30.08.2009

La spontanéité

La notion de texte libre présente un danger permanent de folie. S'il se réfère en effet à la notion abstruse d'écriture (plus ou moins) automatique, il aboutit à l'excrétion de diverses syllabes selon une certaine succession de rythmes, lesquels, insuffisamment explicites, dégénèreraient en gestes, mimiques et gesticulations ; cela deviendrait un spectacle dangereux pour l'équilibre psychique du représentateur, de moi-même. Il faut donc, en toute logique, ayant répudié le corps, que le seul Verbe m'inspire, et devienne, par légitime substitution, mon propre corps et ses mouvements mêmes. M'apercevant donc que ces « textes libres » ne sont en fait que des ùjsàgat, des journaux, je récuse cette appellation, et dois me forger d'autres points de départ.

Si ces derniers ne sont ni un mot ni un événement, que sera-ce ? Reprenons : hier vendredi à onze heures, je ne sais pas ce que je faisais, et ma femme sans doute était au lit. Le plus vraisemblable était que j'usais mon temps ici même, à communiquer avec d'autres ombres, mes correspondants. J'ai mangé, puis nous nous sommes rendus, ma femme et moi, dans un lieu où se trouvaient la petite voiture noire et une exposition, située à l'étage d'une association d'entraide à la jeunesse en désarroi. Il y avait là en haut des marches maintes réalisations picturales de mauvais aloi, toutes en bariolages, joyeuses mais artistiquement ineptes.

Pendaient du plafond bas, au bout de ficelles, des feuilles volantes occupées de poèmes naïfs, fort estimables d'un point de vue thérapeutique, mais de valeur nulle quant aux qualités littéraires. J'écrivis cependant sur le livre d'or « Bon courage à mes Frères Humains, et merci pour vos dons ». La mode en effet, qui tantôt cesse et tantôt reprend, est d'estimer le phénomène écrit à l'aune de ses résonances éthiques, ce qui est une absurdité. Qu'un texte corresponde à sa propre logique, bien sûr, mais qu'il ne s'y mêle aucune composante de morale, encore moins de politique. On ne sait pas « à quoi sert » un texte ; on ignore de quelle « utilité » il deviendra, comment il sera perçu.

Après avoir repris chacun nos véhicules, nous nous sommes retrouvés en route, l'un suivant l'autre, et je faisais des grimaces à ma femme qui me suivait, car nous sommes puérils. Frères humains qui écrivez, qui ne m'avez pas atteint, où sont allées vos paroles et vos livres d'heures ? Arrivés en notre bicoque, nos avons joué aux cartes, ce qiu fut vite accompli, l'un de nous ayant remporté la victoire. Ensuite ce fut encore l'écran, cet écran où je me regarde, et ce fut l'heure de repartir vers mon studio d'émission. Depuis près de treize ans en effet je sévis sur La Clef des Ondes, personne n'osant m'employer. Je prétends assumer une émission littéraire ; c'étaient les peintres espagnols qui faisaient l'objet de mon exposé. Parfois j'ai envie de m'assoir, en pleine rue ou dans la prairie, et d'écouter le jour ou les autos passer.

Je mourrais là sur place. Alors, mon émission fut très sage, étant donné mon avancement d'âge, et à quelques jeux de mots près, peu de surprises émaillèrent mon discours. Je me suis moqué des peintres obscurs, Bayeu, Meléndez, prédécesseurs convenus de Goya. Le livre ne présentait que des vignettes en noir et blanc...

28.08.2009

Gaxotte, toute !

 

Il faut encore fréquenter ce Gaxotte quarante minutes, alors que le soleil monte et va brûler toute la journée. Telle est pour moi la marque de fabrique : l'insignifiance de l'instant (ou le jaillissement vital cher à Bergson, selon qu'on veuille ou non se dénigrer) jointe au commentaire, à la digression. J'écris sur le plan littéraire : cela ne s'explique pas. J'ai derrière moi toute ma vie de tradition. Gaxotte donc nous chante les louanges de Napoléon III, sali par Hugo et toute une tradition zolienne et postzolienne : Germinal, n'est-ce pas. "Parfois la troupe tira ; il y eut quelques morts". En gros. Chez Gaxotte. Et les ouvriers n'étaient pas si malheureux que cela. Bien sûr, à six ans, l'enfant pouvait déjà bobiner le fil.

...Que voulez-vous. C'était comme ça. Mais le capitalisme finit toujours par étaler ses richesses sur l'ensemble du corps social. Quant aux révolutionnaires, dont nous souffrons encore, c'était avant tout un ramassis d'ivrognes en bas ou de sectaires en haut. (Condorcet, Desmoulins, sectaires ?) Bref, je comprends à présent la qualification de "vieux droitier". D'autre part, les leçons de morale m'indisposent. Le Bord de l'eau, où je travaille (si peu, pour si peu) – me fait l'effet d'une sacristie, où le bon ton commande de dauber à l'envi sur Sarko et Carla, tout en encensant systématiquement Ségolène.

Et si tu n'as que Derrida pour te faire comprendre, ce n'est pas gagné. Derrida a dit : "Je vais aller chercher le pain". A part ça, pas grand chose de compréhensible. Bref ! Et Gaxotte ? Et Napoléon, qui attaque le tsar ? Que de rêveries lamentables, héritées du boucher Napoléon Ier ! Napoléon égale Hitler ! (c'est ce que l'on entend à présent). L'instinct de la France révolutionnaire ne s'égara pas : c'était bien le commencement d'une ère nouvelle. Elle combattait l'autocratisme de toutes les Russies. Nous allions reconquérir l'Europe. Celle-ci reparlerait français. Je suis pour la colonisation : une bonne conquête, puis une administration sage, et non pas le pillage de l'Afrique noire par des alcooliques.

