03.08.2009

Racines

Mes sources (Quellenforschung : recherche des sources) sont les textes mêmes de Péguy, aux éditions de la Pléiade. Textes en prose essentiellement. Et le “Lagarde et Michard” du XXe siècle, celui où Claudel et Péguy, à eux seuls (édition Ier Trimestre 1962) font, occupent à eux seuls 79 (soixante dix-neuf) pages, respectivement 37 et 41) (Céline : une page (“un auteur bien noir”), Artaud, pas même un nom - Lagarde et Michard n'ont pourtant pas tant manqué de flair, eux qui mentionnent en dernière page Beckett, Ionesco (théâtre) ; Bataille et Blanchot (“théoriciens”), et Robbe-Grillet, Sarraute, Butor pour le roman.

Le dernier texte [(in)volontairement ?] pathétique est tiré d' Un Balcon en forêt de Gracq – qu'ils intitulent : “Peut-être qu'il n'y a plus rien ?”) - et c'est Péguy là encore qui nous apporte les paroles qu'obscurément nous attendions, que nous avons mis un siècle à attendre : que nul ne connaît les secrets de l'histoire, que tous ceux qui ont cru se pénétrer de ses arcanes se sont le plus lourdement trompés sur l'avenir, que quels que soient nos espoirs ou nos malédictions, l'histoire enfantera des milliers de choses inconnues, imprévisibles, sans que nous puissions jamais Dieu merci rien pénétrer. Il n'y a pas de sens de l'Histoire.


Péguy contre la prédestination

Péguy se prononçait contre toute prédestination individuelle.Considérons ceci en effet : - ou bien, tout étant néant, tout reposant sur le diviseur zéro, le Diviseur Absurde (car multiplier par zéro, c'est encore quelque chose, c'est “zéro”, ce n'est pas rien ; tandis que diviser par zéro, ce n'est pas zéro, ce n'est même pas rien, c'est proprement, à la lettre, inconcevable) - en ce point d'intersection (soyons plus net) où nous nous trouvons, nous les hommes, broyés entre l'horizontale du plan temporel, humain, et la verticale, couperet de Dieu – c'est ce que pense le rabbin Loew – contemporain de Rodolphe II de Habsbourg - ne serait-ce pas précisément de là que naît la rage de l'acte et de la parole. (Una salus victis nullam sperare salutem, le seul salut des vaincus est de n'espérer point de salut)

    - ou bien “Dieu a tellement aimé l'homme” (dixit “un prêtre des Cévennes” d'après Jules Romains – qu'il l'a créé LIBRE”) - et dans cet espace de liberté et d'amour laissé par Dieu (posons Dieu comme “x”(Léon Morin, prêtre) - Péguy fait le pari fou de la reproduction – nul de ses fils ne sera baptisé - “ce qu'il y a d'embêtant, écrit-il à Lotte, c'est qu'il faut se méfier des curés. Ils n'ont pas la foi, ou si peu.” - dans cet espace nous sommes libres, exactement comme la fourmi est libre de son itinéraire affolé entre les graviers que la botte de Dieu ne parvient pas à écraser... En cette course éperdue...

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