19.05.2009
Conseils antirilkiens à un jeune poète
Il faut connaître un homme politique, et en faire ; ou un journaliste, et faire du journaliste ; un juif ou un pédé influent, connu déjà des médias, et participer d'une certaine manière – pas de femmes ! surtout pas de femmes ! l'amour, oui, mais en contrôlant. Les femmes tirent tout à elles, n'imaginent pas qu'on puisse s'intéresser à quoi que ce soit d'autre qu'elles. Mon meilleur ami a divorcé après douze ans de vie infernale où il s'est vu interdit d'écrire. Maintenant, si elle est juive, journaliste ou femme politique... tout baigne – mais pas d'amour ! surtout pas d'amour ! ... d'un homme non plus d'ailleurs... Parce que c'est tout aussi compliqué côté homo qu'hétéro...
Maintenant voici : les textes que vous m'avez proposés correspondent à un besoin de faire le point, de parcourir l'horizon de la connaissance ou de la non-connaisssance du monde et du moi, manifesté sous forme littéraire.
Ce besoin de faire le point n'implique pas nécessairement une mise en œuvre littéraire. Il s'y trouve assurément de nombreux bonheurs d'écriture (les énumérer, les commenter), mais ausssi des passages où la pensée, au moment de redécouvrir pour son propre compte des concepts modérément originaux, n'a peut-être pas suffisamment bénéficié de votre travail. Vous ne pouvez les approfondir (je ne le saurais pas non plus ; c'est une question d'expérience, et non de longévité.) Il semble que l'on ne puisse écrire que ce que l'on est, ce que l'on devient. Pour devenir, il faut vivre et se mesurer aux autres, qui semblent ici tous rejetés en bloc à l'extérieur de votre bulle ; malheureusement c'est ce que j'ai fait aussi, et c'est pourquoi mes livres n'ont été ni édités ni vendus (poil au cul) sauf deux : 126 ventes pour Omma, 112 pour Péguy.
Donc :
1.devenir soi, laisser aller.
2.retravailler les textes, resserrer, retrancher. Lire Martin Eden de London.
Intriguer comme un malade.
3. Essayer une profession qui mette illico en rapport avec le milieu magouilleux littéraire. Le professorat est une impasse, on n'y rencontre que des profs qui racontent à des profs des histoires de profs dans une salle des profs. Un collègue me correspondait par poste, un seul, c'est tout. Celui d'Andernos ne demande qu'une chose à présent que je n'y vais plus : me laisser tomber. Exception : a) prof de fac, où règne le pire lèche-culisme qui soit, ce qui permet cependant d'accéder, quand on devient patron, au millieu littéraire.
b) journalisme, mais le terrain est miné : on y reste désormais précaire toute sa vie, entre son réchaud, son ordi et son 10 m² pas chauffé.
c) employé dans l'édition ; si Zola n'avait pas été livreur chez Hachette, jamais les Rougon- Macquart – les Bougon-Bâtard – n'auraient vu le jour. Vous m'entendez, Eugène ? –
Hors de ces trois voies professionnelles-là, pas de salut.
19:30 Publié dans Petites démangeaisons littéraires | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
Oui, c'est ça l'ennuyeux avec les pédés : il faut bien d'une manière ou d'une autre - participer. Or, je suis croyant, certes, mais non pratiquant...
Ecrit par : pérignon | 25.05.2009
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