30.06.2009
Conversion au polar
Je lis un polar. Ça me change. Disons, un polar de plus. Bien clair, bien net, pour une fois, bien écrit, « un des maîtres du genre » me dit Max sur Goodis. Soit. En même temps, je le gâche parce que j'ai rencontré Flaubert, sa correspondance, et le suspens qui va avec à dix-huit mois de sa fin : sait-il qu'il va mourir ? Est-ce que je le sais pour moi, quand je reviens (la veille) de l'enterrement d'une copine, Chantal ? Copine... peu appréciée, trop silencieuse, je n'aime pas le silencieux, nous nous taisons tellement après la mort.
Et puis, mon amour est mort : ça aussi c'est dans la chanson, da-dou ronron, da-dou ronron. Une chanson stupide, au rythme formidable : tout l'été 64 ça nous a tourné dans la tête, aux papies sexagénaires, aux mamies bien foutues qui allaient « aux fraises » - et spécialement une – dans les buissons de la rive à Mussidan.
Alors voilà, c'est l'histoire d'un type qui s'enfuit à travers bois avec une sacoche de 300000 dollars, et qui la perd. Les flics ou les gangsters ne le croient pas. Ils tapent dessus. Jusque-là je comprends, ce qui est merveilleux. « Un grand maître », Madimax. Maddy Max. Max le Folingue. Et personne ne croit ce malheureux V... qui a perdu la sacoche en s'enfuyant. Et que dire à cette femme qui ne m'aime plus, par découragement ? Parce que nous n'avons pas eu le courage de rompre, chacun de notre côté ?
Qui veut « m'entrevoir » le jeudi ? Flirter derrière un pare-brise, avec toute l'amertume qui va revenir à nos lèvres, et ces retours de flamme inutiles ?J'aurai du moins vécu l'hitoire d'amour type, standard, avec début, milieu et fin, et personne ne s'accroche. Il me faut quelqu'un d'autre, vite. Me voici devenu comme tout le monde. Ayant vécu un amour de Monoprix. C'est donc ainsi que ça se passait, pour « les autres » que j'enviais tant ? Alors les autres ont envie de se fixer, après dix ou douze histoires de ce type. Ils se fixent donc, font des enfants, s'aperçoivent au bout de quinze ans que ce n'est pas ça, que le mari boit, que la femme déprime, que les enfants sont cons, et ils essayent de remonter le ressort, mais tout recommence comme avant, parce qu'il n'y a qu'une loi : l'éphémère, en attendant le définitif.
Ensuite, il faut dépasser ce définitif imparfait, avoir le courage d'avouer que l'on est dans le même chemin que n'importe quel humain, et regarder le reste de la vie bien en face, sans résignation ni lamentations excessives. Voilà. J'ai vécu ça. A un moment donné la sacoche est tombée, et les gangsters, ou les flics, me bourrent le revolver dans les côtes en me demandant « Où est-elle passée ? » Les interrogateurs, c'est notre conscience qui nous torture. Et ce qui forme et consolide l'amour, c'est la vie quotidienne ensemble, l'habitude, qui est un visage de l'amour.
Si l'habitude ne peut pas naître entre deux amants, leur amour s'étiole. Dans l'habitude aussi. Donc, enfonçons la porte ouverte de la salle de bain : l'habitude mène au-delà de l'amour, sacoche perdue ; l'amour fou mène à la lassitude, sacoche perdue. Dans le premier cas, affronter la solitude à deux, dans le couple. Dans le second, affronter la solitude, mais tout seul. Aucune lutte n'est à déprécier par rapport à l'autre, toutes deux sont difficiles, solitaires, et se terminent par la même misère à la fin de la course. Donc, nous avons peur de la mort, et nous nous serrons très fort l'un contre l'autre pour nous réchauffer, nous exalter, nous reproduire.
Mais en définitive,nous hurlons, avec ou sans lune. Voilà. J'ai découvert « la balance à peser les balances. Et que reste-t-il ? La littérature. Je peux aussi me raccrocher. A la littérature, toujours : Tu es arrêté sous la double inculpation de vol à main armée et de meurtre au premier degré. Sans préméditation je suppose. C'est ce que dit le dialoguiste de La guerre du feu (« B. ») : quand vous ne savez pas quoi faire de vos personnages, faites entrer dans la pièce un homme qui tient un revolver. Et c'est vrai. La mort entre en scène. Brusquement. Parce que c'est le seul Sujet. La mort, ou tu l'affrontes, ou tu l'oublies : Comment vivre heureux en attendant la mort. Si tu l'affrontes, pas de milieu : tu l'apprivoises, jusqu'à te la donner (ou tu deviens employé aux Pompes Funèbres) ; si tu la fuis, tu entres dans le bac à sable et tu joues, ça s'appelle la vie.
Tu écris, tu te montres, tu es amoureux et tu gagnes et tu perds, et tu luttes. C'est complètement idiot. Tu le sais mais tu continues. Si je te revoyais tout recommencerait. Tu vas me faire le plaisir de recharger le sac à dos. Mais je me suis livré à vous. Oui, à la vie. Laisse aller, ne force rien. Tu as voulu tout ce qui arrivait. Tu ne résoudras rien. Vis et fais confiance. Tu n'es pas original. Tu ne seras jamais original. Tu aimerais passer à la télévision. Tu vois bien que l'éditeur fera tout pour te rogner les ailes, jusqu'à ne même pas te fournir l'adresse d'un auteur que tu pourrais interviewer. Vole de tes propres ailes. Pose des questions. Intrigue, même à ton grand âge. Tu es grand à présent.
Il a fallu que j'en passasse par là pour trouver ces évidences, ces indigences. Je suis venu vous trouver de mon propre gré. Il n'y a pas d'excuses à vivre. C'est comme ça. Une cause à défendre, à part moi ? Je vais être fort. On ne m'aura pas. Je vais me dépatouiller. En respirant calmement, sans vouloir tout résoudre. Chantal est dans son cercueil. Elle se résoudra. Tout une vie tient là-dedans. Personne n'est allé au-delà de toi. Je n'étais pas obligé de le faire.
11:48 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : goodis, nuit



Commentaires
Je suis même en train de découvrir Jean-Patrick Manchette : l'Amérique ! Eh bien, c'est su-per...
Ecrit par : collignon | 05.07.2009
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