30.07.2009
Chiant de chez Chiant
...plutôt à court-circuiter les mécanismes d'une économie de marché traditionnelle. Je m'en fous. Ces choses ne me concernent pas. L'économie de marché (« redistributrice ») me fait chier. Que certains parviennent à en détourner les lois, pour augmenter leurs profits, grand bien leur fasse. Il paraît qu'on a retrouvé les tablettes d'un marchand babylonien. Je n'y entends rien ; tout fut toujours trop cher à toute époque. Slichkom darogoïé. Moi je suis pour des prix fixés par l'Etat, à cherge pour tous de les respecter. Union Soviétique, parfaitement. « Ça ne marche pas » ? Quelque système que ce soit, s'il trouve en face de lui des bornés idéologiques fermement décidés à vous mettre toutes les branches tordues possibles dans les roues pour que ça ne marche pas, il est bien évident que de toute façon ça va échouer.
Argument nul. Iddin Mardouk ne se contente pas en effet d'acheter des matières premières en se soumettant au libre jeu de l'offre et de la demande. Ah bon. Ce que je m'en tape. Quel astucieux cet Iddin Mardouk. Et quel roublard, hein ! En Mésopotamie, si peu de littérature ! et tant de comptes ! J'ai toujours profondément méprisé tout le matériel, que je suis bien content d'avoir, certes, mais comme on est heureux d'aller chier tous les jours, sinon on crève ; mais la merde n'est pas ma tasse de thé. Cela remonte à mes années de catéchisme, quand on me parlait de Dieu qui n'existe pas comme chacun sait. Mais qui élève, tout de même. Un Claude m'écrasera toujours de ses considérations économistes fumeuses.
Mais qu'est-ce que je ne donnerais pas pour ne pas être Claude, pour ne jamais ressembler de près ou de loin à cet individu vide. Se passionner pour l'imbroglio économique : comment peut-on être assez commun. Il aurait alors à subir tous les imprévus des variations de prix ou des ruptures de stock. Ben oui. Fallait y penser. C'est évidenenenent... Pour ce que ça me fout... Bien sûr qu'il y a des imprévus dans la vie de marchand. Il faut un fromage bien juteux, avec stabilité, directivité politique. Plutôt que de laisser jouer la concurrence, il préfère se lier de manière privilégiée avec certains producteurs en leur prêtant de l'argentqui sera ensuite remboursé en nature au moment de la récolte. Eh oui ! How astucious. Mais ces débiteurs ne vont-ils pas modifier après coup la quantité convenue ?
Ah que c'est passionnant. Quelles choses sèches. Les passions humaines, Monsieur Serge, sont bien diverses, et infiniment éloignées des miennes. Ce sont des créances de ce type qui constituent l'essentiel de l'archive. J'aurais aimé archéologiser. Finalement non : que de restrictions ne m'eût-on pas imposées. Que de calculs, que de fins brossages à la brosse à dents. Que de soumissions aux grands patrons : “C'est moi qui ai découvert, non pas vous. Ce tombeau restera fermé, il attend depuis 4000 ans, et vous prétendriez ne pas vouloir patienter ? Pensez à Ma Carrière!” Sans oublier les éternels “on ne peut conclure – on ne peut conclure”. L'Assyrie ? La Syrie, la Mésopotamie ?
Elles ne m'ont jamais conquis. Je me serais spécialisé plus bas : IIIe - Xe s. après J.C. J'aurais enseigné tout
cela – avec passion. Ma passionnante personnalité eût propulsé ma science au premier rang des actualités. Mais il
y a dans notre texte une note 76 – les notes, surtout multipliées à ce point, ouvrent la porte aux
plus délicieuses cuistreries : Un demi-sicle d'argent (créance) d'Iddin Marduk, filis d'I. fils de N. sur M., fils de A. Des noms, Messieurs, des noms, et non les initiales de ces mauvais payeurs !
Combien eussions-nous préféré que tant d'exotiques syllabes nous eussent trituré la glotte interne plutôt que ces poussiéreuses considérations dont vous nous ennoyez, méthode inductive de l'économisme, méthode déductive historiciste ! et tant de redondances ! “Au mois de Simâm il paiera ½ sicle d'argent.” “Sinon il payera 45 pitu d'oignons au mois de Nisan. C'est de l'argent (qui a été payé) à N.” Très vivant, très vivant en vérité. Déjà ces hommes si industrieux, si totalement disparus ! Je ne puis décidément dépasser les propos de comptoir. Montaigne, Jeanson, font mieux que moi. J'ai désappris à penser, si tant est que je l'aie jamais su. En devenant créancier de ses fournisseurs, 77 ! C'est là l'infernal de l'affaire : les notes interruptrices.
Multipliées comme des maringouins. Aujourd'hui je n'ai rien foutu. Juste aussi con que Christine Angot. Je ne saurai pas la fin de la phrase. Quel astucieux ce Marduk...
09:58 Publié dans Grattages de tête... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.07.2009
S'il y en a que ça intéresse...