Et puis, un exécutif fort, qui ne se perde pas en grands discours stériles, en lamentations incantatoires et socialisantes, car en tout itinéraire, il y a des gens au bord du chemin, qu'il faut secourir par la charité. Mais surtout, pas de morale, pas de morale ! De la corruption, beaucoup de corruption ! Comme sous le Second Empire, en somme – je n'ai pas de convictions. Mes ironies s'émoussent. Il y a du bon chez la droite et chez l'anarchie. La vraie, le laisser-aller, le laisser-faire. Mais par pitié, un gouvernement éclairé, autoritaire sans trop, qui impose les choses, sans qu'elles soient discutaillées, amendées à l'infini par des baveux. Eh bien j'en dis, des conneries au kilomètre. Nul ne me connaîtra. Quel cataclysme viendra me déterrer ?

Quel fouineur d'une autre langue viendra m'interroger ? Barbès acclama le chef de la démocratie impériale. Tiens tiens. Barbès. Voyez-vous cela. Je le confonds avec Blanqui, avec Raspail. Ce que c'est que d'être mal informé. De se tenir, exprès, mal informé. De penser qu'une fausseté originale vaut mieux qu'une vérité chiante. J'ai droit à une consultation par séance d'écriture : "Barbès – Républicain d'extrême gauche – il mourut en exil." Tiens donc. Michelet, dans la préface des "Femmes de la Révolution", célébra en termes mystiques la "reprise de la guerre européenne" interrompue pendant quarante ans... Eh oui, chers moralistes, chers amputateurs d'âmes, l'homme vibre aux appels de la gloire, de l'absurde, de l'inconnu.

  1. Du nouveau. Il y a tant d'ennui en nous. La "grande guerre religieuse de l'Orient et de l'Occident" – rien de nouveau sous George Bush Junior. L'impérialisme. C'est beau, c'est grand. L'envie de détruire un adversaire, de tout soumettre à sa loi, à sa vision du monde. Il est si confortable et crétin de se laisser aller. De se vautrer dans la facilité. "...guerre qu'on ne limitera pas, guerre de deux dogmes" – pauvre Michelet, si filandreux, si blond filasse apparaissant à Goncourt dans la semi-pénombre de son appartement, affaibli, diaphane, si guerrier autrefois, si flambant d'enthousiasme – et de deux fois, la nôtre et celle du passé"... Notre foi... Pourvu seulement qu'elle ne se conjugue pas à l'antique morale répressive.

    Gaxotte rappelle avec à propos que trois demoiselles faillirent se faire lyncher à Paris parce qu'elles s'étaient permis de fumer en public. ...guerre "dont le nom sème la mort de tant de cent mille hommes", mais d'où surgira le monde nouveau... La guerre, ce sera moi, errant, avec un baluchon de livres et de slips, derrière soi laissant sa bibliothèque effondrée, ses murs en ruines, et ne sachant pas pourquoi il fuit ni vers où. Lorsque menace le danger physique, jamais je ne me souviens du pourquoi de la rixe, j'abaisse les bras et je m'en fous. Plus tard en 1914 le soldat chargera à l'aveuglette, au milieu des balles.

    Je ne dois point me contraindre. La cohérence viendra un jour. Je pense à Israël, à toutes sortes d'autres sujets. Voilà ce que l'on croyait : le guerre régénératrice. Maupassant fustigera les imbéciles à la Moltke et ses sbires (équivalents du côté français) qui tiraient sur des chiens à l'attache ou sur des vaches pour essayer de nouveaux pistolets. Inter urinam et faeces nascimur. Nous naissons entre la pisse et la merde : Bernard de Clairvaux. Qui se jeta dans l'eau glacée, en armure, pour ne pas baiser sa sœur. Pauvres moines. Pauvre Cluny. Alors nous nous jetâmes dans la guerre, dans les Croisades, prenant le parti du Turc et combattant le Tsar chrétien. Je lirais bien La psychologie des masses de Canetti, si ce n'était pas (à l'avance) aussi casse-couilles.

  2.  Car Canetti, j'en ai soupé, dégueulé, ravalé. Alors ! Que dit-on dans mon bouquin ? La campagne de Crimée, les prouesses des zouaves au passage de l'Alma, la victoire de Malakoff, la prise de Sébastopol, l'abaissement de la Russie, rien de tout cela n'avait de sens, en effet, si ce n'était la préface des autres "fêtes" appelées par le sergent de Béranger et prophétisées par Michelet. Il ne faut pas oublier que dans les années cinquante, ces évènements étaient aussi proches que ne le seraient pour nous les années 1910...

26.08.2009

Ave, venerabilis Beda...

