14.09.2009
Tabucchi + Foutage de gueule
“...Allô, qui est à l'appareil ? ...Il a sauté en l'air... Qu'est-ce que vous dites ?... Je te dis que ton rejeton a sauté en l'air, si tu comprends l'italien... Mais qui êtes-vous ?... Laisse tomber, je suis quelqu'un qui le connaissait même mieux que toi, mais ne pose pas tant de questions, écoute-moi et tais-toi, écoute bien, l'engin il l'avait dans son sac, et il l'a fait exploser entre ses jambes, ce crétin,” - ça c'est de la stérilité - “ce n'était pas un fortiche ton rejeton, beaucoup de parlotte, de la philosophie au kilo et le déclin de l'Occident” - très fort tout de même, on se moque de soi dans ses personnages métaphoriques, tout le monde veut jouer son petit Calvino - “et la décadence de notre civilisation, mais pour faire certains petits travaux il faut de la cervelle, il faut beaucoup de cervelle” - là c'était de la cervelle de couilles - “la première fois ça lui a bien réussi, mais il fallait simplement déposer l'objet et partir, sans rien manipuler, et puis il s'agissait d'un endroit facile, où on dépose un sac et loin... écoute, gros connard, autrefois tu as tiré sur les nôtres, mais nous te le pardonnons, nous t'aimons bien quand même, à notre façon nous t'estimons, toi au moins tu n'es pas allé en Inde” - bravo le clin d'œil à l'œuvre à l'intérieur de l'œuvre - “faire du trekking transcendantal... tu m'entends ?... tu es solide, nous le savons” - de Marseille, pas pu m'empêcher - “et puis tu l'aimais bien ton rejeton, nous aussi nous l'aimions bien, nous lui avions assigné” - tous ces “nous”, usuels en Italie, ça n'aurait pas été mieux traduit par “on” en français ? - “le rôle de saint Georges qui tue le dragon, la sale bête démocratique et communistoïde... écoute, tu vas faire quelque chose, il doit avoir laissé pas mal de traces, il était un peu désordonné ton rejeton, tout en parlotte, et nous lui avons trop fait confiance... tu m'entends ?... écoute, rends-moi ce service, va dans sa chambre et regarde bien partout, il doit y avoir des agendas et des carnets, prends tout ce que tu trouveras et brûle-le, regarde bien s'il y a quelque chose qui se réfère à un type qu'on appelait entre nous le mufle, abrégé mu, m comme Milan et u comme Udine, compris ?, prends ce que tu trouves et brûle tout, tu ne voudrais quand même pas salir ton brave petit fiston maintenant qu'un sac lui a explosé entre les jambes ?... crois-moi, fais comme je te dis... clic. Tuuu tuuu tuuu... fin de l'appel téléphonique,” - ta mère, pardon - “tu as compris, l'écrivain ?” - c'est Tristano qui parlait de lui-même, fin dans le temps et fin ce jour-là, O.K.
- “Fin de l'appel téléphonique, pour Tristano... Laisse l'abat-jour de commode allumé, celui avec les gouttes de verre tout autour, et mets un mouchoir dessus, je ne veux pas être dans le noir cette nuit, pour autant que ce soit la nuit, car c'est peut-être le matin, mais ça c'est ton problème, pour moi c'est la nuit. Bonne nuit.” Et encore deux lignes de sautées. “...et je vis toute ma vie se contracter” - mais sans majuscule en début de paragraphe, quel talent ! quel tabucchilent ! - “en un insecte, un minuscule instrument compliquer pour voler et hiberner, le bourdonnement de sa colère, et le fragile battement des élytres, ses pattes immondes, je jetai tout à l'égout,” - un zeste deKafka - “des morceaux de gomme et l'odeur de bouchon brûlé sont tout ce qui me relie au monde... Tu as compris à quoi je me réfère, c'était le supplice de la Frau, ça ne m'est pas venu en tête par hasard mais parce que des lettres commencèrent d'arriver à Tristano, l'une après l'autre, sans interruption. ” - c'est qui finalement, ce Tristano ? il n'y en aurait pas eu deux, par hasard ? on joue son petit Faulkner ? - “Je n'ai toutefois pas envie de t'en parler maintenant, pour le moment je n'ai rien envie de te dire, mais reste quand même ici s'il te plaît, reste quand même ici car je voudrais te raconter autre chose... il te faut être patient. Patiente un peu.” Eh bien nous n'allons pas patienter du tout, le temps que je m'étais imparti est terminé, ouf ouf ouf.
Peut-être que Tristano meurt serait très bien au cinéma, mais en livre, ça fèche, mille excuse pour ceux de goût différent. A plus !
23:52 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
Mon fils ? Connais pas...
Ecrit par : collignon | 20.09.2009
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