« Très dur. D'autant qu'il n'y a aucune faille dans cette démarche conduite more geometrico, à la manière des géomètres, c'est-à-dire avec axiomes, théorèmes, démonstrations et corollaires. On pourrait peut-être refuser les axiomes de départ, mais à quel titre ? Car, justement, le système de Spinoza est le moins « cher », celui qui obéit parfaitement au principe d'économie préconisé par Leibniz » (je suppose que Dieu aurait créé le monde en suivant la voie la plus simple). « Son principe premier », reprend M. Galand, « est une définition de la substance, définition réduite à sa plus simple expression. Par exemple, à l'inverse de Descartes et de Leibniz, il n'a pas besoin de faire le détour par un Dieu créateur pour donner une cohérence à son système.
Oh, Dieu, il en parle ! Mais pour dire que ce que les autres appellent Dieu (infini et cause de soi), ce n'est rien d'autre que la Nature elle-même. Bref, qu'il n'est pas de Dieu transcendant à la Nature, tout juste un Dieu (si on veut l'appeler comme ça) immanent à la Nature. Cet immanentisme aurait pu le conduire au bûcher et il eut bien raison de ne rien publier de son vivant » (il n'a pas eu à poireauter longtemps : mort à 45 ans). « Car, après sa mort, quand on a commencé à le lire, tout le monde a compris. » (on l'avait excommunié, par le hérem, parce que les rabbins avaient bien dû tout de même flairer quelque chose). « L'homme qui avait osé écrire « Deus sive Natura », Dieu c'est-à-dire la Nature, était le premier philosophe en Occident à proclamer que Dieu n'existait pas.
Lui enlever sa transcendance, lui ôter son pouvoir créateur, c'était assurément lui dénier toute existence. C'était une révolution, une formidable révolution, même si on a cherché à l'occulter pendant des siècles. Mais le plus terrible, dans notre affaire, ce qui referme le piège » (et là je resouligne la marge, à la verticale), « c'est que le philosophe qui décrète la mort de Dieu est en même temps celui qui, en passant, déclare la mort du sujet. Il faut comprendre cela : le premier penseur véritablement libre est aussi celui qui affirme qu'il n'y a pas de pensée libre » (souligné par moi) (je dis cela par scrupule autant que par vanité). « Terrifiant paradoxe. Dès lors l'aporie est infernale. Ou bien je persiste à vouloir affirmer le Sujet et, dans ce cas, je me condamne à le fonder théologiquement et à épouser un idéalisme dont Leibniz m'a donné l'exemple. Ou bien je refuse l'hypothèse d'un Dieu créateur, je hausse les épaules devant les postulats exorbitants des idéalistes et, avec Spinoza, je jette le Sujet avec l'eau du bain. »
« Disons-le tout de suite, ce dilemme est un faux dilemme » (« ah, bon... » - écris-je, fatigué, dans la marge, ce qui prouve que j'ai bien regardé le prof mais que je n'ai plus suivi, tandis qu'il continue à s'exciter avec son propre raisonnement) “comme nous le verrons dans la troisième partie. Pour autant, il a empoisonné la pensée occidentale pendant deux siècles et il est intéressant de faire l'état des lieux aujourd'hui. Des décombres, pour être plus précis. » Intervient alors une page blanche, et une autre portant le sous-titre : Deuxième partie – Les décombres. “Débarrassons-nous d'abord, nous dit l'auteur, “de ce qui ne sera plus notre propos : l'affirmation du Sujet au sein d'une métaphysique idéaliste.” Eh bien braves gens j'allais le dire. Et pour ceux qui s'intéressent à la véritable philosophie, qui est ontologie, et non pas babioles du style “différence entre l'amour et l'amitié”, comme le faisait si justement observer Michel Tournier, du grain est à moudre, et de façon bien plus intelligente, dans l'ouvrage de Bernard Galand avec un d, au Bord de l'Eau : Le Manifeste du Sujet, 12€.
16:18 Publié dans Grattages de tête... | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : spinoza
26.07.2009
Gasgon Dracon
FIGURES DU PERE (13)
Un père tout embarrassé, comme contaminé, de son entrave charnelle : Amfortas, Roi Pêcheur, Cophétua (« Que fais-tu là?) blessé, navré, mehaigné d'un coup de lance enmi les hanches non pas claudiquant mais bien dévergé, lacéré et castré ; à lui tout le miel et la résurrection selon son rite, lorsque la terre gaste reprendra couleurs de fleur et d'herbes, rameaux, bourgeons (14). Je consolerai ce père et oindrai ses parties de ce natron dont on conserve les momies car « il est plus grand mort encore que vivant. (15) Arthur roi des échecs - Arcturus : « L'OURS » ; à déplacer case après case, parcimonieusement, dont l'ultime campagne se fit contre le fruit de son inceste (Mordred l'Usurpateur) qui le trancha de son épée, tant qu'on vit le ciel entre les lèvres de sa plaie (16). ...Arthus figé, en son palais de Camaalot, dans une éternelle célébration de Pentecôte ou d'Annonciation ; premier célébrateur, démiurge de ce monde où nous vivons et mourons tous (17) ; sans aventure personnelle ni quête qui vaille, mais bien les ordonnant, les déléguant : tout ce qui part du roi se voit fondé, se déroulant, lui revenant, tout accomplissement s'estampille, s'authentifie par lui : assimilé de la main blanche (18) aux divinités de Rome, tout citoyen romain quoi qu'il fît en effet se référant au regard, à l'action d'une entité divine ; actions décalquées, répercutées à l'échelle du ciel, firmamentum, inscrits, portés en ombre. Père : aussi bien Wotan déchu, dépité dans l'amour des Walsung, héros humains et vaincus - ou Encélade, enchaîné sous l'Etna (19).