 L'Angleterre se composait depuis l'abandon des troupes romaines de plusieurs royaumes en guerre perpétuelle les uns avec les autres, de peuple à peuple – Bretons contre Saxons, Scots (c'est le nom que Bède le Vénérable donne aux Irlandais), Pictes (Ecossais), s'entrelardant d'attaques diverses. Et Grégoire le Grand envoya un autre saint Augustin pour convertir ces peuplades encore adonnées aux cultes païens et druidiques. Il fallait aussi que les peuplades les plus reculées reçussent les instructions de Leurs Saintetés les Papes, notamment en ce qui concernait la célébration exacte de la fête de Pâques, ce que l'on pourrait faire à n'importe quel moment de l'année – chacun sait que le Christ n'est absolument pas né à Noël, la naissance du Sauveur étant célébrée le 1er mai en bien des contrées au Moyen Age – mais voyez-vous, en ce temps-là, chacun considérait ces évènements comme purement historiques, et il était de la plus haute importance que le dogme fût fixé afin de se propager, afin de ne pas déboucher sur un syncrétisme vague hors de propos, et totalement anachronique. t

Si un point du dogme était remis en discussion, tout le dogme risquait de s'effondrer. Il existe bien des tables d'évêques en fin de volume, mais le lecteur non spécialisé s'embrouille un peu, entre ces noms imprononçables et insolites, les Ceowulf, Bertwald, Egbert, dont on se demande s'il faut les prononcer avec l'accent anglais ou germanique. Bien entendu les dates des intronisations s'entrecroisent d'un évêché à l'autre en fonction des décès en odeur de sainteté ou des assassinats (rares : ce sont plutôt les rois qui y passent, même et y compris après avoir été convertis, car alors ils vont au Paradis tout droit), voire des dépositions et des retours sur le siège épiscopal.

Des rois fuient les uns chez les autres, se disputant des bouts de forêts ou de prairies... Mais parlons de charme : ce qui me charme dans de tels ouvrages (rappelons ici l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours, qui relata lui aussi les évènements funestes de son temps, utilisant un latin de haute fantaisie ignorante) : j'aime ces époques obscures car je m'y sens obscur également, perdu dans les généalogies, les lieux appelés autrement, les nuages qui se déchirent devant un accès subit de compréhension, les répétitions incessantes de témoignages de sainteté ou de cruautés ou de faits de guerre... J'ai l'impression aussi de pénétrer dans un monde interdit, où peu de gens accèdent – j'ai cette vanité ; où grouillent des ondes à peine pourvues d'un nom compréhensible, qui furent des êtres vivants, confits en prières, sans cesse méditant sur la mort et la vie éternelle, car s'il est vrai que la France fut faite par ses rois et ses évêques, la Grande-Bretagne le fut par ses moines.

Et je me dis qu'un jour nous pourrions aussi faire partie de ces époques où l'homme n'est qu'une brindille mal consumée s'élevant par-dessus une masse compacte de tourbe, faite de tout le matériel humain accumulé. L'ambition de l'homme est de conserver dans un innombrable musée tout ce qui s'est dit ou fait par les hommes, jusqu'au plus petit d'entre eux, et Bède le Vénérable à sa manière nous a aussi transmis de cette mémoire sacrée, de ces hommes qu'on se plaît à oublier de nos jours au milieu des ricanements. La lecture de tels ouvrages réserve également à ses lecteurs la joie de tendre la main, de siècle en siècle, à une chaîne ininterrompue de spécialistes qui se lavèrent peu et transpirèrent dans les vieilles bibliothèques en bois du milieu du vingtième encore : ainsi Pierre Riché, dans son ouvrage sur les Anglo-Saxons qui date de 1962, à présent la préhistoire ; il nous apprend que les arts libéraux, c'est-à-dire grosso modo les « matières » de nos études, n'avaient pas été christianisés dans ces pays : « Les Insulaires (les Anglais donc) ne reprennent pas la tradition patristique (c'est-à-dire des Pères de l'Eglise) d'une christianisation des arts libéraux. C'était pourtant ce qu'avaient fait Augustin, Cassiodore et Grégoire le Grand. » Ces noms me sont devenus familiers, et j'aimerais tant qu'ils couvrissent les affiches et les premières pages, car ils nous ont transmis le suc de la culture antique, enfermé dans les flacons chrétiens : toute notre véritable épaisseur...

 Ces lignes sont extraites de l'avant-propos de Philippe Delaveau, car l'un des charmes de ces ouvrages antiques est de ne pouvoir s'aborder qu'après une lente initiation appelée « avant-propos » : ce n'est pas un roman de Pennac où l'on entre comme dans un moulin, mais un sanctuaire où l'on ne peut accéder qu'après une longue prise en main et en intelligence.

24.08.2009

Koltès m'emmerde

Koltès, j'aime pas, suffit pas d'être pédé, mort du sida, fiotte à Chéreau pour écrire génial. Verbeux Koltès. Trop beau Koltès. Je le vois dans le Mag Lit (« Le Magazine Littéraire ») qui a le culot de lui consacrer un numéro complet. N'importe quoi. Chacun son imposteur. Pour certains c'est bien Duras, alors... Duras, non ! Koltès, si. « La disparition des pissotières dans un moment de distraction a finalement condensé la tristesse au-dessus du boulevard » : ce ne serait pas si mal. Si ce n'était pas si creux. Si pédé. Si rectum quoi. Pédé, Palestinien, pouilleux, même combat. Koltès proprolo. Dangereux ! dangereux... Je n'aime pas les gens qui souffrent. Qu'est-ce que ça veut dire : souffrir autant que moi ? autrement que moi ? Quelle fraternité ? « Tous ordinaires » ? Merde alors...

