15.10.2009
Stendhal, etc.
Or un homme, un vrai, c'est celui qui coïte, fût-ce avec tendresse. Un homme pénètre. Que la femme l'admette ou non. Rien ne me satisfait plus que ces vues dites pornographiques, où je vois le monde en train de se faire, l'acte cosmogonique même sous mes yeux écarquillés, preuve par neuf de la non-castration, apologie du plaisir le plus pur, sans plus aucun danger de reproduction humaine. Donc Stendhal ne fut pas un homme : il baisa peu. Ceux qui baisent trop m'exaspèrent aussi : rien de plus vulgaire que ces étalages et comptabilités de Don Juan ou du Signor Trois-Couilles-à Pattes alias Casanova – encore une œuvre que je ne suis pas près de perdre mon temps à lire. Au moins chez Don Juan y a-t-il cette fiévreuse interrogation sur la Vie et la Mort ; mais Casanova n'est qu'un vide-couilles ambulant, un clystère. Stendhal a longtemps plagié. Il aurait laborieusement brodé pour La Chartreuse de Parme (écrite en fait rapidement).
Rien jusqu'ici de grand, d'ample, d'interminable, comme chez Honoré, dit « de Balzac », dont on ne perçoit pas les limites comme de l'univers. Ou Proust ; un homme, un vrai, pénétration mise à part. Seul homme à être plus femme que les femmes, si ces dernières s'avisaient enfin de se chercher en femmes, au lieu de se borner à manier leurs ciseaux à eunuques. Stendhal sans trique m'étrique. C'est un petit ventru. Il devait puer des pieds. Les élucubrations de Crouzet sur sa puceauterie ne me semblent pas mériter tant de soubresauts épiques remontés à la manivelle, comme on essaie de se branler en bandant mou. Eh boudi con que de haine. Julie, l'âme-sœur, de qui dépend un bonheur angélique, doit exister. Il s'agit de la Julie de Saint-Preux. Alors commence une palinodie ; accrochons-nous : il n'est rien de si vertigineux, de si chavirant, que les bonheurs de l'âme où le sexe n'intervient pas.
Un homme se perdrait là dans la plus abjecte soumission. Nous ne sommes finalement qu'un appendice. Assez sur ce chapitre. Selon les valeurs de Grenoble, le fils Beyle pouvait prétendre à la fille Mourrier. Certes. Quelle retombée. Le mariage. Quelle belle chose si l'homme y commande et que la femme en soit heureuse. Mais cela n'a point existé. Mais ce serait prendre le roman par la fin - « par la queue » disait Madelon dans les Couilles ridicules, pardon les Précieuses. Ça y est, ma connerie m'endort. L'effet orgasme sans doute. Le « qu'est-ce que c'est qu'une œuvre ». Que me fait cette Mme Mourrier. Les caniches ordinaires éprouvent bien du bonheur. Henri ne s'intéresse qu'au roman – moi, c'est la substance de la littérature (oui moi parfaitement, après Stendhal) ; consistant à écrire de droite et de gauche, n'importe quoi, vite avant de mourir ou dormir ou sombrer dans les incohérences qui précèdent le sommeil.
Des passions certes, mais susceptibles des plus grandes contradictions, des plus intégraux reniements ; il faut se contredire. Sans cesse. Radicalement. A la façon des sophistes d'Athènes. Ce qui compte est l'expérience, la volupté du simple dire et du scandale. Ce sera un roman par lettres. Forme qui ne m'a jamais tenté. Je ne sais pas ce que pourrait me dire une femme. M 'écrire ? encore moins. Non qu'il n'ose écrire à Victorine, qui sans doute ne lui a pas donné l'ombre d'un prétexte. Pardi je m'en doute bien. Quoique les femmes s'y entendent à s'exalter sur le mode littéraire. Il écrira à Edouard, son frère sérieux, emphatique, âme d'administrateur, qui entame déjà la belle carrière que Stendhal ne fera qu'en mineur, et qui se prolongera sous tous les régimes – ici notre auteur passe d'urgence d'un genre à l'autre, de l'amour au militaire. Mais comme il est étrange d'écrire au frère qu'on aime sa sœur.
De solliciter la virilité auprès d'autrui... Poursuivons cette balade au sein de l'ouvrage d'occasion que je me suis payé à la brocante St-Michel. Monsieur Beyle (tel est en effet son disgracieux patronyme dixit Sollers) a travaillé non pas gratte-papier comme Hoffmann ou Maupassant mais sans cesse sollicité sollicitant les faveurs d'un Empire finissant, houspillé, courtisant la femme de son patron.
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