Je fus adoré de mon père. Il se fonda sur moi. Ainsi les mortels rachetaient-il les dieux(20) ligotés de certitudes ; tout homme est Messie ; toute femme emmure dans le temps, de la naissance au grand scellement de la mort (21) . Ni le Christ ni Oreste ; ni même Isaac fils dAbraham (22) qu'il
épargna ; je fus, avec mon père, juste un homme. Valant n'importe qui. (23)
BERNARD COLLIGNON GASTON-DRAGON 7
Notes
(13) Sans lien direct avec ce qui précède, l'auteur à présent évoque la figure de son propre père, mari d'Alcmène. Il se le représente sexuellement mutilé, à l'instar du roi Amfortas.
(14) C'est ce qui se produira lorsque le roi blessé recevra le baume guérisseur : tout son domaine refleurira.
(15)Noter ici le disparate des références : d'une part, l'embaumement des momies égyptiennes ; d'autre part, les paroles prononcées dit-on par Henri III lorsqu'il aperçut au sol le corps de son ennemi Henri de Guise, qu'il venait de faire exécuter : « Qu'il est grand ! Il est encore plus grand mort que vivant. » Le roi de France put s'en apercevoir : il fut assassiné, par vengeance, moins de huit mois plus tard (1589)
(16) Allusion ici à La mort le roi Artus, de Chrétien de Troyes ; l'auteur a rassemblé ici plusieurs souverains légendaires, tous frappés d'une forme d'impuissance, politique ou sexuelle.
(17) Nulle part il n'est question de ces attributions du roi Arthur, ici purement imaginaires.
(18) Il s'agit d'une sorte de magie blanche, qui assimilerait le roi Arthur aux divinités romaines ; il y en avait un grand nombre. Toutes les activités humaines possédaient un dieu. On ne pouvait agir sans se trouver sous le regard de l'un d'entre eux.
(19) Dieu ou titan, réduits eux aussi à l'erreur ou à l'enchaînement.
(20) Thème du père que le fils rachète.
(21) L'homme sauve ; la femme est menace d'engluement.
(22) Il ne manquait plus que celui-là.
(23) ...Sartre, par-dessus le marché.
11:54 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
J'ai écrit ça : Gaston-Dragon
FIGURES DU PERE (13)
Un père tout embarrassé, comme contaminé, de son entrave charnelle : Amfortas, Roi Pêcheur, Cophétua (« Que fais-tu là?) blessé, navré, mehaigné d'un coup de lance enmi les hanches non pas claudiquant mais bien dévergé, lacéré et castré ; à lui tout le miel et la résurrection selon son rite, lorsque la terre gaste reprendra couleurs de fleur et d'herbes, rameaux, bourgeons (14). Je consolerai ce père et oindrai ses parties de ce natron dont on conserve les momies car « il est plus grand mort encore que vivant. (15) Arthur roi des échecs - Arcturus : « L'OURS » ; à déplacer case après case, parcimonieusement, dont l'ultime campagne se fit contre le fruit de son inceste (Mordred l'Usurpateur) qui le trancha de son épée, tant qu'on vit le ciel entre les lèvres de sa plaie (16).
...Arthus figé, en son palais de Camaalot, dans une éternelle célébration de Pentecôte ou d'Annonciation ; premier célébrateur, démiurge de ce monde où nous vivons et mourons tous (17) ; sans aventure personnelle ni quête qui vaille, mais bien les ordonnant, les déléguant : tout ce qui part du roi se voit fondé, se déroulant, lui revenant, tout accomplissement s'estampille, s'authentifie par lui : assimilé de la main blanche (18) aux divinités de Rome, tout citoyen romain quoi qu'il fît en effet se référant au regard, à l'action d'une entité divine ; actions décalquées, répercutées à l'échelle du ciel, firmamentum, inscrits, portés en ombre. Père : aussi bien Wotan déchu, dépité dans l'amour des Walsung, héros humains et vaincus - ou Encélade, enchaîné sous l'Etna (19).
Je fus adoré de mon père. Il se fonda sur moi. Ainsi les mortels rachetaient-il s les dieux(20) ligotés de certitudes ; tout homme est Messie ; toute femme emmure dans le temps, de la naissance au grand scellement de la mort (21) . Ni le Christ ni Oreste ; ni même Isaac fils dAbraham (22) qu'il
épargna ; je fus, avec mon père, juste un homme. Valant n'importe qui. (23)
Notes
(13) Sans lien direct avec ce qui précède, l'auteur à présent évoque la figure de son propre père, mari d'Alcmène. Il se le représente sexuellement mutilé, à l'instar du roi Amfortas.
(14) C'est ce qui se produira lorsque le roi blessé recevra le baume guérisseur : tout son domaine refleurira.