« Je n'aime que les fous » : mensonge ; il y faut un courage extraordinaire. « ... diffuse alors sur tout le quartier, flottant comme un brouillard au-dessus des maisons » - je ne le sens pas, Koltès, je ne le sens pas. Tout gratuit. Tout bidon. Toïng toïng toïng... J'irai au bout de ma tei-ei-gne... tout au bout de ma tei-ei-gne : quand on est « de goche » et qu'on voit tous les hommes égaux, on ne fréquente pas les lettres parisiennes, on n'écrit pas des pièces intellos pour intellos, parce que les prolos, ils ne viendront pas voir ta pièce, Koltès, ils ne vont jamais nulle part, ils voient le fond de leur verre et puis c'est marre, parce que gonflent en succès, car les prolos ne viendront pas les voir : pour l'excellente raison qu'ils ne comprendraient rien, parce que « le théâtre c'est bon pour les pédés », parce qu'ils crachent sur la culture, surtout du genre Chéreau.

J'aime pas les pédés, j'aime pas le peuple, j'aime pas la gauche... Je vais bientôt me retrouver tout seul avec 4% de votants moi... Il aurait dû démissionner, Koltès. Rester à sa place. Retourner à sa place... Je ne l'aurais pas fait. Me faire enculer par Chérau non plus. Mais faire du théâtre, chers amis, écrire quoi que ce soit, artister en quoi que ce soit, croire, c'est « de droite ». Exemple, Jaurès. Mauvais exemple. Comment parler au peuple ? avec des pièces chiadées, limite incompréhensibles ? Et puis ce misérabilisme, ce dolorosisme de Koltès m'emmerde - «...et qui maintenant tombe chaque nuit en pluie fine sur le trottoir central » - au cas où on n'aurait pas compris.

Il insiste, il ressasse. Parce que quand il a une idée, le Koltès, on en a pour toute la page.

D'ici à ce qu'il y ait un pauv'clodo bien victime, il n'y a pas loin. Arabe, en plus, ce serait top - pas une femme tout de même : pour ces victimes-là, les spécialistes sont pléthore. Légion. Légionne. « ...mais au moins, ailleurs, le ciel s'est dégagé ». On s'en fout Koltès, à un point inimaginable. Tu as beau me larguer ton beau regard bien lourd d'épagneul berbère langoureux, la veste en bite par dessus l'épaule – , je ne suis pas de la bande à Chéreau moi, juste bon pour un coup dans les pissotières. Tiens, pour te dire, un soir je me suis glissé dans les coulisses du RPDCE après la pièce, en profitant d'un mouvement de groupe. On m'a demandé : « Mais enfin qui êtes-vous ? - "Un inconnu" j'ai dit - oh ce qu'on s'est détourné ! tout de suite ! plus que des dos ! les "gens  intéressants", tout dans leur passion ! tu ne les intéresses pas, tu es la merde qui passe sur le trottoir - et ça te fait le coup de la gauche fraternelle ! Koltès, l'amour des mots, de l'enchevênement... - trement, de l'embrouillamini, luxuriance, luxure ! tout bien coller de ce qui n'a strictement rien à faire avec le reste, génial, oui, mais non ! gare à bus œuf coque bite à Toto, tout est dans tout et réciproquement, « ...et les aboiements assourdis des chiens » bingo ! gagné !

Koltès fout du chien errant partout et ran ! 3 clébards 2 plantes tropicales et une pissotière, touillez brouillez, Koltès fait le beau, botanique imbitable plantes vertes à chier pissotière mon cul allez ciao.

22.08.2009

Du tac au tac

MARCIAU, d'un coup

Les mots croisés c'est bien. Consonnes, voyelles, hiéroglyphes. Labyrinthe et conquête! Exemples de définitions, pour "désir" : (elle récite) Inconstant. Ferme. Fugitif. Momentané, ardent.


JEANNE

Avivé.


FITZELLE

Avide.


SOUPOV

Aveugle.

Une pause.


MARCIAU, FITZELLE, ensemble

- Déréglé.

  • Extrême.

SOUPOV

Exaspéré.


JEANNE

Exclusif.

Une pause.

SOUPOV, JEANNE, FITZELLE, ensemble

- Immodéré.

- Impétueux.

- Irraisonné !

Une pause.

SOUPOV

Physique.

FITZELLE

Pressant !


SOUPOV

Refoulé.


LE REPRESENTANT

Satisfait.

Toutes le regardent avec intensité.


JEANNE

On en est dévoré, miné, éperdu !


MARCIAU

Minet est perdu ?


FITZELLE

Ta gueule.


JEANNE

Affamé, rempli !

FITZELLE

Ivre !


SOUPOV

On en meurt, on en brûle, on en crie.


Accelerando

MARCIAU

On l'allume.


FITZELLE

On l'attise.


JEANNE

On l'avive.


SOUPOV

On le fouette.


MARCIAU, ralentissant progressivement son débir

On le borne, on le réfrène, on l'éteint.


LE REPRESENTANT, pensif

Il naît.


JEANNE

Se déclenche.


FITZELLE

Croît.


JEANNE

Meuh...


FITZELLE

Ta gueule. Monte, s'exaspère.


MARCIAU

S'attiédit.


SOUPOV

Il s'éteint.


Accelerando

MARCIAU

Désir du gain.


JEANNE

Des richesses.


FITZELLE

Du confort.


JEANNE

De la gloire, des honneurs.


SOUPOV

De l'im-mor-ta-li-té.


Les quatre vieilles sont attentives, SOUPOV tient sa louche, JEANNE pince les lèvres, FITZELLE darde ses yeux ivres.

MARCIAU serre à la main ses lunettes de fer. Elle tend une grille incomplète.

