22.07.2009
Sos del Rey Catolico
Je suis descendu à Sos del Rey Catolico, perché, resserré “comme un poing”, d'abord par son parador. Le “parador”, en Espagne, c'est un hôtel de grand luxe, perché, moderne, somptueux par ses salles de réception, ses chiottes de moines fortunés (j'y pisse), ses ascenseurs où l'on croise des Ibériques rupins, qui ne m'accordent pas un regard (j'aime cet incognito). Tout est démesurément vaste, et je suppose, en voyant la cafeteria, immensément cher. Quant à l'escalier, il ne mène qu'à une plate-forme crayeuse, vue réservée sur la campagne environnante, pour ceux qui se payent le séjour. Je râle, je redescends, il m'est désormais impossible de m'ennuyer, j'entre dans une pizzeria, et prends mon élan pour commander “un crujillo tropic y un Coca-Cola”.
C'est un établissement plus à ma portée. Je n'attends que huit minutes. On me sert une sorte de lasagne que l'on coupe soi-même avec un fer recourbé, sur une arête. Le patron, Javier, me recommande de ne pas me brûler, ça sort du four. Peu après s'installe un couple fort laid avec une gamine fort grosse, pour qui l'on sent que la table sera sa volupté à tout jamais. Son contentement naïf et goinfre me serre un cœur absent. Les parents bouffent aussi. On doit rajouter une table carrée. J'ai lu un peu de Stendhal. Non loin une table de français, cette fois populo, où l'on se répète en boucle de menus propos sur les plats aux oignon ; les conversations cons sont mieux en espagnol.
Mes Français se croient drôles. En revanche, dans les rues raidissimes, les gagateries “papapapapapa” m'exaspèpèpèpèrent, pauvre gosse, entre sa mère et sa grand-mère gâteuses à hurler ; jamais je n'ai parlé si sottement à ma fille, même à moins d'un an. Jamais. Toujours comme à une adulte, en égalité. “Et qui c'est ça ? Et qui c'est celui-là ? Et qui c'est çui-là ?” Deuxième gosse, deuxième accès de connerie. Cette fois, “les” Espagnols m'auront tapé sur le système. Je ne monte pas au quartier de la “Juderia”, le plus malcommode, aux pentes à péter l'oreillette, mais en position dominante : les juifs dominent le monde. C'est bien connu. Je photographie des chats noirs jumeaux dans les ruines. Ces ruines si mystérieuses au sein des villes les plus repliées sur elles-mêmes, seuls espaces ouverts dans la chair des murs...
Il est difficile de dire à quoi je pense ou ce que je ressens. La ville s'achève par le franchissement d'une muraillle, et les retrouvailles avec ma chère babagnognole noire. Pour sortir de là, un carrefour évasé : à droite, une balise matérialisée au sol ; à gauche, un accès pour les entrants ; tout droit, un stop. Sacré dié : je prends gauche toute. Une voiture au stop me réprimande, eh merde, la flicaille. Je m'arrête. Un magnifique Espagnol olivâtre comme on n'en fait plus me demande de descendre.
Il est flanqué d'une fliquette fausse blonde à queue de cheval, avec un rictus à faire avorter une guenon à dix mètres. Et où je vais. Et d'où je viens. Et pourquoi je n'ai pas l'immatriculation européenne (“quoi ! pas encore !”) - ben non mon con, pas très répandue en France. “Où avez-vous couché ? - A Murillo.” J'ajoute le numéro de la chambre, je mentionne la visite du château de “Loarre”, trébuchant sur le mot. L'homme me tend un piège : alors comme ça, j'ai couché dans le village même ? - Non, à Murillo.” Et de fouiller, mon linge, mon carnet d'adresses (“pas une en Espagne”). La fliquette se faire ouvrir la boîte à gants, ouvre un petit sac de plastique blanc : bingo, le papier-cul.
Ça c'est du flair. Je dis “Il y a du désordre”. Elle répond “No importa”. J'ai touché la fibre ménagère, j'ai touché la femme, j'ai touché la flique. Pas peu fier. Ils me disent que je peux circuler, me recommandant d'être prudent, parce que là, tout de même, j'empruntais le sens interdit, carrément. Ensuite, en roulant, je me marre comme un bossu. Mais je n'en menais pas large. Ils ne m'ont même pas demandé mes papiers, ni ceux du véhicule. Et moi, je jouais le touriste couillon, sans forcer, c'est mon air naturel, c'est ce que je suis : un touriste naïf, qui massacre l'espagnol, écarquillant les yeux et plein de bonne volonté. Etre contrôlé par les flics procure le même soulagement que d'être allé à confesse, autrefois.
J'adore prouver ma bonne foi, mon innocence, mon infantilisme. Et je répète le dialogue, je corrige mes fautes de grammaire, j'invente d'autres questions-réponses, je suis très fier d'avoir été l'objet de tant de soupçons, de tant d'acquittement. J'aime les flics. Un vrai gosse. L'uniforme, l'air grave, les sourcils d'opérette. Absous, je fais mes courses à Sangüesa, et je ne vais tout de même pas vous raconter la façon dont j'ai repéré mes articles, parmi lesquels une indispensable brozadàn.
12:39 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : espagne, papa, crujillo, police



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