(15) Noter ici le disparate des références : d'une part, l'embaumement des momies égyptiennes ; d'autre part, les paroles prononcées dit-on par Henri III lorsqu'il aperçut au sol le corps de son ennemi Henri de Guise, qu'il venait de faire exécuter : « Qu'il est grand ! Il est encore plus grand mort que vivant. » Le roi de France put s'en apercevoir : il fut assassiné, par vengeance, moins de huit mois plus tard (1589)
(16) Allusion ici à La mort le roi Artus, de Chrétien de Troyes ; l'auteur a rassemblé plusieurs souverains légendaires, tous frappés d'une forme d'impuissance, politique ou sexuelle.
(17) Nulle part il n'est question de ces attributions du roi Arthur, ici purement imaginaires.
(18) Il s'agit d'une sorte de magie blanche, qui assimilerait le roi Arthur aux divinités romaines ; il y en avait un grand nombre. Toutes les activités humaines possédaient un dieu. On ne pouvait agir sans se trouver sous le regard de l'un d'entre eux.
(19) Dieu ou titan, réduits eux aussi à l'erreur ou à l'enchaînement.
(20) Thème du père que le fils rachète.
(21) L'homme sauve ; la femme est menace d'engluement.
(22) Il ne manquait plus que celui-là.
(23) ...Sartre, par-dessus le marché.
10:47 Publié dans Petites démangeaisons littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gaston, dragon, père, cophétua
24.07.2009
Stripe-tease à la campagne
Faire du mal à une femme. A deux femmes, ma¯tresses de deux frères. Il fallait en vérité que ces hommes fussent bien désoeuvrés. Leurs acolytes devaient échouer. Sinon, c'était faire fi de toute morale. Rappelons que les deux supposées victimes se consultaient régulièrement, non seulement ici, à Châteauneuf, comme il est normal entre belles-soeurs de la cuisse gauche (ayant fini par l'apprendre), mais aussi, ce que tous ignoraient, à Saintes, dans un café vieillot de la zone piétonnière. - Allô ? Ben Zaf ? Tout baigne à La Teste ? - mot de passe - et Kader, entre deux liqueurs, faisait fête à son ami à l'autre bout du fil : Mademoiselle Dubost commençait bien à se prendre pour une artiste, souriait même, des stratégies s'établissaient pour lui faire vendre ses oeuvres à de certains complices, qui trouvaient toujours à les refiler moyennant quelque bénéfice dans le médiocre marché de l'art. Quant à lui, Duguay, du haut de son Gévaudan, que pouvait-il révéler ? Comment persuader une strip-teaseuse professionnelle de venir s'enterrer en hauteur à Châteauneuf, Victoire de Du Guesclin (1380) ? - quelque musicienne, à la rigueur, eût succombé aux charmes de la Danse Macabre de La Chaise-Dieu, à 110 km. par la route (Grandrieu - Brioude). La "bonne du curé" ainsi que l'épouse de La Teste, bon chic bon genre, pourraient bien tirer leurs soeurs de ce mauvais pas. Des rapprochements restaient à prévoir entre les deux frères, entre les deux femmes, entre les deux acolytes : autant de scènes à faire. Parlons d'Annemarie Mertzmüller. Comme toute mystique, elle éprouve souvent le besoin de pénitence. Les moindre intervalle entre ses tournées, soumises aux aléas d'incertains imprésarios, sont mis à profit pour de studieuses retraites ; les unes en compagnie de François Nau, permettant à ce dernier d'assouvir ses fantasmes prolétaires (baiser une fille en porte-jarretelles, ignobles à porter : les marques se voient sur les cuisses ; Annemarie trouve cela gemein - "commun, vulgaire" - et jouit peu). Les autres retraites sont dues "à ses bronches" qui doivent se remettre d'inhalations de cigares à clients : "Châteauneuf, ou La Chaise-Dieu si tu y tiens." Duguay, modeste et triomphant, abreuve la maîtresse de casuistiques dix-septiémistes, voire jésuites rococo. Annemarie lui prête une oreille distraite, car le don de son corps aux vieux messieurs et dames lui semble à juste titre correspondre à une mystique bien plus élaborée, sous ses dehors frivoles. Le don du corps implique un certain haut degré de conscience dont les abbés de La Pure et Batteux ne peuvent s'approcher.
10:49 Publié dans Petites démangeaisons littéraires | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
22.07.2009
Sos del Rey Catolico
Je suis descendu à Sos del Rey Catolico, perché, resserré “comme un poing”, d'abord par son parador. Le “parador”, en Espagne, c'est un hôtel de grand luxe, perché, moderne, somptueux par ses salles de réception, ses chiottes de moines fortunés (j'y pisse), ses ascenseurs où l'on croise des Ibériques rupins, qui ne m'accordent pas un regard (j'aime cet incognito). Tout est démesurément vaste, et je suppose, en voyant la cafeteria, immensément cher. Quant à l'escalier, il ne mène qu'à une plate-forme crayeuse, vue réservée sur la campagne environnante, pour ceux qui se payent le séjour. Je râle, je redescends, il m'est désormais impossible de m'ennuyer, j'entre dans une pizzeria, et prends mon élan pour commander “un crujillo tropic y un Coca-Cola”.