Deux verticalement, Monsieur le Représentant. "On s'essouffle à sa poursuite", en sept lettres.


SOUPOV

"Orgasme".


MARCIAU

Ça colle pas.


SOUPOV

Ben si, justement.


LE REPRESENTANT

Vous pourriez trouver tout cela dans notre Ency...


JEANNE

"Culotte" ?


LE REPRESENTANT

...clopédie, qui résume sous le format le plus...


FITZELLE

Mais vous, qu'est-ce que vous en pensez ?


LE REPRESENTANT

Moi ? de quoi ?

MARCIAU

Jeanne ! si je te dis "poisson gadidé", qu'est-ce que tu réponds ?

LE REPRESENTANT

En sept lettres, "bonheur" ?


FITZELLE, froidement

Monsieur retarde. (Elle chipe le volume, LE REPRESENTANT essaie de le récupérer)


MARCIAU

Vous avez dit combien, pour les mensualités ?


LE REPRESENTANT

Vingt euros..


JEANNE

Hymen, gland, cul, ça y est, dedans ?


LE REPRESENTANT

Certainement – vou-lez-vous-lâ-cher-mon-doigt ?


JEANNE

C'est trop !


LE REPRESENTANT

Comment, trop ?


SOUPOV

Les vingt euros...


MARCIAU

"Oseille" ! Eurêka !

LE REPRESENTANT siffle cul sec le fond d'une bouteille

Parfait Mesdames, parfait ! La langue française n'a plus de secrets pour vous.


JEANNE

Das mag sein. ("Ça se peut bien")(Les traductions apparaissent sur un prompteur, au-dessus de la scène)


FITZELLE

¡ Està cómico ! ("Il est amusant !")


MARCIAU

I'd rather say : ridiculous !


LE REPRESENTANT, lui saisissant la main

Vous, vous là, d'où sort cet anglais de cuisine ?


MARCIAU

Sie hurten mich ! ("Vous me faites mal !") A Soupov Sei tu che mi l'ha imparato, non è vero ? ("C'est toi qui me l'as appris, n'est-ce pas ?)


SOUPOV

Não è imposivel. ("Ce n'est pas impossible.")


MARCIAU

Kitaxè pos inè kokinos o kyrios ! ("Regarde comme il est rouge le Monsieur !")


LE REPRESENTANT , bafouillant

De votre temps – de votre temps – on passait le certif à douze ans, à quatorze on

gardait les vaches !

JEANNE

Bibit, nec scit mentem suam tenere. ("Il boit, et ne sait pas se tenir")

20.08.2009

Oh, la grenouille !

“Je vis seul

Je dors seul

Je meurs seul”


“Rhacophore petite grenouille arboricole aux palmures postérieures très développées pouvant servir de parachute au cours de sauts effectués dans les arbres des forêts tropicales du Sud-Est asiatique (...) Nom usuel “grenouille volante” (Larousse Universel, t. XIII).” Le garde m'ouvre chaque soir les portes de la serre ; je trouve là, sur trente mètres de hauteur, de quoi satisfaire mes yeux. Les tiges de palétuviers trempent dans un marécage en réduction où plongent les reflets obscurs sur une profondeur égale. Adaptant la portée des jumelles j'aperçois les rhacophores sautant de branche en branche, atteignant les eaux mortes à mes pieds ; j'apprivoise et nourris mes petits ranidés d'insectes tirés d'un petit coffret de santal cylindrique. Le garde est né en Malaisie, naturalisé, j'entends devenu français.

Distant et sec, dans l'exercice de ses fonctions. Ma mère à moi vient de Battambang, au nord du pays khmer. On a dans ces contrées abondamment usé de cruauté. Bien que j'y sois également né, je n'y retournerai plus. Perspective unique à cette heure nocturne, la haute verrière du Jardin des Plantes, accessible par privilège dans la pénombre, après fermeture. Il en coûte bien des soins, et bien de l'argent, d'entretenir ces massifs arborés, dont les faîtes se pressent aux membrures sommitales de la grand-serre.

Je prends quelques clichés (800 ASA, ouverture grand angle) de ces merveilles naturelles planantes indiscernables à l'oeil profane ; les lianes s'encordent sur les troncs moites. Il me vient l'image d'un corps aux membres soudés sous les cauchemars. Cette nuit où je m'engage m'ouvrira le plus définitif des tunnels, jamais je ne replacerai mes pas dans mes empreintes ; juste avant de perdre connaissance si Dieu veut je verrai sous mes paupières planer les phosphènes étincelants de mes créatures; il ne reste plus qu'à fermer les yeux, à reposer en paix. Dans mon dos le Malais referme les panneaux de verre.

Je n'ai pu obtenir que la clef des grilles extérieure où je vais au jugé dans ma nuit. Au 25 rue Buffon j'occupe au premier étage un appartement aryanisé dont le propriétaire disparut à Königsberg en 45. Je dois le soir effectuer quatorze fermetures de ma main, alternant au bout de mon bras les clés du pesant trousseau. Certaines actionnent deux ou trois serrures, il en faut quatre pour l'entrée, que le propriétaire juif a fait blinder avant sa mort. L'épreuve de la nuit constitue à proprement parler la véritable vie. Lucarnes haut placées, étirées à la façon de ces yeux menaçants de stoupa tibétains : j'escalade en chaussettes le bureau verni prenant garde de ne pas glisser, passant e bras entier dans la nuit extérieure, tremblant qu'une paire de mains ne les saisisse tout à coup ; déplier les articulations de plastique du volet, assujettir très vite l'espagnolette de fermeture. La longévité moyenne des ranidés n'excède pas quatre ans.

