01.09.2009

Stendhaleux !

 

Pendant que la noblesse cherchait à se pousser à la cour, les négociants se félicitaient de n'être plus en but[te] aux avanies incroyables des vice-rois espagnols ou aux duretés des généraux autrichiens ; le peuple était tout étonné que le gouvernement ne lui fît pas toujours du mal et il s'accoutumait fort bien à payer des impôts dont une partie était distribuée en forme de prime à la noblesse et au clergé » - c'était le bon temps.

« D. Carlos régnait ainsi depuis cinq ans ; la tranquillité et l'aisance renaissaient de toutes parts. Plusieurs circonstances favorables s'étant réunies, l'hiver de 1740 à 1741 fut remarquable entre tous par des fêtes charmantes. Huit ou dix femmes d'une rare beauté se partageaient tous les hommages, mais le jeune Roi, fin connaisseur, soutenait que la plus belle personne de sa cour était la ravissante Rosalinde, fille du prince d'Atella. Ce prince, ancien général autrichien, personnage fort triste, fort prudent, » - décidément, Stendhal se néglige, c'est fort agaçant - « avait cédé malgré lui aux instances de Dona Ferdinanda, sa seconde femme, en lui permettant de se faire suivre au palais » (“a : Dicté le 16 mars 1842”) « par sa fille, cette belle Rosalinde que le roi regardait comme la plus belle personne de son royaume et qui avait à peine seize ans. Le prince d'Atella se voyait trois fils d'un premier lit dont l'établissement dans le monde lui donnait beaucoup de souci. Les titres que portaient ces fils, tous ducs ou princes, lui semblaient trop imposants pour la médiocre fortune qu'il pouvait leur laisser. » - eh oui; les riches ont bien des soucis.

« Le prince d'Atella » (“b.Dicté la page 34 le 18 mars”) (note de Stendhal) « était amoureux de sa femme, fort imprudente, et qui avait trente ans de moins que lui, ce qui ne l'empêchait point d'être déjà d'un certain âge. Pendant les fêtes magnifiques de l'hiver de 1740, elle n'avait dû qu'à la présence de sa fille Rosalinde le plaisir flatteur d'être vue toujours environnée à la cour par tout ce qu'il y avait de plus brillant dans toute la jeunesse de Naples. Elle distinguait surtout Gennarino des marquis de Las Flores :» (note “1: Comme l'a suggéré V.del Litto, il se peut que ce nom ne soit qu'une version espagnole du nom de l'ami de Stendhal Domenico Fiore”). « ...ce jeune homme joignait des manières fort nobles et même un peu altières à l'espagnole, à la figure la plus gracieuse et la plus gaie ; il avait les cheveux et la moustache d'un beau blond et des yeux bleus, ce qui est une rareté d'une famille gothe, et qui rendait sa beauté plus touchante aux yeux des dames de la cour. Déjà deux fois il avait été blessé par des époux ou des frères appartenant à des familles dans le sein desquelles il avait porté le désordre. « Le [jeune] » (entre crochets, note 2 : Stendhal a laissé un blanc, ce mot est conjectural) « avait été assez adroit pour persuader à la princesse d'Atella que c'était à elle que s'adressaient ses hommages; mais dans le fait, il était amoureux de la jeune Rosalinde, et, qui plus est, jaloux.

Commentaires

C'était le bon temps ma pauvre dame : le peuple savait rester à sa place, au moins...

Ecrit par : collignon | 08.09.2009

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