C'est un établissement plus à ma portée. Je n'attends que huit minutes. On me sert une sorte de lasagne que l'on coupe soi-même avec un fer recourbé, sur une arête. Le patron, Javier, me recommande de ne pas me brûler, ça sort du four. Peu après s'installe un couple fort laid avec une gamine fort grosse, pour qui l'on sent que la table sera sa volupté à tout jamais. Son contentement naïf et goinfre me serre un cœur absent. Les parents bouffent aussi. On doit rajouter une table carrée. J'ai lu un peu de Stendhal. Non loin une table de français, cette fois populo, où l'on se répète en boucle de menus propos sur les plats aux oignon ; les conversations cons sont mieux en espagnol.
Mes Français se croient drôles. En revanche, dans les rues raidissimes, les gagateries “papapapapapa” m'exaspèpèpèpèrent, pauvre gosse, entre sa mère et sa grand-mère gâteuses à hurler ; jamais je n'ai parlé si sottement à ma fille, même à moins d'un an. Jamais. Toujours comme à une adulte, en égalité. “Et qui c'est ça ? Et qui c'est celui-là ? Et qui c'est çui-là ?” Deuxième gosse, deuxième accès de connerie. Cette fois, “les” Espagnols m'auront tapé sur le système. Je ne monte pas au quartier de la “Juderia”, le plus malcommode, aux pentes à péter l'oreillette, mais en position dominante : les juifs dominent le monde. C'est bien connu. Je photographie des chats noirs jumeaux dans les ruines. Ces ruines si mystérieuses au sein des villes les plus repliées sur elles-mêmes, seuls espaces ouverts dans la chair des murs...
Il est difficile de dire à quoi je pense ou ce que je ressens. La ville s'achève par le franchissement d'une muraillle, et les retrouvailles avec ma chère babagnognole noire. Pour sortir de là, un carrefour évasé : à droite, une balise matérialisée au sol ; à gauche, un accès pour les entrants ; tout droit, un stop. Sacré dié : je prends gauche toute. Une voiture au stop me réprimande, eh merde, la flicaille. Je m'arrête. Un magnifique Espagnol olivâtre comme on n'en fait plus me demande de descendre.
Il est flanqué d'une fliquette fausse blonde à queue de cheval, avec un rictus à faire avorter une guenon à dix mètres. Et où je vais. Et d'où je viens. Et pourquoi je n'ai pas l'immatriculation européenne (“quoi ! pas encore !”) - ben non mon con, pas très répandue en France. “Où avez-vous couché ? - A Murillo.” J'ajoute le numéro de la chambre, je mentionne la visite du château de “Loarre”, trébuchant sur le mot. L'homme me tend un piège : alors comme ça, j'ai couché dans le village même ? - Non, à Murillo.” Et de fouiller, mon linge, mon carnet d'adresses (“pas une en Espagne”). La fliquette se faire ouvrir la boîte à gants, ouvre un petit sac de plastique blanc : bingo, le papier-cul.
Ça c'est du flair. Je dis “Il y a du désordre”. Elle répond “No importa”. J'ai touché la fibre ménagère, j'ai touché la femme, j'ai touché la flique. Pas peu fier. Ils me disent que je peux circuler, me recommandant d'être prudent, parce que là, tout de même, j'empruntais le sens interdit, carrément. Ensuite, en roulant, je me marre comme un bossu. Mais je n'en menais pas large. Ils ne m'ont même pas demandé mes papiers, ni ceux du véhicule. Et moi, je jouais le touriste couillon, sans forcer, c'est mon air naturel, c'est ce que je suis : un touriste naïf, qui massacre l'espagnol, écarquillant les yeux et plein de bonne volonté. Etre contrôlé par les flics procure le même soulagement que d'être allé à confesse, autrefois.
J'adore prouver ma bonne foi, mon innocence, mon infantilisme. Et je répète le dialogue, je corrige mes fautes de grammaire, j'invente d'autres questions-réponses, je suis très fier d'avoir été l'objet de tant de soupçons, de tant d'acquittement. J'aime les flics. Un vrai gosse. L'uniforme, l'air grave, les sourcils d'opérette. Absous, je fais mes courses à Sangüesa, et je ne vais tout de même pas vous raconter la façon dont j'ai repéré mes articles, parmi lesquels une indispensable brozadàn.
12:39 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : espagne, papa, crujillo, police
20.07.2009
Quelques notes sur Gracq
Retour au « Beau ténébreux », personnage et romans exaspérants parce qu'il copie, instrumentalise sans jamais pouvoir l'égaler personnages et thèmes du Château d'Argol. Toujours l'histoire d'un couple fascinant, et l'exaltation parahomosexuelle cérébrale. Je connais ces troubles venant d'un désir de se faire dominer : Dargelos chez Cocteau, ou Meaulnes. Rien à voir avec la pédale du voisin. Que je dois cacher. Jean Dépont au creux d'une bibliothèque. Lumineuse à l'époque, vaisseau de verre. Allan de Gracq surgissant comme un ombre derrière le problémiste d'échecs, et résolvant (je m'y attends) la combinaison d'un seul coup. Voir Louis Lambert, voir ces personnages doués de magnétisme maléfique à eux-mêmes.