18.08.2009

Paroles de bon sens

 

Lundi 29 janvier 2007


Suffisants et communiants - Tiré de

MICHELE DELAUNAY « L'EPHEMERITE DURABLE DU BLOG » EDITIONS DU BORD DE L'EAU



Messe du souvenir de l'abbé Pierre. D'où j'arrive, gelée jusqu'aux moëlles, ce qui n'est rien au regard de l'hiver 54” - sans parler de celui de 56, encore plus froid, note de l'animateur. “Et il n'est pas mauvais que les faits bousculent jusqu'aux expressions toutes faites : le froid de la cathédrale de Bordeaux, après une longue journée et à l'issue du Conseil municipal, n'avait rien à voir avec celui qui a fait dire à l'Abbé : “Mes amis, au secours, une femme est morte gelée cette nuit...”

“Cette phrase a été citée de multiples fois ces derniers jours. Elle a été redite ce soir et je la trouve exemplaire. Seule une sincérité totale peut trouver des mots aussi justes : “Mes amis...” C'est à la communauté des humains qu'il est fait appel, personne n'est culpabilisé d'avoir chaud, d'être chez soi. “Mes amis...”

“Plusieurs textes de l'abbé Pierre ont été lus par des compagnons d'Emmaüs. L'un de ces textes m'a frappée, que je cite de mémoire et donc très imparfaitement : “Le monde n'est pas séparé entre croyants et incroyants, mais entre “suffisants” et “communiants” “. “Suffisants”, ceux qui se suffisent d'eux-mêmes, qui ne s'intéressent et ne croient qu'à eux mêmes, ceux qui détournent le regard du malheur des autres. Il y a des suffisants parmi ceux qui croient, et des communiants parmi ceux qui ne croient pas.”

“Ma citation est imparfaite et ne rend certainement pas la force du propos. Elle est exacte dans son sens, mais je serais heureuse que l'on m'apporte la version authentique, certainement beaucoup plus percutante. Le double sens du mot “suffisants”(“qui se suffit”, mais aussi “qui est imbu de soi”) est décisif ici. Cet abbé savait que “la langue ne ment pas”.


Mardi 30 janvier 2007


Une écologie Haute Qualité de Vie (H.Q.V.)

Après des décennies de luttes sociales, de progrès médicaux, que constatons-nous ? Les hommes vivent plus longtemps et cela est un progrès considérable, social et médical, dont il nous reste à “transformer l'essai” et à faire que cette “espérance de vie” prolongée ne soit pas, pour une part non négligeable, une attente amoindrie de la mort.

Ce n'est pas notre sujet de l'instant.

En dehors de cela, deux versants : des maladies éradiquées, et quelles maladies (poliomyélite, diphtérie, croup, à un degré plus incomplet tuberculose, coqueluche...). Des traitements décisifs, en particulier dans le champ des maladies mentales, renvoyant aux oubliettes toutes les images de ce qu'étaient autrefois “les asiles de fous” ou, plus tard, “les asiles psychiatriques” - chère autrice, j'aimerais vous croire ; mais vous êtes mieux informée que moi.

“Versant opposé : des maladies nouvelles ou des maladies en expansion “épidémique” alors que ce ne sont pas des maladies dues à des germes ou à des virus : dépression, drogue (addictions de tous ordres), troubles du comportement, obésité, hyperactivité...

“Le champ des maladies mentales, codifié précisément, s'élargit au lieu de se restreindre sous l'effet des traitements et des études génétiques. Il concerne de plus en plus les enfants, autrefois très majoritairement protégés de ces troubles.

“Les troubles du comportement”, graves ou plus anodins, sont plus nombreux et plus fréquents qu'autrefois. La souffrance, ce mot si beau et terrible, gagne du terrain au lieu de le déserter.

“Pourquoi ?

“C'est notre responsabilité de nous interroger. De même que nous devons nous interroger sur le réchauffement de la planète, sur la disparition des espèces, nous devons nous poser une question simple : “Dans quel état rendrons-nous l'homme ?” Et pas seulement : “Dans quel état rendrons-nous la planète ?”

“Comme Nicolas Hulot pour l'environnement, je veux porter cette question au jour. Pas pour être la mère fouettarde de comportements aberrants ou délétères, mais parce que, comme pour l'environnement, les citoyens sont responsables, doivent être informés, pour pouvoir comprendre et choisir.

“Car il y a des réponses. Identifier en particulier l'exploitation commerciale de la vulnérabilité des personnes “mal dans leur peau”, en difficulté, en crise, est un pas important. S'y opposer est un devoir politique.

“L'évolution de l'attitude que nous avons à l'égard du tabagisme est exemplaire. La prise de conscience a lieu, des moyens législatifs sont mis en œuvre. Le tabac n'est pas un danger environnemental (rien de plus inoffensif qu'un champ de tabac !) mais un danger comportemental (le tabagisme). Nous avons compris, tardivement, qu'il faut agir.

 

16.08.2009

Errances rances

En 1969, mes parents et moi-même nous étions rabattus sur le sanctuaire des Saints Pères Missionnaires, sans doute parce que ma mère déjà prétendait (à 59 ans !) ne plus pouvoir marcher. Mais visiter les Grottes de Bétharram, de nos jours encore, s'apparente à l'expédition. Un guide en béret, l'air parfaitement couillon, scout, puceau, nous informe qu'il faut attendre le car. Un départ toutes les 15 mn. Je repars donc chercher dans ma voiture ce fameux volume sur le Moyen Age carolingien que j'ai chipé à Paris. De longues barrières parallèles suggèrent que le site fut jadis beaucoup plus fréquenté : elles servaient à canaliser les files d'attente. Le  car est plein, ce qui me surprend beaucoup.

