23.05.2009
Le socialisme de Péguy
Le socialisme de Péguy c'était un peu archaïque, je cite : "Ramener le bonheur dans le monde par la restauration du travail et de la pauvreté". Parfaitement, la pauveté évangélique ! Parlez un peu de ça aux syndicats, vous verrez.... Brouillé avec tout le monde, Péguy ! Désabonnements sur désabonnements ! Les vieux fidèles demeuraient, mais ça ne pouvait sufire ; ceux qui ne suivaient pas Jaurès, ceux qui n'avaient pas voulu instrumentaliser l'affaire Dreyfus pour la transormer en machine de guerre électorale, antimilitariste, anticléricale ! Comment voulez-vous croire en un socialiste qui respecte le soldat et le prêtre ?
Et pas du tout ami de l'ordre à tout prix, bien au contraire ! Un libertaire, écrivant comme ça lui venait ! A n'y rien comprendre, à décoller par avance toutes les étiquettes.
Encore maintenant, où l'on adore les étiquettes ("islamiste", "sioniste", pour ne parler que de celles-là) Péguy demeure impopulaire, parce qu'inclassable. Un emmerdeur. A la fois populaire, de plus, se rappelant "non sans plaisir quelqu'une de ces blagues de régiment qui sont le gros vin de la caserne et de la vie populaire qu'il aimait", et l'instant d'après citant Sophocle dans le texte. Imbuvable. Paysan, même parmi les bourgeois, même avec Halévy qui se brouilla un temps avec lui. Il n'aimait pas les intellectuels : cette blague ! Il en était un lui-même ! Par "intellectuels", il entendait ce que nous appellerions aujourd'hui la pensée unique, susurrée par nos journalistes qui nous apprennent du haut de leur suffisance comment voter ou ne pas voter.
Ce qui est tout de même très diférent de l'appartenance à l'extrême droite. Mais ne déterrons pas les morts à cette occasion, trop d'autres l'ont déjà fait... Socialiste, paysan, chrétien, tâchez de faire tenir cela ensemble. Cela se peut d'ailleurs. Et le nombre des abonnés baissait, plus que 1200... La conversion au catholicisme acheva le reste. On restait abonné désormais plus par fidélité à un homme que par compréhension d'une évolution complexe. Un homme qui de plus se fatiguait, se décourageait. Qui n'était pas toujours aimable, car il se sentait lâché.
Même au sein de sa famille, car sa femme ne consentit jamais de son vivant à partager sa foi, que voulez-vous, ça ne se commande pas. Et ses enfants ne furent pas baptisés de son vivant. Les parents ne s'étaient pas mariés à l'église non plus d'ailleurs. Ce qui fait que les curés n'acceptaient pas que Péguy communiât. Il composait cependant deux drames sur Jeanne d'Arc. Une sainte. Or il était attiré par la sainteté. Mais ça ne se décide pas, d'être un saint. Et l'Eglise catholique d'alors versait dans la mollesse – à présent c'est carrément la niaiserie à l'état pur, le niveau courrier des lecteurs de Sud-Ouest Dimanche : Péguy ne pouvait pas "se content[er] de la religion de tout le monde." Il fallait "faire des efforts".
Ouah le sacrilège ! De nos jours ! Vous imaginez ! Des exigences morales ! On ne peut pas toutes devenir des Jeanne d'Arc tout de même ! ...c'est chaud, le bûcher...
10:48 Publié dans Grattages de tête... | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
Les syndicats, ils font défiler les gros boeufs de Toulouse qui scandent : "Tous engsembleu Tous engsembleu GNOUF ! GNOUF !" Notez, comme "niouf" en hébreu signifie "adultère", moi je n'aurais rien contre...
Ecrit par : sépara | 26.05.2009
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