Effectives têtes à claques, natures félines à ascendant. Ma vie de la rive, par peur. Je me suis forgé de vouloir l'éviter par volonté pure. Ma vie fut un miroir dans les rires d'adolescents. « Je l'aperçus penché sur mon épaule » et j'en sentis le trou du cul frémir. Elle est belle la France. Redresse-toi. Du dos, imbécile. Bientôt les femmes ou les hommes s'aimant indépendamment du sexe, j'ignore ce qu'il adviendra de la dimension relationnelle humaine lorsque sera éliminée la composante féminine, partant, masculine. Elimination analogue sans doute à celle des rappports maîtres valets dont les programmateurs de bac au petit pied nous rebattent les oreilles... »et lorgnant mes griffonnages algébriques » me remettre en place comme une merde « avec une singulière acuité ».
La démocratie de nos regards efface désormais en mon âme l'impression qu'il existerait des êtres fondamentalement différents de moi, et je vois la merde tomber aussi bien d'un cul de génie que d'un cul de singe ; « pas de grand homme pour son valet de chambre », parce qu'il n'y a là qu'un valet de chambre. Et que n'invente-t-on pas pour nier la supériorité innée, comme il serait inconcevable de savoir que l'éclair d'une vie d'untel valut infiniment plus que la loupiote éphémère qui t'a servi d'existence à toi, pauvre hère. « Visiblement, la chose l'intéressait ». Certes Julien Gracq, nous nous en serions douté. Peut-être veut-il exprimer là que d'habitude, ce porte-monocle ne s'intéresse à rien, qu'à son abîme.
Nous avons de ces tics de redondance chez Zweig, ou chez Rostand (Cyrano), qui tous deux décortiquent à ce point le texte qu'ils composent qu'ils réduisent commentateurs et profs à l'état de désœuvrés. Mais Gracq n'est point coutumier de tels travers. « Voyez-vous quelque sacrilège que je collabore avec vous? - Volontiers. » « Volontiers oui, c'est un sacrilège », ou « volontiers, collaborons » ? Allan résoudra le problème, cela ne fait aucun doute, à moins qu'un
EXPLIQUEZ-MOI POURQUOI CET ESPACE NE VEUT PAS SE COMBLER
homme n'entre là le revolver à la main, suivant le précepte d'Anthony Burgess. « Il est certainement un solutionniste de première force. »
21:37 Publié dans Petites démangeaisons littéraires | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : gracq, échecs, problèmes
18.07.2009
Les horreurs de la littérature grecque classique
Andocide me fait cet effet-là : l'être même qui représente les pires qualités athéniennes : poussière et chicane. Des arguments à la mords-moi l'nœud. Ma lutte contre le sommeil est réelle, et peut légitimement se transcrire. Je ne dois pas dormir : cela court à travers tous mes textes. J'ai repéré entre deux maisons un étroit renfoncement de séparation ; j'aimerais m'enfoncer là et mourir au fil des journées en espérant je ne sais quoi, en espérant tout ce que je vois, détails, pensées. Mes endormissements ne m'emmènent qu'en de certains pays gluants où règnent la merde et l'ordure.
Impossible de se torcher avec tel papier détrempé de pisse. Ou bien ce sont des chanteurs et danseurs basques tressés autour de moi en farandoles m'enserrant joyeusement, tandis que je gueule milesker, milesker ! (merci). Je ne sais pas si tout ce que je suis et sens provient de ma femme allongée, ou si j'y ai moi-même certaines aptitudes. Et Andocide annonce, je m'en avise depuis peu, Apulée, avec ses arguties, ses débats de paranoïa où il se débat : faussement accusé, se défendant avec la mauvaise foi d'un arracheur de dents. « Onze heures du matin sonnent lentement ».
Qui sommes-nous pour qu'un peu de sommeil nous terrasse ? Une somnolence au début douce et apaisante pour les vertèbres. Ensuite une aspiration, le cerveau peu à peu submergé de glu, je ne sais comment elle fait pour survivre à cela. Andocide tempête, accuse à tort, et dit si tant est qu'on puisse pénétrer la pensée des dieux, car tous ces personnages sont fort pieux et se débinent sous une piété formelle.
C'est lui, Andocide, et plusieurs imbéciles de ses amis, qui a mutilé les Hermès de leurs beaux zizis. Imagine-t-on des iconoclastes s'attachant à souiller le pagne du Christ en croix par des jets de peinture ? Même mauvais goût méritant la mort. D'ailleurs le Christ ne portait rien de ce nœud pieux et pudique. Il n'y avait rien sur les parties du Christ, et je répétais « bite du Christ, bite du Christ », et je faisais venir l'abbé chez nous pour compenser les « mauvaises pensées » que je lui confessais.
Cela remonte à la plus ancienne préhistoire. Andocide a besoin de notes qui renvoient de l'une à l'autre et une tristesse imparable s'empare de mes matinées en me rappelant « notre misérable condition ».C'est un maquis. Ma condition, l'intérieur de ma tête aussi. Cité par Foucaut opere laudato p. 347 » : oui, opere laudato, « dans l'œuvre louée », car ces Messieurs les philologues se louent les œuvres les uns aux autres, se passent la rhubarbe et le séné. Mon âme est envahie non pas de tristesse mais de torpeur, Foucaut me rappelle Foccard, « Monsieur Afrique » du général de Gaulle.