Nous sommes déposés sur une autre aire d'attente, au sommet d'une pente.

COMBELASAYS 1





Soulevant leurs jambes j'appliquerais mes lèvres sur les leurs et sentirais sur mes papilles leurs palpitations et leurs salives, car notre corps est tout ce qu'il nous reste.

Lisant les documents de guerre j'ai senti piquer mes larmes à la paupière en évoquant la joie des rescapés, sentant les arbres et les leurs quand tant d'autres cadavres noircis n'avaient fait que passer comme des mains sur mes paupières.

Hier encore j'ai pu chez les Daveyron converser dans les charcutailles car il est bon que le porc (...)


06 08 2051

Ça va passer... Juste la maladie... Malade exprès... Je la félicitais pourtant (nous étions seuls) de ne pas produire d'aspérités, nous rendant ce séjour le moins désagréable possible. Sidoine Apollinaire m'indiffère. Péguy pour l'instant le supplante, plus proche de nous, Sidoine reste un étranger ; il appartient à une autre tribu, nous précédant de quinze (XV) siècles ; comment puis-je seulement imaginer cet évêque ? ...heureux ceux qui n'ont pas d'emploi du temps... heureux ceux qui ne courent pas... heureux ceux qui n'ont pas d'obligation, qui ne sont plus tout à fait vivants. "Il avait tenu à s'isoler", me dit-on de Sidoine.

...Je n'y crois pas ; comment peut-on s'isoler quand on est un évêque. Isolement à la Marquise de Sévigné, 6 servantes par-devant, 6 louvetiers par-derrière : Quel bonheur ma fille qu'une telle solitude ! Elle ne me vaut rien. La solitude. Lâché courant 42 en plein Paris (vivant seul dans un appartement prêté) j'avais vite pété les plombs, apostrophant les passants dans ma langue, sans qu'il y prêtassent attention. Allant même jusqu'à téléphoner à Domi sans savoir que lui dire, (...)


07 08 2051 (très douteux)

...soit sacrifié pour nous. Je lis ces lettres de Poilus dans la Honte et le Soulagement. Jeunes filles ou plus mûres veuves puis-je passer ma main autour de votre cou, vos épaules, et le long de vos bras saisir le manche anachronique des aspirateurs et jumeler vos pas dans le vrombissement mécanique (écriture / couple lecture : fusion originelle et matricielle aussi bien réalisée par la Toile et le journal de Toile) je vous aime communion avec le magma littéraire dans l'embrasure de la porte en tenue de robe de chambre à vous si désireuse de bien faire j'ai vu dans vos yeux le désir de l'hôtesse si tendue vers l'office et le Saint Service d'Hôtellerie.

C'est le plaisir de la masturbation derrière la porte mal fermée, d'où peut surgir le témoin complice et accusateur. Tes livres sur l'étagère témoignent d' une lutte qui fut tienne, de ces communautés où l'on se dévouait, infirmière des corps j'aimerais tendres mains tenir tant de mamelles de brebis viens à moi mais je cesse d'écrire et t'embrasse, en impunité,

Nissan.

14.08.2009

Père et fils

 ...J'ai engendré un fanatique. J'ai observé de mon abri par la fenêtre (une meurtrière, matelassée de sacs de sable) ces jeunes gens, de son âge, dont les opinions simples se défendent à coup de fusils. Se résumant parfois à leur utilisation. La Caserne Jaune leur sert de cible. Le second jour, comme des grands, il se battent (je les obseerve toujours) et incendient la Bibliothèque Aleth ben Adli. Les livres ont brûlé trois jours mais j'ignorais encore que mon fils en fût l'instigateur. Dans mon abri, logé, nourri, planqué, j'ai tout le temps de lire. Un magazine périmé relate encore sous mes yeux ce fait divers de St-Rupt dans les Vosges : Dominique Paziols dans sa folie disent-ils a massacré quinze personnes : sa mère et sa sœur, son beau-frère le jour de leurs noces - plus – inexorable rumination – treize personnes – une goutte de sang comparé à ce qui se tue ici quotidiennement

Du jour au lendemain plus une ligne dans les journaux. C'est si loin. Je me demande combien de meurtres civils bénéficient du statut militaire. Paziols a trente-un-ans, et c'est cet homme, cet évadé, que j'ai recruté pour mon compte. Je remercie mon père, tout impotent, d'avoir lancé les coups de téléphone décisifs. Il sait ce qui s'est passé, là-bas, en France. Mon père est toujours quelqu'un. Ses services fonctionnent encore admirablement. Je lui baise la main sous sa perfusion. Il me dit : « Tu devras te défier de cet homme. De tous les hommes de son âge et en-deçà. Ton fils lui-même, Mechdi Abdesselam, pose des bombes et te recherche personnellement. »

Mon père s'assoupit.

