16.09.2009
Un petit bouilli sur Brassens
L'autre jour je demande l'exemple d'un bourgeois qui veut se faire passer pour noble, eh bien pas un n'a su me dire "Le Bourgeois Gentilhomme", en classe de première s'il vous plaît, "Monsieur ça n'était pas au programme", génération assassinée, ça ne vous ferait rien d'aller voir ailleurs que dans les programmes si j'y suis ? Internet ! Internet ! Mais ils recopient tout sans rien comprendre tas d'enculés ! Le fils de riche ne fait que ça à la maison, il a internet plus les bouquins plus la culture plus le milieu familial où l'on discute entre parents et enfants, mais le fils de plouc surchargé de travail ou dépressif à cause du chômage qui ne sait plus que dire "Va chier" à ses gosses, eh bien il recopie tout sans comprendre, ils recopient "Thomas Moore", "Erasme", "utopie", mais ils sont incapables de l'expliquer, "Ah vous voyez bien qu'il reste encore un rôle pour les profs" ben oui mais le temps de faire l'aller-retour au CDI pour consulter l'Internet et la cloche a sonné ça signifie "l'Ecole est finie", tiens elle était prophétique cette chanson.
Non je ne suis pas facho. Oui je suis élitiste. Mais élite pour tous. Mais tous n'y parviendront pas. Voilà le fascisme rampant. Faire croire que vous aussi vous pouvez devenir un surhomme. Et que si vous n'y êtes pas parvenus c'est la faute aux profs. Il n'y a pas que la littérature dans la vie. Ceux qui ne veulent pas lire mais foutez-leur la paix nom de Dieu. Les profs orientent mal ? Mais essayez donc de persuader les parents d'envoyer leur fils ou leur fille dans un lycée techno ou l'enseignement professionnel, essayez un peu pour voir, bande de nazes, bande de rêveurs. Tous agrégés. Tous polytechniciens. Tous cons, alors ? Je suis incohérent ? Et alors ? Je t'en foutrais moi de la cohérence...
Baudelaire revendiquait au nom des Droits de l'Homme le droit de se contredire. Je t'en ai proposé une, moi, de solution ? Je t'en pose, des questions ? ...Et après je me fais reprocher - oh, aimablement, j'ai encore eu de la veine - ma provo (proviseur) est une femme a-do-ra-ble - que "mes appréciations sont extrêmement violentes", que "ça a pu choquer ces chers élèves" - eh bien oui. Moi la connerie, l'insensibilité, le manque total de feeling, de la moindre intuition, de la moindre idée du plus petit bout, de la plus minuscule bribe de l'intelligence du texte, en plus pas de Mussolini, pas de Berlusconi dans lequel il y a "con", mais de Brassens, le bras de l'homme et le sein de la femme si vous tenez aux mauvais calembours, ne même pas être capable de déchiffrer, putain ce n'est tout de même pas difficile, le sourire et la moustache de l'Ami Brassens, parce que ça n'était pas au programme, ça m'a foutu hors de moi je suis désolé.
Bien sûr que je ne prends pas les élèves pour des cons, je veux bien concéder que ce sont leurs copies qui font étalage de connerie et d'insensibilité, bien sûr que si j'avais connu personnellement ces candidats anonymes je leur aurais atténué la chose, je leur aurais ouvert les yeux avec la tendresse bourrue, mais merde, ne pas reconnaître une rupture ancienne, un vieux chagrin que l'on s'entretient artificiellement pour se donner l'illusion d'une blessure au cœur, et ce dernier vers ! ce vers admirable de marivaudage sétois, "Et c'est triste de n'être plus triste sans vous", je ne vais pas vous faire un cours de prof tout de même, passer à côté d'une telle débauche de délicatesse et d'autodérision, "le sourire à travers les larmes" comme on disait de Mozart et tout ça, ne rien voir de cette confiture et fouiller avec son gros groin de cochon de candidat dans des interprétations à la con du style "Brassens est insensible parce que de la mort il s'en fout", c'est à donner des baffes, je te leur ferais apprendre Brassens à coups de pieds dans le cul moi, ce qui est absurde bien sûr, parce que la liberté, la sensibilité, ça ne s'apprend pas, et si je donne des coups de pieds au cul je me ravale au fascisme le plus crétin, mais tout de même, j'ai piqué le bouilli comme on dit, je chie, je chie simplement sur les prétendues méthode du prétendu enseignement prôné par les prétendus ministres de la prétendue Education Nationale qui fait examiner le texte à la loupe comme si c'était un objet scientifique au lieu d'en appeler au sentiment, qui vous trompe sans doute parfois, mais de façon tout de même moins effrayante que cette inhumaine dissection pseudo-grammaticale qui fait passer à côté des chefs-d'oeuvre et vous analyse une recette de petits pois ou un tract xénophobe avec le même sang-froid qu'une page de Verlaine.
18:59 Publié dans le corps en saignant | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



Ecrire un commentaire