Pourtant combien de joies exubérantes, en nombre même supérieur, n'ai-je pas connues précédemment, plus qu'en aucune période de ma vie ! note 4 ! il faudra vérifier, tout cela se vérifie, ces susceptibilités se corroborent, et Anne vient de se lever, rotant pensivement et fumant ce qui ne regarde pas, n'est-ce pas. ...de ces deux jeunes Acarnaniens qui avaient pénétré par ignorance dans le sanctuaire de Déméter : les prêtres les firent mettre à mort (« cum palam essent per errorem ingressos » - tanta potuit religio crimina inspirare - « tant la religion put inspirer de crimes », Lucrèce. J'en appelle à lui...
14:01 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : andocide, éloquence, chiatique
16.07.2009
Ca c'est de la funéraille nom de d'là
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Elias ne sourit pas.
Eliphas lui pose les mains sur les épaules :
"Ecoute. Nous partons pour Hülstedt – à trois lieues, par les bois ; Maxim nous attendra, pour nous guider vers l'Autriche – et puis..." - il fait sauter de sa poche un pistolet de bonne taille. Elias rit faiblement. "Sais-tu où ils seront, cette nuit, les brigands ? Aux funérailles ; on y boira, on y mangera gratis pro Deo. Bien peu de goussets seront surveillés.
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Pourquoi n'y allons-nous pas ?
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Deux bons argousins, la main au collet – je dois "tenir les cordons du Roi !" ...piège...
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Eliphas passe une ultime fois devant le clavecin, effleure les touches noires pour un accord d'adieu – brusquement, il tire du bas de l'armoire une bourse garnie , qu'il lui lance :
"Voici ta part ! Maitenant, filons. "
...Ça prend tournure, non ?
Les chevaux.
Le portail abandonné. Le premier sous-bois. Au loin tonne le canon funèbre. Soudain au détour d'une allée cent fois descendue, la branche à hauteur d'homme, et le cri étouffé, plein de sang déjà, d' ELIPHAS gisant dans l'herbe, la poitrine craquée, l'aine poignardée par le bois de la flûte. La roue tourne. A intervalles réguliers le canon tonne. Les funérailles. Les spectateurs voient de leurs étages les factionnaires, devant le perron du palais. Une double haie de gardes sinue de part et d'autre de l'allée jusqu'au sommet du tertre où s'élève le tombeau.
A droite et à gauche de l'escalier à double révolution se massent, dans la pénombre moite, les cavaliers de l'escorte.
On devine plus sombre le char funèbre tout attelé ; déjà sur les chevaux quelques torches s'enflamment dans le noir poisseux. Toujours le canon. Les lueurs blêmissent les traits des premiers gardes ; les baïonnettes luisent suspendues au-dessus des têtes jusqu'à l'orée des taillis. On n'entend que les renâclements des chevaux, le grésillement de la résine. Et sur un coup de canon la façade entière s'illumine. Montrant à l'intérieur une multitude de serviteurs portant chacun sa torche, qui dévalent l'escalier à double révolution (bis) pour se poster autour du char funèbre.
Au commandement les cavaliers enflamment à leur tour leurs flambeaux – très raides sur leurs selles – de proche en proche, jusqu'au sommet du tertre.
Le cercueil paraît en haut des marches. Porteurs et Boîte à Mort descendent le plan incliné ménagé entre les ailes courbes du perron. Des musiciens de part et d'autre. Les tambours voilés de crêpe, trompes, cordes. Tous en grande livrée – schwarzviolette – puis le clergé. A droite du corps vient à l'amble le hongre porte-timbales ; quand elles commencent à rouler, la symphonie fait silence, le vent se lève, le canon passe sur la foule hagarde et silencieuse. Puis monte le premier murmure des hommes de Dieu. Tous les gens de cour alors descendent en rangs le double escalier (on le saura); il en vient encore du haut des marches quand la tête du cortège atteint déjà les grilles de Solitüdenschloss. Autour du cortège englobé, comme par un étui vivant, la cavalerie mouvante des dadoukoï (porte-torches) se meut savamment, pointe d'épée flamboyante.
Lorsque le dernier homme enfin quitte le palais illuminé le timbalier de tête frappe quatre coups et tous entonnent le Requiem d'Eliphas Fels, absent.
Le canon tonne et des cris sont scandés. Les chevaux manœuvrant cernent tout le cortège d'un double périmètre galopant de flammes - double Phlégéton - montant, descendant, si bien qu'on entrevoit les yeux et les fronts blêmes des cavaliers de l'ombre à la lumière et des lumières à l'ombre (derrière eux les paysans "guenilleux", "les yeux écarquillés" ; avec leurs enfants sur l'épaule) (et les bourgeois contrits) (et tout le Würtemberg pour voir passer le Roi) (La Mort leRoy).
