24.10.2009
Etrillage
Retroussons nos manches, astiquons nos massues : nous avons un vieil étrillage à concocter, ce qui manque de charité, mais point d'excrément. Jacques Roubaud a commis un troisième volume des aventures d'Hortense, "L'exil d'Hortense", roman, chez Seghers. Vous me direz que de n'avoir pas lu les deux premiers ne m'a pas permis de me faire un jugement. Et moi je dis a contratio : heureusement que je m'en suis dispensé. Ce troisième sera mon dernier. Hortense est une femme, bien que son nom dérive de saint Hortensius, évêque. Sa vie se passe bien moins chastement. Son excuse est qu'elle aime... Nous supposons que lem odèle en fut Caroline Chérie. Soit. Mais Caroline fait rêver. Hortense fait chier.
Hortense est trop visiblement la créature de Roubaud, vieux et chauve amateur de chats que je hais (pas les chats). Roubaud par-ci, Roubaud par-là, prend un malin plaisir à intervenir en tous lieux en tous temps, déflaubertisant le roman, faisant exprès qu'on n'y croie pas. Il multiplie les parenthèses, se commente, glose son commentaire et se livre à la critique exégétique de sa glose (n'ayez pas peur, ça ne mord pas), ce qui pourrait être facétieux, et tenir lieu de contrainte oulipienne certes ("parler sans cesse de soi sans contrainte"), si tout n'était si lourd et si plate comme l'épée de Charlemagne.
Le préjugé consiste à eestimer qu'un défaut s'abolit si on le dénonce, puis si l'on déno nce sa dénonciation : vous me suivez toujours ? Eh bien pas du tout : si je vous dis que je suis con, ce n'est nullement une preuve que je ne le suis pas. Si je vous dis "C'est agaçant, hein ?", même si vous riez (deux fois, mais pas trente, monsieur Roubaud), ce ne sera pas moins agaçant. Si vous répétez 500 fois "Je connais la manière d'emmerder les gens", vous les emmerderez par le fait même de la répétition.
Nous savons bien où le sieur Roubaud a puisé son illustre modèle : dans la lettre Q de Queneau, lequel utilise sans cesse de telles astuces. Même si je n'apprécie pas toujours le grand Raymond, lui est toutefois reconnu sans ambages une extraodinaire finesse, un humour de sourire de derrière la moustache, bref, une culture. Mais Roubaud en fait une tonne au gramme. Or il se trouve que la page 94, comme tout passage, fournit matière à abondance de commentaires. Voilà de la littérature professorale (de maths, soyons précise) destinée donc à KOKO mentaires. Il en est des passages de Roubaud comme des femmes : infectes en général, toutes intéressantes à l'unité. Nous reconnaissons bien sûrun dialogue platonicien, une allusion à la pluralité desm ondes si bien illustrée par H.G. Wells, un ton postvoltairien, voire un soupçon de Rabelais opar les ânes volants.
For bien monsieur le Prof ! ce serait encore mieux (en coup de pied de l'âne justement) si les personnages avaient quelque épaisseur. Monsieur Roubaud ne veut pas qu'ils en aient, afin de parfaire un antiroman par contre-pied : au point que les amoureux d'Hortense, le bon et le méchant, sont une seule et même personne.
Ah mais ! on s'ennuie. Où Queneau en mettrait dix lignes, Roubaud en fourgue quatre pages. Alors je m'arrête là, mais je ne désarme pas. HORTENSE ME FAIT CHIER. POINT.
12:11 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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