08.08.2009
Conneries de jeunesse
Cette rue-là : ma rue, non que j'y habite, mais que j'emprunte à peu près tous les jours, de ma maison, ma bicoque irréparable, à la place Capeyron dépersonnalisée en “Jean Jaurès” ou Dieu sait quelle idole, où se trouvent les petits commerces (poste, café, boulangerie). J'entreprends à soixante ans ce que la société jointe à ma flemme ne publiera pas : voyez-vous jeune homme, resservir les “Conseils” de Rilke “à un jeune poète” relèverait de la plus pure malhonnêteté intellectuelle, tant ces époques semblent désormais préhistoriques.
Mais décidez-vous très vite, ayez bien négocié votre virage dans le book-business. Une fois dans la boîte, le pied dans l'embrasure, et le plus conformiste possible, vous pourrez après tant de patientes intrigues (moins que ça si vous êtes une femme qui sait qui couche avec qui) publier ce que vous voulez. De ressortir alors vos vieux fonds de tiroirs et de plaintes (la solitude ! le martyre ! très vendeur) - mais si vous vous figurez dès lors, dès maintenant, que vos sensi meurtris vous ouvrent accès à publication ! Grotesque... Toutes les places sont prises, mon frère, tous les créneaux occupés, ou mieux, comme le disait tel éditeur qui nie désormais et joue à présent les fleurs-bleues tu t'amènes pas l'air con devant une usine de yaourt toi tout seulâbre pauvre con avec ton petit pot personnel dont tout le monde se fout (...) Et tous ceux qui vous embobinent avec leurs “comités de lecture” et leurs “manuscrits envoyés par la poste” (je m'étouffe de rire) - sont de purs et simples voyous de la propagande.
Jeunes gens ce qu'il vous faut just what you need men c'est d'être bien dans sa peau, bien le bonjour à tout le monde avec le sourire, “l'écriture y a pas que ça qui compte”, et “l'important, c'est de parler avec des Gens, les Autres, a priori si excitants. Les laissés-pour-compte, les timides, les authentiques : allez vous faire foutre : être dans le milieu, on vous dit, se faire bien voir et bien se faire voir, ne pas dépasser surtout, ne pas se dépasser, avoir bien négocié le virage des 20-25 ans, choix du partenaire, choix du métier. Chers profs si sottement persuadés votre influence, ce n'est pas vous qui faites l'avenir, mais cette redoutable période, 20-25 ans où le Jeune commet ses premières et définitives bourdes, qui crèvent les yeux de tous – mais qu'est-ce qu'elle lui trouve ! - et qu'ils défendront bec et ongles parce que c'est leur choix, qu'ils croient, quel que soit leur “niveau d'études”.
Si vous n'avez pas intégré une profession du livre ou du journal, de la télévision ou du ciné, vous n'y parviendrez pas, plus jamais, sauf à la rigueur, en “rattrapage”, si vous avez connu Un de la Mafia j'entends intimement et avant qu'il le devienne, car la première recommandation qui leur est faite, aux mafieux, dès leur intronisation, c'est de ne plus jamais, plus jamais accorder leur amitié ; ni plus ni moins et très exactement de la même façon que les femmes mariées, dans la meilleure bourgeoisie, se seraient crues déshonorées si elles avaient révélé si peu que ce fût ce qui constituait l'essence même, la quintessence de la Sacro-Sainte Nuit de Noces, à savoir une grosse bite fourrageant sauvagement dans une pauvre petite mimine toute meurtrie ; et aucune jeune fille, dans les familles de ce temps-là, quelle que fût la prétendue incapacité des femmes à garder un secret, aucune jeune fille de bonne famille n'en a jamais rien su. De même le réseau d'informations des maisons d'édition, soigneusement verrouillé, s'obstine-t-il plus que jamais à répandre auprès des jeunes générations des renseignements erronés, datant de l'immédiat après-guerre – telle cette fameuse légende du “manuscrit envoyé par la poste”, qui fait pâmer d'hilarité tous les directeurs de collection - pauvres élèves...
12:38 Publié dans Petites démangeaisons littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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