Noter que sous les voûtes des arbres le spectacle est devenu effrayant, les cavaliers sautant parmi les ombres (serpentant sur le sol). Que parfois sur un commandement les torches tournoient à bout de bras frôlant le flanc des bêtes et chevaux de hennir (wiehern)(gerbes d'étincelles, odeur de crin roussi). Coupant le chemin du cercueil avec-le-Roi-dedans, les chevaux se croisent cabrés puis reprennent leurs rondes concentriques : ventre à terre parmi les brindilles enflammées (placer : "sentier sinueux", "écheveau d'Apocalypse")(les cavaliers ne crient plus) (placer aussi "martèlement des sabots", "branches foulées", "timbales" [encore] ).
Bref : les courants de feu s'apaisent, on prend un petit trot lent et régulier, obsédant, sous la pluie fine qui se met à tomber faisant grésiller les torches. "Un cercle immense se forme, le fossoyeur parut, l'assemblée se tint immobile sous les torches mouvantes, et c'était quelque chose d'horrible et de formidable que ce spectacle de cinq mille paires d'yeux étincelant dans les ténèbres, fixés sur ce seul acteur voulu le plus déguenillé possible et qui creusait avec recueillement, dans le silence le plus total (...)
("les soldats, tout le long du sentier déserté, formaient une garde d'ombres");
...Eh ben merde, c'était chiadé quand même...
23:14 Publié dans Petites démangeaisons littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : roi, obsèques, musicien
15.07.2009
Propos d'après grosse bouffe
Et même je vais vous dire ce qui a ramolli les couilles dans les années 50 : c'est les études. Tous ces braves gars (les filles ont suivi) qui se sont mis à monter à la fac, à Dijon, voire à Paris, tonnerre de l'Yonne, sont revenus bourrés de science et de prétention, incapables de suivre le rythme d'une battue grand train, disséqueurs de philosophie, pourvoyeurs de pourquoi et de comment dissolvant les us et coutumes ancestraux sous l'acide de leurs dialectiques c'est-y pas bien dit mon n'veu. Alors que dire ? Que Vincenot est passé à côté d'un bien beau sujet ? Mais il a écrit d'autres livres que La Billebaude, qui comme son nom l'indique traite de la chasse à la billebaude, comme on dirait à gaillous, à la maraude, au hasard donc des haies, des sentiers, des rencontres, et pan le lièvre, un sculpteur en moins (ça c'est une vanne privée).
Et comment lui reprocher, lui qui chante merveilleusement le terroir, de tenir un discours étiqueté “réactionnaire” ? Voyez Le peintre et le jardinier : mêmes reproches, même perplexité. La goche parigote fronce le nez devant le conservatisme campagnard. Il est impossible de narrer son enfance campagnarde, surtout lorsqu'on est plus près de 70 ans que de 40 (Vincenot fut découvert très tard), de ne pas nostalgiser, de ne pas magnifier ! On opposera Vincenot et Pierre Jakez Hélias : notre Breton (Le cheval d'orgueil) n'a pas vanté le butage d'animaux, mais la cueillette des mûres. Seulement, tous les deux ont justement pointé ce basculement des années 50-60 (voir aussi Padre Padrone, le film) où d'un seul coup d'un seul tout ce qui faisait le bon folklore s'est retrouvé au musée !
Moi qui vous parle, j'ai assisté aux dernières vendanges du Soissonnais, en 52 ! L'année d'après, tout s'est arrêté d'un coup ! Des masques d'autres régions se sont retrouvés dans les musées, comme de vulgaires objets dogons ! Et Pierre Jakez a vu les armoires de ses grands-parents se faire vendre dans les brocantes ! Il n'a même plus voulu dormir dans une alcôve, disant qu'il n'en était plus digne ! Le livre La Billebaude s'achève d'ailleurs sur une belle histoire d'amour, comme les enfances de Pagnol : ne voilà-t-il pas que l'auteur s'amourache d'une fille de vigneron des basses terres, de Saône-et-Loire ! Bourguignonne, mais du sud : une Eduenne, quoi, d'une autre tribu gauloise ! et parvient à la convertir à son haut pays, qui ne connaît pas la vigne, mais la forêt, bien giboyeuse : un pays qui part à l'abandon, depuis que l'automobile et les études y sèment l'amour de Paris, le goût des grandeurs et de la consommation – tout fout l'camp. Or le projet qu'ils ont, ces tourtereaux, qui ne parlent pas tout à fait la même langue, c'est de faire revivre un hameau perdu dans les taillis : ils y font un feu (c'est fonder un foyer), s'y livrent à un plantureux pique-nique, et dans pique-nique il y a “pique”, et ça donne d'une part cinquante ans d'heureux mariage, et d'autre part d'excellents Français... qui ne marchent pas forcément au pas, mais cabochards et chaleureux.
Voilà. Je suis allé comme un battant de cloche d'une paroi à l'autre, tantôt parlant de chasse, tantôt chantant la nostalgie, tantôt ironisant, tantôt vantardisant, et tout compte fait battant la campagne qui ne m'avait rien fait tout à la billebaude, justement. Ce roman de souvenirs est à présent un grand classique, à ranger entre De Goupil à Margot et La guerre des boutons du même Louis Pergaud (un Franc-Comtois, un voisin, et vous ne regretterez pas de vous y plonger. Au diable l'idéologie quand on bouquine, au diable le cholestérol quand on s'empiffre, bouffez donc du bon gibier de Bourgogne, et vous êtes assez grand pour penser après les exercices de panse.
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