21.05.2009
Arcachonnades
Ce livre me fut offert à l'occasion de mon départ à la retraite du Lycée d'Andernos. Je déduisis plus tard que l'une de mes collègues, prenant aussi sa retraite ce jour, ne s'était pas déplacée pour ne pas m'y rencontrer : je n'avais pas pu dissimuler mon mépris pour mes fonctions antérieures, de « petit prof ». Ce qu'il y a de plus stupide en moi : ces moues de supériorité que j'arbore inconsidérément. Mes profondeurs mesquines ressortent à la surface. Et ce Bassin d'Arcachon, si apprécié des touristes, me semble à moi d'une fadeur tempérée proprement écœurante. Je ne suis pas de ces régions. J'aurais préféré le sévérités jurassiennes, ou meusiennes. Tout ce sable, ces huîtres, et ce détestable accent de pêcheurs...
C'est Huysmans, je crois, qui écrivait « le Midi déshonore la France ». Il y a en dessous de l'Auvergne et des Charentes une mollesse, une vulgarité sans sel qui englue dans le toujours-là et le sans-avenir. Des effluves de plage. Des arbres tous pareils. Un sol tout plat. Pourtant, je le lis, ce dictionnaire, et je m'instruis. Les mondanités arcachonnaises m'indiffèrent. Je n'aurais pas même eu l'occasion d'approcher ces têtes couronnées de leur propre connerie. J'apprécie cependant de ne pas voir de prolos sur les plages. On y a rencontré, chez les écrivains, D'Annunzio, Régnier, Gide, Louÿs, Reclus ou Mérimée, et, chez les peintres, Toulouse-Lautrec, Manet et Boudin. Ah, « de grâce, laissez-nous un peu respirer ».
Que je reprenne mon souffle, afin de déverser mon venin. D'Annunzio, c'est celui qui écrit « l'airain résonnait dans le marbre » pour signaler que "les cloches, de toutes parts, sonnent dans leurs clochers », baroques et italiens. Ma foi c'est très beau. Mais la classification en « beaux » sujets et « vilains » sujets pousse un peu loin la plaisanterie : si l'on regarde un humble pissenlit coincé entre deux moellons, il faut se le retranposer en lis turban, afin d'avoir un noble objet de contemplation. Qu'est-ce que ces manières, antidémocratiques jusque dans les fleurs ? Les gens, plus haut, ne devaient pas être prolos. Mais c'est qu'ils parlent, revendiquent, exigent. L''humble pissenlit (lionstooth en anglais, tout de même) ne s'exprime pas à haute voix sur les terrasses de front de mer...
Si l'on interdit les cafés à tous ceux qui ne portent pas le costume-cravate... D'Annunzio a jeté sur les tranchées italiennes (y eut-il des tranchées italiennes ?) des tracts fascisants. Le fascisme ne fut-il en Italie qu'un nationalisme enfiévré ? Une poursuite, sous d'autres formes, du Risorgimento ? Assez bavé. Régnier, si c'est bien l'auteur du Centaure, ne m'inspire que répulsion, pour tant de sensualité en faux marbre ; comment croire en un jeune homme qui ne bande qu'à l'antique ? Amoureux de sa sœur Eugénie – ah non ! Au temps pour moi ! C'est de Guérin qu'il s'agit ! Donc Gide (rien à dire), Louÿs, Reclus, Mérimée ! Eh bien, Louÿs, La femme et le pantin, m'avait exaspéré, par cette histoire anhygiénique de petite culotte serrée sur le sexe, impénétrable.
Les chansons de Bilytis l'avaient mieux accrochée, confirmant le clitoridisme irréfragable des femmes. Je crois qu'elles se branlent bien mieux qu'elles ne baisent. J'en connais une qui dit le contraire. Mais bienheureuses sont-elles d'avoir deux façons de jouir. Enfin, j'atteindrai bien le niveau des brèves de comptoir ! Quant à Reclus, pour moi, c'est un élève, à Sainte-Foy...
10:30 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



Ecrire un commentaire