcer que de ne plus savoir qui il était. Oui-da, Messire, et la prochaine étape sera de trouver mieux qu'on parle de lui en anglais, que de ne plus le connaître - va pour Youdaïpe ! Non, non, soyons intégristes, comme des Québécois, comme des Flamands. Avec 200 millions de francophones, elle a de quoi se ressourcer, se vivifier : voilà bien encore de l'optimisme niais ! Que m'importe à moi que des Maliens ou des Norvégiens défendent encore ma langue, si mon propre pays ne la pratique plus !
<!-- @page { size: 21cm 29.7cm; margin: 2cm } P { margin-bottom: 0.21cm } --> Libération d'Ingrid Bétancourt. Bref, ne désespérons pas de la langue française ! Pas du tout M. Imbert. Tout revient. Nous assistons à l' Histoire, et tout ce que nous pouvons faire est de nous tortiller artistement tout en tombant, seule liberté que nous ayons. J'ignore ce qu'il adviendra. Nous avons regardé les Zoé de l'Amazonie, derniers vestiges de la vie primitive. Il lui faut des défenseurs, des militants. Cet homme parle d'or. Je suis d'accord. Mais sans intégrisme ! Ma foi si. Les Flamands le furent bien, intégristes. Ce sont eux qui, par leur susceptibilité, empêchèrent les Français de donner leur langue à l'Europe, et que l'anglais s'imposa. Je déteste cette langue avec intégrisme. A l'orée du siècle passé, 10% de nos compatriotes ne la lisaient ni ne l'écrivaient. Ce n'est pas une raison.Une araignée remonte son fil vers ma bougie. J'espère qu'elle ne s'enflammera pas. 200 millions de francophones peuvent se dissoudre à la flamme anglaise. Combien de francophones seraient prêts à ne plus l'être ! Les paladins que vous êtes de la langue française ne vivent pas dans une forteresse assiégée : mais si ! Mais trêve d' alarmisme pour ce soir. Lecteur, que veux-tu lire ? J'écrivais au rebours de tout ce qui s'est fait. Je me suis soucié de tout ce qu'il ne fallait pas. Comme la vie, comme la mer, la langue française est toujours recommencée ! Belle envolée... M. Imbert frise l'octantaine... L'optimisme me débecte... La joie me plaît, me submerge, le bonheur en éclair, mais, par pitié, pas d'optimisme...
Or, Claude Imbert (je le vois sur les vignettes) a écrit : Ce que je crois, Par bonheur, et je ne sais quel autre titre indiscernable aux seules lueurs de bougies, dans une couillection de poche. Les affirmations de foi genre d'Ormesson demeurent nécessaires, mais ne me touchent pas. Il y faut de la démonstration, de l'angoisse, une certaine précipitation, le sentiment haletant que nous n'avons à nous, avant la mort, que les mots, et les mille façon de les tresser. Tant que nous n'aurons pas la preuve de notre éternité, ce qui ne saurait manquer dans la suite des siècles. Claude Imbert, journaliste, est né e, 1929 à Quins (Aveyron) – quel coin ? St- Affrique ? Séverac ? Bozouls ? Il existe en Argentine des arrière-petits-fils d'Aveyronnais. Ils connaissent toujours leur département grâce aux traditions de leurs instituteurs. Ils tentent d'apprendre le français. Ils savent situer Entraygues et Montpaon...
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