L'infirmière engagée pour lui seul, dans un domicile que je tiens secret – remonte dans son dos ses oreillers, me fait signe de partir : « Il dort. » Mon abri n'est plus sûr. Zoubeïd transporte mon sac de voyage à l'Hôtel de Touled : un quartier calme, un portail à deux battants reliés par trois rangs de chaînes, un pa-ti-o garni de plantes vertes, un balcon intérieur en véranda – la vasque s'écoule derrière les fauteuils en rotin, quelques balles murmurent vers le nord-ouest. A ce que dit l'hôtelier, Mechdi Abdesselem (ben Jourji ben Kréüz) prend pour cibles tous les signes de Culture et d'Autorité pour en faire des cibles.

Mon fils est devenu fou. Je ne m'en sens pas amoindri. La roquette heurte la vasque et pète. Un certain Halis, client de l'hôtel, dit « L'Espagnol », retient soudain à la main sa mâchoire, et partout comme de juste retentissent les cris, s'épaissit la poussière, et Zoubeïd est indemne, le standardiste a éclaté, les poutres de la véranda se sont tordues. Les pots de fleurs sont ravagés. Les vitres au pied du mezzanine forment une pyramide, entourée par des corps saupoudrés d'éclats de verre. La rampe en faux bois présente de profonds éclatements, et des veines de pierre grosses comme un poignet, tandis que les marches, sur trois mètres, ont sauté. La vasque enfin, creusée en entonnoir jusqu'au centre de la cave, où saigne à gros bouillons la conduite d'eau.

Je suis évacué. Je sens tout le pourtour de mes paupières moucheté de particules de verre. Serai-je en lieu sûr à l'hôpital ? Le troisième jour, au premier étage, un infirmier m'a remis un message, « de la part de [mon] fils ». « Comment est-il ? - Calmez-vous, l'œil n'est pas atteint. - Mon fils viendra m'achever. - N'ôtez pas le bandeau ; je vous lis sa lettre. - A qui est-elle adressée ? - L'adresse est en blanc. » Il lit en souriant : « Article Premier : Mort aux Pères. » Suivent d'autres paradoxes, habituels aux adolescents. « D'habitude, me dit l'infirmier, il porte autour de la tête un foulard gris, enroulé trois fois – ce sont d'autres qui me l'ont dit ajoute-t-il précipitamment. Et tout recommence, puisqu'un obus éclate dans la cour, que j''entends aussitôt les sirènes, il fait beau, ma seule inquiétude après tout est d'être achevé sur mon lit.

12.08.2009

La non-explication de texte

Maintenant le grand truc en français voyez-vous c'est d'examiner un texte et de partir d'éléments du texte pour se former une opinion dessus, plus question d'instinct, plus question d'impressions spontanées, on analyse "le champ lexical" coco, on relève "les connecteurs logiques", on ne se fie plus à sa première impression, vilain la première impression, pas beau l'instinct, le feeling comme on dit in basic french, alors que c'est là que réside le sens littéraire proprement dit ! Alors comme on s'est surchargé de connards jusqu'au paraît-il "niveau du bac", il faut que tout le monde y soye bon en français, on leur fait compter les adverbes et ranger par ordre alphabétique les compléments d'objet, pour qu'ils ayent tous la moyenne !

Ce qui donne : interdiction de faire de l'analyse logique, interdiction de faire distinguer un nom d'un adverbe, "ça sert à rien", (la négation non plus d'ailleurs), et pour ceux qui savent encore, ça donne : "Le Juif rôtit à la broche", Juif, sujet, rôtit, verbe, à la broche, complément de moyen, c'est tout ce que vous trouvez à dire bande d'assassins, ça ne vous fait rien ce genre de phrase, vous ne trouvez aucun commentaire, vous n'avez pas  gerbé ? chiche.

Exemple : vous prenez un Juif. Vous l'entourez de bardes (c'est du lard), vous l'embrochez, vous faites cuire à feu doux en tournant, arrosez de temps à autre. Commentaire dit "de français" : "Ah ben euh... C'est une recette de cuisine... On voit tout de suite ça au champ lexical, des bardes, la broche, le verbe cuire. On voit tout de suite le mot "arrosez" en contraste avec le "feu", d'ailleurs c'est assez doux, il ne doit pas trop souffrir pour être à point, et pis y a la sonorité douce du mot "juif", qui va bien avec "suif", qui évoque la pluie, la nuit, la fuite" - ça va ? vous n'avez toujours pas dégueulé ? En plus les gens sont même devenus tellement cons que je risque d'être poursuivi pour incitation à l'antisémitisme alors que c'est exactement le contraire, tiens il suffit de tirer ma citation de son contexte et hop ! emballé c'est pesé.

Vous savez ce qu'ils lui ont fait dire à Christophe de Chavannes ? Il avait dit "ne me faites pas dire que je suis nazi" - ils ont coupé au montage et ça donnait "...Je suis nazi." Champion, non ? Mais non pas le magasin, l'exclamation ! Il est tout de même malheureux d'être obligés d'expliquer ce qu'on dit parce que les gens ne savent plus lire, il y a même des zozos qui sont allés dire que du moment qu'on se proclamait contre l'antisémitisme c'était qu'on n'avait pas la conscience tranquille, on va où là, à tous les coups l'on gagne, c'est pas le temps du muguet qui est revenu c'est le temps des Sorcières de Salem, on les reverra les bûchers, on y fout des vaches, bientôt on refera Treblinka, mais non espèce de connard je n'ai pas comparé les Juifs et du bétail mais tu ne comprends rien ma parole, tu as fait ton éducation dans les lycées de France ça se voit. En tout cas il a du pôgnon le Dechavannes, et tant mieux pour lui, parce que son procès en diffa il l'a gagné. Allez on s'fait une bonne diffa...

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